Projet de Troisième Restauration

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Le projet de Troisième Restauration (après la Première Restauration en 1814 et la Seconde Restauration en 1815) visait à rétablir la monarchie en France. Il fut mis en œuvre entre la chute du Second Empire, en 1870, et l'exil du comte de Chambord, prétendant légitimiste au trône de France, en 1873.

L'idée du projet est élaborée après la chute de Napoléon III, après la Commune de Paris et après les élections législatives de 1871 qui donnent une majorité royaliste à l'Assemblée nationale.

C'est Henri d'Artois, comte de Chambord, petit-fils du roi Charles X, qui est le candidat favori au trône. Sa légitimité devient incontestable parmi les royalistes après que son cousin, Philippe d'Orléans, comte de Paris et chef de file des orléanistes, eut accepté de le reconnaître comme unique prétendant. Appelé « Henri V » par ses partisans, le comte de Chambord prépare son entrée dans Paris. En attendant son retour, le maréchal Patrice de Mac Mahon est élu à la tête de l'État et organise une transition pacifique. Mais les divergences entre Chambord et les orléanistes et la montée en puissance des républicains à l'assemblée au cours des années 1870 rendent difficile toute tentative de restauration des Bourbons et le projet légitimiste est finalement abandonné.

Ce n'est qu'après l'échec des pourparlers avec Henri d'Artois, que le gouvernement de Mac-Mahon et la famille d'Orléans décident de négocier de nouveau les conditions pour un retour à la monarchie, orléaniste et non légitimiste. L'aîné des Orléans, le comte de Paris, ayant reconnu le comte de Chambord comme prétendant légitime — en espérant être reconnu comme son héritier, est contraint d'attendre une renonciation officielle ou le décès du comte en exil avant d'espérer unir les royalistes autour de sa candidature. En attendant, le président Mac Mahon accepte de prolonger son mandat avec la bénédiction de la famille d'Orléans.

Mais les élections législatives de 1877 fragilisent l'influence des Orléans, et le président conserve son pouvoir uniquement grâce au soutien du Sénat. Les élections sénatoriales de , confirment la montée des républicains et le déclin des royalistes. Sans majorité, Mac Mahon est contraint de quitter le pouvoir en 1879, mettant fin au projet d'une nouvelle restauration.

Contexte[modifier | modifier le code]

Chute du Second Empire (1870)[modifier | modifier le code]

En , alors que la France de Napoléon III connaît de graves défaites dans la guerre contre la Prusse, le comte de Chambord quitte Frohsdorf dans l'intention de s'enrôler ; il lance le un appel à « repousser l'invasion, sauver à tout prix l'honneur de la France, l'intégrité de son territoire[1]. »

Le , le Second Empire s'effondre après la défaite de Sedan. Bismarck exigeant de négocier le futur traité de paix avec un gouvernement issu du suffrage des Français, des élections législatives sont organisées en  ; la nouvelle Assemblée compte 222 députés républicains plus ou moins radicaux, contre 416 monarchistes, divisés principalement entre légitimistes (182 députés) et orléanistes (214 députés), avec une poignée de bonapartistes, en très grande minorité (20 sièges, pour seulement 4 députés).

Réunie à Bordeaux le , l'Assemblée nomme Adolphe Thiers, ancien ministre de Louis-Philippe, « chef du pouvoir exécutif de la République française » ; elle s'investit en même temps du pouvoir constituant, mais annonce qu'elle ne l'exercera qu'ultérieurement. Elle ne veut envisager la restauration de la royauté que lorsque la France sera libérée de l'occupation allemande.

Le , Henri d'Artois rend publique une lettre en réponse à un de ses partisans, Carayon-Latour, dans laquelle il condamne les intrigues politiciennes, replace les événements dans le contexte de l'histoire de France, affirme sa foi en la France éternelle et appelle au rassemblement.

Projet légitimiste (1871-1873)[modifier | modifier le code]

Retour du comte de Chambord[modifier | modifier le code]

Henri d'Artois comte de Chambord, prétendant légitimiste au trône de France et chef de la maison de Bourbon.

