Comté de Hollande

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Comté de Hollande
Graafschap Holland (nl)

Xe siècle1581

Blason
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Le comté de Hollande vers 1350

Informations générales
Statut État féodal du Saint-Empire, ensuite province des Pays-Bas espagnols, puis Provinces-Unies
Histoire et événements
Xe siècle Thierry II est maître de toute la Frise occidentale.
XIe siècle Thierry V prend le titre de comte de Hollande.
1433 Jacqueline de Bavière cède la Hollande à Philippe le Bon.
1581 Par l'acte de La Haye, la Hollande dépose son comte (Philippe II) et rejoint les Provinces-Unies.
Comtes
(1er) 1061-1091 Thierry V
(Der) 1555-1573 Philippe II d'Espagne

Entités précédentes :

Entités suivantes :

Le comté de Hollande est un ancien État féodal du Saint-Empire romain germanique. Il fut acquis en 1433 par Philippe le Bon et ainsi intégré aux Pays-Bas bourguignons, puis aux Pays-Bas espagnols.

Histoire[modifier | modifier le code]

Fondation du comté (Xe-XIe siècle)[modifier | modifier le code]

La création du comté de Hollande est intimement liée à la dynastie des Gerulfing. La puissance de cette famille dans la région qui s'étendait entre le Sinkfal et la Vlie (la « Frise occidentale ») était ancienne. On la fait remonter généralement au comte Gérulf qui fut subordonné au duc Godefroid de Frise[1].

Gérulf avait deux fils : Thierry et Waldger. Ce dernier était comte du pagus Lake et Isla (Lek et IJssel) qu'il transmit à son fils Radbod, d'après un diplôme d'Otton Ier de 944. Radbod gouvernait aussi (en 975) le territoire d'Instarlaka dans lequel se trouvait Utrecht[2].

Quant à Thierry, on le voit dans l'entourage de Charles le Simple, en 916 et en 921. Il était investi du comitatus de Kinnem où il avait succédé à son père, et il reçut du roi en pleine propriété une portion importante de ce pays, où il avait fondé l'abbaye d'Egmond[2].

Son fils Thierry II ne fut pas moins favorisé. Otton III, en 985, lui octroya tout ce qu'il avait possédé jusque-là en bénéfice dans les comtés du Masalant, de Kinnem et de Texel, c'est-à-dire en réalité depuis l'embouchure de la Meuse jusqu'au Vlie, et l'on peut conclure qu'il était maître de toute la Frise occidentale. Il y joignit la Zélande, les Quatre-Métiers et le comté de Gand, et même, dans le royaume de France, à titre de fief reçu d'Arnoul Ier, la terre de Waes[3].

Toutefois le comté d'Instarlaka a dû lui échapper. Déjà sous Otton Ier les fiefs jadis occupés par Waldger et par ses fils Radbod et Hatto avaient été confisqué et remis à l'église d'Utrecht. Il est probable que l'évêque Baldéric (918-977) obtint l'immunité complète et fut substitué aux comtes laïques dans le pagus d’Instarlaka[3].

Arnould de Frise occidentale, fils de Thierry II et époux de Liutgarde de Luxembourg, fut également comte de Gand et de Frise occidentale. Il paraît avoir essayé d'agrandir sa puissance aux dépens des Frisons du Nord, mais il fut tué en 993 dans un combat qu'il leur livra[4].

Jusqu'ici les comtes de Frise occidentale, défenseurs de la côte contre les Normands, avaient largement joui de la faveur des Carolingiens et des rois saxons. Sous Henri II la situation se modifia ; la politique royale, qui s'appuyait de plus en plus sur les évêques, amena un conflit d'intérêts entre Utrecht et le comte frison. Thierry III bâtit sur la Merwede la forteresse de Dordrecht, qui nuisait à la fois au prélat et aux marchands de Tiel. Mais la campagne qu'entreprit en 1018 le duc Godefroid, accompagné de Baldéric II de Liège et des évêques de Cologne et d'Utrecht, pour châtier le comte, n'aboutit qu'à un insuccès ; l'armée royale fut défaite le 29 juillet dans la forêt de la Merwede, près de Vlaardingen[5].

L'évêque Adelbold dut s'accommoder de son voisin gênant ; il se réconcilia avec lui ; personne d'autre en effet n'était en mesure de protéger le pays s'il surgissait quelque ennemi redoutable, et le rôle du comte de Frise occidentale est ainsi nettement défini[5].

Du côté de la Flandre cependant, Henri II, profitant de l'occasion qui lui était offerte, avait réussi à brouiller Thierry III avec Baudouin IV et lui avait enlevé le comté brabançon de Gand, qui désormais cessa d'exister sous ce nom[5].

Thierry IV usurpa un pagus relevant de l'évêché (peut-être le Germepi, entre l'IJssel et le Vieux Rhin). Henri III avait obligé dès 1046 le comté à abandonner sa conquête ; mais l'année suivante la lutte avait recommencé avec une ardeur nouvelle. Thierry s'était associé à la révolte de Godefroid le Barbu qui, aidé de Baudouin V de Flandre, alla réduire en cendres le palais impérial de Nimègue, et les fossés hollandais réservèrent à l'armée impériale un désastre semblable à celui de 1018[6].

