Migrations germaniques

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La Germanie au milieu du Ier siècle av. J.-C.

L'expression migrations germaniques (allemand Völkerwanderung) désigne l'ensemble des déplacements des peuples germaniques en Europe et au Maghreb du Bronze final au Haut Moyen Âge. Ces migrations, relevant pour les plus anciennes de la Protohistoire, ont eu des conséquences déterminantes sur la formation de l'Histoire européenne.

Causes[modifier | modifier le code]

Article connexe : Protohistoire.

Le fait d'associer au paradigme « Germanique » des mouvements de peuples divers, sans autre relation entre eux qu'une communauté linguistique et ce sur une durée de près de deux millénaires, suppose que ces mouvements s'expliquent par des causes communes et ont eu des effets communs.

Si les effets sont avérés, les causes communes demeurent en revanche largement hypothétiques. Compte tenu de la faiblesse des témoignages dont nous disposons, plusieurs conjectures se dégagent :

  • Une pression de peuples à l'est de l'Europe ayant poussé les Germains à migrer vers l'ouest, tels que les Huns au nord de la Mer Noire ayant entraîné la migration des Goths vers l'Empire romain.
  • Un facteur religieux, cette hypothèse pouvant être mise en relation avec les précédentes.

Références historiographiques[modifier | modifier le code]

Article connexe : La Germanie.

Il existe au moins un précédent protohistorique comparable aux migrations germaniques : l'expansion celtique. Pour autant, par leur ampleur et leurs conséquences sur le destin du Monde de la Rome antique, les migrations germaniques ont marqué l'historiographie. Ce phénomène est notamment dû à celle des « grandes invasions », qui a longtemps fait des « barbares » quasiment les seuls responsables de la chute de l'Empire romain d'Occident en 476. Quelles qu'aient été les causes exactes des « migrations germaniques », cette expression tend aujourd'hui à réinscrire leurs mouvements dans un phénomène historique de longue durée que les seules violences militaires de la fin de l'Antiquité et du haut Moyen Âge ne peuvent à elles seules expliquer.

Chronologie[modifier | modifier le code]

Article connexe : Peuples germaniques.

Expansion originelle[modifier | modifier le code]

L'expansion des Germains à la fin de l'âge du bronze danois (à partir de -750)
Article détaillé : Âge du bronze danois.

Expansion germanique des IIe et Ier siècles av. J.-C.[modifier | modifier le code]

Article connexe : Germanie.

Cette période est marquée par le début du recul géostratégique du Monde-celte, pris en étau entre les Germains au nord et Rome au sud. En quelques décennies, le Rhin et le Danube deviennent les nouvelles frontières occidentale et méridionale de la Germanie, au contact direct de Rome...

Périple des Cimbres, Teutons et Ambrons[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerre des Cimbres.

Si l'origine germanique des Cimbres, Teutons et Ambrons est controversée, l'impact de leur migration sur la répartition des populations d'une bonne partie de la future Germanie est en revanche attesté.

Première migration des Suèves[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Suèves.

Migration des Goths[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Goths.

Pression germanique au Limes et raids du IIIe siècle[modifier | modifier le code]

Pression germanique au Limes[modifier | modifier le code]

De César à Auguste, la frontière nord de l'Empire romain se fixe sur le Rhin et le Danube. Les Germains, divisés et "primitifs" à bien des points de vue, mais impossibles à soumettre, apparaissent comme la menace principale pour la survie de l'Empire. C'est en face d'eux que Rome fixe ses principales forces armées.

Grands et terrifiants aux yeux des Romains, ces anciens Germains acquirent la réputation de guerriers terribles, notamment à la suite du désastre de la pertes des 3 légions de Varus, en 9 sous le, Principat d'Auguste. Tacite, en opposant leur caractère à celui des Latins auxquels il reprochait la perte des vertus républicaines, contribua à faire d'eux les « Barbares » de l'imagerie populaire moderne. Les guerres romano-germaniques se poursuivent par intermittence, d'Auguste à Marc Aurèle et aux Sévères.

