Classe Essex

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir USS Essex.
Classe Essex
Image illustrative de l'article Classe Essex
L’Essex, premier de la série
Caractéristiques techniques
Type Porte-avions
Longueur de 270,66 à 272,60 mètres
Maître-bau de 30,60 à 33,53 m
Tirant d'eau de 9,14 à 9,40m
Port en lourd de 37 500 à 44 000 tonnes
Propulsion 8 chaudières, 4 Groupes de turbines, 4 hélices
Puissance 150 000 ch
Vitesse de 30 à 33 nœuds
Caractéristiques militaires
Armement 8 × 127 mm AA à l'origine puis jusqu'à 32 canons de 40 mm et 46 de 20 mm
Aéronefs 100 aéronefs
Autres caractéristiques
Équipage de 2 800 à 3 600 pour les 44 000 t.
Histoire
Constructeurs Newport News S.B
New York Navy Yard
Chantier naval Fore River de Quincy
Philadelphia Naval Shipyard
Norfolk Naval Shipyard
A servi dans Pavillon de l'United States Navy United States Navy
Commanditaire Congrès des États-Unis
Période de
construction
1941-1945
Période de service 1942 - 1991
Navires construits 24
Navires prévus 31
Navires annulés 7
Navires en activité 0
Navires perdus 0
Navires démolis 20
Navires préservés 4
Précédent Classe Yorktown Classe Midway Suivant

La classe Essex est une classe de porte-avions de l'US Navy construite à partir de 1941. Toutes nations confondues, cette classe est à ce jour la plus importante classe de porte-avions jamais construite en nombre de bâtiments, 24 au total[1].

Ces porte-avions lourds conçus en prévision d'un affrontement avec le Japon — 3 étaient en construction lors de l'attaque japonaise sur Pearl Harbour[1] — combattront pendant la guerre du Pacifique dès début 1943 et la mise en service de l'USS Essex le 31 décembre 1942. Si deux furent sévèrement touchés pendant le conflit, aucun ne sera coulé[1].

Initialement la classe devait compter 31 porte-avions mais la fin de la Seconde Guerre mondiale conduira à stopper ou annuler la construction des 8 derniers. Les navires de la classe Essex combattront pendant la guerre de Corée et pendant la guerre du Vietnam, certains récupérant même les astronautes des missions spatiales. Ces porte-avions resteront, grâce à d'importantes refontes, des bâtiments performants jusqu'au milieu des années 1960[1]. Par la suite certains sont transformés en porte-aéronefs pour la lutte anti-sous marine[1] et 3 deviennent des porte-hélicoptères pour les Marines[1].

Le dernier encore en service, l'USS Lexington, devenu porte-avions d'entraînement, sera désarmé en 1991.

La classe Essex marque le début de la domination de la marine américaine sur les océans[1].

Numérotation[modifier | modifier le code]

La numérotation de la classe s'étend de CV-9 à CV-21, de CV-31 à CV-40, de CV-45 à CV-47 et de CV-50 à CV-55. Les unités CV-50 à CV-55 ne furent jamais lancées et les unités CV-35 et CV-46 jamais achevées.

Distinction des groupes[modifier | modifier le code]

Cette distinction est assez artificielle. Elle est fondée sur une situation ou modification intervenant chaque année en fonction des besoins. La plus grande différence réside dans la longueur du pont (270,66 m ou 272,60 m) et dans le tonnage (37 500 t ou 44 000 t). Les deux groupes disposent de la même propulsion, des mêmes hélices, du même nombre d'ascenseurs et catapultes (après refontes) et leur construction est similaire (même architecture).

Premier groupe[modifier | modifier le code]

Ce groupe était surnommé Essexeeess par les marins, à cause du pont plus long.

Caractéristiques : longueur du pont (272,60 m) et déplacement (44 000 t).

Deuxième groupe[modifier | modifier le code]

Caractéristiques : longueur du pont (270,66 m) et déplacement (37 000 t)

Historique[modifier | modifier le code]

Avant-guerre[modifier | modifier le code]

Jusqu'en 1936, les cinq grandes marines mondiales (Royal Navy britannique, marine nationale française, marine impériale japonaise, Regia Marina italienne et US Navy) sont limitées dans leur tonnage par le traité naval de Washington (1922) et celui de Londres (1930).

