Disque 78 tours

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Phonographe portable avec un disque 78 tours.

Le disque 78 tours est un disque phonographique à gravure latérale de 25 cm ou 30 cm de diamètre tournant à 78 tours par minute. Il fut le principal support de diffusion de musique enregistrée pendant les années 1920 à 1950.

Les 78 tours contenaient le plus souvent un morceau ou chanson par face, durant au plus environ 3 minutes pour les disques de 25 cm (format le plus commun pour les variétés), 5 minutes pour ceux de 30 cm (pour la musique classique notamment). Les premiers appareils de lecture étaient purement mécaniques. À partir de l'introduction de la triode dans le courant des années 1920, des appareils à moteur électrique et cellule de lecture amplifiée, permettant de diminuer les contraintes sur le disque et d'améliorer la bande passante, ont été disponibles.

Dans la deuxième moitié des années 1930, des appareils capables d'enregistrer électriquement sur un disque spécial, mais compatible avec tout lecteur électrique de disques 78 tours commerciaux a été diffusé et utilisé dans les stations de radio, les conférences, etc.

La fabrication des 78 tours a continué jusqu'en 1959, étant progressivement supplantés par les disques microsillon 33 et 45 tours qui eux-mêmes ont débuté en 1948. Ils ne sont aujourd’hui recherchés que par les collectionneurs.

Période d'activité commerciale du format[modifier | modifier le code]

En 1887, Émile Berliner invente le gramophone, qui enregistre le son sur un disque plat, qui a pour avantage par rapport au phonographe de Thomas Edison, enregistrant sur cylindre, de pouvoir se reproduire facilement par pressage[1]. Mais les deux formats ont continué à coexister commercialement, d’autant plus que jusqu’en 1894, Berliner n’a vendu que des appareils simplifiés avec des enregistrements sommaires. Il publie en 1894 son premier catalogue de disques musicaux en enregistrant des chanteurs connus et fonde en 1898 sa société de production d'enregistrements musicaux, la Berliner Gramophone, dont la branche allemande sera à l'origine de la compagnie Deutsche Grammophon. Pendant ce temps, l'effort de la société de Thomas Edison, qui détenait le brevet initial du cylindre, conçu parallèlement par Charles Cros, se dirigeait principalement sur l'éclairage électrique. Charles Sumner Tainter améliorait ce procédé pour en faire un dictaphone, qui restera le seul sur ce marché jusqu'à l'enregistrement magnétique[2] ; mais la diffusion d'enregistrements musicaux se fait sur disques. La Berliner Gramophone (future Polygram) est éliminée aux États-Unis par la « Victor Talking Machine Company », fondée en 1901, fabriquant disques et appareils (« Victrola »). Avant 1910, l'industrie produisait plusieurs millions de disques par an[3].

Les disques de gramophone enregistrés sont en vente en France dès les premières années. On offre aussi un disque avec la voix de l'acquéreur, à réaliser à l'atelier[4]. Un catalogue de disques de musique est disponible dès 1903[5]. En 1896, les frères Pathé fondent à Paris leur compagnie d'enregistrement de phonogravures verticales sur cylindre, associé à un procédé de reproduction par pantographe. Ils adoptent le disque en 1906, mais en gravure verticale avec pointe de lecture saphir ; le système Berliner à gravure latérale n'est pas encore dans le domaine public[6]. La Pathé opérera aussi en Russie, en Chine et dans plusieurs autres pays. Les premiers disques Pathé sont enregistrés du centre vers le bord, en annonçant titre, compositeur et interprète en début de morceau ou de narration, mais la compagnie adopte rapidement le système Berliner, de l'extérieur du disque vers l'intérieur[2].

La Première Guerre mondiale, interrompt le développement de l'industrie du disque, sauf aux États-Unis où elle prospère. En 1918, l'expiration du brevet que détenait Berliner sur son disque à gravure latérale permet à de nombreux concurrents de commencer à produire des disques, assurant à ceux-ci un avantage commercial décisif sur les cylindres. La vente de ces derniers a commencé progressivement à baisser jusqu’à l’arrêt total de la production en 1929[6].

Des 78 tours à gravure latérale, de 25 cm en général (ou de 30 cm) sont commercialisés en France à partir de 1926-1927 par la Pathé-Art (série aux étiquettes de style art-déco)[réf. souhaitée].