Raids du IIIe siècle[modifier | modifier le code]

Article connexe : Empire des Gaules.

Une partie des peuples « barbares » se fédèrent au IIIe siècle. L'Empire romain doit composer pour assurer sa survie, comme il a su toujours s'adapter dans les différentes étapes de son Histoire. Cette période est contemporaine de l'anarchie militaire et laisse le limes gardé par les peuples mêmes qu'il était censé contenir lorsqu'édifié par les troupes régulières de la légion romaine. Cette situation est dangereuse mais les Empereurs n'avaient pas d'autre option (lire l'article sur l'anarchie militaire dans l'Empire romain).

La Gaule est alors secouée par des incursions sporadiques de barbares. En 242, 253 et 276, la Gaule, l'Espagne et le Nord de l'Italie sont dévastés par les Francs et les Alamans. Les Saxons font des raids en Bretagne. Les Goths, par la mer Noire, font des incursions en Asie Mineure.

Rome réussit cependant à repousser les attaques et à intégrer une partie des envahisseurs comme fédérés. Pour se défendre, de nombreuses villes élèvent alors des murailles[1].

Grandes invasions des IVe et Ve siècles[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Grandes invasions.
Itinéraires empruntés par les colonnes d'envahisseurs durant la seconde phase des grandes invasions, du IVe siècle au Ve siècle ;
Chronologie associée.

Elles provoquent la chute de l'Empire romain en Occident. Les grandes invasions commencent au IVe siècle, poussées par un peuple nomade jusque-là inconnu, les Huns. Ils détruisent les deux grands royaumes germains orientaux des Ostrogoths et Wisigoths.

En 375, après avoir traversé le Danube, les Wisigoths écrasent l'armée romaine à Andrinople, ravagent les Balkans et la Grèce, puis passent en Italie. Repoussés une première fois par Stilicon en 401, ils prennent Rome et la mettent à sac en 410. Rome achète leur départ en leur offrant l'Aquitaine. Les Wisigoths étendent leur domination en 412 en Aquitaine, puis en Espagne.

Fuyant eux aussi les Huns, les Vandales, les Suèves et les Alains franchissent pendant l'hiver 406 le Rhin, gelé par un froid exceptionnel. Ce sont alors plus de 150 000 hommes qui envahissent l'Empire romain en déclin par la Gaule. Cet épisode, décrit par saint Jérôme dans des termes empruntés à l'Apocalypse, constitue un des épisodes les plus spectaculaires de ce que les historiens ont longtemps appelé « grandes invasions ». Les forces romaines étaient alors mobilisées, en partie pour barrer la route de l'Italie à d'autres barbares, en partie à combattre l'usurpateur Constantin venu de Bretagne. Certains Germains de la frontière rhénane, comme les Francs, luttèrent aux côtés des Romains contre les nouveaux venus. Ces frontaliers, Francs et Burgondes, ne tarderont pas à occuper le vide politique laissé par les Romains.

Les Vandales, vaincus en Espagne par les Wisigoths, passent en Afrique du Nord où ils s'établissent en 429. En 430, les Francs arrivent en Gaule Belgique. En 437, les Burgondes, installés sur la rive gauche du Rhin, sont chassés par les Huns. Ils s'installent alors autour de Lyon et dans les Alpes.

Sédentarisations du Ve au VIIe siècle[modifier | modifier le code]

Aire de répartition des peuples germaniques après les Grandes invasions
Article détaillé : Royaumes barbares.

Périples et sédentarisation des Wisigoths et Ostrogoths[modifier | modifier le code]

Partis des rives de la Baltique, les Goths s'installèrent au nord de la mer Noire au IIIe siècle, avant que les Huns ne les en chassent. Là, au contact des peuples de la steppe, ils développèrent une cavalerie lourde qui allait faire des ravages contre l'Empire romain d'Orient, la suprématie de leur cavaliers devenant patente lors de la bataille d'Andrinople.

