Emil Jannings

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Emil Jannings

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Emil Jannings et sa femme en 1929

Nom de naissance Theodor Friedrich Emil Janenz
Naissance 23 juillet 1884
Rorschach, Suisse
Nationalité Flag of Germany.svg Allemande
Décès 2 janvier 1950 (à 65 ans)
Strobl, Autriche
Profession Acteur
Films notables Quand la chair succombe
Crépuscule de gloire
L'Ange Bleu

Emil Jannings (23 juillet 18842 janvier 1950) est un acteur de théâtre et de cinéma allemand d’origine suisse. Il fut le premier lauréat de l'Oscar du meilleur acteur et compte parmi les comédiens les plus marquants de l'ère du muet.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance, aventures et théâtre[modifier | modifier le code]

Bien qu'il ait prétendu un temps être né à Brooklyn, Emil Jannings, de son vrai nom Theodor Friedrich Emil Janenz, naquit en réalité à Rorschach en Suisse, dans le canton de Saint-Gall, sur les rives du Bodensee, le 23 juillet 1884, d’une mère allemande, Margaretha Pauline Amalie Schwabe, et d’un père originaire de Saint-Louis aux États-Unis, Emil Janenz. Il a un frère aîné, Werner. Ses parents sont fabricants d'ustensiles ménagers.

Alors qu'Emil n'a que 10 mois, sa famille vient s'installer à Zurich. Puis, au début des années 1890, de nouveau la famille déménage, cette fois-ci pour se fixer à Görlitz en Allemagne. Sur un coup de tête, Emil quitte ses parents pour s'engager dans la marine ; il devient aide-cuisinier sur un bateau à Hambourg, mais son escapade tourne court quand un ami de son père le retrouve et le contraint à rejoindre le nid familial. C'est alors qu'un accessoiriste du théâtre municipal de Görlitz croise la route du garçon et lui fait découvrir un monde qui sera comme une révélation. Emil, dès que l'occasion se présente, passe une audition ; très vite il est engagé par le théâtre de Gardelegen, et devient presque immédiatement acteur professionnel.

Douze années durant, il exerce le métier de comédien itinérant, passant d'une troupe à l'autre. C'est durant cette période qu'il rencontre Ernst Lubitsch, alors lui aussi comédien de la troupe de Gardelegen.

1906 marque un autre tournant, il est engagé par Max Reinhardt et joue au Deutsches Theater. Ceci lui permet de croiser Paul Wegener, Conrad Veidt, et une certaine Lucie Höflich, qu'il épousera. Ernst Lubitsch rejoindra lui aussi le Deutsches Theater en 1912.

Cinéma : première période allemande[modifier | modifier le code]

C'est en 1914 que Jannings débute au cinéma. D'abord figurant, ses rôles s'étoffent de plus en plus au fil des ans et, en 1916, Robert Wiene, le futur réalisateur du Cabinet du docteur Caligari, lui offre son premier rôle important ; le film est tiré d'une œuvre d'Alphonse Daudet et a pour titre : Fromont jeune et Risle aîné. Entretemps, Lubitsch, l'ami de Jannings, est passé derrière la caméra ; il offrira à Jannings le rôle principal dans bon nombre de ses premières œuvres, dont Les Yeux de la momie (1918), considéré comme la première réalisation significative de Lubitsch.

Avec la naissance de l'UFA, la carrière de Jannings prit un tour particulier. Il incarna plusieurs personnages historiques dans des productions pour lesquelles on commença à malmener l'histoire à des fins de propagande. Jannings allait alors incarner tour à tour Louis XV, Henry VIII d'Angleterre, Danton, Pierre le Grand...

À partir de 1920, Jannings est une vedette reconnue et incontournable du cinéma européen. Ses rôles deviennent plus nuancés, bien que, dans certains films, son jeu soit perçu moins favorablement par la critique : ce sera le cas pour l'Othello que réalisera Dimitri Buchowetzki en 1922, un film inspiré de l'œuvre de William Shakespeare.

En 1923, Jannings divorce de Lucie Höflich pour épouser Gussy Holl, ex-femme de Conrad Veidt. La prestation de Jannings dans le film Nju, réalisé la même année, suscite l'admiration des critiques, quand bien même l'accueil du film lui-même est plus mitigé. Toujours en 1923, l'acteur passe derrière la caméra et réalise Tout pour l'argent, où l'on voit un marchand de cochons tomber amoureux d'une danseuse, de qui est épris un autre prétendant. Le film, qui a le ton de la comédie, se termine par un drame, la mort du fils du marchand.