Au milieu des années 1920, la radiodiffusion concurrence le gramophone pour la diffusion musicale domestique ; en même temps apparaissent les premiers tourne-disque à amplification électronique, donnant un volume sonore et une qualité de reproduction supérieure, avec une pression moindre sur le disque. L'appareil peut partager son amplificateur avec la radio.

En 1931, RCA Victor tente de commercialiser un 33 tours sillon normal (de largeur identique à celui du 78 tours) sur support vinyle. C'est un échec, mais il en sort le disque enregistrable enduit en acétate de cellulose, qui servira, à l'enregistrement légal des radios[7] jusqu'à l'introduction de l'enregistrement magnétique[8],[9]

En 1948, Columbia invente le disque microsillon en vinyle qui viendra détrôner le 78 tours[8]. C'est à cette époque qu'on commence à parler de 78 tours, pour les distinguer des formes de disques plus modernes, dits 33 tours et 45 tours[10]. Le format 78 tours reste populaire dans le tiers-monde encore quelques années. En Inde, on continue de graver dans ce format jusqu’au milieu des années 1960. Les collectionneurs recherchent aujourd'hui les enregistrements 78 tours des Beatles[réf. souhaitée].

À l'époque de sa grandeur, le 78 tours a fait l'objet d'une norme de la Commission électrotechnique internationale, visant à assurer la meilleure compatibilité des disques de toutes les productions avec les lecteurs de toutes les marques[11].

Suivant les maisons de disques, la période d'édition en 78 tours s'est arrêtée entre fin 1955 (pour Columbia et Pathé par exemple) et 1958 (pour Philips). En Belgique et au Canada l'édition de 78 tours par la maison de disques Columbia a cessé en 1958. Au moins un million de titres avaient été enregistrés de par le monde[12]

Caractéristiques techniques[modifier | modifier le code]

Composition du support[modifier | modifier le code]

Les premiers disques, expérimentaux, étaient fabriqués sur celluloïd, mais ils résistaient mal aux lectures répétées. En 1889, Berliner commença la production sur caoutchouc vulcanisé pressés à partir d'une matrice en acier déposé sur cuivre ou zinc[1]. À partir de 1897, ces matériaux ont été largement remplacés par la gomme-laque ((en) shellac), une substance obtenue à partir de la sécrétion d’un insecte de l’Asie du Sud-Est, de l’ardoise en poudre, un tout petit peu de lubrifiant de cire et une base de composé en coton proche du papier de Manille[réf. nécessaire]. La production de disques Shellac a commencé en 1898 à Hanovre en Allemagne. Quelques disques « incassables » (fabriqués en celluloïd, une sorte de matière plastique) ont été pressés à partir de 1904 mais ils avaient pour inconvénient majeur de provoquer un bruit de surface important à la lecture. Ces disques « incassables » pouvaient plier, casser ou être détériorés de différentes façons mais étaient tout de même plus robustes que les disques de gomme-laque.

À partir du milieu des années 1920, l'introduction progressive des tourne-disque électriques en remplacement des appareils mécaniques rend le caractère de résistance mécanique de la gomme-laque moins utile, et les compagnies recherchent d'autres matières pour le disque.

La Seconde Guerre mondiale perturbant l'importation de la gomme-laque aux USA, les fabricants de 78 tours produisirent ces derniers en vinyle, en 25 cm pour le marché intérieur et en 30 cm pour la distribution aux soldats américains en mission : ce sont les séries à étiquette V Disc.

En France, peu avant la déclaration de guerre, une pâte recyclée à partir des anciens disques broyés fut mise au point. Les disques fabriqués ainsi, signalés sur l'étiquette ou gravée discrètement dans le disque par le signe (NP), nécessitaient moins de matières premières de première extraction ; en revanche leur résistance à l'écoute et aux chocs était moindre, et leur bruit de fond était bien plus élevé qu'avec les pâtes utilisées avant la guerre par les bons fabricants comme Pathé. En outre, de 1941 à 1944, le prix de vente était directement imprimé par le fabricant sur l'étiquette de chaque disque, afin de tenter de briser la spéculation sur le prix des disques en raison du marché noir et de leur pénurie.

Vitesse de lecture et durée de l'enregistrement[modifier | modifier le code]

Un tourne-disque 78 tours de 1936 en fonctionnement.

