Kim Jong-il

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Ne pas confondre avec Kim Yong-il, homme politique nord-coréen.
Dans ce nom coréen, le nom de famille, Kim, précède le nom personnel.
Kim Jong-il
김정일 - 金正日
Kim Jong-il en 2011.
Kim Jong-il en 2011.
Fonctions
Secrétaire général du Parti du travail de Corée
8 octobre 199717 décembre 2011
(14 ans, 2 mois et 9 jours)
Prédécesseur Kim Il-sung
Successeur Kim Jong-un
Chef suprême de la République populaire et démocratique de Corée
8 juillet 199417 décembre 2011
(17 ans, 5 mois et 9 jours)
Président Kim Yong-nam
Premier ministre Hong Song-nam
Pak Pong-ju
Kim Yong-il
Choe Yong-rim
Prédécesseur Kim Il-sung
Successeur Kim Jong-un
Président du Comité de la défense nationale de Corée du Nord
9 avril 199317 décembre 2011
Prédécesseur Nouvelle fonction
Successeur Kim Jong-un
Commandant suprême de l'Armée populaire de Corée
24 décembre 19918 octobre 2011
Prédécesseur Kim Il-sung
Successeur Kim Jong-un
Biographie
Date de naissance 16 février 1941 (source russe)
ou 16 février 1942 (source nord-coréenne)[1]
Lieu de naissance Viatskoïe (URSS)
ou Mont Paektu (Corée du Nord)[1]
Date de décès 17 décembre 2011 (à 70 ans)
Nationalité nord-coréenne
Parti politique Parti du travail de Corée
Père Kim Il-sung
Mère Kim Jong-suk
Conjoints Kim Young-sook
Song Hye-rim
Ko Young-hee
Kim Ok
Enfant(s) Kim Sul-song
Kim Jong-nam
Kim Jong-chol
Kim Jong-eun

Kim Jong-il
Chefs d'État nord-coréens

Kim Jong-il (hangeul : 김정일, Hanja : 金正日), né le 16 février 1941 ou 1942[1] et mort le 17 décembre 2011[2], est un homme d'État nord-coréen. Il a été le dirigeant de la Corée du Nord de 1994 à sa mort.

Il succède à son père, Kim Il-sung, qui a dirigé le pays entre 1948 et 1994. Appelé le « Cher dirigeant » (친애한 지도자, chinaehan jidoja; également traduit par « Dirigeant bien-aimé »), il occupe alors les fonctions de président du Comité de la défense nationale et de secrétaire général du Parti du travail de Corée. En 2010, il est listé à la 31e place des personnalités les plus puissantes au monde par le magazine Forbes.

Kim Jong-il décède le 17 décembre 2011 d'une crise cardiaque, alors qu'il voyageait dans un train, selon les médias officiels nord-coréens. Son plus jeune fils Kim Jong-un, qui préside le 28 décembre ses funérailles, lui succède à la tête de la Corée du Nord. Son jour de naissance est un jour férié en Corée du Nord.

Biographie[modifier | modifier le code]

Formation[modifier | modifier le code]

Selon sa biographie officielle, Kim Jong-il est né le 16 février 1942, au Mont Paektu, le point culminant de la Corée du Nord, situé à la frontière chinoise[3]. Il a été enregistré sous le nom russifié de Juri Irsenowitsch Kim (Юрий Ирсенович Ким).

Kim Jong-il en 1947 âgé de 5 ou 6 ans.

Cette biographie officielle[4] est cependant contestée par des observateurs occidentaux. Selon d'autres sources occidentales et sud-coréennes, Kim Jong-il serait né sous le nom de Youri Irsenovitch Kim le 16 février 1941 dans le petit village de Viatskoïe (ou Viatsk), un camp militaire près de Khabarovsk, en Union soviétique[3],[5]. Ce double mensonge visait à éclipser l'aide capitale de l'URSS dans l'établissement du régime afin d'exalter le nationalisme coréen et imposer un écart symbolique de 30 ans, une génération, entre le « président » et son fils pour légitimer la succession dynastique[6]. Son père Kim Il-sung était une figure importante parmi les Coréens communistes exilés, ayant le grade de commandant de bataillon dans la 88e brigade soviétique, composée de Chinois et de Coréens. Kim Jong-suk, la mère de Kim Jong-il, fut la première épouse de Kim Il-sung.

Son père rentre à Pyongyang en septembre 1945 en tant qu'ancien dirigeant de la guérilla communiste anti-japonaise. En novembre, Kim Il-sung accompagne ses deux fils (Kim Jong-il et son frère cadet, Shura Kim, mort accidentellement noyé pendant son enfance) lors de leur retour en Corée, à bord d'un navire soviétique qui fait escale à Unggi. En 1948, Kim Jong-il entre à l'école élémentaire. Sa mère meurt en 1949. Selon des rapports non officiels[réf. nécessaire], elle aurait été abattue d'une balle dans la tête et laissée se vider de son sang.

