Gravettien

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Gravettien

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La Dame de Brassempouy

Définition
Autres noms ou Pavlovien en Europe centrale
Lieu éponyme abri de la Gravette à Bayac
(Dordogne)
Auteur Fernand Lacorre
Caractéristiques
Répartition géographique Europe - Sibérie
Période Paléolithique supérieur
Chronologie environ 29 000 à 22 000 avant le présent
Type humain associé Homo sapiens (Homme anatomiquement moderne)
Tendance climatique refroidissement important (glaciation de Würm), ponctué d'un épisode plus clément entre 24 500 et 26 500 avant le présent avec augmentation de l'humidité et réchauffement très relatif (oscillation de Tursac).
Signe particulier Art : Vénus paléolithique, mains négatives sur paroi

Subdivisions

Gravettien ancien
Gravettien moyen
Gravettien récent
Gravettien tardif

Objets typiques

débitage de lames en silex rectilignes, pointes spécialisées, lamelles à dos, burins dièdres.

Le Gravettien est une phase du Paléolithique supérieur qui doit son nom au site de La Gravette, situé sur la commune de Bayac en Dordogne.

Chronologie et climat[modifier | modifier le code]

La culture du Gravettien fait partie du Paléolithique supérieur et s'inscrit chronologiquement entre l'Aurignacien final et le début du Solutréen. Elle a duré environ de - 29 000 à - 22 000 ans BP. La culture gravettienne se termine par un faciès lithique original nommé Protomagdalénien.

À partir de - 28 500 BP, suite à l'interstade Maisières, l'Europe connaît un refroidissement important qui correspond au Pléniglaciaire de la Dernière Glaciation et qui atteindra son maximum après le Gravettien, au Solutréen. Au cours du cycle gravettien, un épisode plus clément, caractérisé par une augmentation de l'humidité et un réchauffement très relatif, est reconnu entre environ 24 500 et 26 500 BP sous le nom d'« oscillation (ou épisode) de Tursac ».

Extension géographique[modifier | modifier le code]

La densité de population est importante dans les vallées des petites rivières de Charente, Charente-Maritime, Dordogne et Vienne.

Le Gravettien se retrouve aussi en Belgique, en Espagne, en Italie et en Moravie où un Gravettien oriental, le Pavlovien a été défini à partir de vestiges découverts dans le village de Pavlov. On rencontre les plus anciennes traces du Gravettien à Kozarnika en Bulgarie. Il serait par la suite apparu en Crimée du sud à Buran-Kaya il y a environ 32 000 ans (voir Monts de Crimée).

En Italie, le Gravettien final évolue vers un faciès plus microlithique, l'Épigravettien (ou Tardigravettien). Ce faciès est caractérisé par la présence de microgravettes, de petits grattoirs sur éclat et de lamelles à dos. Subdivisé en Épigravettien ancien, récent et final, il perdure jusqu'à 12 000 BP et est partiellement contemporain du Magdalénien.

En Europe centrale et orientale, le Gravettien évolue vers des faciès épigravettiens sensiblement distincts de leurs équivalents méridionaux (Kostenkien).

Industrie[modifier | modifier le code]

Le Gravettien est caractérisé par le débitage de lames en silex très droites, utilisées pour réaliser des pointes de projectile à dos rabattu rectiligne, appelées « pointe de la Gravette ». L'industrie lithique comprend également de petits outils diversifiés et spécialisés : petites pointes appelées « fléchettes », « pointes de la Font-Robert », pointes à retouches sur face plane, divers types de burins (dont le burin de Noailles), etc.

À la fin du Gravettien, les pointes de la Gravette et les microgravettes sont progressivement remplacées par des lamelles à dos et les burins dièdres se substituent aux burins sur troncature retouchée alors que les lames retouchées se développent (Protomagdalénien).

En Europe centrale et méridionale à la même époque, on assiste à une microlithisation de l'outillage pour donner les faciès de l'Épigravettien (ou Tardigravettien) qui remplaceront partiellement ou totalement le Solutréen et le Magdalénien.