La désignation « 78 tours » ne s'applique aux premiers disques que par extension. Jusque dans les années 1920 ces disques pouvaient être enregistrés à des vitesses variant de 60 à 120 tours par minute ; chaque fabricant et chaque maison de disque établissait ses choix sans aucun accord sur les vitesses.

La compagnie Victor a adopté la vitesse de rotation de 78 tours par minute pour son phonographe à ressort en 1901. En 1925, lorsque la généralisation des appareils électriques amena la nécessité d'une unification, Edison utilisait 80 tours par minute, d'autres 82 tours par minute. Victor était la compagnie prédominante en Amérique, et sa vitesse fut adoptée[13].

Cependant, si le temps d'enregistrement devait être un peu plus long, il arrivait que la vitesse soit réduite lors de l'enregistrement en studio afin de gagner les quelques secondes manquantes pour les morceaux qui auraient dépassé les 3'10s lors des répétitions. Cette astuce utilisée lors de ces enregistrements n'était pas indiquée sur les étiquettes des disques, ce qui dérangeait néanmoins peu l'écoute car la plupart des auditeurs n'étaient pas sensibles à une variation de vitesse de 5 % (moins d'un ton)[14].

La vitesse effective des phonographes électriques était en Amérique du Nord de 78,2608 tours par minute, obtenue avec des moteurs d'entraînement synchrones tournant à 60 Hz, fréquence du courant alternatif dans cette région et un simple engrenage à vis sans fin de rapport 46÷1[13].

La fréquence du courant alternatif étant de 50 Hz en Europe, un réducteur de rapport 38÷1 donne une vitesse de rotation de 78,9473 tours par minute. La vitesse de rotation des disques sur les deux continents n’était donc pas exactement identique.

Il existait plusieurs formats de disques, le temps d'enregistrement variant d'une minute par face pour les plus petits (souvent des disques publicitaires) à environ 5 minutes pour les plus grands. Le format le plus répandu était de 3 minutes environ (d'une taille de 25 cm) soit environ 10 pouces, suivi par celui de 5 minutes environ (30 cm) soit environ 12 pouces utilisé essentiellement pour la musique classique ou l'art lyrique.

Il était difficile d'enregistrer plus longtemps. Il aurait fallu rapprocher les spires du sillon. Mais comme la gravure est latérale, il faut, dans ce cas, limiter la déviation latérale, donc le volume maximal.

Des essais d'optimisation du temps d'enregistrement ont néanmoins été réalisés, comme les disques « Broadcast », possédant des sillons un peu plus étroits et resserrés que la moyenne, permettant de condenser le temps d'enregistrement d'un disque de 5 minutes sur un format de 25 cm et celui d'un disque de 3 minutes sur 20 cm. Ce fut fabriqué, par exemple pour la radiodiffusion sous forme de disques de type pyrolac ou pour le commerce dans la matière identique à celle des autres 78 tours[réf. nécessaire].

Pas de la spirale[modifier | modifier le code]

L'écart entre les spires du sillon détermine l'amplitude maximale du mouvement latérale de l'aiguille, qui a son tour détermine la puissance du signal sonore maximal, dans les appareils mécaniques où toute l'énergie vient de l'aiguille.

Serrer les spires permettrait d'augmenter la durée enregistrée, au détriment du volume maximal en reproduction mécanique, et du rapport signal sur bruit en reproduction électrique, puisque le bruit de frottement de l'aiguille sur le sillon reste constant.

Les disques 78 tours étaient généralement enregistrés au pas de 225 spires par pouce (89 spires par centimètre) ; le sillon était large de 2,5 millièmes de pouce (60 µ)[15].

