Histoire de l'Allemagne
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L'histoire de l'Allemagne est complexe et varie selon les limites géographiques et historiques dans lesquelles on considère le territoire et l'ethnogenèse du peuple allemand.
En tant qu'État-nation dans le sens de la France, l'Allemagne n'existe que depuis 1871. Avant cette date toutefois, il existait un monde germanique doté d'une certaine cohérence -très variable selon les époques- sur les plans linguistique, culturel, et parfois politique. L'extension géographique de ce monde germanique ne correspondait pas exactement avec celle de l'Allemagne actuelle et a varié au cours de l'histoire.
Sommaire
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[modifier] La Germanie
Vers le VIe siècle av. J.-C., le territoire de l'ex-Allemagne de l'Ouest est peuplé en majorité de Celtes. Au cours des siècles suivants, des tribus germaniques, sans doute originaires de Scandinavie s'installèrent progressivement dans un territoire couvrant approximativement les Pays-Bas, l'Allemagne du Nord et une partie de la Pologne actuelle. Les plus anciens documents écrits mentionnant l’existence de ces peuples sont des textes grecs et romains datant du début du Ier siècle av. J.-C.. L’absence de témoignage écrit plus ancien semble indiquer que les Européens du sud et ceux du nord s’ignoraient jusqu’à cette date[1].
Les Germains représentèrent un danger pour l'Empire romain. Autour de 110 av. J.-C., les Cimbres et les Teutons, peuples sans doute originaires du Jutland, envahissent la Narbonnaise. A Vercellae, en 101 av. J.-C., Marius remporte sur eux une nette victoire après une décennie de luttes difficiles[2]. Après la conquête de la Gaule par les Romains, les peuples germains limitrophes sont un sujet récurrent d'inquiétude. Les écrits latins constituent une source précieuse d'information sur les mœurs et les institutions des Germains, la Germanie, œuvre de l'historien du premier siècle Tacite est particulièrement riche d'enseignements. Au Ier siècle, les Romains espèrent faire la conquête de la Germanie. La Germanie, après de nombreuses et dures campagnes, semble en voie de romanisation. C'est alors que Quintilius Varus s'aventure avec ses troupes très loin à l'intérieur de la province. Un ancien officier de l'armée romaine, Arminius, lui tend une embuscade. Après trois jours de combats dans la forêt de Teutberg, Quintilius Varus perd ses légions, soit près de 20 000 hommes et sa vie[2].
Le morcellement des Germains en plusieurs tribus a fait en sorte que les peuples voisins les désignent de manière très différente. Le nom adopté par les voisins est souvent lié au nom de la tribu germanique la plus près.
[modifier] Le royaume franc, du Ve au Xe siècle
[modifier] La fin de l'Empire romain: l'extension germanique
Après un siècle et demi de pression sur les frontières romaines, des tribus ou fédérations de peuple, drainant sans doute en grande partie des réfugiés, à savoir les Vandales, Burgondes, Alamans et Saxons, traversèrent le Rhin en 410 et pillèrent les régions occidentales de l'Empire. Alors que l'Empire romain se germanisait en accueillant un nombre important de ces barbares à son service pour lutter contre d'autres, nouveau-venus plus menaçants, et tandis que la situation économique et sociale romaine se dégradait, certains chefs germains, tels le Vandale Stilicon, surent se hisser aux plus hautes dignités impériales.
À la fin du IVe siècle et au Ve siècle, certaines de ces peuplades germaniques établirent des royaumes plus ou moins éphémères dans les régions de l'Empire romain qui correspondent actuellement à l'Angleterre (les Angles et les Saxons), à la France (Francs et Burgondes), au nord de l'Italie (les Lombards et les Ostrogoths), à l'Espagne (Wisigoths) et même à la Tunisie (Vandales). Le Royaume des Francs, devenu chrétien dès la fin du Ve siècle, s'étendit sur ce qui est maintenant la France, le Benelux et l'Ouest de l'Allemagne. Il fut dominé par les souverains mérovingiens, puis, à partir de 750, carolingiens.
A l'instigation des rois francs, des moines dans un premier temps irlandais et écossais et, à partir du VIIIe siècle, anglo-saxons arrivent sur le continent et commencent à évangéliser les régions rhénanes. Une figure importante de cette période est Winfried Boniface (671-754). Il fonde en Germanie les monastères de Fulda, Erfurt, Würzburg et Eichstätt[3].
[modifier] L'Empire de Charlemagne
Sous les règnes de Charlemagne (du latin Karolus Magnus, c'est-à-dire Charles le Grand), le troisième souverain carolingien, les Francs annexent la Bavière en 788-794 et la Basse-Saxe en 804 après une longue guerre contre les Saxons.
Charles fut couronné « Empereur des Francs et des Romains » en 800, principalement à l'instigation du pape Léon III et en raison de la pression qu'exerçait sur Rome une autre peuplade germanique arrivée tardivement et convertie à l'Arianisme : les Lombards. Le royaume des Francs couvrait alors la majeure partie de la France et de l'Allemagne, formant la base des deux futures nations.
Dans le même temps, le centre du pouvoir s'était déplacé vers l'Est (de l'Austrasie, région de Trèves et berceau des Austrasiens, jusqu'à la Saxe nouvellement conquise et à peine pacifiée), préfigurant le fait que l'Empire allait survivre en Germanie. Charlemagne fit d'Aix-la-Chapelle le centre politique de son empire. Après la mort de Louis le Pieux, fils de Charlemagne, l'Empire carolingien est divisé en trois lors du partage de Verdun en 843. Louis le Germanique reçoit la Francie orientale à l'origine de l'Allemagne. Un an avant, le 14 février 842, à Strasbourg, Louis le Germanique et son jeune frère, Charles le Chauve se prêtent serment d'assistance mutuelle dans leur lutte contre leur frère ainé Lothaire, héritier principal de Louis le Pieux. Ce serment est prononcé par Louis le Germanique en langue tudesque (l'ancêtre de l'allemand). C'est le plus ancien texte conservé en ancien allemand.