Néanmoins le prétendant légitimiste refuse de renoncer au drapeau blanc, en faisant une question de principe qui concerne l'idée même qu'il se fait de la monarchie. Dans une lettre du , Henri d'Artois affirme qu'il ne veut pas abandonner le drapeau de ses pères qui pour lui veut dire « respect de la religion, protection de tout ce qui est juste, de tout ce qui est bien, de tout ce qui est droit, uni à tout ce que commande les exigences de notre temps, tandis que le drapeau tricolore représente le drapeau de la révolution sous toutes ses faces et qu'en outre il remplit les arsenaux de l'étranger son vainqueur ». S'il transigeait avec l'héritage de la Révolution, il serait impuissant à faire le bien. Le , l'Assemblée abolit les lois bannissant de France les Bourbons. En , d'Artois revient pour quelques jours dans cette France qu'il a dû quitter en 1830. Mais en , il diffère une rencontre avec le comte de Paris, ce qui déçoit les orléanistes. Il reçoit le une délégation des députés royalistes réunissant les héritiers de trois des plus grandes familles de la noblesse, Gontaut-Biron, La Rochefoucauld-Bisaccia et Maillé, ainsi que Félix Dupanloup, évêque et député d'Orléans, afin de le convaincre d'adopter le drapeau tricolore. Mais le comte de Chambord reçoit également à Chambord de nombreux représentants de ses partisans de toutes classes sociales et ces entretiens avec eux le persuadent que le peuple de France n'est pas si attaché au drapeau tricolore. Il quitte la France et lance un manifeste publié dans L'Union du dans lequel il déclare :

Drapeau constitutionnel de la France, envisagé pour la Troisième Restauration.

« Je ne puis oublier que le droit monarchique est le patrimoine de la nation, ni décliner les devoirs qu'il m'impose envers elle. Ces devoirs, je les remplirai, croyez-en ma parole d'honnête homme et de roi. […] Je suis prêt à tout pour relever mon pays de ses ruines et à reprendre son rang dans le monde ; le seul sacrifice que je ne puis lui faire, c'est celui de mon honneur. […] je ne laisserai pas arracher de mes mains l'étendard d'Henri IV, de François Ier et de Jeanne d'Arc. […] Je l'ai reçu comme un dépôt sacré du vieux roi mon aïeul, mourant en exil ; il a toujours été pour moi inséparable du souvenir de la patrie absente ; il a flotté sur mon berceau, je veux qu'il ombrage ma tombe. »

Globalement, cette lettre suscite l'incompréhension et Daniel Halévy dit à son propos : « ce prince, qui faisait écho aux stances d'un poète, faisait-il son devoir de roi ? Les Allemands étaient à Saint-Denis, le trésor était vide, chaque minute avait son exigence. Quel Capétien l'eût compris ? [...] Chambord n'était pas un homme de l'ancienne France, son acte ne se relie en rien à la tradition toute réaliste de nos rois. Chambord est un enfant des émigrés, un lecteur de Chateaubriand. [...] La décision du comte de Chambord est, dans son ordre, un acte révolutionnaire : par elle, un des plus solides appuis des anciennes classes dirigeantes est brisé [...]. Par elle, la Monarchie française quitte terre, devient légende et mythe ». Les légitimistes se divisent, certains publiant une note collective pour affirmer leur attachement au drapeau tricolore. Adolphe Thiers affirme que le comte de Chambord est le fondateur de la république et que la postérité le nommera le « Washington français ». Le vicomte de Meaux affirme dans ses souvenirs que si le petit-fils de Charles X était resté à Chambord, y avait reçu les Orléans, et s'était dit prêt à s'entendre avec l'assemblée la plus monarchiste que le pays pût élire, la royauté aurait rapidement été restaurée[2].

Gouvernement Thiers[modifier | modifier le code]

Mais les royalistes pensent que la royauté peut être restaurée. Le , les députés discutent d'une proposition de loi visant à ce que l'ensemble des administrations centrales s'installent à Versailles, qui est votée le , le comte de Chambord ayant annoncé à Lucien Brun, alors perçu comme l'éventuel président du conseil des ministres d'« Henri V », que la restauration faite, il s'installerait à Versailles[3].

Adolphe Thiers, chef de l'exécutif.

En , le préfet de police nommé par Thiers, Léon Renault, déclare qu'avec cent mille francs, il couvrira Paris de drapeaux blancs[4].

