Venceslas de Luxembourg

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Venceslas
Venceslas, roi des Romains (fragment d'un ex-voto de l'archevêque de Prague Jan Očko z Vlašimi).
Venceslas, roi des Romains (fragment d'un ex-voto de l'archevêque de Prague Jan Očko z Vlašimi).
Titre
Électeur et margrave de Brandebourg

(5 ans, 1 mois et 27 jours)
Prédécesseur Othon V de Bavière
Successeur Sigismond de Luxembourg
Roi de Germanie

(24 ans, 2 mois et 10 jours)
Couronnement dans la Cathédrale d'Aix-la-Chapelle
Prédécesseur Charles IV
Successeur Sigismond
Roi de Bohême

(40 ans, 8 mois et 18 jours)
Couronnement dans la cathédrale Saint-Guy de Prague
Prédécesseur Charles IV
Successeur Sigismond
Duc de Luxembourg
13831390
Prédécesseur Venceslas Ier
Successeur Jobst de Moravie
Biographie
Dynastie Luxembourg
Date de naissance
Lieu de naissance Nuremberg (Nuremberg)
Date de décès (à 58 ans)
Lieu de décès Prague (Bohême)
Père Charles IV du Saint-Empire
Mère Anne de Schweidnitz
Conjoint Jeanne de Bavière
Sophie de Bavière

Armoiries empereur Charles IV.svg Blason Boheme.svg Arms of Luxembourg.svg

Venceslas ou Wenceslas (en allemand : Wenzel, en tchèque : Václav), surnommé « l'Ivrogne », est un prince de la maison de Luxembourg né le à Nuremberg et mort le à Prague. Il est roi de Germanie de 1376 à 1400 (Venceslas Ier), roi de Bohême de 1378 à 1419 (Venceslas IV), électeur de Brandebourg de 1373 à 1378 et duc de Luxembourg de 1383 à 1390 (Venceslas II).

Biographie[modifier | modifier le code]

Bible de Wenceslas, après le XIVe siècle

Origine[modifier | modifier le code]

Venceslas est le fils de l'empereur Charles IV et d'Anne de Schweidnitz ; il est couronné roi de Bohême dès le 15 juin 1363. Élu à l'unanimité roi de Germanie le 10 juin 1376 à Francfort, il est couronné le 6 juillet à Aix-la Chapelle. À l'âge de 17 ans, il succède à son père à la tête de l'Empire bien qu'il ne soit jamais formellement couronné « empereur des Romains » par le pape. Le caractère du nouveau roi, qui a bénéficié d'une jeunesse protégée, est marqué par un manque de dynamisme générant chez lui désintérêt et inefficacité aggravés par son alcoolisme qui lui vaut son surnom de « l'Ivrogne »[1].Venceslas Ier est l'un des souverains les plus décriés par l'historiographie germanique ; il partage avec Charles le Gros l'opprobre d'avoir été les seuls souverains à être destitués pour indignité.

Succession[modifier | modifier le code]

À la mort de Charles IV ses possessions sont partiellement démembrées et le pouvoir de Venceslas se trouve réduit. Sigismond, son demi-frère cadet, reçoit en 1378 le Brandebourg et en 1387 il devient roi de Hongrie du droit de son épouse. Jean, son autre demi-frère, reçoit Görlitz et la Lusace. Jean-Henri (mort en 1375), frère cadet de Charles IV, avait obtenu dès 1346 la Moravie qui revient à ses fils Jobst, Jean Sobeslav et Procope. En 1383, à la mort sans enfants légitimes de son oncle et homonyme Venceslas de Luxembourg, le demi-frère de son père, Venceslas reçoit le duché de Luxembourg mais il doit le donner en gage dès 1390 à son cousin Jobst de Moravie.

Début du règne[modifier | modifier le code]

Le nouveau roi prend le parti du pape de Rome Urbain VI, ce qui l'éloigne de la cour de France qui soutenait le pape d'Avignon Clément VII. En contrepartie il se rapproche de l'Angleterre et sa demie-sœur Anne de Bohême épouse en 1382 le roi Richard II d'Angleterre.

Venceslas entre rapidement en conflit avec l'archevêque de Prague Jan z Jenštejna, soucieux du maintien de ses prérogatives et fait arrêter le 20 mars 1393, cruellement torturé et précipité dans la Vltava du Pont Charles son vicaire général Jean de Nepomuk[2]. Ce meurtre provoque une fronde de l'« Union seigneuriale » groupée autour de Henri de Rosemberg qui arrête le roi le 8 mai 1394 et nomme le margrave Jobst de Moravie « Administrateur du Royaume ». Venceslas IV, emprisonné au château de Wilberg en Autriche, est libéré le 1er août grâce à l'intervention de Jean de Goerlitz et de l'électeur Robert II du Palatinat. Venceslas ne respecte pas les conditions prévues pour sa libération et en avril 1395 il fait arrêter son cousin Jobst, ce qui lui aliène le duc Albert III d'Autriche et son frère Jean de Görlitz qui avait été nommé Administrateur du Royaume. Les morts respectives de ses nouveaux adversaires en 1395 et 1396 lui donnent un répit et lui permettent de négocier avec les nobles[3].

