René Dommange

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René Dommange
René Dommange en 1932
René Dommange en 1932
Fonctions
Parlementaire français
Député 1932-1940
Gouvernement Troisième République
Groupe politique Ind. (1932-1936)
IURN (1936-1940)
Biographie
Date de naissance 18 décembre 1888
Date de décès (à 88 ans)
Résidence Seine

René Dommange, né le 18 décembre 1888 à Paris et mort le 27 mai 1977 à Avon (Seine-et-Marne), est un avocat, éditeur musical et homme politique français.

Espoir du barreau, éditeur et musicien d'avant-garde[modifier | modifier le code]

Fils de Paul Dommange, employé, et de Louise Joubert, René Dommange est diplômé de l'École libre des sciences politiques, docteur en droit. Il s'inscrit en 1909 comme avocat à la Cour d'appel de Paris. En 1914, il est secrétaire de la Conférence des avocats. Il quitte le barreau malgré ces brillants débuts en 1920 pour s'orienter vers l'édition musicale: il rejoint la société de son cousin Jacques Durand, les Editions Durand, fondées par Auguste Durand, et lui succède à sa tête, à la mort de Jacques Durand le 22 août 1928[1] . Il devient alors vice-président du Cercle de la librairie, président du Bureau international de l'édition mécanique et de la section de musique du Congrès international des éditeurs. Il est également arrangeur, musicologue et poète. Amateur de jazz et des avant-gardes musicales, il invite régulièrement, avec son épouse Lola, dans son manoir d'Avon Camille Saint-Saëns, Gabriel Fauré, Claude Debussy et Maurice Ravel. Ce-dernier est édité par Durand. Après sa mort, Dommange a dû faire face à la gestion de son catalogue et aux ambitions des héritiers, à qui il finit par céder ses droits en 1970[2]. René Dommange dirige la société jusqu'à son décès. Il change sa raisons sociale en 1947, qui devient Durand § Cie.

Député conservateur[modifier | modifier le code]

Il entre en politique en 1932 en se présentant aux élections législatives dans le 7e arrondissement de Paris en tant qu'indépendant. Élu contre un autre candidat conservateur indépendant, Henry de Kérillis, il rejoint le petit groupe parlementaire des Indépendants. En 1936, il se rapproche de la Fédération républicaine et retrouve son mandat, rejoignant alors le petit groupe nationaliste des Indépendants d'union républicaine et nationale.

Député très actif, il s'oppose notamment au projet de réforme du droit d'auteur et de suppression de la propriété littéraire et artistique du ministre Jean Zay qu'il qualifie de "bureaucratique".

La Crise du 6 février 1934 le révèle comme un député antiparlementaire. Convaincu que le parlementarisme est périmé, il préconise dans des cercles de droite comme les "Affinités françaises"[3] ou le Comité Dupleix-Bonvalot[4] un programme de rénovation antiparlementaire: "rénovation de la moralité publique" - il a demandé à la Chambre avant le 6 février une commission d'enquête sur le scandale Stavisky -, "restauration financière" ( économies pour combler le déficit budgétaire, diminution des impôts ), "réforme administrative" ( limitation du rôle de l'Etat à ses attributions régaliennes ), réforme politique ( interdiction des syndicats et de la grève de fonctionnaires, restauration des pouvoirs de l'exécutif, fin du bicaméralisme ( "Si nous ne voulons pas recommencer la pénible expérience du parlementarisme périmé qui s'effondre, nous ne devons plus songer à conserver deux Assemblées politiques. C'est trop. Que nous en gardions une , c'est à voir" ), remplacé par "une représentation professionnelle"[5]. Son programme de réforme de l'Etat - ses "XL propositions" - est fondé sur le corporatisme communautaire[6]. Il est l'un des orateurs d'une réunion organisée pour le centenaire de La Tour du Pin en avril 1934, avec Raphaël Alibert et Robert Vallery-Radot, et disserte sur les" aspirations corporatives du monde moderne"[7]. Avec Philippe Henriot, tout aussi antiparlementaire, et François Le Grix, directeur de "La Revue hebdomadaire", il tente de mettre sur pied un éphémère groupement, l'Ordre français, Centre d'information, de liaison et de propagande, qui donne un meeting salle Wagram[8].