Kim Jong-il est diplômé de l'école Namsan de Pyongyang, fréquentée notamment par les enfants des cadres communistes nord-coréens. Puis il suit des cours à l'université Kim Il-sung où il obtient un diplôme en économie politique en 1964. Kim Jong-il reçoit également des cours d'anglais à l'Université de Malte au début des années 1970, au cours de ses fréquentes vacances à Malte comme invité du Premier ministre maltais, Dom Mintoff.

Selon d'autres sources occidentales[réf. nécessaire], Kim a également été formé en République populaire de Chine, où il est éloigné de son père pour des raisons de sécurité durant la guerre de Corée.

Ascension politique[modifier | modifier le code]

Cette section ne cite pas suffisamment ses sources. Pour l'améliorer, ajouter en note des références vérifiables ou les modèles {{Référence nécessaire}} ou {{Référence souhaitée}} sur les passages nécessitant une source.
Kim Jong-il
Hangeul 김정일
Hanja 金正日
Romanisation révisée Gim Jeong-il
McCune-Reischauer Kim Chŏng-il

Après l'obtention de son diplôme en 1964, Kim Jong-il commence son ascension à travers la hiérarchie du Parti du Travail de Corée, travaillant d'abord dans le département d'Organisation, avant de devenir membre du Bureau politique du Parti en 1968. En 1969, il est nommé directeur du Département de la propagande[7].

Entre temps, Kim Il-sung s'est remarié et a eu un autre fils, Kim Pyong-il. Il existe une intense rivalité entre les deux demi-frères selon des sources occidentales. Kim Pyong-il est diplomate, ayant notamment travaillé à l'ambassade de Hongrie.

En 1973, Kim Jong-il est nommé secrétaire de parti de la propagande et en 1974, il est officieusement désigné comme successeur de son père selon des observateurs occidentaux. Durant les quinze années suivantes, il occupe successivement d'autres postes, dont celui de ministre de la Culture, ou en travaillant au sein des services secrets nord-coréens[7].

La Corée du Sud a accusé Kim Jong-il d'avoir organisé en 1983 un attentat à la bombe à Rangoon, en Birmanie, qui tue dix-sept Sud-Coréens en visite officielle, dont quatre membres de cabinets ministériels, ainsi qu'un autre attentat qui cause la mort des 115 passagers du vol KAL-858 de la Korean Airlines le 29 novembre 1987[8]. Le gouvernement nord-coréen a toujours nié toute implication dans l'attentat de Rangoon. Kim Hyon-hui, une ancienne agent nord-coréenne condamnée à mort en Corée du Sud pour l'attentat contre le vol de Korean Airlines, accuse Kim Jong-il de lui en avoir donné l'ordre[9].

Kim Jong-il s'est progressivement affirmé au sein du Parti du Travail de Corée à partir de la septième session plénière du Comité central en septembre 1973, menant les campagnes des « Trois Révolutions ». Il apparaît pour la première fois publiquement, aux côtés de son père, comme l'un des principaux dirigeants lors du sixième congrès du Parti du travail de Corée, organisé en octobre 1980, à l'issue duquel il siège au Politburo, au Comité militaire et au secrétariat du Parti.

En 1991, Kim Jong-il est nommé commandant suprême de l'Armée populaire de Corée. Le rôle important joué par l'armée en Corée du Nord explique que, selon certains observateurs occidentaux, cette fonction soit considérée comme la plus éminente parmi celles alors exercées par Kim Jong-il.

En 1992, Kim Il-sung déclare publiquement que son fils était chargé des affaires intérieures nord-coréennes.

Dirigeant de la Corée du Nord[modifier | modifier le code]

La période de trois ans entre la mort de Kim Il-sung, en 1994, et la confirmation de son fils Kim Jong-il comme nouveau dirigeant de la Corée du Nord, en 1997, a souvent été interprétée à l'étranger comme le signe d'une succession plus difficile que prévue. Les autorités nord-coréennes font observer qu'il s'agissait seulement de respecter la durée du deuil de trois ans qui est d'usage en Corée lors de la mort du père. Le changement de pouvoir est intervenu à une période critique pour la Corée du Nord, dans un contexte de crise nucléaire et d'aggravation des difficultés agricoles ayant conduit à une sévère pénurie alimentaire[10].

