Jazz

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Jazz

Origines stylistiques Ragtime
Blues
Marche
Origines culturelles Drapeau des États-Unis États-Unis
Fin des années 1910
Instruments typiques Saxophone
Trompette
Trombone
Clarinette
Piano
Contrebasse
Guitare Basse
Batterie
Guitare
Guitare électrique
Chant
Vibraphone
Popularité Très populaire aux États-unis et en Europe des années 1920 aux années 1950
Scènes régionales Dans le monde entier, principalement en Amérique du Nord, au Japon et en Europe.

Sous-genres

Nouvelle-Orléans - swing - mainstream - bebop - cool jazz - hard bop - jazz modal - free jazz - soul jazz - jazz-rock fusion - acid jazz - Chicago jazz - jazz manouche - smooth jazz - latin jazz - nu jazz

Le jazz est un genre musical né à La Nouvelle-Orléans aux États-Unis, au début du XXe siècle. Issu du croisement du blues, du ragtime et de la musique européenne, le jazz est une forme musicale afro-américaine. Tout au long du XXe siècle, il a acquis une large popularité au-delà des frontières des États-Unis. Le jazz est une musique métisse qui réunit cultures africaines et cultures occidentales.

Étymologie du mot Jazz[modifier | modifier le code]

Au-delà de la difficulté à définir précisément la musique qu'il désigne, l'origine du mot jazz est sujet à controverses. Les hypothèses avancées quant aux origines de ce nom sont multiples et aucune ne semble faire l'unanimité. Le mot jazz pourrait être dérivé :

  • du terme français jaser (discuter, palabrer)[1], en référence aux rythmes et au mot phrasé ou en référence à la réflexion « Ça va jaser »[réf. nécessaire] que pouvait inspirer la crainte des conséquences des concerts de jazz sur le voisinage ;
  • du nom de musiciens (comme Chaz Washington) ;
  • de l'argot avec des connotations sexuelles (jizz) ou qui indiquent l'énergie ou la force ;
  • du jasmin que l'industrie cosmétique française avait utilisé dans ses parfums, qui étaient vendus à La Nouvelle-Orléans (une théorie de Garvin Bushell) ;
  • d'une déformation du chassé ou chasse-beau, figure du cakewalk (danse du gâteau, à la mode au XIXe siècle) ;
  • des racines africaines comme le mot bantou jaja (« danser », « jouer de la musique »), sur le terme africain jasi (« être excité », « vivre à un rythme rapide, sous pression ») ;
  • Jaiza (« son lointain des percussions »). La dernière appellation viendrait de certaines tribus indonésiennes qui appelaient « jaze baqti » une musique rythmée.
  • Le nom donné aux jazzmen[2] vient du surnom donné à ceux qui fréquentaient les prostituées de La Nouvelle-Orléans, dont l'habitude était de se parfumer au jasmin, dont ils exhalaient l'odeur après les ébats[3].
  • Les prostituées de la Nouvelle-Orléans sont appelées « jazz-belles » en argot cajun, en référence à la Jézabel biblique[4].

Les recherches de Gerald Cohen indiquent que le mot apparaît pour la première fois sous la plume de E. T. « Scoop » Gleeson dans le San Francisco bulletin en mars 1913. La plupart des historiens penchent cependant sur le fait que ce mot est apparu pour la première fois dans le Chicago Herald du 1er mai 1916[5] Il appartient au jargon du baseball pour désigner l'énergie d'un joueur. Le mot aurait été employé pour qualifier la musique du groupe d'Art Hickman qui jouait dans le camp d'entraînement des San Francisco Seals. Le groupe endossa l'adjectif lors de ses engagements à New York en 1914 et le terme se répandit progressivement jusqu'à Chicago avant de revenir en Nouvelle-Orléans sous la forme d'une lettre de Freddie Keppard à King Oliver qui le popularisera dès 1917 avec son protégé Louis Armstrong.

En raison de ses connotations scabreuses, le terme était diversement apprécié des musiciens (Duke Ellington en particulier préférait l'appellation « Negro music »). Durant les années 1930 et 1940, de nombreuses alternatives ont été proposées telles que ragtonia, syncopep, crewcut, Amerimusic, ou encore jarb, sans grand succès. La diffusion du mot « jazz » (bien que sous sa forme Jass) est largement associée à son apparition sur le premier enregistrement du style, en mars 1917 par l'Original Dixieland Jass Band.

Histoire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire du jazz.