Cas de la gravure et de la lecture inversée[modifier | modifier le code]

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Du centre vers l'extérieur du disque : jusque vers la fin des années 30, Pathé propose des disques dont la lecture commence par le centre (au ras de l'étiquette) et se finit vers le bord[16]. La compagnie espérait ainsi éviter des litiges avec ses concurrents sur des questions de brevets. Cette disposition offrait, d'après ses promoteurs, deux avantages : la vitesse linéaire supérieure à l'extérieur du disque offrait un meilleur son, donc laissait l'auditeur sur une bonne impression malgré la perte de qualité qui touchait le début du morceau par rapport au sens de rotation usuel) ; et ceci permettait également de mieux rendre les morceaux dont le son allait crescendo, du fait que l'accroissement de la vitesse linéaire vers le bord du disque accroît la bande passante et qui accroît aussi la profondeur et le relief des sons enregistrés. Les inconvénients de cette disposition ne sont pas bien documentés ; mais il en était un pour les phonographes à courte durée de fonctionnement, le ressort se détendant au cours de son déroulement, risquant avec le frottement du poids de la tête sur le support plus fort à la périphérie, un pleurage de la musique et même de réduire la vitesse plus tôt jusqu'à épuisement du ressort sans le remonter, aboutissant à l'arrêt du disque avant la fin, quoi qu'il en soit, cette caractéristique a été totalement abandonnée pour la reproduction mécanique avant la seconde guerre mondiale[réf. souhaitée].

Bande passante et dynamique des enregistrements[modifier | modifier le code]

Les méthodes et les performances techniques de l'enregistrement sur disque 78 tours varient extraordinairement au cours du temps et, pour une même époque, selon la production et le fabriquant. Des courbes d'égalisation variées sont appliquées, des excursions du sillon sont tolérées selon des règles propres à chaque ingénieur du son, et des normes communes ne sont élaborées qu'à la fin de la période des 78 tours ; entre 1941 et 1953, ils choisissaient entre neuf procédés recommandés différents, plus ceux particuliers aux stations de radio[17].

Initialement, la bande passante[18] des enregistrements mécaniques était comparable à celle du téléphone, de 250 Hz à 2 500 Hz, favorisant les fréquences médiums, les basses et les aiguës restant très limitées. L'apparition de l'enregistrement électrique vers 1925 permit d'étendre surtout la limite des basses jusqu'à 30 Hz, ainsi que celle des aiguës, bien qu'encore réduite par la faible capacité du microphone, à 5 000 Hz[19]. Progressivement, des méthodes de filtrage préalable à l'enregistrement, qui deviennent de plus en plus poussées au fur et à mesure que la diffusion des tourne-disques à amplification électronique permit d'effectuer le filtrage inverse à la lecture, permettent d'étendre la bande passante dans les basses et dans les aiguës. Les têtes de lecture électromagnétiques, munies de pointes saphir puis diamant, suivent aussi plus fidèlement les sillons et y prélèvent beaucoup moins d'énergie et usent moins le disque mécaniquement. Au cours du temps, la forme du sillon a changé : de section plutôt arrondie à l'origine, la taille en V s'est progressivement imposée à partir de 1936[20]. Ces changements affectent sérieusement la dynamique et dans une moindre mesure la bande passante.

À la fin de la période d'exploitation du 78 tours (années 1950), les techniques de microphone et d'enregistrement de plus en plus élaborées permettent d'augmenter encore la finesse des aiguës amenant à une bande passante de 30 à 10 000 Hz[15].