Déjà président du Comité de la défense nationale, qui dirige l'Armée populaire de Corée dont le rôle est prépondérant dans le pays, Kim Jong-il attend trois ans pour prendre officiellement la tête du Parti du travail de Corée. La constitution de Corée du Nord est révisée en 1998 et précise désormais que le président du Comité de la défense nationale est le « Dirigeant suprême de la République populaire démocratique de Corée »[11]. Kim Jong-il est donc le dirigeant de fait la République populaire démocratique de Corée, bien que, sur un plan strictement juridique, le poste de chef de l'état soit détenu par Kim Yong-nam, en tant que président de l'Assemblée populaire suprême. Le rôle de ce dernier a cependant toujours été en retrait par rapport à celui de Kim Jong-il.

Diplomatie avec la Corée du Sud[modifier | modifier le code]

Kim Jong-il et Vladimir Poutine, en 2001

Kim Jong-il a participé au relancement du dialogue entre les deux Corées, sur la base de la déclaration conjointe Nord-Sud du 15 juin 2000, en vue d'une réunification de la Corée. À l'occasion de cette rencontre historique entre les deux dirigeants coréens à Pyongyang, Kim Dae-jung, dont le pays est officiellement en guerre avec la Corée du Nord depuis cinquante ans, l'a décrit comme « un dirigeant pragmatique avec un solide jugement » et Madeleine Albright l'a qualifié de « très décidé et doué d'un grand sens pratique »[12] — même si elle l'a également trouvé illogique lorsqu'il lui a dévoilé ses plans économiques pour la Corée du Nord.

Selon l'ancien ministre sud-coréen de l'unification Park Song-wu, qui avait préparé le sommet intercoréen de juin 2000, Kim Jong-il souhaitait d'abord rencontrer le président américain Bill Clinton avant de venir à son tour à Séoul. Cependant, l'élection à la présidence des États-Unis de George W. Bush - et non du vice-président Al Gore, comme l'escomptait Pyongyang - aurait empêché la concrétisation de ces projets[13].

Lors du second sommet intercoréen au niveau des chefs d'État, organisé à Pyongyang du 2 au 4 octobre 2007, Kim Jong-il reçoit Roh Moo-hyun et les deux dirigeants signent un document commun où ils s'engagent à promouvoir la paix et la prospérité économique dans la péninsule. À cette fin, ils négocieront avec les États-Unis et la Chine la mise en place, selon les termes de la déclaration conjointe du 4 octobre, d'« un système de paix permanent » qui remplacerait l'actuelle situation d'armistice, laquelle prévaut toujours dans la péninsule depuis la fin de guerre de Corée en 1953[14].

Politique et constitution[modifier | modifier le code]

L'accession de Kim Jong-il aux fonctions de principal dirigeant de la République populaire démocratique de Corée s'est traduite par une modification des équilibres institutionnels lors de la révision constitutionnelle de 1998[15] :

  • les pouvoirs du Comité central, prépondérants dans le système institutionnel issu de la Constitution de 1972, ont diminué au profit du Comité de la défense nationale, présidé par le dirigeant Kim Jong-il, qui définit les priorités militaires, économiques et politiques ;
  • le président du praesidium de l'Assemblée populaire suprême exerce les fonctions de chef de l'État ;
  • un cabinet des ministres remplace le Conseil administratif, parallèlement à un renforcement de l'autonomie des autorités locales.

En outre, la transition politique a conduit à une certaine libéralisation politique :

« [La] transition politique s'est accompagnée d'une « décompression » politique graduelle, qui se manifeste par un semblant de glasnost dans les médias nord-coréens, en particulier pour la couverture des événements extérieurs, le recours à une langue non orthodoxe dans le compte rendu des nouvelles, quelques réhabilitations politiques sans précédent, ainsi qu'une transparence inhabituelle dans les processus de prises de décision gouvernementale et les modes de pensée. »[16]

Sur le plan théorique, Kim Jong-il a créé et développé la politique de songun, présentée pour la première fois officiellement le 20 octobre 1998[17], qui accorde la priorité au renforcement de l'armée dans la construction du socialisme nord-coréen.

Politique économique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Économie de la Corée du Nord.

Sur le plan intérieur, Kim Jong-il a initié des mesures d'ouverture économique, marquées par la libéralisation des prix et des salaires en 2002 et l'ouverture de zones économiques spéciales accueillant les investissements étrangers.

De 1995 à 1999, la Corée du Nord a traversé une période de pénurie alimentaire ayant entraîné de 200 000 morts (chiffre officiel) à 2 000 000 de morts (plusieurs ONG ont choisi de se retirer de Corée du Nord en estimant que l'aide n'arrivait pas aux populations qui en avait le plus besoin mais bénéficiait d'abord à l'armée et aux cadres dirigeants[18]).