Certains orléanistes comme le comte de Falloux veulent obtenir du comte de Chambord une abdication formelle ou amener ses partisans à considérer sa succession comme ouverte, ce qui permettrait d'appeler au trône le comte de Paris[5]. Mais le prince Henri s'y oppose et précise à nouveau sa pensée le , par un nouveau manifeste, dans lequel il proclame :

« Je n'ai pas à justifier la voie que je me suis tracée. [...] Je ne laisserai pas porter atteinte, après l'avoir conservé intact pendant quarante années, au principe monarchique, patrimoine de la France, dernier espoir de sa grandeur et de ses libertés. [...] Je n'arbore pas un nouveau drapeau, je maintiens celui de la France [...]. En dehors du principe national de l'hérédité monarchique sans lequel je ne suis rien, avec lequel je puis tout, où seront nos alliances ? [...] Rien n'ébranlera mes résolutions, rien ne lassera ma patience, et personne, sous aucun prétexte, n'obtiendra de moi que je consente à devenir le roi légitime de la Révolution. »

Au printemps 1872, Henri d'Artois s'oppose à l'idée d'une candidature du duc d'Aumale à la présidence de la République. Celui-ci le dénigre en le surnommant « Monsieur de Trop » et se lance le dans un dithyrambe en faveur du drapeau tricolore, qualifié de « drapeau chéri » lors d'une discussion de l'Assemblée[6]; on lui prête cette formule : « Les Français sont bleus, et ils voient rouge quand on leur montre du blanc. »

En , les Orléans font un geste en direction du comte de Chambord en assistant à une messe à la mémoire de Louis XVI à la chapelle expiatoire[7].

Lithographie par Charles Vernier. Le légitimiste Berryer et le bonapartiste Ratapoil rendent visite au comte de Chambord.

Le , le président de la République, Adolphe Thiers, déclare devant l'Assemblée nationale que « la monarchie est impossible ». « Il n'y a qu'un trône, explique-t-il, et on ne peut l'occuper à trois » : Henri d'Artois, petit-fils de Charles X, le prétendant légitimiste, Philippe d'Orléans, petit-fils de Louis-Philippe, le prétendant orléaniste, Louis-Napoléon, fils de Napoléon III, le prétendant bonapartiste[8]. Reste donc la République, pourvu qu'elle soit conservatrice. La majorité royaliste de l'Assemblée, trahie par celui qu'elle a porté au pouvoir en tant qu'orléaniste, le met alors en minorité, provoquant sa démission. Elle le remplace aussitôt par le maréchal de Mac Mahon, favorable à la restauration de la royauté.

Echec des légitimistes[modifier | modifier le code]

La mort de Napoléon III en janvier — dont le fils unique et héritier dynastique est exilé avec sa mère en Grande-Bretagne — le départ du républicain Thiers en mai, l'évacuation des troupes allemandes en septembre crée un climat propice à la restauration. Le gouvernement, soutenu par l'Église qui multiplie les pèlerinages où l'on fait chanter en longues processions « Sauvez Rome et la France au nom du Sacré-Cœur ! », entretient ce climat[9],[10].

Le le comte de Paris, petit-fils de Louis-Philippe, se rend à Frohsdorf pour rencontrer son cousin le comte de Chambord et saluer en lui le « seul représentant du principe monarchique » ; il ajoute que si la France veut revenir à la monarchie, « nulle compétition ne s'élèvera dans notre famille. » L'entrevue aboutit sur un compromis de dupes : le comte de Paris reconnaît Henri d'Artois comme seul prétendant au trône, en espérant que ce dernier, étant sans descendance, le reconnaisse comme son héritier à la couronne. Cette réconciliation du petit-fils de Charles X et des Orléans doit en principe inciter les députés orléanistes à se joindre à leurs collègues légitimistes pour voter le rétablissement de la royauté. Pie IX charge alors le nonce apostolique de Vienne de faire savoir à Henri d'Artois que le Saint-Siège attache un grand prix à la restauration en France et que la couleur du drapeau est un sujet sur lequel il faut savoir trouver un terrain d'entente[11].