En 1925, Jannings interpréta le rôle principal dans Variétés, réalisé par Ewald André Dupont et qui avait pour cadre le monde du cirque. La même année, l'acteur joua sous la direction de Friedrich Wilhelm Murnau dans Le Dernier des hommes, adapté d'une nouvelle de Gogol, un film qui est resté dans l'histoire du cinéma muet, entre autres du fait de son absence d’intertitres. C'est également avec Murnau qu'il tournera ensuite Tartuffe, d'après Molière, dans lequel il joue le rôle titre, et Faust, une légende allemande, d'après Goethe, dans lequel il incarne Méphistophélès.

Cinéma : période hollywoodienne[modifier | modifier le code]

En 1927, Jannings, qui a signé un contrat avec la Paramount, joue dans son premier film américain sous la direction de Victor Fleming. Sa carrière à Hollywood est prometteuse, au point qu'en 1928, Jannings reçoit le premier Oscar du meilleur acteur, pour les rôles qu'il tient dans 2 films : Quand la chair succombe (The Way of All Flesh), le film de Fleming, et Crépuscule de gloire (The Last Command), réalisé par Josef von Sternberg. C'est en tout 6 films que Jannings tournera à Hollywood. Malheureusement, l'arrivée du parlant vient vite abréger cette carrière américaine, l'acteur connaissant à peine l'anglais.

Cinéma : seconde période allemande[modifier | modifier le code]

Emil Jannings avec Joseph Goebbels en 1938.

En 1930, il rentre donc en Europe, où il tourne avec Marlene Dietrich alors jeune débutante dans le classique Ange bleu, filmé simultanément en deux versions, anglaise et allemande, par Sternberg.

Pendant le Troisième Reich, Jannings, qui ne fut cependant jamais membre du parti, joua le rôle principal dans plusieurs films de l'époque, en particulier : Crépuscule (Der Herrscher), Les Deux Rois (Der Alte und der junge König) (1935), et Die Entlassung (1942). En 1941, il fut nommé par le Ministre de la Propagande Joseph Goebbels "artiste d’État". Son implication avec les Nazis ruina toute chance pour lui de pouvoir retourner un jour aux États-Unis.

Le dernier film de l'acteur, Wo ist Herr Belling ?, fut interrompu après quelques semaines du tournage, commencé fin 1944, Jannings étant tombé malade. La fin de la guerre arriva et le film ne fut jamais terminé.

Lorsque les troupes alliées entrèrent en Allemagne en 1945, Jannings aurait eu son Oscar sur lui comme preuve de son association passée avec Hollywood. Quoi qu’il en soit, étant donné sa participation active dans la propagande nazie, Jannings subit la dénazification, et toutes ses tentatives de retour sur les écrans étaient désormais vouées à l’échec. Dès lors, il se retira dans sa propriété du Salzkammergut à Stroblhof, en Autriche.

C'est là que Jannings mourut en 1950 d'un cancer, à l’âge de 65 ans.

Anecdotes[modifier | modifier le code]

  • Il est le premier lauréat de l'Oscar du meilleur acteur. Il reçut sa récompense un mois avant la cérémonie officielle et est, du coup, le premier oscarisé à ne pas s'être présenté à la cérémonie. Son origine fait de lui aussi le premier acteur non-américain à avoir obtenu l'illustre statuette. Son Oscar est aujourd’hui exposé au Filmmuseum de Berlin.
  • Il était très habile en ce qui concerne les questions d’argent et fut l’un des acteurs les mieux payés de son temps.
  • Au moment du tournage de L'Ange bleu, sa propre carrière commençait à décliner; il devina rapidement que Dietrich, qui n’était alors qu’une inconnue, était une star en puissance, et, selon l'actrice elle-même, il en éprouva de l'amertume et ne cessa de se montrer ignoble envers l'étoile montante.
  • Dans le film-biographie sur Marlene Dietrich, Marlene, réalisé en 2000 par Joseph Vilsmaier, le rôle d'Emil Jannings est tenu par Armin Rohde.