En 887, Charles le Gros est destitué lors de la diète de Tribur et le système électif est établi. Les Carolingiens perdent défitivement le trône de Germanie en 911. Le titre impérial n'est plus attribué à partir de 924[4].
[modifier] L'Allemagne médiévale (Xe, XVIe s)
[modifier] Histoire du Saint Empire romain germanique jusqu'à la fin du règne de Charles IV
[modifier] Les Ottoniens
Après l'éviction des Carolingiens, le titre royal passe d'abord à Conrad puis en 919 à Henri l'Oiseleur, fondateur de la dynastie saxonne. La Germanie rassemble à ce moment une partie des territoires jadis rassemblés par Charlemagne, la Francia orientalis. Henri l'Oiseleur acquiert un prestige considérable grâce aux victoires remportées sur les Slaves, les Danois et les Magyars. Il porte les frontières de son royaume sur l'Elbe[4].
Son fils, Othon Ier bat définitivement les Hongrois en 955. Il est couronné empereur (en allemand, Kaiser, qui dérive de César) en 962). Otton Ier promulgue le 13 février 962 le Privilegium Ottonianum qui oblige tout nouveau pape à prêter serment auprès de l'empereur ou de son envoyé avant de recevoir la consécration. Il exige ensuite des Romains un serment où ceux-ci s'engagent à ce qu'«ils n'éliraient ni n'ordonneraient aucun pape en dehors du consentement du seigneur Otton ou de son fils»[5]. Les empereurs allemands contrôlent alors totalement l'élection du pape donnant naissance au césaropapisme allemand.
L'empire d'Othon Ier comprend le royaume de Germanie issu de la Francie orientale du partage de Verdun, le royaume d'Italie jusqu'aux États du pape, une partie de régions lotharingiennes que les rois de Germanie ont su capter. Le territoire de l'empire va donc de la Meuse et du Rhône à l'Elbe et de la mer du Nord au sud de la Toscane[6]. Il s'agrandit de marches, l'Ostmark et la Carinthie, réoccupées après la victoire sur les Hongrois, et toute une série de marches à l'est de l'Elbe comme la marche des Billung autour de l'évêché d'Oldenbourg et la Nordmark (ancien nom du Brandebourg)[7]. Dès sa fondation, ce nouvel empire, qui ne sera nommé le « Saint Empire romain germanique » (Heiliges Römisches Reich deutscher Nation) qu'au XVe siècle[7], est entravé par le peu d'institutions sur lesquelles l'empereur peut assoir son autorité, la faiblesse des revenus, les empereurs ne disposant que de leurs propres domaines pour financer leur politique. De plus le choix de l'empereur n'a toujours dépendu que de l'élection des princes allemands, dont le nombre s'est peu à peu réduit et du couronnement par le pape à Rome. Conscient de ce problème Otton Ier transforme les ducs en vassaux qui sont à son entière disposition et s'appuie sur le clergé pour administrer l'Empire. Il prend l'habitude de nommer les évêques à qui il donne l'investiture temporelle et spirituelle.
Othon Ier associe son fils Otton II à l'Empire en le faisant couronner de son vivant le 25 décembre 967. Otton II lui succède sans difficulté. Sous son règne (983-1002), semble s'esquisser un empire chrétien dirigé en même temps par l'empereur et le pape. Le souverain s'installe à Rome, se coupant ainsi des bases germaniques de son pouvoir[7]. Otton III s'intéresse plus, lui aussi à ses affaires italiennes et rêve de fonder un empire universel.
Sous les Ottoniens, les conditions de vie des paysans allemands s'améliorent lentement. La colonisation des marches permet en effet un allégement des taxes féodales. L'exploitation de mines d'argent permet d'améliorer légérement la circulation monétaire, cependant encore très limitée.
[modifier] De la querelle des investitures à la mort de Frédéric II
A la mort d'Henri II, la dynastie salienne ou franconienne succède aux Ottoniens. Le premier représentant de la nouvelle dynastie Conrad II, rétablit l'autorité impériale en Allemagne, impose sa souveraineté aux Polonais et aux Tchèques. Il reçoit la Bourgogne en héritage. Le règne de son fils Henri III correspond à l'apogée de la dynastie. Il maintient fermement entre ses mains l'autorité impériale dans tous ses États.
Au XIe siècle, cependant, l'Église catholique cherche à s'émanciper de la tutelle impériale. Profitant de la minorité de l'empereur Henri IV, le pape Nicolas II décide en 1059 de réserver l'élection de pape aux seuls cardinaux. En 1075, le pape Grégoire VII interdit les investitures laïques. Il se heurte à Henri IV soucieux de continuer à contrôler les évêques à qui il a donné des pouvoirs régaliens. Celui-ci riposte en faisant déposer le pape par un concile à sa dévotion. Grégoire VII délie les sujet d'Henri IV de leur serment de fidélité. Les princes allemands en profitent pour se révolter. Pour retrouver son pouvoir, Henri IV doit faire pénitence à Canossa en 1077. La querelle des investitures a entrainé plusieurs rebellions des grands contre l'empereur. Les excommunications et les interdits commencent à saper les structures de la pyramide féodale et l'autorité impériale[6]. Le Concordat de Worms de 1125, où l'empereur accepte la libre élection des évêques, ne satisfait aucune des deux parties. L'empereur ne peut donc plus compter comme auparavant sur la fidélité des évêques mais, il ne peut pas non plus s'appuyer sur les princes et les seigneurs qui s'affranchissent de plus en plus du pouvoir impérial[7].
Le conflit religieux rebondit au XIIe siècle et dans la première moitié du XIIIe siècle avec la « guerre des deux glaives » ou « lutte du sacerdoce et de l'Empire » sous les Hohenstaufen. La dynastie des Saliens s'éteint à la mort d'Henri V en 1125. Le duc de Saxe devient empereur du Saint Empire Romain Germanique de 1133 à 1137, sous le nom de Lothaire III, au détriment des neveux de Henri V: Frédéric, duc de Souabe, et Conrad, duc de Franconie. Grâce à l'importance de ses possessions personnelles, il possède une plus grande autorité dans l'Empire que ses prédécesseurs. Conrad III de Hohenstaufen est ensuite élu roi en 1138, donnant naissance à une nouvelle dynastie, celle des Hohenstaufen. La période est le théâtre d´une rivalité entre deux familles princières : les Hohenstaufen, la dynastie régnante, et les Welfs, une famille bavaroise et saxonne proche de la papauté[8].
