Période de la céramique Mumun

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Grand pot du Mumun moyen (VIII siècle av. JC) trouvé à Daepyeong
Un dolmen sur l'ile de Ganghwa

La période de la céramique Mumun (무문, la céramique sans décor) est une période de la préhistoire en Corée s'étendant approximativement de 1500 à 300 av. J.C. Elle est souvent qualifiée d'âge du bronze coréen bien que la production du bronze ne commence que vers -700. Cette civilisation est marquée par un fort développement de l'agriculture, une différenciation de la société et par la construction de nombreux dolmens. Elle tire son nom de l'absence de décors dans ses poteries et fait suite à la période de la céramique Chulmun.

Spécifiquement coréenne, elle a été influencée par la culture de Longshan et par la culture du poignard de bronze du nord-est de la Chine. On y trouve notamment des poignards et des hallebardes en bronze ainsi que des miroirs ourlés de motifs linéaires. La principale différence par rapport à la Chine de la dynastie Zhou est l'absence de vases tripodes[1]. À la fin de cette période, vers -400, des objets en fer apparaissent, d'abord en fonte puis en fer forgé[2] faisant de l'âge du bronze en Corée une période particulièrement courte.

Certains historiens estiment que le passage au Mumun est dû à l'arrivée d'un peuple venu du sud de la Mandchourie amenant avec lui le riz, le bronze, les dolmens et les chevaux et supputent même qu'ils seraient porteurs des langues coréennes et japonaises et les associent au peuple des Yemeak[3]. Cependant, d'autres pensent que cette évolution est due à la lente formation d'une élite grâce à l'augmentation de la productivité de l'agriculture[1].

Le Mumun ancien[modifier | modifier le code]

Carte des sites Mumun en Corée du Sud.

Le Mumun ancien date de -1500 à -850. Il est caractérisé par une agriculture itinérante complétée par la chasse et la pêche et des villages formés de maisons rectangulaires semi-enterrées. Partant d'une société égalitaire, la fin de cette période montre une plus grande compétition à l'intérieur du village. La plupart des sites se trouvent dans les vallées du bassin du Geum. Eoeun dans la moyenne vallée du Nam et Baekseok-dong près de Cheonan font partie des plus grands sites. Les nouvelles traditions consistent en la construction de dolmens, la production de poterie rouge et de dagues en pierre polie.

Le Mumun classique[modifier | modifier le code]

Cette période s'étend de -850 à -550. Elle est caractérisée par une agriculture intensive, la formation de gros villages et des signes de la formation d'une élite accompagnés d'un creusement des inégalités sociales ainsi que du développement de l'artisanat. C'est à cette époque que les rizières apparaissent. Les plantes dominantes sont cependant le millet, l'orge, le blé et les légumes alors que la chasse et la pêche tiennent un grand rôle.

Les tombes de la deuxième partie du Mumun classique (-700 à -550) contiennent des objets en jade ou en bronze. Les principaux sites archéologiques se trouvent à Songguk-ri (Buyeo), Igeum-dong (Sacheon) et Daepyeong (Jinju).

Le Mumun tardif[modifier | modifier le code]

Le Mumun tardif (-550 à -300) est une période caractérisée par une augmentation des conflits, des établissements fortifiés au sommet des collines et une concentration de la population sur la côte méridionale. Le nombre de villages est plus réduit que dans la période précédente mais ceux-ci sont plus grands indiquant une concentration de la population. Des sites liés à cette culture apparaissent aussi au Japon dans le nord de l'ile de Kyushu[4].

Un site représentatif est celui de Namsan (Changwon) situé au sommet d'une colline. Ses maisons semi-enterrées sont entourées d'un fossé circulaire large de 10 mètres et profond de 4 mètres. Il possède aussi un amas coquillier.

Traits culturels[modifier | modifier le code]

Pétroglyphe sur un mégalithe d'Orim-dong (Yeosu)
Subsistance 

À la traditionnelle culture du millet s'ajoute la culture du riz qui est pratiquée intensément dès le Mumun classique, tout comme la pratique de l'irrigation. Le blé et le soja apparaissent, accompagnés par l'orge, le chanvre, le haricot azuki, le shiso et d'autres légumes à partir de la Chine[5]. Cependant, la subsistance est encore largement assurée par la chasse et la pêche. Les outils utilisés pour l'agriculture sont en pierre polie.


Habitations 

Au Mumun ancien, les habitations étaient semi-enterrées et de forme rectangulaires. Très grandes, elles pouvaient contenir jusqu'à six foyers. À partir de -900, les maisons sont plus petites ce qui indiquent le passage d'une unité d'habitation multigénérationnelle à un foyer séparé formé par une famille nucléaire. Dès lors, les maisons sont encore semi-enterrées mais elles peuvent être carrées, rondes ou ovales. La taille des villages est petite ; ce n'est qu'au Mumun classique que de plus grands sites ayant jusqu'à plusieurs centaines de maisons apparaissent. C'est à cette époque que les premiers ondols apparaissent, un système de chauffage par le sol, d'abord dans le nord du pays.

Contrairement au site du Chulmun qui étaient établis près de la mer et des rivières, les villages du Mumun se trouvent sur les crêtes[6].


Pratiques funéraires 

Des tombes mégalithiques et des enterrements dans des jarres ont été trouvés. Des cistes en pierre sont d'abord utilisées comme dans les cultures du nord avant que les dolmens apparaissent. Ceux-ci sont groupés et utilisés pour la sépulture d'une seule personne[1]. À la fin du Mumun classique, certaines tombes sont particulièrement grandes et ont demandé un travail considérable. Un petit nombre de tombes contenaient des objets de prestige tels que des dagues, du bronze, de la jade et de la poterie rouge-brulée.


Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Sarah Milledge Nelson, « Megalithic monuments and the introduction of rice in Korea » dans « The Prehistory of Food: Appetites for Change »  par Chris Gosden et Jon G. Hathe, pages 145 à 163, Routledge, 1999 .
  2. Tadashi Nishitani, « La Corée », chapitre 15 du livre de l'Unesco, « Histoire de l'humanité », volume 2, pages 1028 à 1034, 2001.
  3. Patricia Buckley Ebrey, Anne Walthall, James B. Palais, « East Asia: A Cultural, Social, and Political History », page 5, cengage Learning, 2009.
  4. Shinpei Hashino, « The Diffusion Process of Red Burnished Jars and Rice-Paddy Field Agriculture from the Southern Part of the Korean Peninsula to the Japanese Archipelago », pages 203 à 222 et Yoichi Kawakami, « The Imitation and Hybridization of Korean Peninsula-Style Earthenware in the Northern Kyushu Area during the Yayoi Period », pages 257 à 276 dans « Coexistence and Cultural Transmission in East Asia », édité par Naoko Matsumoto, Idetaka Iessho et Makoto Tomii, Left Coast Press, avril 2011.
  5. Olivier Van Ingelgem, « L'agriculture sud-coréenne », L'Harmattan, 202 pages, mai 2012.
  6. Peter Neal Peregrine, Melvin Ember, « Encyclopedia of Prehistory: Volume 3: East Asia and Oceania », Springer, 386 pages, 2001.