On prête également à Kim Jong-il l'établissement d'une organisation gouvernementale secrète nommée Division 39 dont le but semble uniquement consister en l'alimentation de la caisse noire du président[19].

Programme nucléaire[modifier | modifier le code]

Depuis la fin des années 1980, la Corée du Nord est accusée de mener un programme nucléaire clandestin. Début 1993, la Corée du Nord annonce son retrait du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires et une crise diplomatique s'engage résolue par l'accord-cadre de 1994. Après plusieurs cycles de négociations comprenant la Corée du Sud, le Japon, les États-Unis, la Russie et la Chine, la Corée du Nord a plus ou moins montré des signes d'apaisement dans sa volonté d'acquérir l'arme nucléaire. Mais finalement, elle procède à un essai nucléaire le 9 octobre 2006 et à un second, plus puissant et sans ambigüité sur sa nature, le 25 mai 2009[20],[21].

La poursuite de ce programme par Kim Jong-il est un sujet d'inquiétude pour la communauté internationale, d'autant plus que la Corée du Nord développe un programme de missiles balistiques pouvant servir de vecteur à l'arme nucléaire.

Décès[modifier | modifier le code]

Le dirigeant nord-coréen est décédé le 17 décembre 2011 au petit matin, à l'âge de 69 ans. Selon les médias officiels, Kim Jong-il est mort alors qu'il se trouvait dans un train.

L'Agence centrale de presse coréenne (KCNA), qui est la voix du régime, a précisé que le chef de l'État nord-coréen « a succombé à un grand épuisement mental et physique » et que sa mort est survenue à la suite d'un « infarctus du myocarde sévère, en d'autres mots, d'une crise cardiaque »[22]. Son fils Kim Jong-un a été désigné pour prendre sa succession, ont annoncé lundi 19 décembre 2011 les médias officiels du régime communiste. Kim Jong-il « laisse à son fils une économie moribonde dans un pays marqué par une famine meurtrière et de graves pénuries alimentaires à répétition », selon l'Agence France-Presse. De nombreuses scènes d'hystérie collective, où la population pleure la mort de son leader, sans qu'il soit possible de dire si ces pleurs sont sincères ou non[23],[24], sont montrées par l'Agence nationale de presse coréenne et reprises en boucle.

Cependant le président des services de renseignement sud coréens (le NIS) assure que le train où serait mort Kim Jong-il était en fait à l’arrêt dans la gare de Yongsong à Pyongyang le samedi 17 décembre 2011 à 8 heures 30. De plus le train était également à l’arrêt le vendredi et tout le samedi remettant ainsi en cause la version officielle des faits. De plus, Lee Yun-keol, un ancien garde du corps du dictateur qui a fait défection au Sud, a affirmé que Kim Jong-il était en fait mort le vendredi 16 décembre vers 20 heures dans l'une de ses luxueuses résidences. Le NIS a affirmé par ailleurs que le leader nord coréen ne se mettait plus au travail aussi tôt depuis son attaque cérébrale en août 2008.

Le corps de Kim Jong-il est exposé au palais du Soleil Kumsusan, là ou repose son père Kim Il-sung, dès le 20 décembre, c'est-à-dire le jour suivant l'annonce de sa mort. Kim Jong-un, son fils, lui a rendu hommage aux côtés de plusieurs dirigeants du régime.

À l'annonce de la mort de Kim Jong-il, la République populaire de Chine, la Fédération de Russie et le Japon présentent leurs condoléances. Ils sont suivis par la Corée du Sud qui refuse cependant d'envoyer une délégation officielle aux funérailles de Kim Jong-il même si elle autorise plusieurs Sud-coréens dont l'épouse du défunt Kim Dae-Jung et l'ancien président de Hyundai à se rendre aux funérailles.

Controverses[modifier | modifier le code]

Non-respect des Droits de l'Homme[modifier | modifier le code]

Selon un rapport de Human Rights Watch de 2004, le gouvernement nord-coréen est parmi les gouvernements les plus répressifs au monde, ayant plus de 200 000 prisonniers politiques selon les autorités américaines et sud-coréennes[25], sans libertés pour la presse ou de liberté de cultes, d'opposition politique et où le droit à l'éducation diffère selon le sexe[26]. « Tous les aspects politiques, sociaux et de la vie économiques sont contrôlés par l'État[26]. »

Le gouvernement de Kim Jong-il est accusé de crimes contre l'humanité pour avoir favorisé et prolongé la famine de 1990.