Le successeur de Conrad a laissé une image forte dans l'histoire du Saint Empire. Il s'agit de Frédéric Ier surnommé Barberousse. Durant son long règne (1152-1190), il parvient à récupérer des biens royaux usurpés et en confie la gestion à des hommes de peu qui lui doivent tout, les ministériaux. Il réussit à mettre au pas les seigneurs qui s'étaient arrogé des pouvoirs régaliens et à ménager les Welfs, les grands rivaux des Hohenstaufen. Il refuse d'accorder l'investiture temporelle (comme le prévoyait le Concordat de Worms) aux évêques qui lui déplaisent, manifestant ainsi sa volonté de reprendre le contrôle du clergé allemand. Sa volonté est bien de construire une monarchie féodale où chaque vassal avait sa place, prélats compris[9]. Mais il consacre une trop grande partie de son énergie aux affaires italiennes, en menant une longue lutte contre la ligue des cités lombardes et le pape Alexandre III. Pour mettre fin au conflit, Frédéric Ier est obligé de se prosterner devant le pape à Venise en 1177. Il parvient cependant à renforcer son contrôle sur le royaume d’Italie[10]. Son fils, Henri VI rêve de faire la conquête de Jérusalem et de Constantinople et de reconstituer ainsi un vaste Empire unifié[7]. Il meurt trop tôt (1197) pour mettre en oeuvre ses projets, mais en assurant aux seigneurs l'hérédité de leurs fiefs, il affaiblit le pouvoir impérial en Allemagne.
A la mort d'Henri VI, les princes allemands refusent d'élire le jeune fils de ce dernier, Frédéric-Roger de Sicile, pourtant déjà couronné "roi des Romains du vivant de son père et se disputent sur le choix du nouvel empereur, laissant le pape Innocent III et les souverains anglais et français prendre par à leurs querelles. finalement, grâce à l'appui du pape, Frédéric-Roger devient empereur sous le nom de Frédéric II. Il renouvelle au nouveau pape, Honorius III le serment d'allégeance envers la papauté, confirme le versement d'un tribut annuel de 1 000 pièces d'or par la Sicile, et promet de partir en croisade dans les lieux saints. Toutes ses promesses lui permettent d'asseoir son pouvoir solidement. En Allemagne, Frédéric II accorde à 90 évêques et abbés royaux, une charte, la Confoederatio cum principibus ecclesiasticis de 1220, où il confirme l'abandon des droits de dépouilles; il renonce aussi à influencer les élection, à exercer ses droits régaliens sur les territoires ecclésiastiques comme la construction de châteaux, les tonlieux... Il donne aux princes laïcs le statutum in favorem principum de 1232 qui en fait les maîtres de la terre et de la justice[7]. Frédéric II est tellement occupé par ses affaires italiennes qu'il ne séjourne que quelques mois en Allemagne au début de son règne, laissant ensuite son gouvernement à son fils Henri II de Souabe. Son fils Henri accorde aux princes séculiers l'hérédité des fiefs. De ce fait les terres allemandes sont pratiquement indépendantes du pouvoir impérial dès cette époque.
Les villes rhénanes et les ports de la mer Baltique et de la mer du Nord se développent. Certaines sont d'origine romaine comme Cologne ou Augsbourg. D'autres plus récentes, sont nées de la réunion d'une cité ecclésiastique ou laïque et d'un établissement marchand. C'est le cas de Magdebourg, Goslar, Brême ou Erfurt. cependant les villes allemandes prennent une part peu active au grand commerce européen au XIIe siècle sauf Cologne qui dispose d'une flotte importante[7]. Les autres ports allemands du Nord sont Brême et Sleswig. Les principaux produits du grand commerce international sont le vin du Rhin et les armes pour les exportations, la laine, les métaux et les produits alimentaires pour les importations. A l'intérieur, l'exploitation des mines d'argent et de sel favorise le développement du commerce fluvial.
[modifier] La désagrégation du pouvoir impérial
A la mort de Frédéric II en 1250, l'Allemagne se trouve privée d'un pouvoir central pendant l'interrègne de vingt-trois ans qui suit son décés. L'empire apparaît alors comme une mosaïque de villes libres et de principautés, grandes et petites, séculières ou ecclésiastiques, dotées de pouvoirs régaliens. De plus, à la fin du XIIIe siècle, l'Empire se restreint à une Allemagne qui s'étend à l'est jusqu'aux limites de la plaine hongroise et du bassin de l'Oder, au nord-est aux côtes de la mer Baltique jusqu'au Niémen. La Bourgogne, la Provence et le royaume d'Italie s'en détachent. De nouvelles principautés territoriales, de taille plus réduites se constituent à l'Est: la marche de Brandebourg, Saxe-Wittenberg et Saxe-Lauenbourg, Anhalt avec à leurs têtes les Ascaniens, le Thuringe et la Misnie des Wettin,le Brunswick et le Lünebourg des Welf, la Bavière et Palatinat du Rhin des Wittelsbach, les possessions des chevaliers Teutoniques sur la Baltique[7]. Le morcellement est encore plus grand à l'Ouest. On y trouve les grandes principautés ecclésiastiques : Cologne, Trèves, Mayence, Brême, Münster, Paderborn, Wurtzbourg, Bamberg, les abbayes de Fulda, Corvey, Saint-Gall, Utrecht, Liège, Salzbourg, Trente; d'anciennes cités impériales devues indépendantes du fait de la décadence du pouvoir impériale: Francfort, Nuremberg, Aix-la-Chapelle, Ulm, d'anciennes cités épiscopales devenues libres, Ratisbonne, Strasbourg, Bâle, Mayence, Cologne. Mais aucune n'étend son territoire pour devenir le centre d'une principauté territoriale. Vers 1380, l'Allemagne compte environ cent « villes libres », dont Augsbourg, Hambourg et Lübeck. Les villes de la Ligue hanséatique, profitent de leur éloignement géographique pour échapper à peu près complètement au pouvoir impérial tout en s'émancipant de la tutelle seigneuriale[6]. Elles contrôlent l'axe commercial est-ouest, de Novgorod à Londres. À la fin du Moyen Âge, l'Empire est devenu une sorte de confédération d'États princiers qui n'ont entre eux qu'un lien très lâche.
