Conflit tchado-libyen

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Conflit tchado-libyen
Zone contrôlée par le GUNT au Tchad en 1986/1987 (vert clair), "ligne rouge" au 15e et 16e latitude (1983 et 1984) et la bande d'Aozou occupé par la Libye (vert foncé)
Zone contrôlée par le GUNT au Tchad en 1986/1987 (vert clair), "ligne rouge" au 15e et 16e latitude (1983 et 1984) et la bande d'Aozou occupé par la Libye (vert foncé)
Informations générales
Date 1978–1987
Lieu Tchad
Issue Victoire du Tchad
Changements territoriaux Reprise du contrôle de la bande d'Aozou par le Tchad
Belligérants
Drapeau de la Libye Jamahiriya arabe libyenne
Flag of Frolinat.svg Front de libération nationale du Tchad
Drapeau du Tchad Gouvernement d'Union nationale de transition
(1979-1986)
Drapeau du Tchad Tchad
Drapeau du Tchad Gouvernement d'Union nationale de transition
(1986-1987)
Drapeau du Tchad Forces armées du Nord
Drapeau de la France France
Soutenus par :
Drapeau des États-Unis États-Unis
Drapeau de l'Égypte Égypte
Drapeau du Soudan Soudan
Commandants
Drapeau de la Libye Mouammar Kadhafi
Drapeau de la Libye Massoud Abdelhafid
Drapeau du Tchad Goukouni Oueddei
Drapeau du Tchad François Tombalbaye
Drapeau du Tchad Hissène Habré
Drapeau du Tchad Hassan Djamous
Drapeau de la France Valéry Giscard d'Estaing (1974-1981)
Drapeau de la France François Mitterrand (1981-1987)
Pertes
+ de 7 500 morts
+ de 1 000 prisonniers
+ 800 véhicules détruits
+ de 32 avions détruits
+ de 1 000 morts
Conflit tchado-libyen

Le conflit tchado-libyen est un conflit entre le Tchad de Hissène Habré et la Libye de Mouammar Kadhafi pour le contrôle de la bande d'Aozou entre 1978 et 1987. L'opération Manta puis l'opération Épervier de l'armée française se sont déroulées durant ce conflit afin de soutenir le gouvernement tchadien.

Contexte et invasion libyenne[modifier | modifier le code]

Hissène Habré, chef des Forces armées du Nord (FAN) et président du Tchad de 1982 à 1990 après avoir renversé Goukouni Oueddei par un coup d'État.

À l'été 1973, la Libye envahit le territoire tchadien et occupe militairement la bande d'Aozou, dont elle revendique la possession. Kadhafi se pose également en médiateur dans la guerre civile tchadienne, prenant sous son aile Goukouni Oueddei, s'opposant à l'autre chef rebelle Hissène Habré, qu'il qualifie de « viscéralement anti-arabe ». Une certaine collaboration se développe, dans le contexte de la guerre civile tchadienne, entre la France et la Libye, Georges Pompidou tentant d'associer Kadhafi à la stabilisation du conflit. Kadhafi joue par la suite un rôle dans la libération de l'otage française Françoise Claustre. Valéry Giscard d'Estaing, cependant, tente de marginaliser la Libye, en jouant la réconciliation entre le pouvoir central et l'aile anti-libyenne de la rébellion, dirigée par Hissène Habré. Kadhafi, de son côté, dénonce la « trahison » de la France. En avril 1976, la Libye soutient une tentative d’assassinat du président tchadien Félix Malloum[1]. La même année, des troupes libyennes réalisent des incursions dans le centre du pays, avec les forces du Front de libération nationale du Tchad (FROLINAT) de Goukouni Oueddei[2].

L'aide libyenne à Oueddei s’accroît et, en 1977, Félix Malloum et Hissène Habré s’allient contre les rebelles pro-libyens[3]. Soutenu par les « volontaires » de la « Légion islamique » créée par Kadhafi, et parvenu au pouvoir en 1979, Oueddei annonce en janvier 1981 la fusion entre le Tchad et la Libye[4]. Mais ses relations avec Kadhafi se détériorent et, en décembre de la même année, les troupes libyennes se retirent du Tchad[5]. Hissène Habré prend le pouvoir peu après, et les troupes de Kadhafi reprennent l’offensive au Tchad, pour soutenir la coalition militaire de Oueddei.

Les opérations françaises (1983-1986)[modifier | modifier le code]

Le 21 juin 1983, les forces coalisées du Gouvernement d'Union nationale de transition (GUNT) loyales à Oueddei, précédant d'importantes unités des forces armées libyennes, franchissent la frontière tchadienne et se lancent à travers le désert. Leur objectif : N'Djamena, la capitale d'un État déchiré par vingt années de guerre civile.

L'opération Manta débute le 10 août 1983, par l’envoi de 314 parachutistes français à N'Djamena, à la demande du président Hissène Habré, après l'intervention des forces libyennes aux côtés des partisans de Goukouni Oueddei dans le nord du Tchad. Elle a pour vocation à empêcher l’ingérence libyenne. Cette opération mène au partage du pays en deux, à hauteur du 16e parallèle afin de séparer les belligérants tchadiens et libyens. Les troupes françaises ont pour objectif officiellement de former les forces nationales tchadiennes. En deux mois, le groupement comprend près de 3 000 hommes, appuyés par une vingtaine d'hélicoptères et une trentaine d'appareils de l'armée de l'air et de l'aéronautique navale, soutenus par les éléments d'assistance opérationnelle de République centrafricaine où s'était installée la base arrière.