Le , les députés royalistes nomment une commission chargée de s'entendre avec le comte de Chambord sur un projet de future constitution, préalable au vote de la restauration de la monarchie. La commission désigne le député des Basses-Pyrénées Charles Chesnelong pour rencontrer le prétendant. Le , à Salzbourg, il approuve le projet constitutionnel libéral et parlementaire que lui expose Chesnelong. Henri d'Artois ne soulève aucune objection aux lignes déjà esquissées : la reconnaissance du droit royal héréditaire comme partie intégrante du droit national et non placé au-dessus de lui, l'élaboration d'une constitution discutée par l'Assemblée et non octroyée par le roi, la séparation des pouvoirs et le bicaméralisme, la responsabilité politique des ministres, la garantie des libertés civiles et religieuses[12]. Au sujet du drapeau, les deux hommes conviennent d'un texte indiquant que Henri d'Artois « se réserve de présenter au pays et il se fait fort d'obtenir de lui par ses représentants, à l'heure qu'il jugera convenable, une solution compatible avec son honneur et qu'il croit de nature à satisfaire l'Assemblée et la Nation. » Il n'a cependant pas caché à son interlocuteur qu'il n'accepterait jamais le drapeau tricolore[13].

L'accession au trône du comte de Chambord paraît très proche d'aboutir, et toutes les conditions sont réunies pour aboutir à une Troisième Restauration. Alphonse Daudet écrit : « Qu'il vienne vite, notre Henri… On se languit tant de le voir[14]. » La commission prépare un texte qui sera soumis au vote dès la première séance de l'Assemblée le et qui affirme dans son article premier que « la monarchie nationale, héréditaire et constitutionnelle est le gouvernement de la France ».

À la fin d', on commence à préparer le retour du « roi » en France[15],[16]. Les négociations sont prises au sérieux à la Bourse de Paris, qui monte après ces nouvelles[17]. Un carrosse royal est confectionné par Binder, le plus grand carrossier de l'époque, en vue de l'entrée du roi dans la capitale ; et on prépare les attributs royaux, en remplaçant l'aigle de l'Empire par la fleur de lys royale.

Patrice de Mac Mahon, maréchal de France, député royaliste, prend le pouvoir après la démission de Thiers avec le soutien des Orléans.

Le duc Gaston d'Audiffret-Pasquier entend en informer les Français par un communiqué de presse qui mentionne que des modifications du drapeau ne pourraient être apportées que par l'accord du futur roi et de la représentation nationale, sans parler de remplacement. Or, le comte de Chambord est prêt à accepter provisoirement le drapeau tricolore à condition qu'on lui laisse l'initiative de pouvoir le modifier ou d'en proposer un autre une fois revenu sur le trône. De plus, le procès-verbal d'une réunion des députés du centre-droit rédigé par Charles Savary lui prête des propos qu'il n'a pas tenus lors de son entrevue avec Chesnelong, à savoir qu'il saluerait « avec bonheur » le drapeau tricolore à son entrée en France[18]. Le compte-rendu de Savary fut comparé à la dépêche d'Ems par ceux qui pensèrent qu'elle visait précisément à provoquer une réaction de sa part pour faire échouer la restauration[19].

Du fait de la déformation des paroles du comte de Chambord par Charles Savary, certains journaux vont jusqu'à dire qu'il s'est définitivement rallié au drapeau tricolore. Ne voulant pas être lié, le prétendant décide alors de démentir cette interprétation dans une Lettre à Chesnelong du , qu'il fait publier dans le journal légitimiste L'Union. Il y constate que « l'opinion publique, emportée par un courant que je déplore, a prétendu que je consentais enfin à devenir le roi légitime de la révolution. [...] Les prétentions de la veille me donnent la mesure des exigences du lendemain, et je ne puis consentir à inaugurer un règne réparateur et fort par un acte de faiblesse. » Henri d'Artois réaffirme son attachement au drapeau blanc. Ne pouvant plus espérer obtenir une majorité, la commission qui préparait la restauration de la monarchie met fin à ses travaux le . La publication de cette Lettre à Chesnelong dissipe les espoirs à la Bourse de Paris[20].

Henri d'Artois, qui ne s'attendait pas à ce résultat, fait alors une démarche pour ressaisir ses chances : il se rend incognito en France le et s'installe à Versailles, 5 rue Saint-Louis, chez un de ses partisans, le comte de Vanssay. Le , il fait demander par le duc de Blacas à rencontrer le maréchal de Mac Mahon, président de la République[21]. Il songe sans doute entrer à la chambre des députés, appuyé au bras du président, et obtenir des parlementaires enthousiastes la restauration de la monarchie. Mais Mac Mahon se refuse à rencontrer le prétendant, en estimant que son devoir de chef de l'exécutif le lui interdit[22],[23]

Dans la nuit du , l'Assemblée, qui ignore que le comte de Chambord est en France, vote le mandat présidentiel de sept ans, prolongeant ainsi les pouvoirs de Mac Mahon. Pour les orléanistes, ce délai doit permettre d'attendre la mort du prétendant légitimiste, après laquelle son cousin, Philippe d'Orléans, comte de Paris, petit-fils de Louis-Philippe, pourrait monter sur le trône, en acceptant le drapeau tricolore, la République n'étant alors envisagée que comme un régime temporaire. .