Les princes élargissent leur droit de juridiction si bien que le Tribunal d'Empire perd toute importance. Ils s'emparent de presque tous les droits régaliens. Les princes organisent leur cour avec leur chancellerie, leur sceau, leur administration autonome, leur propre législation. Ils possèdent des forces militaires et s'appuyent sur un système financier soigneusement organisé. Dans le même temps, les empereurs octroient aux villes les plus importantes le statut de « ville libre d'empire ». Dotées de l'autonomie juridique, judiciaire et fiscale, elles échappent ainsi à l'autorité seigneuriale. Les empereurs escomptent que grâce à leur émancipation les villes impériales contribuent largement au financement de l'armée et de l'administration impériales[6]. Inquiet de l'anarchie et de l'insécurité qui règnent en Allemagne, le pape menace de nommer lui-même un empereur si les princes-électeurs n'y parviennent pas. En 1273, ils élisent Rodolphe de Habsbourg qu'ils pensent trop peu puissant pour nuire aux Wittelsbach ou des Welfs. Mais Rodolphe de Habsbourg prend possession de la marche d'Autriche tombée en déhérence et devient un empereur puissant. En conséquence, les princes écartent son fils Albert Ier du trône impérial en 1291. Pendant près de deux siècles, les élections voient alterner les représentants Habsbourg, Luxembourg et Wittelsbach. Les conséquences en sont l'essor du clientèlisme et la disparition des domaines impériaux distribués à chaque élection pour s'assurer les suffrages des princes[6]. Parmi les empereurs du XIV et du XVe siècle, Charles IV, roi de Bohême, chef de la Maison de Luxembourg a eu un rôle important. Il veut tirer sa force et ses ressources de grandes possessions territoriales. De ce fait, il favorise la Bohême: C'est à Prague que la première université allemande est ouverte en 1347; de nombreux monuments s'y sont construits; elle devient une grande capitale européenne. Charles s'empare ensuite du Brandebourg en 1373, du haut Palatinat autour de Ratisbonne, de la Lusace réunie à la Bohême. Le Luxembourg devient un duché. L'Allemagne évolue en une monarchie de type aristocratique, où le souverain veut dépasser ses pairs par la puissance de sa famille[7].
Le droit d'élection avait longtemps appartenu à tous les princes laïques et ecclésiastiques. A partir du le milieu du XIIIe siècle, il est résevé aux seuls princes-électeurs (Kurfürsten) qui se trouvent réduits à sept par la Bulle d'or de 1356[6]: les archevêques de Cologne, Trèves et Mayence, le duc de Saxe, le roi de Bohême, le seul à ne pas être allemand, le margrave de Brandebourg et le comte palatin du Rhin.Les conditions d'élection sont si bien précisées qu'elles ne peuvent plus être contestées. Le pape n'a plus d'arbitrages à rendre et ne se mêle plus de la désignation du nouvel empereur[9]. Le Saint Empire perd de fait sa vocation universaliste pour prendre un caractère définitivement germanique. Ce trait s'accentue encore au XVe siècle quand la couronne impériale, d'abord détenue par une dynastie non germanique (les Ottokar des Bohème) se fixe dans la famille des Habsbourg après l'élection de l'archiduc Albert II d'Autriche.
[modifier] Drang nach Osten
À partir du milieu du XIe siècle, commence le "Drang nach Osten", c'est-à-dire la colonisation des territoires situés à l'est de la Germanie. Cette marche vers l'est avait déjà était entamée à l'époque de Charlemagne et d'Otton Ier, mais la plupart de ces territoires avaient été perdus. En effet la dynastie franconienne se désintéresse des nouvelles terres et laisse les princes polonais et danois reprendre du terrain[11].
[modifier] La colonisation de l' Europe centrale
Dans un premier temps, les Wendes sont anéantis ou assimilés par un flot de migrants. Au XIIe siècle, l'affaiblissement du roi de Pologne permet la création des marches, des districts militaires frontaliers, de Brandebourg et du Mecklembourg[12]. Lothaire III (1125-1137) obtient la soumission des princes obotrites[13] et poméraniens[14]. Il réorganise les marches de l'est. Il place à la tête du Hostein Adolphe Ier de Schauenbourg, Albert l'Ours à la tête de la marche de l'est saxonne. Enfin, il marie sa fille unique au duc Welf, surnommé Henri le superbe, à qui échoit le duché de Saxe. Ces princes sont à l'origine de trois grandes dynasties particulièrement actives dans la colonisation des régions de l'est[7].
La christianisation permet la renaissance des évêchés de Brandebourg, Lübeck, Schwerin. Du XIIe au XIVe siècle, de centaines de milliers d'Allemands de Saxons, Westphaliens, Rhénans, Hollandais, Flamands, Franconiens poussés par la raréfaction des terres disponibles le désir d'affranchissement affluent vers l'Est. Ils sont attirés par la promesse de recevoir des terres et mettent en valeur les territoires jusqu'à la Neisse. Pour mettre en valeur le Holstein, que le comte Adolphe venait de conquérir après une guerre très dure, celui-ci envoie des messagers en Flandre et en Hollande, à Utrecht, en Westphalie, en Frise. Il promet à quiconque manquait de terre, un bon grand domaine, fertile, bien pourvu en poissons, viande et gras pâturages pour le bétail[7]. Évangélisation et colonisation vont alors de paire. Les Sorabes peuvent coexister à côté des populations germanophones. La Poméranie orientale est l'objet d'âpres disputes entre Polonais et germanisés pendant le XIVe siècle. Plus au sud, la Silésie et l'est du royaume de Hongrie dévastés par les invasions des Mongols sont repeuplés par les colons allemands. Ils peuvent établir dans le royaume de Hongrie comme hôtes et jouissent de droits particuliers[12]. Au XIIIe siècle, le roi Ottokar II de Bohême permet une colonisation massive avec des Allemands venus surtout de Bavière et des régions rhénanes. Il les établit comme mineurs pour exploiter les mines d'argent découvertes sur le pourtour du pays.