Ils se scindèrent alors en deux groupes :

les Goths de l'ouest ou Wisigoths parvinrent aux portes de l'Empire romain d'Occident. Menés par Alaric Ier, ils quittèrent la Thrace et pénétrèrent en Italie entre 408 et 412, prirent finalement la route du Languedoc et s'établirent dans le sud-ouest de la Gaule et dans la péninsule ibérique. Bien qu'amoindri par les conquêtes franques, leur royaume dura jusqu'à ce que d'autres envahisseurs, les Arabo-berbères, ne conquièrent à leur tour l'Hispanie.

les Goths de l'est ou Ostrogoths, après de longues pérégrinations lors desquelles ils se confrontèrent à l'Empire romain d'Orient, fondèrent un royaume arien florissant en Italie du Nord, à Ravenne, sous Théodoric le Grand.

Royaume suève[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Royaume suève.

Royaume vandale[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Royaume vandale.

Les Vandales, peuple germanique oriental, pénètrent successivement en Gaule, Galice et Bétique (en Espagne), Afrique du Nord et îles de la Méditerranée occidentale lors des Grandes invasions.

De 429 à 439, les Vandales conquièrent une partie des territoires situés sur la côte Nord-africaine, en traversant le nord du Maroc, ils s'établissent durablement en Algérie orientale et en Tunisie. Ils contraignent Rome à établir un traité (fœdus) avec eux par deux fois (en 435 et 442), et constituent un original royaume vandale d'Afrique, parfois nommé « royaume de Carthage », du nom de la riche capitale romaine d'Afrique qu'ils prennent en 439.

Le Royaume disparaît par suite d'une intervention de l'armée byzantine qui réduit en esclavage la plupart des survivants. Ceux qui ont réussi a s'enfuir, se mêlèrent aux populations berbères des hautes plaines constantinoises et des montagnes des Aures.

L'héritage des Vandales est traditionnellement jugé d'une importance assez faible. Mis à part quelques noms de lieux (la Vandalousie serait devenue l'Andalousie, par le biais de l'arabe Al Andalus) et une filiation génétique avec des populations berbères, c'est surtout dans le vocabulaire moderne que leur héritage est le plus évident.

Dans de nombreuses langues, en effet, le qualificatif « vandale » a une connotation de terreur, de destruction aveugle, de pillage, de saccage. En français, le mot vandale est employé pour la première fois dans un sens péjoratif par Voltaire en 1734. En 1794, l'Abbé Grégoire alors député à la Convention emploie le premier le terme vandalisme (P. Riché). Il en use pour décrire la destruction des monuments et œuvres de l'ancien régime par les révolutionnaires.[4] Les Vandales sont ainsi devenus le stéréotype des peuples barbares du Haut Moyen Âge dans l'historiographie française.

Leur réputation de pillards et de destructeurs est en réalité largement exagérée par les anciens chroniqueurs, hommes de l'Église catholique d'Afrique ou ses partisans, en particulier, Victor de Vita. En réalité, les Vandales ne causent pas plus de destructions que les autres peuplades germaniques qui envahissent l'Empire romain à la même époque.

Leur royaume arien d'Afrique du Nord est organisé avec une méthode exemplaire. Tolérants dans le domaine religieux envers leurs sujets catholiques ou juifs, ils brisent les tentatives du clergé catholique de résister à leur autorité. « Les Vandales étant ariens persécutèrent cruellement les […] catholiques. Beaucoup d'ecclésiastiques subirent le martyre »[5]. Ils spolient également les terres des riches propriétaires romains chrétiens, et imposent de lourdes taxes foncières à leurs sujets.

Leur pillage de Rome, effectué sans destructions ni massacres, est un modèle d'organisation : les Vandales passent un accord avec le pape Léon Ier, afin de récupérer les richesses de la ville sans violence. Ils divisent Rome, à cet effet, en îlots qui sont visités successivement, et dont les objets de valeur sont systématiquement emportés.