Le jazz est né aux États-Unis au début du XXe siècle, d'un mélange de musiques élaborées par les Noirs américains. Ses ancêtres sont les work songs, chants de travail des esclaves africains et les chants religieux, negro spirituals et gospel, chantés dans les églises méthodistes, baptistes ou pentecôtistes[6], lors des cérémonies religieuses. Au début du XXe siècle, le blues se développe dans le Delta du Mississippi et est largement diffusé à partir de 1920 avec entre autres le premier enregistrement de Mamie Smith.

Parallèlement, le ragtime apparaît, style de piano incarné par Scott Joplin, musique syncopée influencée par la musique classique occidentale. Dans les années 1920, le stride se développe à Harlem. Héritier du ragtime, le stride introduit l'utilisation d'une pulsation ternaire, et la virtuosité des musiciens augmente, comme chez James P. Johnson. Le boogie-woogie se développe à la même époque à Chicago.

C'est à La Nouvelle-Orléans que l'on fait en général naître le jazz, avec les formations orchestrales des « brass bands », mélange de marches militaires revisitées par les noirs américains et les créoles, qui privilégie l'expression collective. Le premier enregistrement de jazz voit le jour en mars 1917 par l'Original Dixieland Jass Band. Autoproclamé inventeur du jazz, Jelly Roll Morton est en effet un passeur entre ragtime et jazz, mais ce sont Kid Ory, Sydney Bechet et surtout Louis Armstrong qui s'imposent comme les grands solistes des formations Nouvelle-Orléans caractérisées par l'improvisation collective sur le schéma instrumental trompette, trombone, clarinette.

Considéré comme l'âge d'or du jazz, apparu vers les années 1930, le swing (ou middle jazz) se démarque du jazz Nouvelle-Orléans par un orchestre de plus grande taille sur le modèle des trois sections de trompettes, trombones et anches qui privilégie les solistes prenant des chorus intégrés dans des arrangements écrits au détriment de l'improvisation collective. C'est l'ère des big bands de Duke Ellington, Count Basie, Glenn Miller, Benny Goodman, avec un répertoire marqué par les compositions de George Gershwin, Cole Porter, Richard Rodgers etc. et les chansons de variété de Tin Pan Alley, qui forment l'ossature des standards de jazz. Les grands solistes de cette époque sont Coleman Hawkins, Roy Eldridge, Benny Carter, Johnny Hodges, Ben Webster, Art Tatum, et Lester Young.

Au début des années 1940 naît le bebop. Tempos ultras rapides, petites formations, virtuosité époustouflante, innovations harmoniques et rythmiques, la rupture est brutale et emmenée par Charlie Parker, Dizzy Gillespie, Kenny Clarke, Thelonious Monk. L'intellectualisation du jazz par le bebop ne sera pas toujours bien perçue par le public et certains critiques, notamment Hugues Panassié en France sera particulièrement virulent contre cette nouvelle forme de jazz.

Vers les années 1950 apparaissent des évolutions au bebop, comme le cool et le hard bop. Le cool et le jazz West Coast regroupent des évolutions du bop moins marquées par le rythme, et généralement faites par des blancs. Les four Brothers de Jimmy Giuffre, les innovations de Lennie Tristano et la collaboration entre Miles Davis et Gil Evans sont généralement regroupées sous cette bannière. Au contraire, le hard bop est plutôt un mouvement noir, visant à réintroduire plus de soul et de blues dans le bop, et pour qui l'aspect rythmique est prédominant. Art Blakey, Horace Silver ou Sonny Rollins y participent. D'autres personnalités inclassables émergent : Bill Evans, Charles Mingus, Oscar Peterson

À la fin des années 1950, les structures harmoniques et l'improvisation sont portées à leurs limites par John Coltrane. Emmenés par Coltrane et Ornette Coleman les musiciens bouleversent la structure musicale et les techniques instrumentales. La grille harmonique, le rythme régulier, et même le thème sont supprimés, au profit d'improvisations collectives, la prédominance de l'énergie, et l'utilisation de techniques non conventionnelles (suraigus, growl, cris, slaps, « sons sales », voire bruitistes), c'est la naissance du free jazz. Les réactions des critiques à cette nouvelle forme de jazz sont féroces, et le public beaucoup moins nombreux à suivre cette musique nouvelle.

Dès les années 1960 et surtout 1970, s'amorcent des mouvements de fusion entre le jazz et d'autres courants musicaux, le jazz et la musique latine donnent le latin jazz, mais c'est surtout la fusion entre le jazz et le rock, le jazz-rock, qui remporte l'adhésion du public. Les grandes figures en sont Miles Davis, Frank Zappa ou encore le groupe Weather Report. Au même moment, la création de la maison de disques ECM à Munich participe à la création et à la diffusion d'un jazz plus « européen », aux sonorités plus feutrées et subtiles, inspiré par la musique classique, la musique contemporaine et les musiques du monde. Jan Garbarek, John Surman, Louis Sclavis, Kenny Wheeler en sont quelques représentants.