Culte de la personnalité[modifier | modifier le code]

Des drapeaux nationaux pendent dans un isoloir nord-coréen contenant les portraits de Kim Il-sung et Kim Jong-il, et en dessous, l'urne électorale. Celle-ci est entourée de deux fleurs rouges, des kimjongilias, une variété de bégonias développée en l'honneur du « Cher Leader » (août 2007).

Tout comme son père, la personne de Kim Jong-il est entourée d'un culte de la personnalité particulièrement poussé : monuments, défilés, portraits et badges[27],[28]. Ses anniversaires donnent en général lieu a des célébrations somptueuses. En 2002, la BBC note que 10 000 jeunes ont participé à un vaste spectacle afin de lui souhaiter un bon anniversaire[29]. Cependant, en 2004, Kim Jong-il fit soudainement enlever tous ses portraits de la rue, ne laissant que ceux de son père, Kim Il-sung[30].

D'après d’anciens journalistes réfugiés, les étudiants de l'école de journalisme apprendraient à placer les articles concernant Kim Jong-il avant toute autre information et à écrire des textes flatteurs concernant Kim Jong-il, tout en suivant régulièrement des stages de mise à niveau en « grandes réalisations de Kim Jong-il et Kim Il-sung »[31]. D'ailleurs, à titre d’exemple, toutes les universités du pays comptent un département dédié à Kim Jong-il, tandis que les programmes scolaires du primaire et du secondaire contiennent des leçons sur son enfance, souvent inventées de toutes pièces[32]. Dès leur plus jeune âge, les écoliers nord-coréens doivent s'incliner tous les matins devant les portraits de ces deux leaders avant d'aller en cours.

Sa biographie officielle[4] diffère sur plusieurs points des biographies des observateurs occidentaux. Ainsi, on prétend qu'il serait né dans un « milyong » (camp secret) sur le Mont Paektu, montagne sacrée et point culminant de la péninsule coréenne, le 16 février 1942 (tandis que le monde occidental accorde sa naissance un an auparavant en Sibérie). La légende officielle raconte que ce jour-là, un grand glacier du mont Paedku aurait émis un son mystérieux, pour ensuite se briser et laisser échapper un double arc-en-ciel, puis serait apparue la plus haute étoile dans le ciel. Depuis, ce « camp secret » est considéré comme une terre sacrée que le peuple est encouragé à visiter tous les ans.

On prétend également, qu’à l'âge de 4 ans, Kim Jong-il aurait renversé un pot d'encre sur une carte du Japon. Un ouragan aurait foudroyé cet endroit précis quelques jours plus tard[32].

Toujours selon sa biographie officielle, il marcherait déjà depuis l'âge de trois semaines, et il aurait commencé à parler à l'âge de huit semaines. Durant son éducation à l'Université Kim Il-Sung, il aurait écrit pas moins de 1500 livres. Petit, il aurait été un mécanicien hors pair, un stratège génial, il surpassait les autres enfants par ses questions incisives et n'avait jamais l'air fatigué, bien qu'il aurait accompli plusieurs fois plus de travail que les autres[33]. Kim Jong-il, dès son premier essai au golf, en 1994, aurait fait un score énorme, dont cinq trous-en-un, ce qui serait un record mondial. Le défunt dirigeant aurait aussi écrit six opéras en deux ans, chacun d'eux mieux que tout autre opéra de l'histoire de la musique. Selon le journal nord coréen Minju JoSon, il serait aussi l'inventeur du hamburger[34].

Le kimjongilia est une variété de bégonia, ainsi dénommée en référence à Kim Jong-il.

Train de vie[modifier | modifier le code]

Des observateurs notent les goûts de luxe et le train de vie fastueux du « Cher Guide ». De 1989 à 1999, Kim Jong-il aurait commandé, selon ABC, entre 650 000 $ et 800 000 $ d'alcools et de vins fins par an[35].

Bien que Kim aime les divertissements occidentaux, selon un ancien garde du corps Lee Young-kuk, il refuse de consommer de la nourriture ou des boissons produites hors de Corée du Nord, à l'exception des vins français (il possédait une cave de 10 000 bouteilles)[36],[37]. Mais il semblerait que Kim Jong-il a aussi, selon des réfugiés, un goût pour les mets fins, que ses chefs étrangers vont acheter directement hors du pays, que ce soit au Japon, en Chine ou en Europe. Ce luxe bénéficierait également à ses quatre troupes de danse composées exclusivement de jeunes femmes, ayant toutes la peau claire et un bel aspect[38]. Konstantin Poulikovsky, un émissaire russe ayant voyagé avec Kim dans son train personnel entre la Corée du Nord et la Chine rapporte qu'il dînait avec des baguettes en argent, de homards frais apportés chaque jour par hélicoptère[3]. Par ailleurs, son ancien cuisinier personnel, Kenji Fujimoto, avait pour instruction d'acheter parfois des fruits en provenance de Malaisie, des mangues et des papayes de Thaïlande, du porc du Danemark, du caviar en Iran et Ouzbékistan, de l'oursin plat à Hokkaido et du cognac Hennessy XO en France[33],[39].