Ceux-ci deviennent caduques après leur rejet par le Japon et l'Italie en 1936. L'US Navy a alors la possibilité de concevoir de grands porte-avions, conforme à la stratégie aéronavale qu'elle développe depuis le début des années 1930 où le porte-avions remplace le cuirassé comme capital ship. Il doit avoir une forte puissance de feu, donc des avions nombreux et variés - bombardiers, torpilleurs, chasseurs, reconnaissance - et être une force offensive autonome[1].

Le dessin final de l'USS Essex est adopté en 1939. Faute de temps, le climat international se dégradant rapidement et la probabilité d'un conflit avec le Japon dans le Pacifique augmentant, la conception a du être faite assez rapidement et l'USS Essex peut être vu comme un « Super Lexington ». Il embarque cinq escadrons, un de plus que le Lexington, soit potentiellement 90 avions. La volonté de pouvoir projeter rapidement les avions et de gêner le moins possible les opérations fait rajouter un ascenseur latéral en plus des deux ascenseurs de pont.

L'US Navy programme alors la construction de 11 porte-avions.

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Quand les Japonais attaquent Pearl Harbor le 7 décembre 1941, 3 porte-avions de la classe Essex sont déjà en construction[1]. Le programme est augmenté de 11 à 32 porte-avions. Les délais de construction vont être réduits. Par exemple, l'USS Essex est lancé avec 6 mois d'avance et l'USS Intrepid lui est lancé avec 17 mois d'avance[1]. 6 porte-avions sont ainsi mis en service en 1943 et 7 en 1944[1]. À la fin de la guerre 24 auront été mis à l'eau et 2 sont en cours d'achèvement[1].

Si la standardisation permet cette productivité — au contraire de la construction navale japonaise moins bien organisée et avec de multiples classes de bâtiments[1] — les navires en construction bénéficient néanmoins du retour d'expérience des porte-avions américains déjà au combat. Au fur et à mesure, les navires de la classe Essex voient ainsi leur défense anti-aérienne considérablement renforcée[1], l'intégration du radar, le doublement des catapultes pneumatiques (placées à l'avant, elles permettent aux premiers avions, lors du lancement d'un raid de décoller, ceux-ci ne pouvant bénéficier de toute la longueur de la piste).

Mais les premiers combats de l'Essex valident la théorie américaine de porte-avions géants capable de lancer un grand nombre d'avions, seuls capables de percer les défenses aériennes des navires nippons mais également suffisamment nombreux pour assurer une double protection aérienne des navires américains, basse contre les avions torpilleurs et haute contre les bombardiers en piqué de l'aéronavale japonaise[1].

Le grand nombre de ces porte-avions va permettre à l'US Navy de mettre en œuvre sa stratégie de Task force : grouper 3 ou 4 porte-avions avec leur escorte et navires de soutien capables de mener de manière autonome des raids aériens de grande ampleur. Ainsi au printemps 1944, l'US Navy opère 4 Task forces dans le Pacifique[1].

Si les porte-avions de la Classe Essex sont lancés trop tard pour participer aux premières grandes batailles du Pacifique — bataille de la mer de Corail (mai 1942), bataille de Midway (juin 1942), ou Guadalcanal (août 1942), ils vont participer dès 1943 aux attaques pour la reconquête américaine et les attaques des premières lignes de défense de l'empire japonais, participant à tous les débarquements américains. Cette supériorité éclate de façon manifeste lors de bataille de la mer des Philippines où les Américains opposent 15 porte-avions avec des avions modernes face à sept porte-avions japonais, dont plusieurs sont des cuirassés reconvertis, après les pertes de 4 porte-avions à Midway, donc moins efficaces que les navires américains.