Avec le temps, la technologie s'améliorant suite aux recherches menées par les grandes maisons de disques, notamment en France par la Columbia Française sous la présidence de Jean Bérard qui privilégiait la qualité, des enregistrements de qualité de plus en plus supérieure ont pu être produits. Il suffit de comparer par exemple la qualité d'enregistrements des disques Columbia fabriqués dans les années 1933-1939 aux autres disques des autres maisons de disques, y compris les disques Pathé pourtant fabriqués par la même usine pour se rendre compte de la finesse des aiguës, de l'audibilité possible des reprises de respiration des artistes des disques Columbia de cette époque, comparée à la qualité des autres disques : ceci tenant au fait que dès 1931, la Columbia Française reçut de sa maison mère de Grande-Bretagne ses propres machines qui étaient pourvues de technologies améliorées par rapport à ce qu'il se fabriquait alors dans le reste de l'Europe. De plus, dès 1934, il est à noter l'introduction majeure en France des microphones à ruban permettant la suppression de tout effet nasillard qui existait avec les enregistrements acoustiques et qui perdura notablement avec les premiers microphones utilisés en studio qui étaient du type à grenaille de graphite assez semblables à ceux utilisés dans les postes téléphoniques... Entre l'amélioration due à l'arrivée du microphone à ruban, ainsi que l'amélioration de la fabrication des tubes électroniques à partir des années 1935-38 par de grands industriels comme Philips (pentode en 1926), ainsi que l'amélioration des composants électroniques comme les condensateurs, ainsi que l'amélioration de la conception électronique des schémas, l'amélioration du choix des courbes de compensations de fréquences à l'enregistrement, puis des courbes de traitement dynamique du son en fonction du volume instantané de l'enregistrement pour assurer un contrôle efficace de l'asservissement du burin graveur afin de pouvoir limiter les crêtes fortes en douceur sans engendrer de distorsions, tout en ne diminuant pas l'ensemble général du volume du reste de l'enregistrement, afin d'obtenir une prise de son optimale et d'un niveau de volume supérieur à celui obtenu quelques années auparavant, permettant à des sons plus ténus d'émerger au dessus du bruit de fond imposé par le grain et l'état de surface de la matière de la pâte ainsi que par la rugosité résiduelle de la matrice servant à presser les disques finaux commercialisés, l'enregistrement voit donc à la fin des années 1930 sa dynamique améliorée par rapport à celle obtenue au début des années 1930 ainsi que l'excursion de fréquence qui peut atteindre, avec des équipements alors très pointus, une bande passante de 12 kHz à -80 dB d'affaiblissement par rapport à la fréquence de référence située dans le plateau des fréquences définies entre 400 Hz et 1000 Hz qui sont la gamme de fréquence moyenne normalisée (ce sont les fréquences acoustiques des fréquences médium, gamme qui est toujours à l'heure actuelle utilisée comme point de référence de base pour établir ensuite la bande passante de toute chaîne d'amplification sonore, pour la raison que les fréquences comprises entre 400 Hz et 1000 Hz sont les plus faciles à reproduire par n'importe quel appareil basique, et c'est ensuite à partir du niveau de cette gamme de fréquence que l'on peut établir ensuite le niveau comparatif et le gain des fréquences extrêmes, les basses comme les aiguës)[réf. nécessaire]. À noter l'existence de 78 tours de test avec plusieurs pistes de fréquences différentes existaient déjà dès les années 1930, qui servaient à tester la bande passante de son pick-up électrique et de sa chaîne d'amplification. Il faut préciser cependant que les enregistrements grand public étaient parfois volontairement limités en fréquence car une trop grande fidélité aurait produit des sillons trop sinueux sur les disques, qui auraient été très vite altérés en étant lus sur des gramophones mécaniques à têtes lourdes, le filtrage permettant aussi de lisser le sillon et ainsi d'empêcher une usure rapide dès les premières lectures, car les longueurs d'onde sonores de plus courte distance, produites par des sons qui sont donc aiguës produisent de toutes petites ondulations dans la matières, très fines, dont chaque crête, ou ventre, sont très rapprochées, et comme la tête d'un lecteur ancien est très lourde et qu'elle présente une grande inertie, elle a tendance à raboter ces petites oscillations particulièrement rapprochées, car la tête de lecture a moins de facilités pour prendre les virages serrés et suivre le sillon ( Nous parlons alors de compliance dynamique insuffisante), car à l'échelle microscopique, les virages à prendre qui ont guidés par les fréquences aiguës sont plus difficiles à prendre que pour les fréquences graves[réf. souhaitée].

Lecture[modifier | modifier le code]

Force d'appui du bras de lecture[modifier | modifier le code]

Les gramophones n'utilisant pas d'électricité pour reproduire la musique enregistrée dans les sillons des disques, il fallait, pour assurer une reproduction mécanique optimale, que l'aiguille tire l'énergie vibratoire nécessaire à une reproduction correcte directement du sillon. Le poids des têtes de lecture des gramophones était donc assez important (entre 100 et 200 grammes généralement), ce qui avait pour inconvénient d'user les disques, d'où la nécessité de les fabriquer en matière rigide, et de changer les aiguilles métalliques à chaque audition ou utiliser des aiguilles non métalliques re-taillables pour allonger la durée de vie des disques. En effet, le fait de changer l'aiguille métallique à chaque lecture ou de retailler l'aiguille non métallique, en bambou, permet à chaque lecteur de repartir avec une pointe de lecture pourvue de la forme idéale (ou considérée comme telle) pour épouser les deux flancs du sillon. Souvent, par pingrerie ou par fainéantise, les gens ne changeaient pas ou ne taillaient pas les pointes à chaque lecture, ce qui fait que la pointe, en s'usant, s'élargissait, et prenait une forme trapézoïdale à son extrémité de lecture, ce qui forçait alors sur les deux flancs du sillon de lecture, et l'usait de manière accélérée en l'élargissant et en le déformant. Le sillon est alors forcé même après deux ou trois écoutes avec une pointe émoussée. Le signal enregistré est alors distordu lors des relectures suivantes, notamment audible dans les notes fortes : le disque est alors irrémédiablement dégradé et perdu[réf. souhaitée].