Les caractères clés du jazz[modifier | modifier le code]

Le jazz est un mélange de courants musicaux très divers. Au cours de son évolution, il a su intégrer de nombreuses influences et se prêter à de nombreux métissages, comme le blues, le rock, la musique latine, le hard rock, et ainsi de suite.

Du point de vue de la technique musicale, sa richesse et sa complexité sont aujourd'hui telles qu'il est difficile de décrire précisément ce qui le caractérise. Le jazz comprend une grande variété de sous-types, comme traditionnel, be-bop, fusion, free-jazz, etc.

D'après Travis Jackson, le jazz peut être défini d'une façon plus « ouverte », en disant que le jazz (soit qu'on parle de swing, fusion, ou latin-jazz) est une musique qui inclut souvent des qualités comme le swing, l'improvisation, l'interaction en groupe, le développement d'une voix individuelle comme artiste, et qui est ouverte aux diverses possibilités musicales[7].

Les éléments distinctifs suivants se retrouvent dans la majorité des styles de jazz :

  • swing : c'est une division du temps ternaire dans laquelle 2 croches se jouent noire-croche dans un triolet, division du temps 2/3-1/3, le fameux « chabada », donnant ainsi un rythme entraînant spécifique au jazz ;
  • l'accentuation des temps faibles (l'inverse de la musique classique) ;
  • l'abondance de syncopes et contretemps ;
  • improvisation : un processus par lequel le musicien de jazz crée ou produit une œuvre musicale spontanée en se servant de sa créativité dans l'instant et de son savoir technique et théorique des divers styles de jazz ;
  • utilisation du chiffrage pour cadrer l'improvisation (basse continue moderne) ;
  • l'interaction en groupe ;
  • le développement d'une voix individuelle comme artiste (sonorité et phrasé) : les musiciens de jazz sont souvent à la recherche de l'expression musicale individuelle, innovatrice et créative ;
  • ouverture aux diverses possibilités musicales ;
  • standard de jazz : les morceaux bien connus, pour la plupart issus des comédies musicales de Broadway, qui ont acquis une certaine notoriété via ces films, qui font l'objet de nombreuses reprises et sont joués lors des jam sessions (p. ex., All of Me, Autumn Leaves, Mack the Knife, Summertime, etc.) ;
  • la substitution d'un accord par un accord similaire dont la fondamentale se situe au triton ;
  • abondance d'emprunts à d'autres tons, modes ;
  • hybride tonal - modal.

Principaux artistes de jazz[modifier | modifier le code]

Compositeurs[modifier | modifier le code]

Voir la catégorie compositeur de jazz.

Musiciens[modifier | modifier le code]

Voir la catégorie musicien de jazz, la liste des musiciens de jazz, la liste des musiciens de jazz par instrument et la liste des musiciens de jazz par style.

Chanteuses[modifier | modifier le code]

Voir la catégorie chanteuse de jazz.

Chanteurs[modifier | modifier le code]

Voir la catégorie chanteur de jazz.

Formations[modifier | modifier le code]

Voir la Liste des formations de Jazz et la catégorie groupe de jazz.

Courants du jazz[modifier | modifier le code]

Voir la catégorie Courant du jazz.

Les lieux mythiques du jazz[modifier | modifier le code]

Le Village Vanguard

International :

Article détaillé : Liste de clubs de jazz new-yorkais.
  • La Nouvelle-Orléans :

À Paris :

Article détaillé : Liste de clubs de jazz parisiens.

Ailleurs en France :

Les festivals de Jazz[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Liste de festivals de jazz.

Le jazz, dans son expression et son esprit d'improvisation, se prête particulièrement bien au concept de festival. Ainsi de nombreux festivals de jazz sont devenus célèbres, tels ceux de San Francisco, Montreux, Montréal, et en France le festival Jazz à Vienne, le festival Jazz à Juan, Jazz in Marciac, le festival Nancy Jazz Pulsation à Nancy et beaucoup d’autres.