Aucun porte-avions de la Classe Essex n'est coulé pendant la Seconde Guerre mondiale mais deux sont gravement endommagés au combat et doivent être retirés du service. Le 11 mai 1945, l'USS Bunker Hill est touché par deux kamikazes, 389 hommes d’équipage sont tués et 264 blessés. Le 19 mars 1945, le l'USS Franklin est éventré par deux bombes alors qu’il est très vulnérable (rempli d’appareils armés et en train de faire le plein de carburant). Il manque de peu de chavirer. Les explosions secondaires se révèlent dévastatrices, mais le contrôle des feux par les équipes incendie et le blindage du hangar protègent les stocks de munitions et le système de propulsion du navire. En dépit des 724 morts et 265 blessés, le Franklin parvient à rallier New York par ses propres moyens (les principaux chantiers navals américains se trouvent sur la côte Atlantique), exemple qui montre la robustesse des porte-avions classe Essex en dépit de certains défauts de conception.

Sur les 14 Essex ayant combattu dans le Pacifique, 9 ont été touchés par les Japonais[1], parfois plusieurs fois.

En 1945, le Bureau of Ships a calculé qu'après leurs modifications radars et anti-kamikazes, les Essex ne pouvaient guère supporter plus d'un impact de torpille contre deux lors de leur conception.

L'après-Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Les combats contre le Japon s'achèvent le 15 août 1945 et la capitulation officiellement signée le 2 septembre suivant, les 8 derniers Essex en début de construction ou en commande sont annulés ou stoppés. Surtout que l'US Navy a lancé une nouvelle classe, la classe Midway, avec la mise en service de l'USS Midway fin septembre. La classe Essex apparait alors comme obsolète, avec ses modifications successives qui ont alourdi les navires comme les mats radars, la profusion de défenses antiaériennes ou des avions embarqués désormais plus lourds[1]. La classe Midway prend cela en compte avec des porte-avions plus gros (45 000 tonnes, un pont blindé pour résister aux attaques kamikazes[1]). Deux nouvelles armes majeures semblent condamner la classe Essex : l'arme nucléaire que la Navy souhaite pouvoir déployer sur ses porte-avions[1] et les avions à réaction, deux à trois fois plus lourds que la dernière génération d'avions à hélice lancés à la fin de la guerre[1], avions à réaction qui nécessitent impérativement des catapultes pour le décollage et un pont plus long pour l'appontage[1]. L'US Navy se dote également de nouveaux type d'avions, plus volumineux, les avions radars et les avions de chasse sous-marine, des avions supplémentaires qui doivent aussi désormais prendre place sur les porte-avions[1].

Refontes[modifier | modifier le code]

Le USS Intrepid avant et après sa modernisation dans la seconde moitié des années 1950.

Les coupes dans le budget militaire américain vont sauver la classe Essex[1]. La plupart d'entre-eux ont à la fin de la guerre moins de 3 ans de service, il est donc décidé de les moderniser pour les faire durer.

18 porte-avions vont subir jusqu'à 3 importantes refontes. La première dans les années 1950. Des unités du premier ou deuxième groupe sont ainsi modifiées, le changement le plus notable étant l'installation d'un pont d'envol oblique, permettant opérations de décollage et d'appontage en même temps. L'USS Antietam (CV-36) est le premier à recevoir ce type de pont en 1952.

L'USS Franklin (CV-13) et l'USS Bunker Hill (CV-17) sont les seuls porte-avions de la classe Essex à ne pas servir après la Seconde Guerre mondiale ; ils ne reçoivent pas de pont oblique, pas plus que l'USS Boxer (CV-21).

Le Yorktown

Les refontes successives verront aussi le remplacement du pont en bois par un pont métallique, la suppression des baignoires de défense anti-aérienne, la fermeture du hangar arrière, l'agrandissement des ascenseurs, l'installation de systèmes électroniques, la capacité d'emporter des armes nucléaires, etc..

La classe Essex restera ainsi jusqu'au milieu des années 1950, le fer de lance de la marine américaine, jusqu'à l'apparition de la classe Forrestal et de ses 4 porte-avions géants de plus de 60 000 T. Avec leurs refontes successives, 6 des 18 navires de la classe Essex conserveront jusqu'au milieu des années 1960 une capacité aéronavale compétitive.