Stockage et entretien[modifier | modifier le code]

Malgré ce risque d'usure prématurée, bon nombre de disques 78 tours ont fait preuve d'une excellente durabilité à travers les années s'ils ont été utilisés et stockés dans de bonnes conditions, c'est-à-dire utilisé avec les bonnes aiguilles, sur des appareils à tête pas trop lourde et que les disques ont été soigneusement stockés dans leurs pochettes d'origine à l'abri de la poussière, du sable, de l'eau, de l'humidité et des fortes chaleurs, notamment des rayons solaires directs ou des rangements dans un comble ou dans une cave, ce qui les ferait moisir. Le stockage pouvant s'effectuer, soit à plat, mais seulement par petites piles de 20 disques maximum, sous peine de déformer les disques du dessous de la pile, soit sur la tranche, mais dans ce cas, le risque est de casser le bord au cours d'une manipulation trop brusque. Le stockage dans des albums de disques, très courant autrefois, est cependant à déconseiller, du fait des surépaisseurs de l'emballage, car ceci finit par déformer les 78 tours, car un album cartonné se distord naturellement avec le temps, et voile les disques en les tordant avec lui[réf. souhaitée].

  • Ne jamais passer les disques à l'huile, ceci ne fait que les encrasser et n'améliore pas, au contraire, la qualité d'audition.
  • Ne jamais nettoyer avec des produits à base d'alcool et d'essence qui s'attaquent à la matière du disque (le shellac qui est le lien d'origine organique) en la dissolvant et en détruisant la brillance de surface. L'alcool à 90° est donc interdit, ainsi que les produits à vitres car ils contiennent de l'alcool ou du glycol tout autant dangereux.
  • Nota : les produits créés pour le nettoyage des microsillons en vinyle sont également interdits car ils contiennent aussi de l'alcool ou du glycol, ainsi, évidemment, que de l'acétone qui dissout autant la bakélite ou la vinylite des 78 tours que le vinyle des disques microsillon comme d'ailleurs la presque totalité des plastiques !

Aiguilles[modifier | modifier le code]

Deux types d'aiguilles étaient utilisés pour lire les disques 78 tours, les aiguilles métalliques et les aiguilles non métalliques.

Les aiguilles métalliques, se trouvaient sous divers formats, allant de l'aiguille droite en acier simple à des formes plus complexes, modifiant le rendu du son, la plupart devant être changées après chaque audition.

Il existait aussi des aiguilles dites « permanentes » ou « semi-permanentes », garantissant entre 10 et 50 lectures la plupart du temps de multiples avant usure. HMV (La voix de son maître) a même lancé l'aiguille « Tungstyle » dans les années 1920, permettant d'après leur publicité de jouer 150 faces, etc. Ces aiguilles « durables », bien que moins contraignantes, avaient cependant le handicap d'user plus rapidement les disques, puisque fabriquées dans des métaux plus durs que les aiguilles simples.

Le type d'aiguille déterminait le volume d'audition. Les « légères » étaient fines et longues, les « fortes » courtes et plus larges, entre les deux des « moyennes » et parfois des « très légères » et « très fortes » étaient aussi proposées par les fabricants, notamment BOHIN (qui fabriquait également des aiguilles de couture).

Les aiguilles non-métalliques étaient fabriquées en matière organique, principalement en bambou ou en épine, comme celles de rose ou de cactus. Bien moins agressives sur les disques que les aiguilles métalliques du fait qu'elles étaient moins dures que le shellac (le liant du disque), elles avaient également l'avantage sur les aiguilles métalliques de produire un bruit de fond très léger voir quasi inaudible et de posséder une gamme de fréquences plus étendue (étant plus flexibles que le métal), permettant notamment d'obtenir de meilleures basses. Elles étaient également utilisables jusqu'à une dizaine de fois avant d'être changées en étant retaillées après chaque audition avec un petit outil spécifiquement conçu à cet effet.