Thierry IV aura donc pu se remettre en possession du territoire contesté ; seulement les trois évêques d'Utrecht, de Liège et de Metz conjurèrent sa perte par des moyens plus sûrs que la bataille franche : il l'attirèrent dans un piège, et le comte fut massacré le 14 janvier 1049. Il ne laissait pas d'héritier[7].

Son frère Florent lui succéda en Frise occidentale, mais il fut à son tour assassiné en 1061. Les évêques d'Utrecht purent alors fêter leur triomphe[7].

Il fut consacré par les deux diplômes royaux dressés à Kaiserswerth au milieu d'une cour nombreuse de fidèles et datés du 30 avril et du 2 mai 1064. Par le premier, Henri IV transporte à l'évêché l'ensemble de la Frise occidentale depuis les embouchures du Rhin jusqu'à la pointe de la Hollande septentrionale ; par le second, il restitue les biens qui avaient été injustement enlevés du temps du roi Henri II par Thierry III et conservés par ses fils Thierry IV et Florent ; il y ajoute le comitatus in Hollant et de plus le bénéfice du Germepi[8].

Toutefois Gertrude, veuve de Florent, s'était remariée avec Robert le Frison et celui-ci défendait énergiquement les droits de son beau-fils, Thierry V. Pour assurer à l'évêque la possession effective des territoires que l'empereur lui avait concédés, il fallut l'intervention de Godefroid le Bossu. Le duc de Basse-Lotharingie eut soin d'ailleurs de se faire investir personnellement par l'évêque des comtés dont il lui procurait la suzeraineté. Godefroid fonda Delft, et c'est aux environs de Dordrecht qu'il fut traîtreusement assassiné dans les derniers jours de février 1076. Cette catastrophe permit à Thierry V de se remettre en possession des territoires que son père avait occupés ; c'est lui le premier qui prit le titre de comte de Hollande[9].

Depuis ce moment la puissance des Thierry ne fut plus contestée dans toute la zone frisonne occidentale. C'est probablement en 1076 également qu'ils reprirent en fief des comtes de Flandre les îles méridionales de la Zélande[10]. Ils cédèrent en échange le pays de Waes.

Le comté sous les Thierry (XIIe-XIIIe siècle)[modifier | modifier le code]

Entre 1157 et 1168, un conflit au sujet de la Zélande opposa les comtes de Flandre et de Hollande, mais le statut des îles ne changea pas : elles restèrent un fief que les comtes de Zélande tenaient de la Flandre.

Le comte Thierry VII mourut sans laisser d'enfant mâle. Son frère Guillaume revendiqua alors le comté aux dépens de sa fille Ada. Celle-ci épousa Louis de Looz, qui chercha l'appui de la Flandre dans sa lutte pour faire valoir les droits de sa femme. En 1206, Philippe de Namur prononça un arbitrage entre les deux prétendants : il assigna à Louis de Looz la Hollande et quatre îles : Scherpenisse, Duiveland, Stavenisse, Dreischor, à Guillaume, le reste de la terre située sur la rive gauche de la Meuse, et notamment les îles méridionales de la Zélande[11].

Louis de Looz ne parvint pas, malgré l'appui de la Flandre, à faire prévaloir ses droits et il dut abandonner l'ensemble des pays hollandais à Guillaume Ier. Il mourut en 1218[12].

Guillaume II, petit-fils de Guillaume Ier maria sa sœur Alix à Jean d'Avesnes, alors en lutte contre la comtesse Marguerite et son fils Guillaume pour les comtés de Flandre et de Hainaut. Les deux beaux-frères attaquèrent Rupelmonde : c'était faire revivre les prétentions de la maison de Hollande sur le pays de Waes[13].

En octobre 1247, Guillaume fut alors élu roi des Romains en opposition à Frédéric II. Il ne voulut sans doute pas trop compliquer sa tâche en attirant sur la Hollande les forces de la Flandre, et il autorisa son frère Florent, qui administrait pour lui le pays, à traiter avec Marguerite. La paix conclue le 7 juillet 1248 fut confirmée par Guillaume II le 3 août et plus spécialement encore dans le courant de septembre de la même année[14].

En 1252, une guerre ouverte reprit entre la Flandre et la Hollande ; Marguerite attaque la Zélande ; ses fils Gui et Jean, défaits à Westkapelle (1er juillet 1253), demeurent prisonniers (jusqu'en 1256)[15].

La mort de Guillaume II (28 janvier 1256) modifia la situation. Il laissait un fils mineur, Florent V, dont son frère, également nommé Florent, eut la tutelle[15].