Filmographie[modifier | modifier le code]

Année Film (réalisateur) Rôle Notes
1914 Passionels Tagebuch (Louis Ralph)
Im Schützengraben (Walter Schmidthässler)
Arme Eva (Robert Wiene)
1916 Stein unter Steinen (Felix Basch)
Nächte des Grauens (Richard Oswald & Arthur Robison) i.e. Nuit d’horreur
Das Leben ein Traum (Robert Wiene)
Im Angesicht des Toten Paul Werner
Frau Eva (Artur Berger & Robert Wiene)
Die Bettlerin von St. Marien (Alfred Halm) Baron Gelsburg
Aus Mangel an Beweisen (Edmund Edel) Dr. Langer
1917 Fromont jeune et Risler Aîné (Robert Wiene)
Unheilbar (Emmerich Hanus)
Die Seeschlacht (Richard Oswald)
Der Ring der Giuditta Foscari (Alfred Halm)
Lulu (Alexander Antalffy)
Das Geschäft (Ernst Reicher) S. H. Haßler
Der Zehnte Pavillon der Zitadelle (Danny Kaden)
Die Ehe der Luise Rohrbach (Rudolf Biebrach) Wilhelm Rohrbach
Hoheit Radieschen (Danny Kaden)
Wenn vier dasselbe tun (Ernst Lubitsch) Segetoff
Das Fidele Gefängnis (Ernst Lubitsch) Quabbe
1918 Nach zwanzig Jahren (Willy Zeyn) Horst Lundin 'Korn'
Fuhrmann Henschel (Ernst Lubitsch)
Die Augen der Mumie Ma (Ernst Lubitsch) Radu, un Arabe i.e. Les Yeux de la momie
Keimendes Leben, Teil 1 (Georg Jacoby) James Fraenkel, Börsenmarktler
John Smith, amerikanischer Ingenieur
1919 Der Mann der Tat (Victor Janson) Jan Miller
Keimendes Leben, Teil 2 (Georg Jacoby)
Die Tochter des Mehemed (Alfred Halm) Vaco Juan Riberda, Fabrikbesitzer
Vendetta (Georg Jacoby) Tomasso
Madame Du Barry (Ernst Lubitsch) Louis XV i.e. La Du Barry
Rose Bernd (Alfred Halm) Arthur Streckmann
1920 Les Filles de Kohlhiesel (Kohlhiesels Töchter) (Ernst Lubitsch) Peter Xaver
Das Große Licht (Hanna Henning) Lorenz Ferleitner
Algol - Tragödie der Macht (Hans Werckmeister) Robert Herne
Der Schädel der Pharaonentochter (Otz Tollen) Osorcon, pharaon d'Égypte
Anna Boleyn (Ernst Lubitsch) Henry VIII i.e. Anne de Boleyn
Colombine (Martin Hartwig)
1921 Die Brüder Karamasoff (Dimitri Buchowetzki) Dimitri Karamasoff i.e. Les Frères Karamazov
Der Stier von Olivera (Erich Schönfelder) le général François Guillaume
Danton (Dimitri Buchowetzki) Danton
Der Schwur des Peter Hergatz (Alfred Halm)
Die Ratten (Hanns Kobe) Bruno
1922 Die Gräfin von Paris (Dimitri Buchowetzki) i.e. La Tragédie de l'amour, La Comtesse de Paris
La Femme du pharaon (Das Weib des Pharao) d'Ernst Lubitsch le pharaon Amenes i.e. La Femme du pharaon
Othello (Dimitri Buchowetzki) Othello
Peter der Große (Dimitri Buchowetzki) Peter der Große i.e. Pierre le Grand
1923 Tragödie der Liebe (Joe May) Ombrade i.e. La Tragédie de l’amour
Alles für Geld (Emil Jannings) S.I. Rupp i.e. Tout pour l’argent
1924 Das Wachsfigurenkabinett (Paul Leni & R. Wiene) Harun al Raschid i.e. Le Cabinet des figures de cire
Nju - Eine unverstandene Frau (Paul Czinner) Ehemann i.e. À qui la faute?
Der Letzte Mann (F.W. Murnau) le portier d’hôtel i.e. Le Dernier des hommes
1925 Liebe macht blind (Lothar Mendes) Emil Jannings
Quo Vadis? (Gabriellino d’Annunzio & Georg Jacoby) Néron
Variétés (Varieté) (Ewald André Dupont) Boss Huller i.e. Variétés
Herr Tartüff (F.W. Murnau) Tartüff i.e. Tartuffe
1926 Faust - Eine deutsche Volkssage (F.W. Murnau) Méphisto i.e. Faust, une légende allemande