Malgré leurs avantages acoustiques certains, les aiguilles non-métalliques n'étaient pas les plus répandues et étaient plutôt l'apanage des audiophiles et des connaisseurs, car de nombreuses conditions devaient être remplies pour leur bon fonctionnement. Elles devaient être stockées de façon à rester sèches, l'humidité voilant le son et la lubrification du disque à l'aide de graphite était recommandée afin d'éviter la cassure des pointes d'aiguilles qui pouvait quelquefois survenir durant l'écoute d'un passage particulièrement « violent » d'un disque, notamment de musique symphonique ou de jazz très dynamique. Le gramophone d'un utilisateur d'aiguilles non-métalliques devait également être conçu et usiné de façon plus précise afin d'éviter que ces aiguilles non métalliques se cassent lors de la lecture des disques.

Méthodes d'enregistrement original[modifier | modifier le code]

Il faut distinguer deux techniques de prise de son : jusqu’en 1925, les artistes chantaient dans un cornet en métal directement relié au stylet utilisé pour la gravure du disque (78 tours dits « acoustiques »). À partir de cette date, les 78 tours sont enregistrés au moyen d’un microphone (78 tours dits « électriques »)[réf. souhaitée].

Le disque 78 tours avait la particularité d’être enregistré en direct, c’est-à-dire sans passage préalable par une phase d’enregistrement sur magnétophone avant la gravure, ce dernier n’étant pas encore inventé. Cet état de fait n’est pas sans poser des problèmes : si pendant l’enregistrement un problème technique survenait, il fallait en regraver un autre, ce qui conduisait les artistes à recommencer leur morceau depuis le début. La gravure en direct ne permet pas non plus le montage des enregistrements, puisque l'on ne peut pas couper un enregistrement en cours car il est physiquement impossible de stopper instantanément la rotation du flanc de cire chauffée lors de la gravure directe, ni de redémarrer cet enregistrement en cours en atteignant instantanément la vitesse normalisée de rotation, ni synchroniser instantanément le chanteur et l'orchestre dans le même laps de temps instantané théoriquement nul. Tout enregistrement direct sur flanc de cire, s'il est loupé par une fausse note jouée ou chantée, ou par une langue fourchée ou toute autre raison, est irrémédiablement perdu et doit être recommencé avec un nouveau flanc de cire chauffée soit durant la même séance, soit lors d'une séance ultérieure, soit définitivement annulé (avec l'accord de l'artiste, du service technique et du service artistique).

À partir de 1930, on put enregistrer de la musique en direct pour une durée illimitée en utilisant le film photographique originellement destiné au film parlant, avec possibilité de montage postérieurement.

Le disque était normalement enregistré sur cire, souvent en deux exemplaires par sécurité. L'enregistrement sur cire ne devant pas être écouté, l'on pouvait graver en plus un disque acétate de qualité moindre, mais à lecture directe. On recouvrait le disque de cire d'une couche de zinc par galvanoplastie, et cette matrice servait ensuite, après plusieurs étapes de traitement, pour le pressage des autres disques. Suivant les pays et les maisons de disques, un nombre conséquent de mères métalliques ou de matrices ont été conservées et peuvent servir pour la numérisation des fonds[21].

