Homo heidelbergensis

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Homo heidelbergensis (prononciation /omo ajdəlbɛʁɡɛnsis/) est une espèce disparue appartenant au genre Homo. Elle a vécu en Europe et en Afrique au Pléistocène moyen, entre environ 600 000 ans et 200 000 ans avant notre ère.

L'exemplaire type d'Homo heidelbergensis est la mandibule de Mauer, découverte près de Heidelberg en Allemagne. Elle a été trouvée en 1907 dans une sablière et a été décrite en 1908 par Otto Schoetensack.

Position phylogénétique[modifier | modifier le code]

Selon les dernières recherches phylogénétiques, Homo heidelbergensis résulterait d'une évolution depuis Homo antecessor ayant disparu d'Europe il y a environ 700 000 ans (bien que certains anthropologues l'aient considéré comme « Homo erectus tardif »...).

Autrefois, il a parfois été qualifié d'« Homo sapiens archaïque » mais cette expression est imprécise et peut s'appliquer à toute forme d'Homo qui morphologiquement n'est plus Homo erectus.

Eu égard aux ressemblances morphologique entre les Homo heidelbergensis européens, en particulier les 28 individus retrouvés dans la grotte de Sima de los Huesos sur le site préhistorique de Atapuerca (Espagne) et les Néandertaliens, il a longtemps été considéré que le premier avait évolué il y a environ 200 000 ans pour donner naissance aux néandertaliens[1].

Depuis une analyse génétique de l'équipe de Svante Pääbo (Institut Max-Planck d'anthropologie évolutionniste à Leipzig, Allemagne) publiée le 4 décembre 2013 dans la revue Nature[2], ce lien est peut-être remis en cause. L'équipe a analysé l'ADN mitochondrial d'un fémur de Atapuerca. « Loin de révéler cet étroit lien génétique entre Homo heidelbergensis et Néandertal auquel les auteurs de l’étude s’attendaient, l’analyse de cet ADN mitochondrial a en réalité montré que cet Homo de la grotte de Sima de los Huesos est génétiquement bien plus proche de l’Homme de Denisova que de l'homme de Neandertal[3] ». L'Homme de Denisova est un hominidé cousin mais distinct de Néandertal, identifié par des restes d'une quarantaine de milliers d'années dans le sud de la Sibérie[3].

Pääbo ne remet pas en cause l'apparentement de Homo heidelbergensis et de Néandertal. Il pense au contraire « que les Homo de la grotte de Sima de los Huesos seraient [...] les ancêtres communs de l’Homme de Denisova et l’Homme de Néandertal[3] ». L'éloignement génétique relatif d'avec Néandertal serait dû à un phénomène classique de dérive génétique, certaines caractéristiques génétiques se perdant quand certains groupes ou individus n'ont pas de descendance. La ressemblance plus grande avec les denisoviens serait donc un simple hasard lié à l'analyse d'un petit nombre de séquences d'ADN mitochondrial. « Une hypothèse [...] qui ne pourra être sérieusement testée que si les généticiens parviennent à extraire de l'ADN nucléaire des ossements des Homo [heidelbergensis] présents de la grotte de Sima de los Huesos. En effet, contrairement à l'ADN mitochondrial, l'ADN nucléaire permet de reconstituer non seulement les lignées maternelles, mais également les lignées paternelles[3] ».

Caractéristiques physiques[modifier | modifier le code]

Mandibule de Mauer, holotype de Homo heidelbergensis

Si on le compare à Homo antecessor qui l'a précédé, Homo heidelbergensis présente les caractéristiques suivantes :

  • un cerveau plus volumineux (environ 1 200 cm³) et plus large vers les tempes au lieu de l'être à la base ;
  • un front plus élevé ;
  • une silhouette plus élancée ;
  • des arcades sourcilières moins fortes ;
  • une mâchoire moins allongée (mais encore plus robuste que chez le futur Homo sapiens) ;
  • des dents plus petites.

La taille des individus pouvait atteindre environ 1,70 m pour les hommes et 1,60 m pour les femmes.

Sites ayant livré des restes d'Homo heidelbergensis[modifier | modifier le code]

Homo heidelbergensis est une espèce européenne et africaine, présente dans un certain nombre de sites :

Article détaillé : Homme de Tautavel.
Article détaillé : Homo rhodesiensis.

Mode de vie[modifier | modifier le code]

Il est probable qu'Homo heidelbergensis se nourrissait entre autres de viande acquise par la chasse. Il était capable de venir à bout du gros gibier, par exemple les chevaux (Schöningen) et le rhinocéros (Boxgrove). Il fabriquait avec soin des épieux qui atteignaient jusqu'à 2,50 m de long ainsi que des outils en silex. En outre, il serait le premier hominidé à avoir utilisé des lances à pointes en pierre taillée[4]. Homo heidelbergensis a vécu au Paléolithique inférieur et le plus souvent sa culture matérielle correspond à l'Acheuléen.

Les marques de découpe visibles sur les ossements d'animaux découverts dans les sites qu'il a occupés indiquent qu'il les raclait pour en retirer la viande. Certains fragments osseux étaient aussi utilisés comme outils de percussion (retouchoirs) pour la fabrication d'outils en silex [5].

Le développement de ses capacités culturelles a fait supposer à certains chercheurs qu'Homo heidelbergensis possédait déjà un langage rudimentaire.

Les archéologues ont découvert des traces de mutilation et de calcination sur des os de cette espèce, ce qui pourrait indiquer la pratique du cannibalisme ou peut-être un rite funéraire.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Hublin, J.-J. (2007) - « Origine et évolution des Néandertaliens », in: Les Néandertaliens, biologie et cultures, Vandermeersch, B. et Maureille, B., (Éds.), Paris, Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques, Documents préhistoriques 23, pp. 95-107.
  2. « A mitochondrial genome sequence of a hominin from Sima de los Huesos », par Svante Pääbo et al., Nature, 505, 403–406, doi:10.1038/nature12788, publié en ligne le 4 décembre 2013.
  3. a, b, c et d « De l’ADN ancien jette le trouble sur les origines de l’Homme », Nicolas Revoy, jeudi 5 décembre 2013, Le Journal de la science.
  4. Wilkins, J., Schoville, B.J., Brown, K.S. et Chazan, M. (2012) - « Evidence for early hafted hunting technology », Science, vol. 338, pp. 942-946. résumé
  5. Langlois, A. (2004) - Au sujet du Cheval de La Micoque (Dordogne) et des comportements humains de subsistance au Pléistocène moyen dans le Nord-Est de l’Aquitaine, Université de Bordeaux 1, Thèse de doctorat, 383 p.