En l'absence de toute source extérieure aux informations officielles, le Washington Post estime cependant que les éléments du train de vie prêté à Kim Jong-il relèvent de rumeurs parfois aussi extravagantes que sa mythologie officielle, même s'il reconnaît également que la réalité est tout aussi étrange que ce qu'on a rapporté[40].

Il était par ailleurs un grand amateur de cinéma, il possédait une collection de 20 000 vidéos. Il était fan de cinéma d'action, principalement occidental. Il était fan de la série des James Bond, des Rambo et de John Wayne. Il vouait un culte à Elizabeth Taylor[41]. La disparition en 1978 du réalisateur sud-coréen Shin Sang-ok et de son ancienne épouse, l'actrice Choi Eun-hee, réapparus ensuite à Pyongyang où ils ont contribué au développement du cinéma nord-coréen, aurait été le résultat d'un enlèvement sur ordre de Kim Jong-il, avant qu'ils n'obtiennent l'asile politique lors d'un déplacement en Europe. Kim Jong-il aurait voulu faire réaliser un film dans la tradition des films asiatiques de grands monstres à la Godzilla. Ce « chef-d'œuvre » en question est Pulgasari qui devait être une grande saga socialiste. En 1985, Le réalisateur et sa femme arrivent à s'enfuir lors d'une tournée en Autriche alors que le film n'était pas achevé. Pour terminer le film, le dictateur a fait recruter des techniciens ayant travaillé sur Godzilla[41]. Les conditions dans lesquelles Shin et Choi ont rejoint la Corée du Nord sont cependant controversées car cette version des faits est celle donnée par eux-mêmes après leur retour au Sud[42].

Finances[modifier | modifier le code]

Selon le Sunday Telegraph, Kim avait 4 milliards de dollars américains en dépôts dans des banques européennes au cas où il aurait eu besoin de fuir la Corée du Nord. Le Sunday Telegraph rapporte que la plupart de cet argent se trouverait dans des banques au Luxembourg[43].

Santé[modifier | modifier le code]

Kim Jong-il était absent lors des cérémonies du 60e anniversaire de la fondation de la République populaire démocratique de Corée le 9 septembre 2008. Cette absence a entraîné de nombreuses spéculations sur son état de santé.

Selon « un responsable des services du renseignement américain, sous couvert d'anonymat », Kim Jong-il « pourrait avoir été victime d'une attaque cérébrale [...] au cours des dernières semaines »[44]. D'autres spécialistes prétendent qu'il est mort[45]. Les services de renseignements sud-coréens considèrent que Kim Jong-il a subi une attaque mais qu'il s'en remettra probablement et qu'il peut encore diriger le pays. Un diplomate nord-coréen a nié que Kim fût sérieusement malade[46].

Début octobre, Kim Jong-il assiste à un match de football[47]. Le 28 octobre, le premier ministre japonais Taro Aso affirme que Kim est probablement à l'hôpital[48].

Le 9 avril 2009, il préside la séance inaugurale de l'Assemblée populaire suprême à Pyongyang, faisant ainsi sa première grande apparition publique depuis que circulent des rumeurs persistantes sur son état de santé.

Kim Jong-il souffrirait d'un cancer du pancréas, diagnostiqué en août 2008 au même moment que son accident vasculaire cérébral[49]. Le 8 juillet 2009, il est apparu amaigri lors d'une cérémonie à la mémoire de son père Kim Il-sung[50].

Début mai 2010, des journalistes photographient Kim Jong-Il en Chine et rapportent que l'hémorragie cérébrale lui aurait laissé un bras inerte et une jambe boiteuse[51].

Kim Jong-il est mort d'une crise cardiaque le samedi 17 décembre 2011. En Corée du Nord, on répète au peuple que le dirigeant a « succombé à un grand épuisement mental et physique », « un surmenage pour sa patrie[22] ».

Vie privée[modifier | modifier le code]

Kim Jong-il a deux filles et trois fils[52] : Jong-nam (né en 1971), Sul-song (née en 1974), Il-soon (née à une date inconnue), Jong-chol (né en 1981) et Kim Jong-un (né en 1983). C'est ce dernier qui a pris sa succession[53].

Le samedi 22 juin 2006, un journal sud-coréen annonce que Kim Jong-il se serait marié pour la 4e fois.