Ainsi, aux yeux du clergé catholique, les Vandales ont deux torts impardonnables :

  • ils pratiquent un christianisme de rite arien, considéré par les catholiques comme une grave hérésie, provoquent la mort de saint Augustin, reconnu comme l'un des pères de l'Église romaine, et ont violemment persécuté les catholiques ;
  • ils s'attaquent aux richesses de Rome et de l'Église.

Se faisant le relais de ce ressentiment, les historiographes catholiques torpillent donc, et « diabolisent » le mot Vandale par la contre-vérité qu’il véhicule, alors que le nom du peuple des Alains, associé aux Vandales, se transmet à la langue française sous la forme d'un prénom répandu, qui ne recèle aucune connotation péjorative, cependant, une étymologie celtique, plus plausible, est aussi suggérée pour ce prénom.

Royaume alaman[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Royaume alaman.

Royaumes burgondes[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Burgondes.

Royaumes francs[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Royaumes francs.

Formation de l'Angleterre anglo-saxonne[modifier | modifier le code]

D'autres Germains occidentaux, demeurés en Europe du nord, pratiquaient depuis longtemps des incursions maritimes sur les côtes de Gaule et de Bretagne. Au Ve siècle, ils passent la mer en groupes importants et prennent possession de la majeure partie de l'île de Bretagne : ce sont les Angles, les Jutes et les Saxons qui fondent de nombreux royaumes. Les Bretons, Celtes romanisés et christianisés, sont repoussés dans l'ouest de l'île et dans la Bretagne armoricaine.

À la différence des Germains orientaux, déjà christianisés, les Anglo-Saxons étaient païens et n'ont fait aucun effort pour s'assimiler à la culture romaine.

Premier duché de Bavière[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Premier duché de Bavière.

Établissement des Lombards en Italie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Royaume lombard.

Les Lombards, derniers venus en Europe occidentale, étaient des Germains orientaux. Sous la pression d'un autre peuple des steppes, les Avars, ils passent les Alpes et ils fondent un royaume arien sur la majeure partie de la péninsule italienne au VIIe siècle : le royaume lombard.

Colonisations par les Vikings[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Vikings.

Héritage[modifier | modifier le code]

À travers leurs migrations, les Germains ont contribué à la fin du monde antique et à la création des royaumes du Haut Moyen Âge. Enfin, sous leur influence, les langues vernaculaires parlées dans les régions qui faisaient partie de l'Empire romain ont changé, évoluant vers les langues parlées dans l'Europe occidentale moderne.

La contribution des Germains aux origines de l'Europe politique moderne est donc importante. Néanmoins, ces migrants ou ces envahisseurs germaniques n'ont que rarement – si ce n'est jamais – remis directement en question l'héritage antique. Au contraire, là où ils n'ont pas comblé un vide politique et démographique, les Germains de la fin de l'Antiquité ont généralement contribué à la survivance de la culture antique, comme ce fut le cas lors du Royaume wisigoth du Ve au VIIe siècle.

La fusion des éléments germaniques avec les éléments romains, hispaniques ou gaulois a peut-être accéléré la disparition de la civilisation latine, mais cette disparition est plus due à l'affaiblissement de l'autorité centrale, à la christianisation des nouveaux cadres du pouvoir et au repli économique qu'aux invasions dites « barbares ».

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. voir l'article cité gallo-romaine.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • La formation de l'Europe et les invasions barbares, Émilienne DEMOUGEOT, 1969
  • L'Empire romain et les Barbares d'Occident (IVe-VIIe siècle) : scripta varia., Émilienne DEMOUGEOT, 2e éd., Publications de la Sorbonne, 1988 (compilation d'articles publiés de 1956 à 1988)
  • Guy Halsall: Barbarian Migrations and the Roman West. Cambridge, 2007.
  • Walter Pohl: Die Völkerwanderung. Eroberung und Integration. Stuttgart, 2002.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]