Gustave Hervé

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Gustave Hervé
Gustave Hervé
Gustave Hervé

Naissance janvier 1871
Brest, France
Décès octobre 1944
Paris, France
Cause défendue socialisme puis fascisme

Gustave Hervé (Brest 1871-Paris 1944) est un homme politique socialiste puis fasciste français.

Un leader socialiste antimilitariste (jusqu'en 1912)[modifier | modifier le code]

Article connexe : Antimilitarisme.

Gustave Hervé, né en janvier 1871 à Brest, dans le quartier de Recouvrance, fils d'un sergent fourrier à l'Arsenal ayant eu six enfants, fit de bonnes études secondaires, devint répétiteur dans plusieurs lycées successifs[1] et passa l'agrégation d'histoire en 1897, enseignant à Lesneven, Rodez, Alençon et enfin en 1899 au lycée de Sens (Yonne) où il commence une carrière de journaliste, collaborant au Travailleur socialiste de l'Yonne où ses premiers articles antimilitaristes signés « Sans Patrie » sont remarqués. C'est dans ce journal socialiste qu'il publie le 20 juillet 1901 un article violemment antimilitariste, « L'anniversaire de Wagram », qui lui vaut d'être révoqué de l'enseignement. Il est militant de la SFIO et de la CGT.

Sa collaboration au journal Le Piou-Piou de l'Yonne lui vaut des procès en correctionnelle et même devant la cour d'assises où il est défendu avec succès par Aristide Briand. Sa doctrine fondée sur le recours à l'insurrection en cas de guerre, acquiert une audience nationale, Jean Jaurès partageant en partie sa radicalité ; on parle alors d'hervéisme.

Ses démêlés judiciaires lui ayant fait perdre son poste de professeur, il peut se consacrer entièrement au militantisme. Il participe à l'Association internationale antimilitariste (AIA), ce qui lui vaut une condamnation à 4 ans de prison fin décembre 1905, l'AIA ayant publié une affiche appelant à la grève insurrectionnelle en cas de mobilisation. À partir de 1907, il dirige le journal La Guerre Sociale qu'il a fondé ; régulièrement condamné pour délits de presse à de lourdes peines de prison ; il prend des positions de plus en plus radicales entre 1910 et 1914, allant jusqu'à prôner l'action directe et des sabotages[2].

Son antimilitarisme lui fait prendre des positions, très en pointe pour l'époque, sur la colonisation, qu'il dénonce avec véhémence.

Du socialisme national au fascisme (1912-1944)[modifier | modifier le code]

En août 1914, Gustave Hervé retourna « sa veste rouge pour en montrer la doublure tricolore » (selon Charles Fraval). Dès 1912, il avait entamé sa marche vers le patriotisme de cœur et de raison, et il s'était rangé en juillet 1914 contre les partisans de la grève générale (lui qui en avait défendu le principe), comme moyen d'empêcher la guerre qui venait. Il était pourtant resté pour beaucoup le symbole d'une certaine intransigeance doctrinale et pratique. Pour d'autres, comme Alfred Rosmer, en revanche, c'était un gauchiste de paroles, multipliant les folies verbales dans son journal.

Il ne fut pas le seul socialiste à substituer au mot d'ordre « Non à la guerre » celui de « Défense nationale d'abord » (à l'instar de Mussolini en Italie, avec qui il a été comparé). Il passa d'un ultra-pacifisme à un ultra-patriotisme. Il transforma le titre « La Guerre Sociale » en « La Victoire », le 1er janvier 1916. Son cheminement apparut à certains comme un reniement et sa conversion fut considérée par les pacifistes comme une trahison. En février 1917, à la demande d'Alice Regnault, il rédige le faux « Testament politique d'Octave Mirbeau » et prononce, sur la tombe du grand écrivain, un discours jugé récupérateur qui fait fuir les véritables amis de Mirbeau.

En 1919, Gustave Hervé créé un petit Parti socialiste national, où il est rejoint par Alexandre Zévaès, ancien député guesdiste devenu l'avocat de l'assassin de Jaurès, et par Jean Allemane, figure historique du mouvement ouvrier français et communard de 1871, ou encore Émile Tissier qui fut marxiste guesdiste. Le « socialisme national » de Gustave Hervé virera vite au fascisme français.

Lors de la Marche sur Rome (1922), Hervé salue son « vaillant camarade Mussolini ». Il semble que Gustave Hervé crée le Parti de la république autoritaire (PRA, 1925), recrée un Parti socialiste national (PSN, 1927) puis la Milice socialiste nationale (MSN, 1932-1933) dont il confiera la direction au futur collaborateur Marcel Bucard. Fin 1933, Marcel Bucard part avec l'équipe de la Milice socialiste nationale pour fonder le Francisme. Il soutient aussi le national-socialisme allemand.