Les seigneuries de l'est de l'Empire sont souvent très vastes. Par exemple, le Schlossgesessener Adel[15], installé par les margraves du Brandebourg pour défendre la frontière contre les Polonais sont très entendues comme les Wedel qui possèdent un fief de 60 villages. La grande taille est liée au défrichement de régions forestières encore faiblement peuplées[7]. Dans l'ouest, plus anciennement exploitée, les seigneuries sont en général de superficie plus modestes.
[modifier] La conquête des régions de la mer Baltique par les chevaliers Teutoniques
Deux ordres religieux, les chevaliers Porte-Glaive et les chevaliers Teutoniques sont les artisans de la colonisation violente des terres entre la Vistule et le golfe de Finlande. L'ordre des chevaliers Porte-Glaive est spécialement créé en 1202 pour soutenir les premiers efforts de colonisation-christianisation de l'embouchure de la Düna où sous l'action de l'archevêque de Brême la ville de Riga avait été fondée en 1180. Les chevaliers Porte-Glaive sont peu nombreux, 120 en tout, mais ils font appel à de nombreux croisés laîcs. Ils peuvent ainsi dans la Lettonie actuelle des monastères[12].
Les chevaliers Teutoniques ou Deutscher Orden sont apparus en 1190-1191 en Terre sainte. sous le nom de « Frères hospitaliers allemands de Sainte-Marie de Jérusalem ». L'ordre est appelé par le duc polonais Conrad de Mazovie et un évêque polonais attaqués par les Baltes installés entre le Niémen et la Vistule. Une croisade est mise sur pied en 1230 avec des gens venus de tout l'Occident chrétien mais le pays n'ai soumis qu'en 1283[12].
Les chevaliers Porte-Glaive et les chevaliers Teutoniques fusionnent en 1237 et finissent par leur dominer le territoire de la Germanie au golfe de Finlande. cette région est dirigée par le grand maître de l'Ordre. Le pays est alors divisé en seigneuries avec, à leur tête, un chevalier titulaire de la terre. Les croisés deviennent des paysans établis pour remplacer la population borusse tuée ou en fuite. De nombreuses villes sont créées : Marienwerder, Thorn, Kulm, Elbing, qui entretiennent des relations avec la Hanse, Königsberg en 1255 – « mont Royal ». Les Teutoniques jouissent d'une totale indépendance par rapport au Saint Empire romain germanique[12].
[modifier] L'expansion vers le sud
La colonisation vers le sud avait commencé dès l'époque de Charlemagne mais la poussée des Hongrois avait fait évacuer les régions conquises. Othon Ier occupe de nouveau les régions au Sud de la Bavière et crée une nouvelle marche colonisée par des familles bavaroises et rhénanes. Les évêques de Salzbourg, Freising et Passau se constituent de vastes domaines et créent de grands monastères comme Melk et Saint-Polten. En 996, le nom d'Ostarrichi apparait pour la première fois. La forme latinisée Austria est à l'origine du nom Autriche. En 1002, une forteresse est construite près des ruines de l'ancienne cité romaine de Vindobona la future Vienne. D'autres villes se développent telles Linz, Innsbruck, Graz. La colonisation allemande déborde sur les marches voisines de Carinthie et de de Carniole mais elle se limite aux villes. Le Tyrol, en revanche, restait divisé en comtés jusqu'au XIIIe siècle. En 1246, les Habsbourg prennent possession de ces marches qu'ils conservèrent jusqu'en 1918[12].
À la fin du XIVe siècle, la première grande vague de colonisation est terminée : les Allemands ont essaimé au nord jusqu'au golfe de Finlande, au sud presque jusqu'à l'Adriatique, à l'est jusqu'au cœur des Carpates roumaines[12]. Des centaines de milliers d'Allemands de l'Ouest poussés par la surpopulation ont ainsi migré vers l'Est où des tenures plus vastes et des droits féodaux plus légers les attendent.
[modifier] Le temps des malheurs et le relèvement de l'Allemagne
[modifier] La peste noire et l'évolution économique
Dès 1349, la peste fait son apparition dans la vallée du Rhin et en Prusse. Cologne est touchée en décembre 1349. Pendant l'année 1350, toute l'Allemagne est touchée mais c'est dans le nord du pays que la mortalité est la plus forte. À Brême, entre la moitié et les deux tiers de la population disparait[16]. Les conséquences économiques ne se font pas attendre: déclin de la production agricole et artisanale, arrêt des transports, récession du commerce et des activités bancaires, arrêt la colonisation de l'Est. A l'Est, la grande peste a comme conséquence la désertion des terres pauvres. En récupérant les terres abandonnées, les seigneurs accroissent leur réserve foncière[7]. En même temps, les princes qui ont besoin d'argent, abandonnent aux seigneurs leurs droits régaliens. De ce fait, les paysans restant sur les terres se retrouvent sous la domination directe des seigneurs qui leur imposent des lourds corvées, indispensables à l'exploitation des grands domaines. Alors que jusque là, ils étaient plus libres que les paysans du reste de l'Allemagne, ils se retrouvent dans une plus grande servitude.
Au XVe siècle, une fois le pays remis de la peste, les villes de l'Allemagne moyenne et méridionale connaissent un véritable essor industriel. Les progrès techniques qui se développent dans les mines du Harz, de Thuringe, de Bohême et de Hongrie permettent une augmentation de la production du cuivre, de l'étain, du zinc et de l'argent. Augsbourg et Nuremberg fabriquent le laiton, le bronze mais aussi des armes, des canons qui sont ensuite esportéd dans toute l'Europe. Les toiles fabriquées dans les campagnes allemandes pour les marchands d'Augsbourg, de Constance, de Saint-Gall, de Ravensburg sont elles aussi exportées[7].