La paix fut négociée la même année à Péronne par Louis IX, entre Marguerite d'une part, la Hollande et les d'Avesnes de l'autre. Le dit de Péronne (24 septembre 1256) fut la base des traités conclus le 13 octobre 1256 à Bruxelles et le 22 novembre 1257[16]. En échange d'une union dynastique, Marguerite abandonnait de nombreux droits que les comtes de Flandre avaient jusqu'ici exercés en Zélande. C'est donc en vertu de cet accord que Florent V épousa Béatrix de Dampierre, fille de Gui de Dampierre[17].

Florent V ne tarda cependant pas à avoir à son tour des démêlés avec son beau-père Gui de Dampierre au sujet de la Zélande, et bien qu'il eût contracté alliance avec Édouard Ier d'Angleterre, il chercha ensuite l'appui de Philippe le Bel ; mais il fut assassiné en 1296[18].

Quand son jeune fils Jean Ier lui succéda, Gui fut amené, pour s'assurer l'appui de la Hollande, à renoncer à ses droits sur les îles zélandaises. C'est ce qu'il fit par un accord du 4 mars 1299. Toutefois la renonciation ne devait produire ses effets que pour autant qu'il existât des héritiers directs du comte de Hollande, et elle devenait caduque si la succession était dévolue à une ligne collatérale[18].

Or, c'est précisément ce qui arriva : cette année même, Jean Ier fut emporté par la maladie (10 novembre 1299), et ses États passèrent à la maison d'Avesnes. Jean II d'Avesnes, comte de Hainaut, était fils d'Alix de Hollande, sœur de Guillaume II[19].

Le comté sous la maison d'Avesnes (1299-1354)[modifier | modifier le code]

Armoiries des comtes de Hainaut-Hollande.

L'accession de Jean II d'Avesnes au trône de Hollande institua donc une union personnelle entre les comtés de Hainaut et de Hollande.

Conformément à l'accord de 1299, Gui de Dampierre revendiqua immédiatement la suzeraineté de la Zélande méridionale, mais il avait dès 1296 cédé ses droits à son fils Guyot, qui prit le titre de comte de Zélande. La campagne que ce prince entama en 1303 fut d'abord couronnée de succès ; il réussit même à s'emparer de la plus grande partie de la Hollande ; mais il perdit bientôt ses avantages et tomba entre les mains de ses adversaires[20].

L'interminable querelle à propos de la Zélande ne fut définitivement tranchée qu'en 1323. Charles le Bel, qui avait réussi à s'attacher à la fois Louis de Nevers et Guillaume III de Hollande-Hainaut, leur imposa son arbitrage. Le traité du 6 mars 1323, qui consacra l'abandon par la maison d'Avesnes de toutes ses prétentions sur la Flandre impériale, émancipa d'autre part définitivement la Zélande de la suzeraineté flamande[21].

Le comté sous la maison de Bavière (1354-1433)[modifier | modifier le code]

Jacqueline de Bavière cède la Hollande, tout comme le Hainaut à Philippe le Bon en 1433.

Le comté sous la maison de Bourgogne (1433-1482)[modifier | modifier le code]

Le comté sous les Habsbourg (1482-1581)[modifier | modifier le code]

Par l'acte de La Haye (1581), la Hollande dépose son comte (Philippe II) et rejoint les Provinces-Unies.

Le comté dans les Provinces-Unies (1581-1795)[modifier | modifier le code]

En 1795, la France envahit les Provinces-Unies. La République batave est créée.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Léon Vanderkindere, La Formation territoriale des principautés belges au Moyen Âge, vol. II, Bruxelles, H. Lamertin,‎ 1902 (réimpr. 1981), 88 p. (lire en ligne), p. 279
  2. a et b Léon Vanderkindere, op. cit., p. 280.
  3. a et b Léon Vanderkindere, op. cit., p. 281.
  4. Léon Vanderkindere, op. cit., p. 281-282.
  5. a, b et c Léon Vanderkindere, op. cit., p. 282.
  6. Léon Vanderkindere, op. cit., p. 283-284.
  7. a et b Léon Vanderkindere, op. cit., p. 284.
  8. Léon Vanderkindere, op. cit., p. 284-285.
  9. Léon Vanderkindere, op. cit., p. 285.
  10. Léon Vanderkindere, op. cit., p. 286.
  11. Léon Vanderkindere, La Formation territoriale des principautés belges au Moyen Âge, vol. I, Bruxelles, H. Lamertin,‎ 1902 (réimpr. 1981) (lire en ligne), p. 164-165.
  12. Léon Vanderkindere, op. cit., p. 166.
  13. Léon Vanderkindere, op. cit., p. 208.
  14. Léon Vanderkindere, op. cit., p. 208-209.
  15. a et b Léon Vanderkindere, op. cit., p. 211.
  16. Léon Vanderkindere, op. cit., p. 211-212.
  17. Léon Vanderkindere, op. cit., p. 212-213.
  18. a et b Léon Vanderkindere, op. cit., p. 262.
  19. Léon Vanderkindere, op. cit., p. 262-263.
  20. Léon Vanderkindere, op. cit., p. 263.
  21. Léon Vanderkindere, op. cit., p. 263-264.

Voir aussi[modifier | modifier le code]