L'industrie en os comporte notamment des pointes de sagaies.

Art[modifier | modifier le code]

L'art gravettien est caractérisé par ses « Vénus » présentant souvent des formes très généreuses (Vénus de Lespugue, de Willendorf) ou plus fines (Dame de Brassempouy). Il comporte aussi des gravures sur os et ramures, des frises gravées dans les abris sous roches et des grottes ornées (chevaux ponctués de Pech Merle, mains négatives de Gargas, grottes de Vilhonneur, grotte de Cussac).

Faciès typologiques en France[modifier | modifier le code]

L’analyse statistique menée sur un corpus de niveaux industriels du Paléolithique supérieur ancien récemment fouillés a permis de réviser le « modèle périgordien » de D. Peyrony, basé sur une interprétation erronée des stratigraphies disponibles, en proposant une structuration des industries lithiques du Gravettien en 7 faciès chronologiques caractérisés chacun par une association préférentielle d’outils, traduisant une adaptation de la culture matérielle au contexte climatique. La révision du cadre paléoclimatique souligne, en outre, la corrélation entre les industries et le contexte, en accord avec les datations absolues.

  • Un Gravettien ancien contemporain de la phase froide inter Maisières/Tursac, subdivisé en :
    • Gravettien de faciès Fontirobertien à grattoirs, pointes de la Font-Robert et pointes de la Gravette.
    • Gravettien de faciès Bayacien à grattoirs, burins, fléchettes et rares pointes de la Gravette
    • Gravettien de faciès indifférencié à burins sur troncature retouchées et pointes de la Gravette.
  • Un Gravettien moyen contemporain de la phase plus douce et très humide connue sous le nom d'« oscillation de Tursac », qui se subdivise en deux phases reconnues en succession stratigraphique à l'abri Pataud :
    • Gravettien de faciès Noaillien à burins sur troncature retouchée et burins de Noailles.
    • Gravettien de faciès Rayssien à burins sur troncature retouchée, burins de Noailles et burins du Raysse.
  • Un Gravettien récent contemporain du Pléniglaciaire froid et sec du Würm récent, subdivisé en :
    • Gravettien de faciès Laugérien type A à burins sur troncature retouchée et pointes et micropointes de la Gravette.
    • Gravettien de faciès Laugérien type B à burins dièdres (simples ou multiples) et microgravettes.
  • Un Gravettien tardif (Protomagdalénien) situé en continuité chronologique et typologique avec le précédent.

Le Gravettien ancien[modifier | modifier le code]

La relecture critique des stratigraphies conduit à démontrer l’identité entre le Périgordien IV à pointes de la Gravette et le Périgordien V2 à éléments tronqués du schéma classique, regroupés maintenant dans le Gravettien de faciès indifférencié, et de reconnaître l’antériorité des industries à pointes de la Font-Robert (Gravettien de faciès Fontirobertien) sur celles à pointes de la Gravette (Gravettien de faciès indifférencié). L’existence du Bayacien est définitivement démontrée à l’abri Pataud, où les industries présentent toutes les garanties de représentativité statistique, au contraire du site de la Gravette où le matériel semble souffrir d’une récolte sélective et/ou incomplète puis d’un tri après la fouille.

La succession entre le Gravettien de faciès Bayacien et le Gravettien de faciès indifférencié est visible à la Gravette et à l’abri Pataud, dans un même contexte rigoureux (inter Maisières-Tursac). L’évolution typologique de l’un à l’autre s’effectue essentiellement par la disparition des fléchettes, au profit des pointes de la Gravette.