[modifier] L'évolution politique
À la mort de Charles IV en 1378, son fils Venceslas lui succède. A cette époque, l'Occident est déchirée par le Grand Schisme. Le roi de France et l'empereur soutiennent le pape d'Avignon. Du coup, le pape de Rome, Boniface IX intrigue en faveur d'un rival, le comte palatin Robert de Wittelsbach. Venceslas est déposé par les Princes-Électeurs allemands en aout 1400 en faveur de son rival, Robert Ier. Après la mort de ce dernier en 1410, Sigismond, frère de Venceslas est élu empereur. Il met fin au Grand Schisme par le concile de Constance (1414-1418). Catholique ardent, il lutte contre la prédication de Jean Hus. Le Hussisme est à la fois une tentative de réforme de l'Église et un sursaut du nationalisme tchèque men&cé par l'essor du germanisme. La guerre hussite dure vingt ans (1415-1436)[7]. A l'Est, en 1410, la bataille de Grunwald voit une coalition lituano-polonaise dirigée par le roi Ladislas II Jagellon écraser les chevaliers teutoniques. Le règne de Sigismond est donc particulièrement éprouvant pour l'Allemagne et pour le prestige de la dynastie de Luxembourg. Sigismond tente bien, après avoir été couronné roi d'Italie en 1431 puis empereur à Rome en 1433, de réorganiser l'empire en créant des cercles administratifs regroupant les seigneuries et une police assurant la paix publique. Mais l'esprit d'indépendance des seigneurs est tel, que ces réformes n'ont jamais été appliquées. Albert II, un Habsbourg qui a épousé sa fille unique succède à Sigismond. Dans la seconde partie du XVe siècle, l'Allemagne connait des guerres civiles permanentes dont l'empereur Frédéric III, autre représentant de la maison de Habsbourg, ne s'occupe guère. Son fils, Maximilien en épousant Marie de Bourgogne est à l'origine de la puissance des Habsbourgs.
[modifier] Les Temps modernes
Au XVe siècle, le dynamisme économique de l'Allemagne est patent dans les villes, les grandes cités commerciales du Nord unies autour de Lübeck dans la Ligue hanséatique. L'essor des activités économiques s'accompagne de progrès techniques considérables, dont le plus célèbre est l'invention des caractères d'imprimerie mobiles par Johannes Gutenberg. Cependant sur le plan politique, les empereurs ont échoué à donner des institutions stables et efficaces à l'Empire. Face à l'Empereur, à la petite noblesse, aux villes, les princes affirment leur puissance. C'est le cas des Hohenzollern en Brandebourg, des Wittelsbach dans le Palatinat et en Bavière, des Wettin en Saxe et des Zähringen en Souabe.
[modifier] Le temps de la Réforme
[modifier] L'Empire des Habsbourg
En 1493, Maximilien de Habsbourg devient empereur. C'est sous son règne, en 1512, qu'un texte officiel utilise pour la première fois l'appellation de « Saint-Empire romain de la nation allemande »[6]. dès 1495, il entreprend une réforme institutionnelle pour pacifier l'Empire. Les princes et les villes représentés à la diète de Worms acceptent l'interdiction de toutes les guerres privées. Un tribunal d'empire, composé pour moitié de juristes et pour l'autre de représentants des États, est créé. Il doit juger les conflits entre les sujets et leur prince ou ville. Un « sou commun », impôt direct, est institué pour permettre le financement de la cour de justice et de l'armée communes[6]. Mais Maximilien de Habsbourg échoue à étendre son autorité sur toute l'Allemagne. Chacun des quelques 350 États reste maitre chez lui. En 1499, les cantons suisses accèdent à une indépendance de fait, reconnue par l'empereur.
Maximilien de Habsbourg, prince habile et intelligent, reforme à son profit l'empire bourguignon. Pratiquant une habile politique matrimoniale, il unit son fils, Philippe le Beau à Jeanne, l'unique héritière de souverains espagnols. Il marie ses petits enfants aux héritiers du royaume de Bohême et de Hongrie. En Allemagne, il parvient à unifier ses états héréditaires, prémices de la formation de l'Empire d'Autriche. À la mort de Maximilien en 1519, deux candidats se disputent le titre d'empereur, François Ier de France et Charles Quint, petit-fils du défunt empereur et déjà roi d'Espagne. C'est finalement ce dernier qui l'emporte.
L'essentiel de la richesse allemande reside cependant dans les villes. Les cités du sud comme Augsbourg, Nuremberg prospèrent grâce au commerce avec l'Italie. Celles du Nord, Hambourg, Lübeck, Stettin, Dantzig, cités de la Hanse sont menacées par l'affermissement des États et l'essor commercial des Hollandais et des Allemands du Sud[17]. Le XVIe siècle naissant est celui du triomphe de la bourgeoisie d'affaires. L'exemple le plus frappant est celui de la famille Fugger, une famille de banquiers d'Augsbourg qui finance Maximilien et Charles Quint, obtient en échange des avantages commerciaux considérables. A la fin du XVe siècle, les Fugger s'installent à Anvers, Breslau, Lübeck. Au début su siècle sivant, c'est à Stettin, Dantzig et Hambourg qu'on les retrouve. A l'avénement de Charles Quint, les Fugger s'installent en Espagne. Par contre, le pouvoir d'achat de petits nobles s'érode. Les paysans s'appauvrissent à cause du poids des taxes féodales, du morcellement des tenures et de l'endettement croissant. Depuis 1490, les paysans d'Alsace et du Wurtemberg ont commencé à se révolter.