Enseignement du jazz[modifier | modifier le code]

Influence du jazz[modifier | modifier le code]

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Le Jazz a influencé certains compositeurs de musique classique du XXe siècle, qui ont emprunté des rythmes et instruments de jazz dans leurs oeuvres. Citons Maurice Ravel et ses Bolero et Concert pour la main gauche, Darius Milhaud et la Création du monde, Francis Poulenc et son Concerto pour deux pianos et orchestre, Dmitri Chostakovitch et sa Suite pour orchestre de jazz, Igor Stravinski et son Ebony Concerto, André Jolivet et son Concerto pour trompette. L'intrusion du jazz dans la musique classique a été aussi initiée par des musiciens de jazz, citons Georges Gershwin et sa Rhapsody in blue, ou le compositeur gallois Karl Jenkins avec la Messe de l'Homme Armé.

Cependant, les saxophones, instruments indispensables dans l'orchestre de jazz, s'intègrent très mal dans les orchestres symphoniques à cause de leur timbre riche en harmoniques aiguës, ce qui empêche aux orchestres symphoniques de les considérer comme des membres à part entière ; en effet, dans les orchestres symphoniques, les saxophonistes sont des contractuels. À l'aube du XXIe siècle, cette incursion du jazz dans les œuvres classiques du XXe siècle apparaît davantage comme une expérimentation ou une recherche épisodique d'une certaine couleur ou ambiance, qu'une influence pérenne sur la création classique.

Le jazz est, par l'intermédiaire du rhythm and blues, à l'origine de la grande majorité des musiques populaires du XXe siècle : Rock, Pop, Funk, etc.

Par son rythme, ses couleurs, l'atmosphère de ses clubs, le jazz est aussi une source d'inspiration pour d'autres artistes, peintres, sculpteurs ou photographes :

Sacha Chimkevitch, auteur notamment de plusieurs affiches de festivals a été salué par Franck Ténot et certains musiciens de jazz, qui disent retrouver leur « swing » dans ses toiles[réf. nécessaire].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (fr) Franck Ténot, Dictionnaire du Jazz, 1967
  • Gérard Montarlot, Le Jazz et ses musiciens, Hachette, 1963
  • (fr) Lucien Malson, Histoire du jazz, Seuil/Solfèges, 1976, mise à jour en 1994
  • (fr) Philippe Carles, André Clergeat et Jean-Louis Comoli, Dictionnaire du Jazz, éditions Robert Laffont
  • (fr) Noël Balen, L'odyssée du jazz, Éditions Liana Levi, 2003
  • (fr) Franck Bergerot, Le jazz dans tous ses états, Larousse, 2006
  • (fr) Alexandre Pierrepont, Le champ jazzistique, Parenthèses, 2002
  • (fr) Guillaume Belhomme, Giant Steps, jazz en 100 figures & Way Ahead, jazz en 100 autres figures, Le mot et le reste, 2009/2011
  • (fr) Yannick Séité, Le Jazz, à la lettre, Presses Universitaires de France, 2010
  • (fr) Laurent Cugny, Analyser le jazz, Outre-Mesure, 2009
  • (fr) André Francis, Jazz, collection Solfèges-Éditions Du Seuil, 1977, 288 pages,
    fournit une très importante bibliographie sur le jazz; sur des musiciens; en français, en anglais.
  • (fr) Jean Jamin et Patrick Williams, Une anthropologie du jazz, Paris, CNRS Éditions, 2010
  • (fr) Joachim Ernst Berendt, Le Grand Livre du Jazz, traduction française, aux Éditions Du Rocher-Le Livre de Poche, 636 pages, issue de la traduction américaine de la version originale allemande Das Große Jazzbuch.
  • (fr) Hugues Panassié, Monsieur Jazz, 1975
  • (fr) Hugues Panassié, Dictionnaire du Jazz, 1987

Revues:

  • Les Cahiers du Jazz, nouvelle série, Paris, Outre Mesure, 2004 à aujourd'hui.
  • Volume ! La revue des musiques populaires, Bordeaux, Éditions Mélanie Seteun, 2002 à aujourd'hui.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. le grand livre du Jazz, J-E. BERENDT
  2. dʒaz.mɛn
  3. Jean-Louis Mathon DVD « Louisiane » - Exploration du monde
  4. André Clergeat dictionnaire du jazz p.519
  5. Antoine Manda Tchebwa, Aux sources du jazz noir: Du congo Plains à Léopoldville, Éditions L'Harmattan, 2012.
  6. Philippe Carles, André Clergeat Dictionnaire du Jazz Bouquins/Laffont p.962
  7. Critique de The Cambridge Companion to Jazz par Peter Elsdon, Frankfurter Zeitschrift für Musikwissenschaft (Revue de Francfort de musicologie) No. 6, 2003

Articles connexes[modifier | modifier le code]