Avec Henriot et Xavier Vallat, il est connu comme un opposant à la franc-maçonnerie. Membre du comité directeur de l'Union antimaçonnique de France présidée par son collègue député le docteur Georges Cousin[9], il dépose en décembre 1935 un amendement hostile à la franc-maçonnerie lors du débat sur les ligues, voté par 91 parlementaires de droite[10]. Il a déposé aussi des propositions de loi xénophobes: ainsi en 1935 une proposition tendant "à interdire pendant dix ans après leur naturalisation l'exercice de la médecine aux médecins étrangers"[11].

Il est un opposant farouche aux gouvernements du Front populaire, par ses votes et ses interpellations, moquées d'ailleurs par Le Populaire[12]. Il cultive le souvenir du 6 février, dans la perspective du combat contre les partis de gauche. Il accepte ainsi de présider en février 1937 une réunion du Front national (années 1930), rassemblant les avatars des ligues[13]. Comme d'autres, il mène une campagne contre le parti communiste, pour l'interdire. Dans une réunion de la Fédération républicaine, il réclame en octobre 1938 la dissolution de ce parti[14]. A la Chambre des députés, il demande par exemple à Daladier en 1938 de réprimer l'action de ce parti après la grève "politique et révolutionnaire" du 30 novembre[15]. Et, avec Jean Montigny, il lance une association fin 1938, l'Association de défense de la nation: ses fondateurs utilisent l'article 3 de la loi du 1er juillet 1901 pour introduire devant le tribunal civil de la Seine une instance en dissolution du parti communiste. Ce tribunal, déclare Dommange à la très anticommuniste Agence de presse Inter-France ( qui vient de lancer un appel à l’interdiction de ce parti dans plus de 430 périodiques, adressé au Parlement ), "sera obligé de constater" que le parti communiste "est aux ordres d'un gouvernement étranger"[16]. Le 1er septembre 1939, il dépose à la Chambre, avec Charles des Isnards, au nom de la Fédération républicaine, une proposition de résolution invitant le gouvernement à dissoudre sans délai le Parti communiste[17].


Vichy et La collaboration[modifier | modifier le code]

Il approuve la remise des pleins pouvoirs au maréchal Pétain en juillet 1940, et participe aux réunions préparatoires d'un éventuel « parti unique » que Marcel Déat cherche à imposer à l'été 1940. Il accepte d'être désigné en janvier 1941 membre du Comité de rassemblement de la Révolution nationale, organisme concurrent de la Légion française des combattants, qui devait réfléchir à la mise en place d’un mouvement de masse visant à « assurer au nouveau régime ses assises et briser l’activité renaissante de certaines organisation [ le PCF ]», mais qui n’eut qu’une existence éphémère[18], puis d'être nommé au conseil municipal de Paris la même année[19]. Il donne une conférence à Paris en 1941 aussi sur "les conditions de la détente"[20]. Il est décoré de la francisque et demeure un fidèle de Pétain jusqu'à la fin du régime de Vichy[21]. Xavier Vallat a suggéré que Dommange le remplace à la tête du Commissariat général aux questions juives, mais les autorités allemandes lui préfèrent Louis Darquier de Pellepoix[22].

En 1941, il est chargé de présider le Comité d’organisation des industries et commerces de la musique, qui, comme tous les C.O., est sous la tutelle du ministère de la production industrielle, en application de la loi du 16 août 1940[23]. Il est aussi désigné par le gouvernement membre du conseil consultatif du Centre d'information interpofessionnel[24], président de la commission de liaison interprofessionnelle des industries hôtelières et commerces d'art et création[25], président de la commission "Art et création"[26], membre du conseil consultatif du dépôt légal[27], membre du Conseil supérieur de l'économie industrielle et commerciale[28].