[modifier] Le conflit religieux et ses conséquences
La question religieuse domine le XVIe siècle. En 1517, un moine et théologien allemand Martin Luther enflamme l'Allemagne en publiant à Wittenberg les 95 thèses où il critique vertement le pape et la vente des indulgences. Bien qu'il ait été excommunié par le pape Léon X en 1521 et mis au ban de l'Empire par le jeune empereur Charles Quint en 1521, ses idées progressent en Allemagne. Des humanistes comme Melanchthon, des artistes: Dürer, les Cranach, Holbein adhèrent aux idées de Luther[17]. Les paysans d'Allemagne du sud, croyant qu'arrive l'âge d'or où ils n'auront plus d'impôts à payer se révoltent contre leurs seigneurs. Les petits chevaliers profitent de l'agitation pour piller les biens des prélats et des riches bourgeois. Ces deux révoltes sont écrasées par les princes avec l'approbation de Luther. S'il juge les revendications des révoltés justifiées, il estime également la répression nécessaire. Cette condamnation formelle des révoltés lui conserve son crédit auprès des princes. Les princes électeurs de Saxe, Palatinat, Brandebourg, le landgrave de Hesse, de nombreuses villes se convertissent au Luthéranisme: Constance, Nuremberg, et, au nord, Magdebourg, Halberstadt, Breslau, Brême, Königsberg. Elles confisquent à leur profit les biens de l'Église catholique. Albert de Brandebourg, un prince allemande de la famille des Hohenzollern, grand maître de l'ordre teutonique se fait luthérien et s'attribue les immenses bien de l'ordre en Prusse. Il prend le titre de duc de Prusse en 1527. Mais les princes ont l'espoir de trouver une paix de compromis tout en supprimant les abus de l'Église grâce à un concile ou au minimum allemand. En attendant, la diète réunie à Spire en 1526 décide à l'unanimité que pendant un an et demi chaque État sera responsable de ses affaires religieuses[6]. Cette décision est révoquée par la majorité des participants à la diète de Spire de 1529. L'obligation de restaurer le culte catholique partout où il a été supprimé est proclamée. Les princes et les villes luthériennes protestent. Leur argumentation porte sur le fait qu'une décision prise à l'unanimité ne saurait être révoquée par une simple majorité. Ils introduisent ainsi un principe nouveau dans l'administration de l'Empire: une décision à l'unanimité ne peut ensuite être révoquée par une décision à la majorité. En 1530, la diète d'Augsbourg ordonne que les biens de l'Église catholique confisqués par les princes protestants lui soit rendus. Les Protestants refusent[6]. En mars 1531, les princes allemands forment une alliance contre l'empereur, la Ligue de Smalkalde[18]. Devant l'impossibilité de concilier les deux partis, Charles Quint décide d'employer la force contre les princes luthériens à partir de 1546. Il met au ban de l'Empire l'électeur de Saxe et le landgrave de Hesse. Les Protestants subissent une cuisante défaite à Mühlberg en Saxe en 1547. De partout l'empereur reçoit des déclarations de soumission. La ligue de Smalkalde semble dissoute. La Bohême est durement répriméde.
Les princes protestants obtiennent alors l'appui du roi de France Henri II en échange du droit ppour celui-ci d'occuper Metz, Toul, Verdun « et autres villes de l'Empire ne parlant pas allemand »[17]. Charles Quint laisse son frère, le futur empereur Ferdinand Ier signer la paix d'Augsbourg en 1555. Les sécularisations déjà accomplies de biens de l'Église catholiques sont entérinées mais il est interdit à l'avenir de confisquer les biens de l'Église catholique. Les princes et les villes libres ont le droit de choisir leur religion mais les sujets sont obligés de professer la même religion de leur souverain, d'où l'adage: Cujus regio, ejus religio,Tel prince, telle religion. Les deux-tiers de l'Allemagne sont devenus protestants. La paix de 1555 met donc fin aux espoirs de l'empereur d'être le chef religieux en ses États, volonté affirmée avec force au Moyen Âge lors du conflit des investitures[6]. Charles Quint abdique en 1556. Son fils Philippe II reçoit l'Espagne et l'héritage bourguignon. Son frère Ferdinand reçoit les possessions autrichiennes et la couronne impériale. Ce dernier n'hésite pas à faire des concessions aux princes protestants quand l'intérêt de l'Empire l'exige. Après la mort de Ferdinand Ier en 1564, ses successeurs laissent l'autorité impériale s'affaiblir. De ce fait les sécularisations de biens de l'Église catholiques continuent malgré les clauses de la paix d'Augsbourg. Jacques Andreae, chancelier de l'université de Tübingen, publie Le Livre de Concorde en 1580, qui devient un des documents de base de la Réforme évangélique. De plus, la religion calviniste fait des progrès spectaculaires en Allemagne dans le dernier quart du XVIe siècle. Ces derniers réclament les mêmes avantages que les Luthériens. Sous Rodolphe II (1576-1612), le pouvoir impérial continue à s'affaiblir : Il n'y a plus de véritable Reichstag ; les autres organes du gouvernement sont affaiblis ; l'Empereur est en butte à l'hostilité des Électeurs de l'Empire[17].
Sur le plan économique la seconde moitié du XVIe siècle est marquée par la hausse des prix. Il existe plusieurs explications à ce phénomène. L'Espagne, qui a beaucoup emprunté aux Fugger, fait plusieurs fois banqueroute en 1557, entraînant dans son sillage la faillite de la banque d'Augsbourg en 1557. La monnaie se dévalue à cause de l'afflux d'or et d'argent du nouveau monde puis de l'altération des monnaies existantes, et ce jusqu'en 1623. La seconde explication est la forte croissance démographique qui raréfie et renchérit les denrées. Les villes de la Hanse sauf Hambourg déclinent lentement face à la concurrence des Provinces-Unies. Francfort devient cependant le principale centre de foires de l'Allemagne du sud-ouest.
[modifier] L'effacement du Saint Empire
[modifier] La guerre de Trente Ans
Entre 1606 et 1609, deux ligues se forment en Allemagne: l'Union évangélique protestante et la Sainte Ligue catholique[19]. De plus le nouvel empereur Habsbourg, Ferdinand II effraie les princes protestants. C'est un catholique intransigeant, il veut transformer ses couronnes électives en couronnes héréditaires et veut faire du Saint empire, un vaste État centralisé. La guerre commence en 1618 à la suite de la défenestration de Prague, avec la révoltes de l'aristocratie protestante de Bohême contre Ferdinand II. L'empereur les bat rapidement et confisque les biens de l'électeur palatin, calviniste, qui les avaient soutenus. L'intervention du roi du Danemark, Christian IV est un échec. L'empereur en profite pour promulguer en 1629 l'édit de Restitution qui lèse les intérêts des princes d'Allemagne du Nord.