1927 Quand la chair succombe (The Way of All Flesh) (Victor Fleming) August Schilling i.e. Quand la chair succombe - Oscar du meilleur acteur - film dont il ne subsiste que de brèves scènes
1928 Crépuscule de gloire (The Last Command), de Josef von Sternberg gén. Dolgorouki / grand duc Serge i.e. Crépuscule de gloire - Oscar du meilleur acteur
La Rue des péchés (Street of Sin) (Mauritz Stiller & Ludwig Berger) Basher Bill i.e. La Rue des péchés - film disparu
Le Patriote (The Patriot) (Ernst Lubitsch) le tsar Paul Ier i.e. Le Patriote - film dont il ne subsiste que de brèves scènes
Les Fautes d'un père (Sins of the Fathers) (Ludwig Berger) Wilhelm Spengler i.e. Les Fautes d’un père
1929 Fighting the White Slave Traffic
Betrayal (Lewis Milestone) Poldi Moser film disparu
1930 Der Blaue Engel (Josef von Sternberg) Prof. Immanuel Rath i.e. L’Ange bleu, version tournée en allemand
The Blue Angel (Josef von Sternberg) Prof. Immanuel Rath i.e. L’Ange bleu, version tournée en anglais
Aimé des dieux (Hanns Schwarz) Albert Winkelmann i.e. Le Favori des dieux
1932 Stürme der Leidenschaft (Robert Siodmak) Gustav Bumke i.e. Les Tempêtes de la passion, version allemande de Tumultes
1933 The Merry Monarch (Alexis Granowsky) le roi Pausole version tournée en anglais
Die Abenteuer des Königs Pausole (Alexis Granowsky) le roi Pausole version tournée en allemand; il existe une version tournée directement en français Les Aventures du roi Pausole mais le roi est joué par André Berley
1934 Der Schwarze Walfisch Peter Petersen film tiré du Fanny de Pagnol
1935 Der Alte und der junge König - Friedrichs des Grossen Jugend (Hans Steinhoff) Frédéric-Guillaume Ier, roi de Prusse i.e. Les Deux rois
1936 Traumulus (Carl Froelich) Direktor Prof. Niemeyer
1937 Crépuscule (Der Herrscher) (Veit Harlan) Matthias Clausen i.e. Crépuscule
Der Zerbrochene Krug (Gustav Ucicky) Adam, Dorfrichter i.e. La Cruche cassée
1939 Der Trichter (Nr. III) (court-métrage de Franz Schröder) scènes effacées
Robert Koch, der Bekämpfer des Todes (Hans Steinhoff) Dr. Robert Koch i.e. La Lutte héroïque
1941 Le Président Krüger (Ohm Krüger) (Hans Steinhoff) Ohm Krüger i.e. Le Président Kruger
1942 Die Entlassung (Wolfgang Liebeneiner) Bismarck
1943 Altes Herz wird wieder jung (Erich Engel) Fabrikdirektor Hoffmann
1945 Wo ist Herr Belling? (Erich Engel) Firmenchef Eberhard Belling film inachevé

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Anecdote[modifier | modifier le code]

Quentin Tarantino rend un hommage appuyé au cinéma expressionniste allemand dans Inglourious Basterds à travers, entre autres, une brève apparition d'Emil Jannings sous les traits de Hilmar Eichhorn (de).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Écrits d'Emil Jannings 
  • Theater und Film. Das Leben und ich, adaptation de C.C. Bergius, Berchtesgaden, Zimmer und Herzog, 1951 ;
  • Das Filmgesicht, propos recueillis par Wolfgang Martini et Margarete Lange-Kosak, Munich, Andersen, 1928 ;
  • Texte autobiographique dans Wie ich zum Film kam, adaptation de K. Mühsam et E. Jacobsohn, Berlin, Lichtbildbühne, 1926 ;
  • Texte autobiographique dans Wie über uns selbst, adaptation de H. Treuner, Berli, Sibyllen, 1928.
Sur Emil Jannings 
  • Charles Ford, Emil Jannings, Paris, Anthologie du cinéma, coll. « Anthologie du cinéma, supplément à l'Avant-scène du cinéma, 46 », 1969.