En 1933, il s'en prend à l'antisémitisme des nationaux-socialistes allemands dont il jugeait positivement d'autres options politiques et avertit Hitler[3] : « Adolf Hitler, à quelles catastrophes, malgré vos bonnes intentions, votre inexpérience politique et votre fureur antisémite conduisent-elles la patrie allemande que vous avez si bien sauvée de la gangrène marxiste ? ». Hervé, qui ne voulait pas la guerre avec l'Allemagne et était prêt, pour l'éviter, à l'abandon des colonies françaises à Berlin, ne renonça pas à son philo-sémitisme, comme le montre l'éditorial qu'il publia après la Nuit de Cristal et qui est, selon l'historien israélien Simon Epstein, un des plus beaux textes protestataires de la période[4] : « En ce jour affreux pour les Juifs de toute la terre, combien nous sommes de cœur, en particulier avec nos compatriote israélites. Ils étaient mêlés avec tous les autres Français dans les tranchées, il y a vingt ans, payant de leur part de sacrifice la joie et l'honneur d'être des citoyens français. […] Comme, en des heures comme celles-ci, on regrette de n'être pas juif, pour souffrir avec eux et partager leurs peines ! ». Hervé vitupère l'Allemagne : « Honte au peuple allemand de voir l'antisémitisme, cette lèpre, empoisonner son esprit et son cœur ! Honte à Hitler d'avoir organisé et couvert ces ignobles représailles pour le crime d'un gamin de 17 ans, dont la persécution, la misère et l'exil avaient détraqué les nerfs et la cervelle ! ».

En 1938, Gustave Hervé est une exception : il est l'un des rares sympathisants du national-socialisme à avoir renoncé à ses préférences idéologiques au vu des persécutions anti-juives et des menaces pesant sur la France[5].

Dans les années qui précédent la guerre, il continue à dénoncer les faiblesses du régime parlementaire et à vouloir fonder une république autoritaire dont il souhaiterait que le Maréchal Pétain assume la présidence (« C'est Pétain qu'il nous faut » écrit-il alors).

Divers témoignages font ressortir qu'il se détacha du pétainisme et de ses appels à une réconciliation avec l'Allemagne : son journal fut supprimé dès juin 1940 et ses activités lui valurent d'être inquiété par la police française et par la Gestapo[6].

Il décède en octobre 1944[2]. Peu de temps avant sa mort, il se décrivait comme le premier bolcheviste, le premier fasciste, le premier pétainiste, le premier membre de la Résistance et le premier gaulliste[7].

Publications de Gustave Hervé[modifier | modifier le code]

  • Leur Patrie, La Guerre sociale, Paris, 1910
  • Mes crimes, ou onze ans de prison pour délits de presse. Modeste contribution à l'histoire de la liberté de la presse sous la 3e République, La Guerre Sociale, Paris, 1912 (Réunion des articles qui lui valurent des condamnations pour délit de presse)
  • La conquête de l'armée, La Guerre Sociale, Paris, 1913.
  • L'Alsace Lorraine, La Guerre Sociale, Paris, 1913.
  • Propos d'après guerre, La Guerre Sociale, Paris (1919 ?)
  • Après la Marne (Recueil in extenso des articles de Gustave Hervé dans La Guerre Sociale du 1er novembre 1914 au 1er février), 1915
  • La patrie en danger (Recueil in extenso des articles de Gustave Hervé), Bibliothèque des Ouvrages Documentaires, 1915
  • Nouvelle histoire de France, Fayard, 1930. L'ouvrage commence par cette courte phrase : « - Vous ne parliez pas ainsi autrefois ? - C'est vrai, mais depuis, vous l'avez peut-être oublié, il y a eu la guerre ».
  • France-Allemagne, la réconciliation ou la guerre, La Victoire, Paris, 1931
  • Nouvelle histoire de l'Europe, La Victoire, Paris, 1931
  • C'est Pétain qu'il nous faut, La Victoire, Paris, 1935, avec bandeau publicitaire (« Je m'en remets à la France »).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Au lycée de Laval, et de Quimper.
  2. a et b Gilles Heuré, « Gustave Hervé, cas pratique de biographie », Le Mouvement social : bulletin trimestriel de l'Institut français d'histoire sociale, janvier 1999, consultable http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5751688s/f16.image.r=Recouvrance.langFR
  3. Simon Epstein, Les Dreyfusards sous l'Occupation, éd. Albin Michel, 2001, p. 83.
  4. Simon Epstein, Les Dreyfusards sous l'Occupation, éd. Albin Michel, 2001, p. 84.
  5. Simon Epstein, Les Dreyfusards sous l'Occupation, éd. Albin Michel, 2001, p. 88.
  6. Simon Epstein, Les Dreyfusards sous l'Occupation, éd. Albin Michel, 2001, p. 85.
  7. Michael B. Loughlin : Gustave Hervé's Transition from Socialism to National Socialism: Another Example of French Fascism? In: Journal of Contemporary History janvier 2001, p. 27.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • W. Gougnard, Neutres devant le crime ? Lettre ouverte à Monsieur Gustave Hervé rédacteur en chef de La Victoire à Paris, Genève, Sonor, vers 1917.
  • Victor Meric, À travers la jungle politique et littéraire. Première série. (Laurent Tailhade, Gustave Hervé, Camille Pelletan), Librairie Valois, 1930.
  • Gilles Heuré, Gustave Hervé. Itinéraire d'un provocateur. De l'antipatriotisme au pétainisme, Paris, La Découverte, collection L'espace de l'histoire, 1997.
  • Gustave Hervé's Transition from Socialism to National Socialism, dans Loughlin Journal of Contemporary History, 2001.
  • Frédéric Lavignette, L'affaire Liabeuf. Histoires d'une vengeance, Éditions Fage, 2011.