Il reprend ses thèmes favoris des années 1930. Le combat contre la franc-maçonnerie: il appuie l'action de Bernard Faÿ et de sa revue "Les Documents maçonniques", en donnant un article à cette revue en 1942, qui rappelle son amendement de 1935, et acceptant de présider une de ses conférences en 1943 sur "les responsabilités de la judéo-maçonnerie dans la deuxième guerre mondiale"[29]. Le corporatisme communautaire aussi. Il publie en 1941 une brochure intitulée Conditions de la paix sociale par l'organisation corporative et la transformation du salariat, préconisant l'abolition du contrat de travail à salaire fixe et la participation des employés et ouvriers aux bénéfices de l'entreprise[30] et préside en 1943 les Journées du Mont-Dore, qui est, selon ses termes, "une initiative privée qui, avec l'agrément du Chef de l'Etat et du Chef du gouvernement, a convié des hommes de toutes appartenances à se rencontrer pur confronter leurs propositions en ce qui concerne un Ordre nouveau". Ces journées fédèrent tous les partisans d'un ordre corporatiste communautaire désireux de mettre en pratique la "Révolution nationale" de Pétain[31]. Pétain reçoit Dommange et les autres dirigeants en juillet 1943, qui soulignent que ses appels à un "ordre communautaire" n'ont pas été respectés[32].

Il fera également partie de ces groupes de musiciens qui, à l'instar de Florent Schmitt, comme lui aussi progressiste musicalement qu'il est réactionnaire politiquement, participent à des rencontres officielles avec des officiels nazis, et notamment à un voyage de musiciens français organisé par les services de Joseph Goebbels, à Vienne, en décembre 1941. Il se rend encore en Allemagne en 1943 et soutient Joseph Darnand.

À la Libération, il est déclaré inéligible. Le jury d'honneur refuse de lever son inéligibilité, arguant qu'il « s'est montré un partisan actif du gouvernement de Vichy qui l'a nommé conseiller municipal de Paris ; qu'il a collaboré au Cri du peuple, journal à la solde de l'ennemi ». Comme René Dommange s'insurge et nie cette dernière accusation, le rapport qu'adressent en retour les Renseignements généraux est sévère : il est écrit qu'il a appartenu au Comité d'action pour l'entraide d'hiver[33], qu'il a présidé les Journées du Mont-Dore, signé le manifeste anti-Laval aux côtés de Jean Luchaire, Fernand de Brinon et Jean Hérold-Paquis, qu'il a assisté à la conférence d'un collaborationniste, qu'il a été membre de la Milice française (carte n° 20780) et qu'enfin il a publié un article dans le Cri du peuple le 6 février 1941[34]. Il ne reprend pas d'activité politique après la Seconde Guerre mondiale.

Sources[modifier | modifier le code]

  • Jean Jolly (dir.), Dictionnaire des parlementaires français, notices biographiques sur les ministres, sénateurs et députés français de 1889 à 1940, PUF, Paris, 1960
  • Olivier Wieviorka, Les orphelins de la République. Destinées des députés et sénateurs français ( 1940-1945), Seuil, Paris, 2001
  • Myriam Chimènes ( dir. ), La vie musicale sous Vichy, Complexe, 2001
  • Philippe Nivet, Les assemblées parisiennes de la déclaration de guerre à la Libération de Paris ( 1939-1944 ), 1996, p. 155
  • 1869-1979, Centenaire des éditions Durand et Cie, Durand et Cie, 1969