Henri d'Artois, ayant face à lui une montée en puissance du courant républicain, part en exil à Frohsdorf.

Projet orléaniste (1873-1879)[modifier | modifier le code]

Le retour des Orléans[modifier | modifier le code]

La chute de l'Empire et les élections législatives de 1871, permettent le retour d'exil de tous les membres de la maison d'Orléans. Leur chef, Philippe d'Orléans, comte de Paris et petit-fils de l'ancien roi Louis-Philippe, désormais allié du comte de Chambord et se considérant comme son héritier, change de camp après l'échec des légitimistes. L'exil du comte de Chambord ouvre les portes aux Orléans qui, avec le soutien du maréchal-président Mac Mahon, entrent au gouvernement. Parmi eux, les fils de Louis-Philippe et oncles du comte de Paris, François d'Orléans, prince de Joinville, Louis d'Orléans, duc de Nemours et Henri d'Orléans, duc d'Aumale, et le frère du comte de Paris, Robert d'Orléans, duc de Chartres.

La majorité royaliste, acquise aux Orléans, prépare l'avènement du comte de Paris et l'écriture d'une nouvelle constitution.

La « régence » de Mac-Mahon[modifier | modifier le code]

Le comte de Paris, ayant en 1871 reconnu le comte de Chambord comme unique prétendant, ne peut accéder au trône tant que celui-ci n'a pas officiellement renoncé à la couronne. Le président Mac Mahon accepte alors la demande du duc d'Aumale, et prolonge son mandat en attendant l'« abdication » ou la mort du comte de Chambord. Ce n'est qu'après cela que le comte de Paris deviendrait « roi des français » sous le nom de « Philippe VII ». Circule alors dans les milieux orléanistes ce mot : « Mon Dieu, de grâce ouvrez les yeux du comte de Chambord, ou bien fermez-les lui ! »[réf. nécessaire]

Portrait satirique du duc de Broglie.

Avec le duc de Broglie, fervent orléaniste, comme président du Conseil, Mac Mahon prend une série de mesures d'« ordre moral ». L'Assemblée ayant, le , prolongé officiellement son mandat, il déclare, le , qu'il saurait pendant sept ans faire respecter l'ordre légalement établi. Préférant rester « au-dessus des partis », il s'impose comme un véritable « régent », mais reste fidèle aux Orléans et tient son serment, c'est-à-dire quand lorsque le temps sera venu, il laissera le pouvoir au comte de Paris.

Le , il séjourne à Vernon dans l'Eure pendant plusieurs jours, afin de préparer les grandes manœuvres de la troisième armée. À la suite des élections législatives françaises de 1876, qui sont remportées par une majorité de républicains modérés, il consent avec réticence à la formation des gouvernements Dufaure III, Dufaure IV et Jules Simon, dominés par les républicains.

Quand les mandements épiscopaux des évêques de Poitiers, Nîmes et Nevers, recommandant à la sympathie du gouvernement français le cas du pape captif Pie IX, sont suivis d'une résolution de la Chambre proposée par la gauche et demandant au Gouvernement de « réprimer les manifestations ultramontaines » (), Mac Mahon, douze jours plus tard, demande à Jules Simon de démissionner, et constitue un gouvernement conservateur sous la direction du duc de Broglie ; il convainc le Sénat de dissoudre la Chambre, et fait un voyage à travers le pays pour assurer le succès des conservateurs aux élections. C'est ce qu'on a appelé « le coup du 16 mai », qui remet sur place une majorité royaliste permettant une politique conservatrice.

L'influence du duc d'Aumale sur le gouvernement, permet la réouverture de l'assemblée et la tenue de nouvelles élections. Celui-ci, voulant une monarchie juste et équitable, n'a pas totalement approuvé le coup du 16 mai, qui a rappeler les dérives des précédents gouvernements autoritaires.

Politique d'apaisement du duc d'Aumale[modifier | modifier le code]

Très influent et assumant plusieurs fois l'intérim du gouvernement, le duc d'Aumale est pour une politique d'entente entre les partis. Contestant la tournure autoritaire du régime de Mac Mahon, le duc met en place de nouvelles mesures plus libérales favorisant de nouvelles élections, que n'acceptent pas certains conservateurs orléanistes. Mais cette politique, bien qu'isolé au sein de la majorité, est soutenu par le comte de Paris, moins conservateur que Mac Mahon.

Au niveau des partis, les républicains modérés et les royalistes libéraux acceptent l'« entente cordiale », mais les républicains radicaux de l'Union républicaine refusent cette entente et sont décidés à former une opposition crédible au gouvernement.

La réouverture de l'assemblée est alors mise à l'ordre du jour par ordonnance du duc d'Aumale. Mais le chef du gouvernement, le duc de Broglie, avec l'accord du maréchal-président, retarde la date de la réouverture et des nouvelles élections.

L'autoritarisme du gouvernement parait pour le duc d'Aumale comme un danger. Ainsi, il favorise la modération et parle en faveur de nouvelles élections législatives.

Division du clan orléaniste et montée du républicanisme[modifier | modifier le code]

Portrait satirique du duc d'Aumale.

Au moment où certains membres de la maison d'Orléans sont en faveur d'une politique modéré, d'autres sont pour une politique plus conservatrice et plus dominante. Parmi ces membres, on compte le duc de Nemours, qui, fervent soutien de la politique conservatrice de Mac Mahon, est pour un régime dominant qui fonctionne par ordonnance et réformes. Celui-ci est même en faveur de l'abolition finale de l'assemblée, comme chambre basse, en faveur du Sénat, alors chambre haute. Cette dernière étant largement royaliste, le duc voit en elle le seul moyen d'étouffer l'opposition républicaine.

Cette divergence d'opinions entraîne une division au sein de la majorité royaliste, entre les orléanistes modérés et les orléanistes conservateurs. Quant aux quelques légitimistes toujours présents dans la majorité, ces derniers restent neutres et continuent d'être fidèles au comte de Chambord en exil.

Le président Mac Mahon, au pouvoir grâce à cette majorité, tente de conserver l'unité, mais le duc de Nemours ne cesse de réclamer un changement constitutionnel immédiat en faveur du Sénat royaliste. Le maréchal se révélant incapable de remettre de l'ordre au sein des orléanistes, il fait appel au comte de Paris, chef de la maison, qui exige de sa majorité qu'elle reste unie pour le bien de la Nation.

Bien que la division semble s'éteindre, les républicains en sortent pourtant renforcés et même les républicains modérés appellent au renversement du gouvernement de Mac Mahon au profit d'un nouveau gouvernement véritablement républicain.

Législatives de 1877 et échec des orléanistes[modifier | modifier le code]

Carte de l'Europe en 1877 (on aperçoit la France de Mac-Mahon, secoué au moment des législatives).

En 1875, une série de lois constitutionnelles sont votées, la république s'affirme et se solidifie. Les élections suivantes du 14 octobre donnent à la gauche républicaine une majorité de 120 sièges, et le ministère de Broglie démissionne le 19 novembre. Mac Mahon tente d'abord de former un gouvernement de fonctionnaires dirigé par le général de Rochebouët, mais la Chambre ayant refusé d'entrer en contact avec lui, Rochebouët démissionne dès le lendemain, et le président se voit contraint de rappeler Dufaure, un républicain modéré, à la tête d'un gouvernement de gauche.

Les élections sénatoriales du 5 janvier 1879 ayant livré cette assemblée à la gauche républicaine, mettant fin à la majorité royaliste, Mac Mahon, qui ne dispose plus d'aucun soutien parlementaire, préfère démissionner le 30 janvier 1879, après avoir refusé de signer le décret retirant leur commandement à certains généraux orléanistes5.

On prête à Léon Gambetta cette formule prononcée le  : « Le Président n'a que ce choix : il lui faut se soumettre ou se démettre. » Ce président monarchiste, en conflit avec un Parlement républicain aux rangs de plus en plus clairs en monarchistes, est poussé à la démission.

Le gouvernement des royalistes étant renversé, le projet de restauration est abandonné dès la date de la démission de Mac-Mahon. Bien que les Orléans gardent le droit de rester en France, ils sont à jamais écartés du pouvoir.

Le comte de Chambord meurt en 1883, alors que la république est déjà bien consolidée et enracinée. À sa mort, c'est Jules Grévy, un républicain modéré, qui est président de la république ; personne ne songe au comte de Paris, qui s'éteindra en exil au Royaume-Uni en 1894. La Troisième Restauration a bel et bien échoué.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. François Laurentie, Le Comte de Chambord, Guillaume Ier et Bismarck en octobre 1870, avec pièces justificatives, Paris, Emile-Paul, 1912, p. 11.
  2. Vicomte de Meaux, Souvenirs politiques, 1871-1877, p. 128.
  3. Daniel de Montplaisir, p. 448.
  4. Note de Lucien Brun à Henri d'Artois du 28 novembre 1871, archives de Lucques.
  5. Daniel de Montplaisir, p. 451-453.
  6. Daniel de Montplaisir, p. 457-458.
  7. Daniel de Montplaisir, p. 463.
  8. Les Constitutions de la France depuis 1789, présentation par Jacques Godechot, Paris, GF-Flammarion, édition mise à jour, 1995, p. 323.
  9. Daniel de Montplaisir, p. 467.
  10. L’Assemblée déclare d'utilité publique la construction à Montmartre d'une basilique dédiée au Sacré Cœur de Jésus, lancée à la fin de 1871 par une souscription nationale. La mosaïque géante devant orner le plafond du chœur doit faire figurer aux pieds du Christ en majesté, le « roi Henri V » priant au nom de la France repentante.
  11. Daniel de Montplaisir, p. 479.
  12. Daniel de Montplaisir, p. 481.
  13. Charles Chesnelong, Un témoignage sur un point d'histoire La campagne monarchique d'octobre 1873, Paris, E. Plon, Nourrit et Cie, 1895, 555 p.
  14. Alphonse Daudet, article de L'Événement du 19 octobre 1873.
  15. Daniel de Montplaisir, p. 497-499.
  16. Le marquis de Dreux-Brézé commande chez Binder, le plus grand carrossier de l'époque, les douze voitures qui participeront au défilé, commence le recrutement des premiers serviteurs de la maison royale, fait exécuter par Lemoine, bijoutier de la Légion d'honneur, un cordon et une plaque au centre de laquelle une fleur de lys remplace l'aigle impériale. Maxence de Damas choisit dans les écuries de l'armée le cheval que montera « Henri V » pour entrer dans sa capitale. Le voyage de Frohsdorf à Paris s'effectuera en train et s'achèvera gare de l'Est, décorée pour la circonstance. Le « roi » y sera attendu par le Président de la République, les ministres, les députés, les chefs de l'armée, les représentants du clergé. En secret, les royalistes de la capitale font confectionner des fanions blancs fleurdelisés d'or, dont ils espèrent couvrir la capitale. Le « roi » se rendra à Notre-Dame-de-Paris puis les Invalides avant de partir s'installer à Versailles dans les appartements libérés par la Présidence de l'Assemblée nationale, qui étaient avant 1789 ceux de Louis XVI. Le ministre des Affaires étrangères informent que les lettres des ambassadeurs devraient être adressés à « S.M. le Roi de France ». En revanche, on ne sait si Henri d'Artois comptait se faire sacrer à Reims.
  17. Alfred Colling, La Prodigieuse histoire de la Bourse, Paris, Société d'éditions économiques et financières, , p. 291
  18. Daniel de Montplaisir, p. 496.
  19. Le Centre-Droit fera chorus contre Charles Savary, certifiant que celui-ci avait agi seul, par arrivisme ou par bêtise, thèse que confortera la suite de sa vie puisque dix ans plus tard il sera compromis dans plusieurs affaires dont la faillite frauduleuse de la banque de Rhône-et-Loire et condamné à cinq ans de prison pour faux et usage de faux en écritures.
  20. Colling 1949, p. 291
  21. Henri comte de Chambord, Journal (1846-1883) Carnets inédits, Texte établi et annoté par Philippe Delorme, Paris, François-Xavier de Guibert, 2009, p. 585-587.
  22. Gabriel de Broglie, Mac Mahon, Paris, Perrin, 2000, p. 247-251.
  23. (Elisabeth de Miribel, La liberté souffre violence, Plon, 1981, p 31)