La succession entre le Gravettien de faciès Fontirobertien et le Gravettien de faciès indifférencié est visible à la Ferrassie, aux Vachons et au Flageolet I, dans un même contexte rigoureux (inter Maisières-Tursac). L’évolution typologique de l’un à l’autre s’opère par la réduction des grattoirs au profit des burins, la disparition progressive des pointes de la Font-Robert et le polymorphisme de l’outillage à dos (pointes de la Gravette, éléments tronqués et lamelles à dos), traduisant les choix techniques d’une même tradition adaptés à un même environnement climatique.

Les premières phases du Gravettien s’organisent alors suivant une double structure typologique Font-Robert / Gravette / Noailles ou Fléchette / Gravette / Noailles, permettant de gommer la double lacune visible, dans le schéma classique de D. Peyrony entre le Périgordien IV à pointes de la Gravette et le Périgordien V3 à burins de Noailles, à l’abri Pataud, à Roc de Combe, au Flageolet I et à l’abri du Facteur.

Le Gravettien moyen[modifier | modifier le code]

L’abri Pataud montre, pour la première fois, la succession stratigraphique et typologique Gravettien de faciès Noaillien / Gravettien de faciès Rayssien. Cette substitution des burins de Noailles par les burins du Raysse autorise à rejeter l’hypothèse de spécialisation fonctionnelle des sites et à envisager l’hypothèse de l’évolution technique d’une même tradition typologique visant au même résultat, la production en série de microlamelles dans un contexte plus clément.

En l’état actuel des connaissances, en se basant exclusivement sur les sites récemment fouillés, il n’existe pas de niveaux intermédiaires entre le Gravettien de faciès indifférencié et le Gravettien de faciès Noaillien. Il n’existe pas non plus de niveau intermédiaire entre le Gravettien de faciès Rayssien et le Gravettien de faciès Laugérien.

Le Gravettien récent et tardif[modifier | modifier le code]

Avec le Gravettien récent de faciès Laugérien, on assiste à une nouvelle rupture typologique : diminution des grattoirs et des burins, au profit des pointes et micropointes de la Gravette, et disparition des burins de Noailles et du Raysse. L’analyse statistique conduit à dégager deux types basés sur un rapport IBd/IBt inférieur à l’unité dans la phase A et supérieur à l’unité dans la phase B. D’autres indices évolutifs, comme la décroissance des pointes de la Gravette et des burins sur troncature retouchée, la croissance des burins dièdres, souvent multiples, et l’apparition des lames retouchées dans le type B, montrent que le Gravettien récent de faciès Laugérien s’engage dans un processus conduisant au Gravettien tardif de faciès Protomagdalénien, traduisant l’aboutissement ultime de cette évolution et terminant le cycle gravettien (supériorité des burins sur les grattoirs et des burins dièdres sur les types sur troncature retouchée, rareté des pointes de la Gravette, abondance des lames retouchées et des lamelles à dos).


Les sites gravettiens de référence[modifier | modifier le code]

En France, les sites gravettiens de référence sont : l'abri Pataud, Laugerie-Haute Est, la Gravette, la Ferrassie et le Flageolet I en Périgord, le Roc de Combe et l'abri des Peyrugues dans le Quercy, l'abri du Blot en Auvergne. Malheureusement, quelques-uns de ces sites sont encore inédits, près de 20 ans après leurs fouilles.

Des données complémentaires sont issues des Jambes, de la Rochette, de Corbiac, de l'abri Labattut, du Trou de la Chèvre et de l'abri du Facteur en Périgord, de Maldidier, du Roc de Gavaudun, du Roc de Cavart, des Fieux, du plateau Cabrol, de l'abri des Battuts, de la Bergerie à St Géry, de l'abri Peyrony, de Roquecave et de Métayer dans le Quercy et l'Agenais, de la grotte de Bassaler-Nord dans le Limousin, des abris I et II des Vachons en Charente, de Laraux dans le Centre de la France, du Cirque de la Patrie dans le Bassin parisien et de l'Ile de Bréhat en Bretagne, avec des données stratigraphiques et typologiques de valeur inégale.

Références[modifier | modifier le code]

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Voir aussi[modifier | modifier le code]