Étienne Dolet

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Étienne Dolet

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Étienne Dolet sur une gravure du XVIe siècle.

Naissance 3 août 1509
Orléans, Orléanais
Pavillon royal de la France.svg Royaume de France
Décès 3 août 1546 (à 37 ans)
Paris, Île-de-France
Pavillon royal de la France.svg Royaume de France
Nationalité Française
Profession Écrivain, Imprimeur
Activité principale Poésie, philologie, traduction
Formation

Étienne Dolet (Orléans, 3 août 1509Paris, 3 août 1546) est un écrivain, poète, imprimeur, humaniste et philologue français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Une tradition douteuse fait de lui le fils illégitime de François Ier, mais il est certain qu'il est issu d'une famille de haut rang. Il vit à Orléans jusqu'à l'âge de douze ans, puis part en 1521 pour Paris où il étudie pendant cinq ans auprès de Nicolas Bérauld, professeur de Coligny.

En 1526, il se rend à Padoue. La mort de son maître et ami Simon de Villanova l’amène à accepter en 1530 le poste de secrétaire de Jean de Langeac, évêque de Limoges et ambassadeur de France à la République de Venise. Il s’est cependant arrangé pour assister aux conférences du maître vénitien Battista Egnazio et a trouvé le temps d'écrire des poèmes d’amour en latin à une Vénitienne du nom d’Elena.

À son retour en France, il étudie le droit et la jurisprudence à l’université de Toulouse, mais il est impliqué, par son humeur turbulente, dans de violentes disputes entre groupes d'étudiants. Il est emprisonné et, malgré la protection de Jean de Pins, finalement banni par un décret du parlement en 1534.

En 1535, il participe aux listes contre Érasme dans l'affaire de la controverse sur Cicéron et, grâce à l’imprimeur Sébastien Gryphe, publie le Dialogus de imitatione Ciceroniana, suivi des deux volumes du Commentariorum linguae Latinae. Cet ouvrage est dédié à François Ier, qui lui accorde pour dix ans le privilège d’imprimer tout ouvrage en latin, grec, italien ou français, de sa plume ou sous sa supervision. Il obtient aussi une grâce lors de l'homicide accidentel le 31 décembre 1536 d'un peintre nommé Compaing qui, dit-il, voulait l’assassiner. Il alla s'établir imprimeur à Lyon.

Il peut ainsi se mettre au travail et il édite Galien, Rabelais, Marot. Il n’ignore pas les dangers auxquels il s'expose. Cela se voit non seulement par le ton de ses textes, mais également par le fait qu’il a essayé d’abord de se concilier ses adversaires en éditant un Christianus de Caton, dans lequel il faisait sa profession de foi. Cette catholicité de façade, malgré son ultra-cicéronisme, transparaît dans les ouvrages sortis de ses presses, antiques et modernes, religieux ou laïcs, depuis le Nouveau Testament en latin jusqu'aux textes de Rabelais.

Mais avant que son autorisation d’imprimer n’expire, il s'attire à Lyon de nouvelles difficultés par son caractère satirique et par la publication d'ouvrages entachés d'hérésie. Son travail est interrompu par ses ennemis qui le font emprisonner en 1542 sous l’accusation d’athéisme.

Après un premier séjour en prison de quinze mois, il est relâché grâce à l’intervention de l'évêque de Tulle Pierre Duchatel. Emprisonné une seconde fois en 1544, il s’échappe par ses propres moyens et se réfugie dans le Piémont.

Mais il revient imprudemment en France en pensant qu’il pourrait imprimer à Lyon des lettres pour en appeler à la justice du roi de France, de la reine de Navarre et du Parlement de Paris. Il est à nouveau arrêté et jugé athée évadé par la faculté de théologie de la Sorbonne.

François Ier, qui l'avait d'abord protégé, l'ayant abandonné, il est amené de Lyon à Paris pour y subir le supplice. Puis il implore le pardon de Dieu, ce qui lui vaut de ne pas avoir la langue coupée avant la mise à feu du bûcher. Le 3 août 1546, il est étranglé puis brûlé avec ses livres sur la place Maubert. Cette place est réservée aux bûchers des imprimeurs : quatre y sont étranglés puis brûlés en 1546. Il aurait composé ce pentamètre sur le chemin du bûcher : Non dolet ipse Dolet, sed pia turba dolet (« Ce n’est pas Dolet lui-même qui s’afflige, mais la multitude vertueuse »).

Son crime était, selon les uns, d'avoir professé le matérialisme et l'athéisme, selon les autres, de s'être montré favorable aux opinions de Martin Luther.