Comme l'enregistrement par bandes magnétiques n'existait pas avant la deuxième guerre mondiale et ne fut pas utilisé par les grandes maisons de disques avant 1948-1950, la seule façon qu’ont aujourd’hui les techniciens des maisons de disques pour transférer l'enregistrement d’un 78 tours vers un support plus moderne tel que le CD est, si le master n'existe plus, d’utiliser comme source un 78 tours du commerce, qui sera peut-être usé, et de devoir filtrer numériquement les bruits de surface et les défauts de distorsion dus à l'usure avant la recopie finale, ce qui nécessite d'être très précis pour ne pas trop perdre d'informations. Il est à noter que si l'immense majorité des 78 tours que nous puissions retrouver ont déjà été utilisés, il n'est pas rare de parvenir à en retrouver des exemplaires neufs issus de stocks d'invendus ou de collections ayant été protégées de toute utilisation depuis leur fabrication. Ainsi, les maisons de disques sérieuses essayent-elles de faire appel à des collectionneurs méticuleux afin de tenter de retrouver des disques d'origines neufs ou les plus proches du neuf, étant donné que sauf exception, la quasi-totalité des mères métalliques ou des matrices a été depuis plusieurs décennies envoyée à la fonderie et détruite par la plupart des maisons de disques qui, au début des années 1980 ont tenté par n'importe quels moyens de comprimer les coûts de fonctionnement et de stockage, quitte à devoir détruire leurs propres archives, il s'agit notamment de ce qu'il s'est passé en France[22].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) « Audio Engineering Society : The Early Gramophone » (consulté le 5/09/2014).
  2. a et b (en) « Fergusson, Recording history, 2002 ».
  3. (en) Pekka Gronow, « The world's greatest sound archive », Traditiones[volume=43, no 2,‎ 2014, p. 32-33 (lire en ligne).
  4. Annonce dans La Joie de la maison, 5 janvier 1893, « Grammophone » (consulté le 05/09/2014).
  5. Annonce dans le Petit Parisien, 21 novembre 1903 (« Un Gramophone pour 62 Fr 50 » (consulté le 05/09/2014).
  6. a et b Sébald 2009.
  7. Les lois sur la presse obligent, dans presque tous les pays, les stations de radio à enregistrer ce qu'elles diffusent, en cas de litige portant sur la propriété intellectuelle ou la diffamation.
  8. a et b (en) « Audio Engineering Society : Recording Technology History » (consulté le 5/09/2014).
  9. En Angleterre, on utilise, avant l'enregistrement magnétique, le procédé mécanique Philips-Miller (1936), où un stylet à pointe triangulaire grave la piste transparente à largeur variable sur un film noir, qui n'a pas besoin d'être ensuite développé.
  10. (en) Université de Yale Histoire des 78 tours.
  11. numéros IEC 98 Édition 1 (1958) et Édition 2 (1964) ; 98A (1972) aujourd'hui IEC 60098.
  12. (Gronow 2014, p. 32).
  13. a et b Audio Engineering Society, Record Speeds.
  14. Une faible proportion de la population a l'oreille absolue.
  15. a et b (en) E. W. Jones demande de brevet US 2666651 A, 1954.
  16. Daniel Lesueur, L'histoire du disque et de l'enregistrement, Chatou (France), New-York, Carnot,‎ 2004, p. 51.
  17. Copeland 2008, p. 99-100.
  18. On définit la bande passante comme la plage de fréquences où la puissance du signal enregistré est supérieure à la moitié de la valeur nominale (-3 dB). Dans le cas des enregistrements mécaniques, on ne peut en faire qu'une évaluation approximative.
  19. (en) Steven E. Schoenherr, La recherche aux Laboratoires Bell, 2000, Section historique de l'Audio Engineering Society, lire en ligne
  20. Copeland 2008, p. 109.
  21. Communication de Sean Davies, Convention 124 de l'Audio Engineering Society (en) lire en ligne.
  22. Rigaud 2011.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

monographies 
  • Paul Charbon, L'aventure des frères Pathé: du coq au saphir, Paris, L'Harmattan,‎ 2013
  • (en) Peter Copeland, Manual of analogue sound restoration techiques, London, The British Library,‎ 2008 (lire en ligne)
  • Sophie Maisonneuve, L'invention du disque 1877-1949: genèse de l'usage des médias musicaux, Édition des Archives contemporaines,‎ 2009 (ISBN 9782914610537)
  • Jean-Luc Rigaud, Pathé Marconi à Chatou : de la musique à l'effacement des traces, Garnier,‎ 2011 (ISBN 9782812403385) (Étude Historique de l'usine de disques Pathé à Chatou).
  • Jean Richard, De Paulus à Tino Rossi, éd. Librairie de Paris, 1964. (témoignage sur les séances d'enregistrement des 78 tours)
articles 
  • (en) S. Kelly, « The Fundamentals of Disk Reproduction », Journal of the Audio Engineering Society, vol. 2, no 3,‎ juillet 1954, p. 163-170 ([www.aes.org/e-lib/browse.cfm?elib=52&rndx=794734 lire en ligne])
  • Bruno Sébald, « L’édition du disque », Revue de la BNF,‎ 2009 (lire en ligne).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]