Il s'agit alors du plus important dispositif déployé par la France à l'étranger depuis la fin de la guerre d'Algérie en 1962. Avec 158 militaires français morts au cours des différentes opérations dans ce pays depuis 1968 dont 93 « morts pour la France » depuis la fin des années 1960, le Tchad est, à égalité avec le Liban, au premier rang des pertes militaires françaises en opérations extérieures depuis 1963.

La guerre des Toyota (1986-1987) et cessez-le-feu[modifier | modifier le code]

MiG-23MS de l'armée de l'air libyenne roulant sur la piste de la base aérienne de Faya-Largeau au Tchad au milieu des années 1980.

La guerre des Toyota est le nom communément donné à la dernière phase du conflit, entre 1986 et 1987, dans le nord du Tchad et à la frontière libyo-tchadienne. Ce nom provient des pick-up Toyota utilisés comme technicals par les tchadiens, comme le Toyota Hilux ou le Toyota Land Cruiser. Elle résulte en une lourde défaite de la Libye, qui, selon des sources américaines, a perdu un dixième de son armée et plus de 1,5 milliard de dollars américains d'équipement militaire (soit 3 milliards de $ valeur 2013).

En mars 1987, les Tchadiens, avec l’appui sur le terrain du service Action de la DGSE et des renseignements provenant de la CIA et du Mossad[6], capturent la base aérienne de Ouadi Doum[7], protégée par des champ de mines, des chars, des véhicules blindés et 5 000 soldats des forces armées de la Jamahiriya arabe libyenne. La chute du village de Ouadi Doum est une défaite cuisante pour la Libye, qui s'en servait comme sa principale base lors du conflit. Les troupes libyennes se retrouvent bientôt isolées et Hissène Habré décide de porter le coup final à Mouammar Kadhafi en expulsant les Libyens de la bande d'Aozou.

En août 1987, les Tchadiens prennent Aozou. En représailles, la Libye bombarde les villes tchadiennes du nord. L'appel de Habré demandant une intervention de l'Armée de l'Air française n'est pas entendu par le président français François Mitterrand qui souhaite une médiation internationale quant au sort de la bande d'Aozou.

Le 5 septembre 1987, les Tchadiens montent une attaque surprise contre la base aérienne libyenne de Maaten al-Sarra. Environ 1 000 soldats libyens sont tués, 300 autres capturés et plusieurs centaines sont contraints de s'enfuir dans le désert. Le Tchad affirme avoir détruit 32 aéronefs dont des MiG-21, MiG-23, Soukhoï Su-22 et des hélicoptères d'attaque Mil Mi-24.

Ce raid n'a pas été soutenu par la France, qui a refusé de fournir des renseignements et de la logistique aux forces armées nationales tchadiennes. Les États-Unis, qui avaient passé un contrat de 32 millions de dollars américains d'armes (dont des missiles anti-aériens FIM-92 Stinger) avec l'armée tchadienne, se sont quant à eux félicités de la reprise du nord du pays.

En mars 1988, le colonel Kadhafi accepte finalement un cessez-le-feu et dit « faire un cadeau à l'Afrique » en reconnaissant Hissène Habré. Quelques violations mineures du cessez-le-feu continueront en revanche d'avoir lieu. Le 3 octobre, les relations formelles entre le Tchad et la Libye sont rétablies. Le différend portant sur la bande d'Aozou est porté devant la Cour internationale de justice, qui donne son verdict le 3 février 1994 en faveur du Tchad.

L'opération Mount Hope III (1988)[modifier | modifier le code]

Mount Hope III est le nom de code d'une opération de l'United States Army en juin 1988, menée par la 160th Special Operations Aviation Regiment (Airborne) avec l'accord du gouvernement tchadien afin de capturer un Mil Mi-24 libyen abandonné. Transportés par deux Boeing CH-47 Chinook et exécutée pendant la nuit, l'opération aurait visé probablement à étudier l'aéronef de conception soviétique[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Michael Brecher, Jonathan Wilkenfeld, A study in crisis, University of Michigan Press, 1997, page 85
  2. Kenneth M. Pollack, Arabs at war : Military Effectiveness, 1948–1991, University of Nebraska Press, 2002, page 386
  3. Otayek 1986, p. 183-187
  4. Alain Fogué Tédom, Enjeux géostratégiques et conflits politiques en Afrique noire, éd. L'Harmattan, 2008, 418 p., p.103-104
  5. Michael Brecher, Jonathan Wilkenfeld, A study in crisis, University of Michigan Press, 1997, page 90
  6. Jean Guisnel, « Quand un espion raconte... », sur Le Point,‎ 22 janvier 2007 (consulté le 6 juin 2013)
  7. Arnaud Delalande, « De Manta à Epervier : opérations aériennes au-dessus du Tchad (1983-1988) », sur AéroHisto,‎ 13 décembre 2013 (consulté le 19 septembre 2014)
  8. (en) Operation Mount Hope III Africa, 1988, Special Operations.Com

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]