Les princes allemands inquiets parviennent à convaincre le roi Gustave II Adolphe de Suède d'intervenir à partir de 1630. Après la victoire de Breitenfeld en 1631, les troupes suédoises libèrent l'Allemagne du Nord et entrent en Allemagne du Sud. Mais le roi de Suède a était tué lors de la bataille de Lützen le 6 novembre 1632. Les Suédois sont battus en 1634. Ferdinand II propose aux princes allemands une paix de compromis. C'est alors que la France entre dans le conflit à l'appel de princes allemands alliés. Richelieu veut abattre coûte que coûte la puissance des Habsbourg qui représente à ses yeux un danger mortel pour la France. À partir de 1640, les difficultés intérieures de l'Espagne des Habsbourg permettent à la France et la Suède de reprendre l'avantage. En 1648, la maréchal de Turenne alliés aux Suédois bat une armée impériale en Bavière et s'avance vers Vienne. Quelques mois plus tard la paix est signée.
Les Traités de Westphalie consacrent l'échec des ambitions des Habsbourg d'Autriche et l'affaiblissement définitif de l'autorité impériale en Allemagne. Les clauses de la paix d'Augsbourg de 1555 sont confirmées. Les calvinistes peuvent bénéficier de ses avantages. Il est désormais interdit à la Diète de prendre des décisions en matière religieuse autrement qu'à l'unanimité. La guerre, la paix, la levée et le commandement de l'armée relèvent désormais du vote de la Diète. ce n'est donc plus l'empereur qui conduit la politique extérieure de l'Empire. Plus humiliant pour l'empereur, les États ont le droit entrer dans des alliances contre l'empereur[6]. Ceci a pour conséquence le renforcement du pouvoir des 350 États allemands. Le duc de Prusse reçoit la Poméranie orientale, et les évêchés sécularisés de Minden, Halberstadt, et Magdeburg[20].
La guerre a causé des ravages immenses. La population a diminué de près de 50%[21]. Les armées qui sillonnent l'Empire amènent avec elles les épidémies, la premier cause mortalité pendant la guerre de Trente Ans. Elles amènent aussi la famine car elles se nourrissent sur le pays, ne laissant rien à manger aux populations occupées. La forte baisse de la nuptialité et de la natalité contribue aussi au dépeuplement. Enfin certains préfèrent émigrer pour fuir les troubles. A la fin du XVIIe siècle et au XVIIIe siècle, un grand nombre d'Allemands émigrent dans l'Empire d'Autriche pour s'installer dans les régions fertiles et peu habitées de Hongrie, de Vojvodine, de Galicie et de Bucovine[12].
[modifier] L'émergence des États au sein du Saint Empire
À partir de 1663, le Reichstag, devenu « perpétuel », siège à Ratisbonne.Les États ont les plus grandes difficultés à se mettre d'accord et les débats sont souvent très longs. L'empereur et les princes n'y siègent donc plus. Le Reichstag devient alors une assemblée de diplomates et perd une grande partie de son importance dans les relations internationales[6]. Dans ce domaine, les États nationaux les plus importants, la Bavière, la Saxe et surtout l'Autriche et la Prusse affirment leur indépendance et parfois même leurs rivalités. Au XVIIIe siècle, Frédéric II et Marie-Thérèse d'Autriche, soutenus par leurs alliés respectifs allemands et étrangers, s'affrontent dans deux guerres pour la possession de la Silésie[6]. Les Allemands restent cependant atttachés à l'idée d'empire.
À la suite du traité de Westphalie, on assiste à un statu quo relatif, qui va permettre un accroissement des échanges entre les États allemands. La vie intellectuelle, qui était demeurée assez terne après la Réforme, prend un nouvel éclat, d'abord à partir de la fin du XVIIe siècle (avec Leibniz), et plus encore au cours de la seconde moitié du XVIIIe siècle. L'Allemagne devient en effet un des carrefours de l'Europe des Lumières, s'ouvrant aux influences anglaises (Shakespeare traduit par Friedrich Schlegel), et françaises (voyage de Voltaire en Prusse et forte influence du pré-romantisme de Jean-Jacques Rousseau et de Bernadin de Saint-Pierre). S'y concrétise ainsi deux mouvements essentiels de la modernité culturelle : le Romantisme, issu du Sturm und Drang, et qui s'affirmera avec le cercle d'Iéna ; et l'Aufklärung qui parachève la philosophie française et anglaise des Lumières.
[modifier] La Révolution française et l'Allemagne
En 1789, la Révolution française est admirée par le monde intellectuel et universitaire: les poètes Klopstock et Goethe, les philosophes Kant et Fichte, s'enthousiasment devant la Déclaration des droits de l'homme. Des clubs se créent à Mayence sur le modèle jacobin, et vont bientôt demander le rattachement de leur ville à la nation française. Dès 1792, la France envahit la rive gauche du Rhin, et les sentiments envers la Révolution changent.
Le sentiment national, à l'origine l'apanage des intellectuels, se popularise avec l'annexion de la Rhénanie par la France. En 1803, le premier consul, Napoléon Bonaparte réorganise le Saint Empire qui passent de plus de 300 États à une centaine. Toutes les principautés ecclésiastiques sont supprimées, ce qui renforce le protestantisme. Le 6 août 1806, le dernier empereur du Saint Empire romain germanique, François II se soumet à un ultimatum de Napoléon Ier. Il renonce à la couronne impériale et délie tous les États allemands de leur fidélité.[22]
Sous l'Empire le blocus continental contre le Royaume-Uni pousse Napoléon Ier à annexer un grande partie des États allemands: Hambourg, Brême, Münster, Aix-la-Chapelle, Mayence et Coblence sont des chef-lieux de départements français. Mis à part la Prusse, tous les dirigeants des États restés indépendants sont à la solde de la France. Il est cependant à distinguer le cas des alliés qui doivent à la France un soudain accroissement de puissance (royaumes de Bavière et de Wurtemberg), et celui des États vassaux, dirigés par un membre de la famille Bonaparte (la Westphalie). La présence française est source de mécontentement. Les armées françaises présentes sur le territoire vivent de réquisitions. Le blocus continental limite les échanges comm