Destitution[modifier | modifier le code]

Venceslas Ier est accusé de consacrer plus de temps à ses terres tchèques qu'à ses devoirs de futur empereur en accordant, moyennant finance, en mai 1395 le titre ducal à Jean-Galéas Visconti et, de faiblesse, en cédant lors de l'entrevue de Metz le 23 mars 1398 au roi de France Charles VI sur la question papale qui déchire alors la chrétienté[4]. Il ne prend pas non plus la mesure du conflit qui oppose les cités allemandes aux seigneurs provinciaux qui souhaitent les dominer. Il rencontre enfin les princes d'Empire à la Diète de Nuremberg en 1397 puis à celle de Francfort en 1398. Mais il ne répond pas à la convocation de quatre princes d'Empire rhénans à Oberlahnstein le 4 juin 1400. Il est déposé par les Princes-Électeurs allemands le 20 août 1400 en faveur de Robert III Wittelsbach du Palatinat dont Venceslas refuse de reconnaître la légitimité[5].

Querelles internes[modifier | modifier le code]

Mettant à profit la situation confuse son frère Sigismond de Hongrie effectue un « coup d'état » en Bohême ; le 6 mars 1402 il fait Venceslas prisonnier et le confie à la surveillance des Habsbourgs à Vienne et nomme l'évêque Jean de Litomysl régent de Bohême. Sigismond parvient également à neutraliser son cousin Procope de Moravie, suscitant ainsi la méfiance du frère de ce dernier Jobst. Venceslas parvient à revenir en Bohême en novembre1403 mais son retour sur le trône s'accompagne de nouvelles concessions à la noblesse qui est la véritable bénéficiaire de cette querelle familiale dont le nouvel archevêque de Prague Zbyněk Zajíc z Hasenburka (1402-1411), membre d'une grande famille aristocratique [6]. Le roi doit accepter l'exécution le 23 juin 1405 de son chambellan Sigismond Huler, fils d'un bourgeois d'Egra. En 1409 le concile de Bâle élit un nouveau Pape Alexandre V et reconnait Venceslas comme seul vrai roi de Germanie. Toutefois après la mort du roi Robert Ier le 18 mai 1410, Sigismond se fait élire le 20 septembre 1410 et reste sans concurrent après la décès de Jobst le 18 janvier 1411[7].

Révolte des Hussites[modifier | modifier le code]

Les maîtres allemands exerçant à l'Université entrent en conflit avec Jean Hus recteur de l'Université de Prague et prédicateur en vogue de la chapelle de Bethléem à Prague. Par leurs plaintes auprès du pape Grégoire XII, ils exaspèrent le roi qui par le décret de Kutna Hora du 18 janvier 1409 modifie la répartition des voix dans l'enseignement supérieur en faveur des Tchèques. Venceslas accorde jusqu'en 1412 son soutien au réformateur Jan Hus et à ses disciples en dépit des demandes de l'Église, qui exigent qu'ils soient traités comme hérétiques. Jean Hus se rend le 3 novembre 1414 au Concile de Constance pour défendre ses thèses avec un sauf conduit de Sigismond Ier de Luxembourg, mais il arrêté dès son arrivée, jugé par un tribunal, condamné et brûlé vif le 6 juillet 1415. Venceslas et l'archevêque de Prague Conrad de Vechta (1413-1431) tentent en vain de rétablir l'autorité de l'église mais le 10 mars 1417 l'Université de Prague reconnaît la « communion sous les deux espèces » pour les laïcs. La fin du règne de Venceslas est assombrie par le conflit religieux qui éclate le 30 juillet 1419, jour où treize conseillers trouvent la mort après avoir été défenestrés de l'Hôtel-de-Ville de Prague[8]. Le roi Venceslas IV meurt d'une attaque le 16 août suivant[9].

Succession[modifier | modifier le code]

Son frère Sigismond Ier, qui lui avait succédé comme roi des Romains après l'interrègne de Robert Ier de Wittelsbach, prend le titre de roi de Bohême le 28 juillet 1420 au Hradčany mais il ne parvient pas à prendre la ville de Prague. Ce n'est qu'en 1436, à la veille de sa mort, qu'il contrôlera la Bohême dirigée par un collège de vingt « Directeurs » jusqu'en 1434 et livrée aux guerres hussites.

Mariages[modifier | modifier le code]

En 1370, il épouse Jeanne de Bavière (1356-1386), fille d'Albert Ier de Hainaut, duc de Bavière-Straubing et comte de Hainaut et de Hollande, et de Marguerite de Brzeg.

En 1389, il épouse Sophie de Bavière (1376-1425) fille de Jean II de Bavière et de Catherine de Goritz.

Ses deux unions demeurent sans postérité.

Ascendance[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Francis Dvornik Les Slaves histoire, civilisation de l'Antiquité aux débuts de l'Époque contemporaine Éditions Du Seuil Paris (1970) p. 507-508.
  2. Francis Dvornik op.cit p. 508
  3. Francis Dvornik op.cit p.  509
  4. Joseph Calmette Le Reich allemand au Moyen Âge Éditions Payot Paris (1951) p. 353
  5. Francis Dvornik op.cit p. 510-511
  6. Francis Dvornik op.cit p. 511-512
  7. Jörg K.Hoensch Histoire de la Bohême Éditions Payot Paris (1995) (ISBN 2228889229) p. 136.
  8. épisode connu dans l'historiographie sous le nom de « 1re défenestration de Prague »
  9. Francis Dvornik op.cit p. 528-529

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  • Joseph Calmette Le Reich allemand au Moyen Âge Éditions Payot Paris (1951).
  • Francis Dvornik Les Slaves histoire, civilisation de l'Antiquité aux débuts de l'Époque contemporaine Éditions Du Seuil Paris (1970) (ISBN 9782020026673).
  • Jörg K.Hoensch Histoire de la Bohême Éditions Payot Paris (1995) (ISBN 2228889229)
  • Pavel Bělina, Petr Čornej et Jiří Pokorný Histoire des Pays tchèques Points Histoire U 191 Éditions Du Seuil Paris (1995) (ISBN 2020208105)