Guerre froide[modifier | modifier le code]

La classe Essex va participer aux différents conflits de la guerre froide.

11 d'entre eux participent à la guerre de Corée. Leurs avions sont les premiers à lancer des raids lors de l'invasion de la Corée du Sud par les Nord-Coréens en 1950[1]. Ils seront utilisés pendant les 3 ans du conflit.

En 1958, certains patrouillent dans le détroit de Formose pour soutenir les forces chinoises nationalises réfugiées à Taïwan[1].

Certains participent également au blocus de Cuba pendant la crise des missiles en octobre 1962. L'USS Enterprise et l'USS Independence sont envoyés au sud de Cuba pour renforcer si nécessaire la base de Guantánamo tandis que l'USS Essex et l'USS Randolph patrouillent le nord et l'ouest de l'île en lutte anti-sous-marine.

13 porte-avions de la classe Essex interviendront également pendant toute la guerre du Vietnam de 1964 à 1973, menant des raids sur le Nord-Viêt Nam[1].

Le module de commande Apollo 8 sur le pont de l'USS Yorktown (27 décembre 1968)

L'USS Boxer participera aux opérations pour l'occupation de la République dominicaine en 1965.

Soutien aux missions spatiales[modifier | modifier le code]

Dès l'origine du programme spatial américain, quelques porte-avions sont mis à contribution pour les programmes Gemini et les Apollo avec la récupération en mer des capsules.

Reconversion en porte-hélicoptères et navires d'entraînement[modifier | modifier le code]

L'arrivée de F-4 Phantom II et l'A-6 Intruder va marquer le retrait progressif des unités de la classe Essex. Ces avions n'ont jamais été embarqués sur aucun bâtiment de la classe Essex, étant jugés trop lourds pour cette classe (28 tonnes pour le F-4 Phantom). Mais 13 porte-avions vont connaitre un nouvel usage.

Trois — l'USS Boxer, l'USS Princeton et l'USS Valley Forge — sont redesignés en (Landing Platform Helicopter) (LPH) ou porte-hélicoptères d'assaut, et utilisés par le Corps des Marines jusqu'en 1970.

Huit autres sont dotés d'hélicoptères et d'avions pour la lutte anti-sous-marine et affecté à la flotte de l'Atlantique[1].

L'USS Antietam (CV-36) sert lui en tant que porte-avions d'entraînement de 1957 à 1962, rôle repris ensuite par l'USS Lexington (CV-16) jusqu'en 1991.

Fin de carrière - 4 navires musées[modifier | modifier le code]

Le désarmement de l'USS Lexington en novembre 1991[1], dernière unité de la classe Essex encore en service, marque la fin de près de 50 ans d'activité des porte-avions de cette classe.

Lors du réarmement américain lancé par le président Reagan dans les années 1980, il fut envisagé dans le cadre du plan Marine de 600 navires d'en moderniser de nouveau quelques-uns[1] comme cela fut fait avec 4 cuirassés de la classe Iowa, mais le projet n'eut pas de suite.

4 porte-avions subsistent en tant que navires musées :

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Le pont d'envol est constitué de lattes de teck montées sur une structure de poutrelles métalliques.

La propulsion dans la salle des machines est disposée de manière alternée, c'est-à-dire de l'avant vers l'arrière une chambre des chaudières avec une rue de chauffe puis une salle des turbines puis deux rues de chauffe puis la salle des turbines arrières. En cas d'impact d'une torpille, cette disposition permet de conserver intacte autant que possible au moins une partie des chaudières ou une partie des turbines.

Durant la Seconde Guerre mondiale, leur capacité en carburant aviation est de 231 000 gallons d'essence soit 874 430 ℓ.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s, t, u, v, w, x, y, z, aa, ab, ac et ad Essex : des porte-avions de grande classe

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Benoist Bihan, « Essex : des porte-avions de grande classe », Guerres & Histoire, no 14,‎ août 2013
  • (en) Robert Gardiner et Roger Chesneau, Conway's All the World's Fighting Ships (1922-1946),‎ 1980 [détail de l’édition]

Sur les autres projets Wikimedia :