Pénitence de Canossa

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Le roi des Romains Henri IV agenouillé devant Mathilde de Toscane en présence du Pape Grégoire VII qui l'a excommunié, miniature d'Hugues de Cluny (XIIe siècle).

La pénitence de Canossa de janvier 1077 est un moment clef du conflit médiéval entre la papauté et le souverain germanique, au cours duquel le roi des Romains Henri IV vint s'agenouiller devant le pape Grégoire VII afin que celui-ci levât l'excommunication prononcée contre lui.

Contexte historique[modifier | modifier le code]

Cet épisode resté célèbre s'inscrit dans la querelle des investitures, controverse qui opposa les empereurs germaniques (puis les rois de France) à la papauté dans la désignation des évêques.

Le 24 janvier 1076[1], le pape Grégoire VII ayant refusé que les évêques fussent nommés par des laïcs, le roi des Romains Henri IV, futur empereur germanique, fit prononcer la déposition du souverain pontife par le concile de Worms. Dès le mois de février, le pape répliqua en excommuniant le souverain germanique et en déliant ses vassaux de leur serment de fidélité.

Les princes du royaume se révoltèrent et en octobre 1076, à Trebur, menacèrent de déposer Henri IV si l’excommunication n'était pas levée avant le 2 février 1077 date pour laquelle ils demandaient aux deux belligérants de se rendre à Augsbourg. Dans cette ville, lors d'une diète générale d'empire présidée par le pape, ils purent prendre une décision définitive après les avoir entendus tous les deux[2].

Henri à Canossa, toile de Eduard Schwoiser, 1862

Henri devait absolument agir avant que le pape vînt à Augsbourg. Il apprit que le pape était en villégiature chez la comtesse Mathilde de Toscane à Canossa et décida d'aller à sa rencontre. Au plus fort de l’hiver, il lui fallut traverser les Alpes ; le col du Brenner était le chemin le plus facile en raison de sa faible altitude mais il était fermé par les princes du sud ; Henri passa donc par le col du Mont-Cenis, qu’aucun souverain n’avait plus emprunté depuis près de deux siècles, avec l'autorisation de la comtesse régente de Savoie, Adélaïde de Suse[3],[4]. Ce passage est négocié par la maison de Savoie qui souhaite obtenir cinq évêchés en Italie[5]. Le comte de Savoie recevra le Bugey[5], ainsi que la reconnaissance des droits et l'inféodation du marquisat d'Ivrée à Adélaïde de Suse.

Franchissant les Alpes en plein hiver par un chemin terriblement escarpé accompagné d'une troupe mal équipée et inexpérimentée qui subirait de nombreuses pertes au cours du périple, Henri arriva tout de même aux pieds de la ville de Canossa le 25 janvier 1077. Apprenant l'approche du roi, le pape avait fait fermer les portes de la ville. La légende veut qu’Henri IV, sa femme et ses enfants, en chemise de bure, ait dû attendre, les pieds dans la neige, que le pape changeât d'avis, ce qu'il fit le 28 janvier. Le recevant, le pape ne pouvait faire moins que de lever l'excommunication du roi.

La levée de l’excommunication permet à Henri de triompher des seigneurs féodaux révoltés en Germanie. Mais il rompit de nouveau avec Grégoire VII, le fit déposer et fit élire l’antipape Clément III (Guibert de Ravenne), qu’il ne réussit pas à imposer hors de l’Empire (1080).

La chronique de Lambert d'Hersfeld[modifier | modifier le code]

Le moine chroniqueur Lambert d'Hersfeld, adversaire convaincu d'Henri IV, écrit ceci dans ses Annales :

« Les montagnes élevées dont les cimes touchaient les nuages, et par lesquelles passaient le chemin, étaient couvertes de masses de neige et de glace tellement monstrueuses qu’aucun cavalier, aucun homme à pied ne pouvait faire un pas sans danger sur les pentes raides et glissantes… Le roi loua donc quelques personnes qui connaissaient le terrain, des gens du cru, familiers des sommets abrupts, pour marcher devant sa suite sur les rochers escarpés et les immenses névés, et faire tout ce qui était possible pour rendre cet horrible chemin plus facile à parcourir pour ceux qui les suivaient. Ceux-ci avançaient tantôt à quatre pattes, tantôt en s’agrippant aux épaules de leurs guides, parfois le pied de l’un deux dérapait sur le sol verglacé, il tombait en glissant sur une bonne partie de la pente. Cependant, la reine et sa cour furent assises sur des peaux de bœuf et traînées par les guides de montagne. Les chevaux ont pu être, pour une partie d’entre eux, descendus à l’aide de dispositifs spéciaux, tandis que d’autres étaient tirés par les pattes qu’on leur avait attachées. Mais parmi ceux-ci beaucoup succombèrent, beaucoup furent gravement blessés, quelques-uns seulement sortirent indemnes de ce péril. »

La suite des écrits de Lambert d'Hersfeld, source principale de ces événements, nous dit que le pape, en apprenant l'arrivée d'Henri IV, se réfugia au château de la comtesse Mathilde de Toscane à Canossa (château de Canossa), une bourgade située à vingt kilomètres au sud-ouest de Reggio d'Émilie. Devant les remparts, pieds nus dans la neige et vêtu seulement d’une cotte de laine comme un pénitent, le roi Henri attendit trois jours et trois nuits dans le froid. Jamais un roi ne s’était à tel point humilié. Mais son stratagème réussit, en apparence du moins : Grégoire VII n’eut d’autre choix, le 28 janvier 1077, que d’accueillir le pénitent repenti dans le giron de l’Église – le risque que le roi fût déposé était pour l’instant écarté.

La vérité historique souffre cependant de l'esprit partisan de Lambert d'Hersfeld envers le pape Grégoire VII. Ainsi l'encyclopédie allemande Meyers[6] juge que « son portrait d'Henri IV est l'une des plus lourdes calomnies portées contre cet ennemi du pape, et n'est donc pas juste ».

L'expression « aller à Canossa »[modifier | modifier le code]

En référence à la pénitence d'Henri IV du Saint-Empire, l'expression « aller à Canossa » désigne le fait de céder complètement devant quelqu'un, d'aller s'humilier devant son ennemi.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Henri Tribout de Morembert, Le diocèse de Metz, 1970, [lire en ligne], p. 35
  2. « La papauté au Moyen Âge » dans Revue des Deux Mondes, [lire en ligne], p. 602
  3. Roland Edighoffer, Histoire de la Savoie, Paris, Presses universitaires de France, « Que sais-je ? » 151,‎ 1992, 128 p. (ISBN 978-2-13-044838-9), p. 31.
  4. Alain Boucharlat, Savoie, La Fontaine de Siloé,‎ 1997, 319 p. (ISBN 978-2-86253-221-9), p. 16-17.
  5. a et b Jacques Lovie, Histoire des Diocèse de France : Chambéry, Tarentaise, Maurienne, vol. 11, Beauchesne,‎ 1979, 301 p. (ISSN 0336-0539), p. 33.
  6. Cf. Meyers Konversationslexikon, éd. de 1888

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]