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. 1869-1979, Centenaire des éditions Durand et Cie, op. cit. p. 24-28
  2. "Le Point", 16/1/2007, " A qui profite le Boléro de Ravel"
  3. Sur les dîners des "Affinités françaises", cf. la page consacrée à son fondateur, le marquis Louis de Fraguier
  4. "La Revue hebdomadaire", 21/4/1934, "Le Matin", 29/3/1935
  5. "La Revue hebdomadaire", 7/4/1934, "La leçon du 6 février": allocution de Dommange aux Affinités françaises.
  6. "La Revue hebdomadaire", 21/4/1934: La "corporation est un groupement professionnel complet, réunissant obligatoirement, dans chaque région, les chefs d'entreprise, les techniciens, les employés et les ouvriers d'un même métier, ou les membres d'une même profession libérale". Elle "surveille et contrôle" l'exercice de la profession" ( "La grève et le lock-out sont interdits" ), gère et contrôle les administrations publiques. Ses représentants siègent au Sénat et à un "Conseil national corporatif", qui remplace la Chambre des députés. Il conserve le suffrage universel, mais avec le vote des femmes et un suffrage familial
  7. "Le Matin", 16/4/1934
  8. "La Revue hebdomadaire", 21/4/1934, "La Revue hebdomadaire", 19/5/1934, "La Revue hebdomadaire", 2/6/1934, "La Revue hebdomadaire", 9/6/1934, "La Revue hebdomadaire", 16/6/1934, "La Revue hebdomadaire", 1/9/1934, "Le Journal", 31/5/1934, réunion de la salle Wagram
  9. "Le Journal des débats", 3/3/1935
  10. "J. O", séance du 28 décembre 1935, p. 2876-2977, "Les Documents maçonniques", mai 1942, liste des votants
  11. "Le Populaire", 2/3/1935
  12. "Le Populaire", 11/6/1937
  13. "L'Express du Midi", 7/2/1937
  14. "Le Figaro", 17/10/1938
  15. "Cherbourg-Eclair", 9/12/1938
  16. "Journal des débats", 28/12/1938: interview de Dommange, "Journal des débats", 15/1/1939, "Le Nouvelliste d'Indochine", 8/1/1939, "Recueil des actes administratifs de la Préfecture du département de la Seine", 12/1938: déclaration de l'association, "Le Temps", 15/1/1939, "L'Humanité", 22/12/1938, p. 1 et 4, "L'Oranie populaire", 11/3/1939, Cf. Jean-Pierre Azéma, Antoine Prost, Jean-Pierre Rioux ( dir. ), Le parti communiste français des années sombres, 1938-1941, Seuil, 1986
  17. "L'Ouest-Eclair", 2/9/1939
  18. "L'Echo d'Alger", 30/1/1941, "Le Temps", 31/1/1941. Sur ce comité de rassemblement, cf. Jean-Paul Cointet, La Légion française des combattants, Albin Michel, 1995, p. 104-111.
  19. "Paris-Soir", 18/12/1941
  20. "Paris-Soir", 21/1/1941
  21. Myriam Chimènes ( dir. ), La vie musicale sous Vichy, op. cit., p. 27
  22. Laurent Joly, Vichy dans la "Solution finale", Grasset, 2006
  23. "Le Matin", 3/4/1941: déclaration de Dommange à la presse sur son rôle
  24. "Journal des débats", 7-8/7/1941
  25. "Informations générales", 12/10/1943
  26. "Paris-Soir", 23/10/1943
  27. "Informations générales", 19/10/1943
  28. "Journal des débats", 18/8/1944
  29. "Les Documents maçonniques", avril 1942, R. Dommange", "Le défi de la franc-maçonnerie" , "Le Matin", 16/6/1943
  30. "L'Ouest-Eclair", 8/5/1941
  31. "Journal des débats", 18/9/1943, "Journal des débats", 15/9/1943, "Journal des débats", 19/4/1943, "Le Matin", 17-18/4/1943, "Notre province", octobre 1943,
  32. "Journal des débats", 14/7/1943
  33. "L'Ouest-Eclair", 24/1/1942
  34. Rapport du 1er avril 1946, cité par Olivier Wieviorka, op. cit., p. 384-385