Dolet et la religion[modifier | modifier le code]

On ne sait si Dolet doit être classé parmi les représentants du protestantisme ou parmi les défenseurs d’un rationalisme antichrétien. Cependant, on sait qu’il n'était pas reconnu par les protestants de son temps et que Calvin l’avait formellement condamné, tout comme Théodore Agrippa d'Aubigné et son maître Simon de Villanova, pour blasphèmes à l’encontre du Fils de Dieu. Mais, à en juger par le caractère religieux de nombre de livres qu’il a publiés, une telle condamnation est certainement déplacée. Sa défense perpétuelle de la lecture des Écritures en langue vulgaire est particulièrement notable.

Étienne Dolet, symbole de la libre pensée[modifier | modifier le code]

Statue d'Étienne Dolet, sur la place Maubert photographie prise en 1899 par Eugène Atget.

Une statue en bronze d’Étienne Dolet fut érigée sur la place Maubert à Paris, et inaugurée le dimanche 19 mai 1889 à 14 heures[1]. Elle représentait l'humaniste debout, les mains liées avec une presse d'imprimerie à ses pieds[2]. Cette statue, lieu de ralliement des dreyfusards, anti-cléricaux et libre penseurs fut enlevée et fondue en 1942 pendant l'occupation et jamais remplacée malgré quelques tentatives[3]. La veille de son inauguration, la Société de la Libre-Pensée du 5e arrondissement (groupe Étienne Dolet) avait organisé à la mairie du 5e arrondissement de Paris une conférence intitulée « Étienne Dolet, sa vie, son œuvre son martyre », par le citoyen Bourneville, député de la Seine[4].

Un buste à son effigie fut inauguré dans le jardin Hardouineau à Orléans, en 1933, enlevé et fondu en 1942, et reconstitué en pierre par le sculpteur Van Den Noorgaete en 1955. Il se trouve dans les jardins de la Mairie d'Orléans. Il a été inauguré en présence de nombreuses associations laïques[5].

Œuvres[modifier | modifier le code]

De re navali, Lyon, 1537

Ses principaux ouvrages sont :

  • Stephani Doleti orationes duæ in Tholosam. Eiusdem epistolarum libri II. Eiusdem carminum libri II. Ad eundem Epistolarum amicorum liber (1534)
  • Stephani Doleti Dialogus de Imitatione Ciceroniana adversus Desid. Erasmus Roterdamum pro Christophoro Longolio (1535), où il combat Erasme.
  • Commentarius Linguæ latinæ, livre I (1536) ; livre II (1538), Lyon, 2 volumes in-folio.
  • De Re navali liber ad Lazarum Bayfium (1537)
  • St. Doleti Gallii Aurelii Carminum libri quatuor (1538)
  • Formulae latinarum locutionum, 1539
  • Manière de bien traduire d’une langue en l’autre (1540)[6]
  • Le Second Enfer (1544)
  • Cantique d’Estienne Dolet, l’an 1546, sur sa désolation et sa consolation.

Dolet a aussi laissé des poésies latines et françaises, des traductions françaises de quelques écrits de Platon et de Cicéron, des pamphlets de circonstance, dont deux sur son emprisonnement, intitulés le Premier et le Second Enfer (1544), et un autre où il demande qu'il soit loisible de lire la Bible en langue vulgaire, et qui fut brûlé.

Hommages[modifier | modifier le code]

Jeton Maçonnique de la Respectable Loge Etienne Dolet, Orient d'Orléans, Grand Orient de France - 110 ans de la Loge 1902-2012.
Médaillon représentant Étienne Dolet situé à l'entrée de la Bibliothèque d'étude et du patrimoine de Périgord, à Toulouse.
À Paris et en Île-de-France
À Orléans 
  • Étienne Dolet est le nom d'une des loges du Grand Orient de France.
  • À Orléans un buste d'Étienne Dolet se trouve dans les jardins de la mairie.
    Buste d'Étienne Dolet jardins de la mairie, à Orléans.
  • Une rue et un collège portent le nom d'Étienne Dolet.
Ailleurs en France 

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://edolet.free.fr/monumentdedieaetiennedolet.html#lien5
  2. http://www.bm-lyon.fr/expo/09/dolet/zoom.php#lien3
  3. Lalouette Jacqueline. Du bûcher au piédestal : Étienne Dolet, symbole de la libre pensée. In: Romantisme, 1989, n°64. Raison, dérision, Laforgue. pp. 85-100.
  4. Texte de la conférence : Étienne Dolet, sa vie, son oeuvre, son martyre disponible sur Gallica
  5. www.bm-lyon.fr/expo/09/dolet/catalogue.pdf
  6. disponible sur Gallica

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]