Sa dernière épouse serait Kim Ok, diplômée de piano de l'Université de Pyongyang. Kim Jong-il avait auparavant eu trois épouses. Son épouse, Kim Young-sook, est sa femme de 1974 à 2011 et première dame de Corée du Nord de 1994 à 2011. Durant sa vie, il a d'autres concubines. Sa concubine la plus ancienne est Sung Hae-rim, ancienne actrice. Elle décède de maladie cardiaque à Moscou en 2002, et sa deuxième concubine, Ko Young-hee, ancienne danseuse, est morte d'un cancer du sein, à l'Institut Gustave-Roussy de Villejuif (Val-de-Marne), en août 2004.

Personnalité[modifier | modifier le code]

Kim comme son père est victime d'aviophobie, c'est pour cette raison qu'il ne se déplace qu'à bord de son train blindé spécialement aménagé pour son confort personnel.

Des psychologues se sont intéressés à l'étude de la personnalité des dictateurs. La personnalité de Kim Jong-il a fait l'objet de plusieurs études. L'étude, compilée de Frederick L. Coolidge et Daniel L. Segal (avec l'aide d'un psychiatre sud-coréen considéré comme un expert en ce qui concerne le comportement de Kim Jong-il) conclut que les caractéristiques des désordres de la personnalité, appelées « big six » et partagées par les dictateurs Adolf Hitler, Joseph Staline et Saddam Hussein (sadisme, paranoïa, comportement anti-social, narcissisme, trouble de la personnalité schizoïde et de trouble de la personnalité schizotypique) sont aussi partagées par Kim Jong-il. Il se rapprocherait le plus des personnalités de Saddam Hussein et d'Adolf Hitler[54].

Dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

Dans un épisode de la série Les Simpson, on apprend dans un reportage télévisé que Kim Jong-il a envoyé des missiles nucléaires depuis la Corée du Nord. De nombreuses références ironiques sont faites à propos de Kim jong-il et de la Corée du nord à partir de la saison 5 de la série 30 Rock.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Les sources nord-coréennes officielles donnent la date du 16 février 1942 (voir sa biographie officielle). Cependant cette date semble avoir été choisie pour que l'année de sa venue au monde soit un multiple de celle de son père (1912). Les sources soviétiques indiquent plutôt 1941 (voir Philippe Pons, « Portrait d'un dictateur "irrationnel" et "imprévisible" », Le Monde,‎ 19 décembre 2011 (lire en ligne))
  2. Agence France-Presse, « Kim Jong-Il est mort », Cyberpresse.ca,‎ 18 décembre 2011 (lire en ligne)
  3. a, b et c (en) Profile: Kim Jong-il, BBC
  4. a et b (en) Brief history [PDF]
  5. Philippe Pons, « Portrait d'un dictateur « irrationnel » et « imprévisible » », Le Monde,‎ 19 décembre 2011 (lire en ligne)
  6. « Kim Jong-il, dictateur esthète », lepoint.fr
  7. a et b Masauki, Suzuki: "North Korea: Between Socialism and Tradition", University of Tokyo Press, 1992 [réf. insuffisante]
  8. « Calls rise for review of 1983 Rangoon bombing by North Korea », Yonhap News
  9. (en) Fake ashes, very real North Korean sanctions, Asia Times, 16 décembre 2004.
  10. Reliefweb.int
  11. République populaire démocratique de Corée - Constitution du 5 septembre 1998., site de l'université de Perpignan
  12. NucNews - October 26, 2000
  13. entretien de Park Song-wu au quotidien The Korea Times, en date du 2 janvier 2007, reproduit et traduit à l'adresse suivante
  14. "Les deux Corées s'engagent sur la paix et la prospérité économique", in Le Monde, d'après AFP, 4 octobre 2007.
  15. Alexandre Y. Mansourov, "Emergence of the Second Republic. The Kim Regime Adapts to the Challenge of Modernity", in Young Whan-kihl et Hong Nack-kim (sous la direction de), North Korea. The Politics of Regime Survival, East Gate Book, New York, 2005, pp. 44-46.
  16. Alexandre Y. Mansourov, art. cit., p. 45.
  17. Ilpyong J. Kim, "Kim Jong Il's Military First Politics", in Young Whan-kihl et Hong Nack-kim (sous la direction de), North Korea. The Politics of Regime Survival, East Gate Book, New York, 2005, p. 65.
  18. IRIS - Corée au cœur de la nouvelle Asie
  19. (en) Kelly Olsen, « North Korea's secret: Room 39 »,‎ 11 juin 2009 (consulté le 28 juillet 2009)
  20. (en) Choe Sang-Hun, « North Korea Claims to Conduct 2nd Nuclear Test », The New York Times,‎ 24 mai 2009 (lire en ligne)
  21. (en) Personnel de rédaction, « Here we go again », The Economist,‎ 25 mai 2009 (lire en ligne)
  22. a et b « Le président de la Corée du Nord Kim Jong-il est mort », lemonde.fr
  23. « Les pleurs des Nord-Coréens sont-ils sincères? », slate.fr
  24. De fait, d'après Pierre Rigoulot, directeur de l'Institut d'Histoire sociale, interviewé le mardi 20 décembre sur France 2, et d'après ce reportage, la douleur des Nord-Coréens est sincère, "presque logique", du fait de l'endoctrinement perpétuel et du culte de la personnalité ayant élevé Kim Jong-il au rang de quasi demi-dieu
  25. « North Korean Prison Camps Massive and Growing », nytimes.com
  26. a et b « Human Rights in North Korea (DPRK: The Democratic People's Republic of Korea) », www.hrw.org
  27. Le « Dr No » qui affame son pays, Le Figaro du 7 juillet 2006
  28. Voir cependant « Disparition des badges de Kim Jong-Il en Corée du Nord, selon Séoul », Agence France-Presse, 25 novembre 2004
  29. (en) North Korea marks leader's birthday, BBC
  30. Kim Jong-Il a lui-même ordonné le retrait de ses portraits
  31. Corée du Nord - Rapport annuel 2005, Reporters sans frontières
  32. a et b Corée du Nord : dernier symbole d’une idéologie communiste rétrograde
  33. a et b Le Point du jeudi 4 avril 2011 N.2029 : "Les nouveaux monstres : Kim père et fils, forcément géniaux" Pierre Rigoulot
  34. « Kim Jong-Il, inventeur du hamburger, et onze autres mythes », sur « http://www.volkskrant.nl » ( ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?). Consulté le 2013-03-30 , 19 décembre 2011.
  35. (en) Kim Jong-Il: psychology of a dictator
  36. « The Supremo in His Labyrinth », Time magazine
  37. « Kim Jong-il Satisfies his Gourmet Appetite while his People Starve »
  38. (en) A gulag with nukes: inside North Korea.
  39. http://web.archive.org/web/20050311193942/http://english.chosun.com/w21data/html/news/200406/200406270015.html
  40. (en) Sins of the Son, The Washington Post.
  41. a et b http://leplus.nouvelobs.com/contribution/224966;coree-du-nord-kim-jong-il-dictateur-et-cineaste-rate.html
  42. Biographie de Shin Sang-ok dans le quotidien britannique « The Independent ».
  43. http://www.telegraph.co.uk/news/worldnews/asia/northkorea/7442188/Kim-Jong-il-keeps-4bn-emergency-fund-in-European-banks.html
  44. Kim Jong-Il aurait eu une attaque cérébrale, Le Figaro, 9 septembre 2008.
  45. Kim rumours provide a wake-up call, BBC News, 10 septembre 2008.
  46. (en) North Korea denies Kim is unwell, BBC News, 10 septembre 2008.
  47. (en) Kim Jong-il 'at football match', BBC News, 4 octobre 2008.
  48. Ce chirurgien français au chevet du dictateur nord-coréen, Le Point, 28 octobre 2008.
  49. Corée du Nord: Kim Jong-Il aurait un cancer, AFP, 13 juillet 2009
  50. Kim Jong-il aurait le cancer du pancréas, Radio-Canada, 13 juillet 2009
  51. Kim Jong-il agace même le grand frère chinois,Libération, 10 Mai 2010
  52. (en) Seoul Times, « Kim Jong-Il's Daughter Serves as His Secretary », dernier paragraphe.
  53. « Corée du Nord : Kim Jong-il aurait choisi son troisième fils pour successeur », Le Monde, 15 janvier 2009.
  54. « Is Kim Jong-il like Saddam Hussein and Adolf Hitler? A personality disorder evaluation », Behavioral Sciences of Terrorism and Political Aggression Vol. 1, No. 3, September 2009, 195–202

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Michael Breen, Kim Jong-il, dictateur nord-coréen, Saint-Honoré Média, 216 pages (ISBN 2952222800)
  • Pascal Dayez-Burgeon, La Dynastie rouge, Perrin, 2014
  • (en) Martin Bradley, Under The Loving Care Of The Fatherly Leader: North Korea And The Kim Dynasty, St. Martins 2004, 868 pages, (ISBN 0-312-32221-6)
  • Nada Takashi, Hymne à la grande affection Kim Djeung Il et le peuple, Pyongyang, Éditions en langues étrangères, 1984

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :