Didier Dubucq

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Les Corbeaux, n°37, 10 septembre 1905.
Les Corbeaux, n°145, 5 janvier 1908.
Les Corbeaux, n°173, 13 juillet 1908.

Didier Dubucq est un mystérieux dessinateur et journaliste belge[1]. Libre penseur et anticlérical, il fonde le journal Les Corbeaux, qu'il dirige entre 1904 et 1909. Il signait parfois ses caricatures « Ashavérus ».

Parcours[modifier | modifier le code]

La signature de Didier Dubucq apparaît dès 1901, dans l'un des premiers numéros de L'Assiette au beurre. Ses dessins visent le tsar Nicolas II qui s'était rendu en France pour une visite officielle[2].

Le nom de Didier Dubucq réapparaît ensuite avec Les Corbeaux, un journal qu'il lance à Bruxelles en mai 1904 : le ton est résolument anticlérical et ce périodique surgit dans un contexte sensible, du moins en France où se prépare la « loi de la séparation des Églises et de l’État » qui fut adoptée le 9 décembre 1905[3].

D'abord implanté en Belgique, Les Corbeaux paraît le dimanche et est vendu 10 centimes, dans un pays catholique où s'affrontent « cléricaux » d’un côté et « libéraux » de l'autre. Au bout de quelques mois, le périodique est peu à peu boycotté dans les kiosques et les gares : Dubucq attaquait en effet le gouvernement et la monarchie qui justifient l'exploitation ouvrière au nom d'un conservatisme s'appuyant sur la religion. En fin 1905[4], le militant choisit alors de partir pour Paris où il refonde son journal au 11 rue du Croissant, s'entourant d'une équipe composée entre autres de Maurice Barthélemy, le docteur Simon N., du Belge Joseph Ghysen qui dirige Le Lanternier, de Pierre Érard et d'un certain Gardanne. Le journal est affilié à l'Association nationale des libres penseurs de France, à la Ligue des droits de l’homme, et à l’Association anticléricale des Lanterniers. En 1905, le Reich allemand en interdit la diffusion en Alsace.

Dès le mois de mai 1906 Les Corbeaux éditent des « images de propagande anticléricale (…) à répandre partout ». Il s’agit de tracts de 16 x 18 cm comprenant des dessins anticléricaux sur quinze sujets différents, à distribuer « dans les conférences, les réunions publiques, à la porte des bureaux de vote, dans les cafés », ainsi que des affiches à coller, des calendriers, des almanachs et quantité de cartes postales (environ 150)[5].

En septembre 1906, La Calotte, un nouveau journal anticlérical, sort des presses. Le pouvoir réagit durement face à ce militantisme qui bientôt agrège la gronde ouvrière et les mouvements syndicaux de plus en plus menaçants : des dessinateurs comme Jules Grandjouan ou Aristide Delannoy sont emprisonnés, Clemenceau devient le « premier flic de France » et la tête de turc de la presse militante à tendance anarcho-syndicaliste[6].

Après avoir été attaqué en justice en janvier 1909 par une association de grenoblois pour « outrages aux bonnes mœurs »[7] (tandis qu'un curé avait agressé le colporteur Christin et détruit ses exemplaires), Les Corbeaux disparaît à la fin de l'année 1909.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. La Calotte (Paris), Caricatures et caricature, 13 janvier 2007, en ligne.
  2. Dubucq compose plus de la moitié des dessins de L'Assiette au beurre no 25 du 19 septembre 1901 intitulé « Le Tsar en France ».
  3. « Quand les journaux militants bouffaient du curé » par Paco, in Huffington Post, 19 septembre 2009, en ligne.
  4. Le numéro 46, du 12 novembre 1905 porte encore l'adresse de Bruxelles.
  5. Deux cartes postales détaillées signées « Ashavérus [Didier Dubucq] », in Cartoliste, en ligne.
  6. Citations extraites de « L'image le rire et la libre pensée militante, exemple de la revue franco-belge Les Corbeaux (1905-1909) » par Guillaume Doizy, in Caricatures et caricature, 10 janvier 2007, en ligne.
  7. Voir Les Annales catholiques du 2 janvier 1909, p. 136-137 - en ligne sur Gallica.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • John Grand-Carteret, Popold II roi des Belges et des belles devant l'objectif caricatural, Paris, Louis-Michaud éditeur, 1908 - lire en ligne.
  • Guillaume Doizy, Jean-Bernard Lalaux, À bas la calotte ! La caricature anticléricale et la séparation des Églises et de l’État, Paris, Éditions Alternatives, 2005, (ISBN 978-2862274591).
  • Michel Dixmier, Jacqueline Lalouette, Didier Pasamonik, La République et l’Église. Images d'une querelle, Paris, Éditions de La Martinière, 2005, (ISBN 978-2732432885).
  • Guillaume Doizy, Les Corbeaux contre la calotte. La lutte anticléricale par l’image à la Belle Époque, éditions Libertaires, 2007, (ISBN 978-2914980470), présentation en ligne.
  • Guillaume Doizy, L'image, le rire et la libre pensée militante, exemple de la revue franco-belge Les Corbeaux (1905-1909), Gavroche, revue d'histoire populaire, no 140, mars-avril 2005, p. 8-13.

Notices[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]