Indo-Européens

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Les Indo-Européens sont un peuple dont sont issus un ensemble de peuples d'Eurasie, les Albanais, les Arméniens, les Baltes, les Celtes, les Germains, les Grecs, les Indiens, les Iraniens, les Italiques, les Scythes et les Slaves. Ces peuples parlent des langues issues d’une ancienne langue appelée indo-européen commun partiellement reconstituée.

Problèmatique[modifier | modifier le code]

Peuple qui n'a laissé aucun texte, aucun monument et dont aucun objet archéologique ne peut être attribué avec certitude, l'existence des Indo-Européens est une hypothèse au second degré. Elle découle de l'hypothèse d'une langue indo-européenne et donc d'une communauté linguistique. Cette communauté linguistique ne présuppose pas un peuple ou une nation. Néanmoins aucune trace ne vient appuyer l'hypothèse d'une vaste communauté politique avant le IIIe millénaire ou antérieurement qui aurait rendu possible la diffusion de cette langue. C'est donc l'idée d'un peuple migrateur qui a été retenue par les spécialistes, peuple migrateur dont la communauté se serait étendue depuis l'âge de pierre jusqu'à l'âge du cuivre[1]. Les hypothèses concernant le foyer originel de ces Indo-Européens sont discutées.

Le foyer originel, différentes hypothèses[modifier | modifier le code]

L'hypothèse kourgane[modifier | modifier le code]

Selon l'hypothèse kourgane de Marija Gimbutas, le foyer originel des Indo-Européens serait localisé en Europe de l'Est, dans la steppe pontique située au nord de la mer Noire. De ce berceau, l'expansion indo-européenne se serait faite à partir d'environ 4 000 ans av. J.C. selon un mode guerrier, par soumission de populations d'agriculteurs préexistantes, vers l’ouest pour les Européens actuels, vers le sud pour les anciens Anatoliens et vers l’est pour une partie des Indiens actuels, pour les Iraniens actuels, et pour le peuple disparu des Tokhariens.

L'hypothèse anatolienne[modifier | modifier le code]

Cette hypothèse développée par Colin Renfrew en 1984 localise le foyer originel des Indo-Européens en Anatolie (actuelle Turquie), dans la zone où le blé pousse toujours à l'état sauvage. Les proto-Indo-Européens auraient été à l'origine de la domestication du blé. De ce berceau, l'expansion indo-européenne se serait faite à partir d'environ 8 000 av. J.-C. de manière beaucoup plus pacifique, soutenue par l'explosion démographique que permet l'agriculture, qui aurait submergé les populations environnantes de chasseurs-cueilleurs mésolithiques peut-être cinquante fois moins nombreux, à raison d'une trentaine de kilomètres par génération.

Les premiers à quitter le berceau auraient pris la direction du Caucase (Arméniens) et de l'Asie centrale (Tokhariens), puis une seconde vague aurait traversé la mer Égée pour se répandre en Europe (Grecs, Thraces Illyriens, Italiques, Celtes, Germains, Slaves), avant qu'une fraction installée dans la steppe pontique ne prenne le chemin de l'Iran et de l'Inde, donnant naissance aux peuples scythe, sarmate, perse, mède, et tous les peuples de l'Inde du nord parlant des langues cousines ou nièces du sanskrit.

Cette hypothèse de la migration d'un peuple paysan a trouvé peu d'échos chez les linguistes et les comparatistes qui rappellent que la tradition for­mulaire des Indo-Européens n'a strictement rien à voir avec un peuple de paysans, mais montre au contraire l'image d'un peuple guerrier dont les idéaux se rapprochent de ce qu'on appelle la société héroïque de l'âge du bronze. Enfin, le refus de tenir compte des indications du vocabulaire pose des problèmes insurmontables pour cette hypothèse. Ainsi, par exemple, le nom du cheval présent dans les différentes langues indo-européennes alors que Renfrew fait venir les Indo-Européens d'une région où le cheval a été intro­duit beaucoup plus tard.

L'hypothèse balkanique[modifier | modifier le code]

Récemment, Renfrew s'est rallié à la proposition d'Igor Diakonov (en) qui suggèrait en 1985 le sud-est de l'Europe comme berceau des Indo-Européens[2]. La région balkano-danubienne a en effet l'avantage d'être le centre des différentes voies d'une immigration progressive des Proto-Indo-Européens. Kaveli Wiik (en) est aussi un des tenants de cette théorie[3]. Les premières manifestations du Gravettien proviennent d'ailleurs de cette région avec le site de Kozarnika, qui semble également le berceau de l'haplogroupe I du chromosome Y.

L'hypothèse de la culture des gobelets en entonnoir de l'Europe du Nord[modifier | modifier le code]

Cette hypothèse mise en avant dans son temps par Hermann Hirt (en) et d'autres chercheurs a été reprise par Carl-Heinz Boettcher. La présence du nom du cuivre dans le vocabulaire reconstruit tend à resserrer les possibilités dans une culture du néolithique final ou cuprolithique.

Pour Boettcher, le mouvement des populations qui aboutit à la formation du peuple indo-européen commence dès la fin du paléolithique lorsque le réchauffement du climat permet aux chasseurs de rennes de suivre le gibier dans la partie nord de l'Europe, découverte de glaces. Ils sont à l'origine de la culture de Hambourg (13 500 ans à 11 100 av. J.-C.) et des groupes à Federmesser. Dans ces régions, ils font la connaissance des phénomènes boréaux qui marqueront leurs mythes[4]. Ces groupes de chasseurs pêcheurs sont à la base de la culture de Maglemose (environ 9 000 à 6 500 ans av. J.-C.). La remontée du niveau des mers en Europe du Nord submerge certains territoires occupés par les Maglemosiens et les repousse vers le sud. Les héritiers de cette culture créent les cultures d'Ertebölle et d'Ellerbek[5]. Boettcher compare leurs activités à celles des vikings quelques siècles plus tard. Il décrit une société guerrière qui développe le compagnonnage, qui se livre au commerce et à la piraterie en remontant les cours d'eau des contrées occupés par des agriculteurs qu'ils rançonnent d'abord puis soumettent ensuite en devenant leurs chefs. Ils constituent avec eux une nouvelle culture celle des gobelets en entonnoir (-4 200 à -2 600 ans) qui constitue selon lui l'habitat originel des Indo-Européens, ce qui expliquerait les mythes de « guerres de fondation » étudiés par Georges Dumézil (Enlèvement des Sabines à Rome, guerre entre les Ases et les Vanes de la mythologie nord-germanique...) qui montrent l'union d'un groupe de guerriers avec ses chefs à un groupe de "producteurs". La première culture indo-européenne serait ainsi issue de la néolithisation de culture d'Ertebölle et de la soumission de formes récentes de la culture de la céramique linéaire[6].

Plus tard, la culture des sépultures à ocre (territoire de Dniepr-Donets) aurait été l'habitat originel des Indo-Iraniens, les Celtes, Italiques, Slaves, Germains et Baltes provenant de la culture de la céramique cordée, enfin le culture de Baden étant le berceau géographique des Grecs et des Hittites.

L'héritage littéraire indo-européen[modifier | modifier le code]

C'est essentiellement par l'étude de l'héritage littéraire indo-européen que les spécialistes, linguistes, comparatistes et philologues se sont penchés sur la vision du monde que cet héritage transmettait, notamment pour l'organisation sociale avec les travaux de Georges Dumézil, les institutions (Émile Benveniste) ou encore la religion (Jean Haudry),

L'idéologie indo-européenne[modifier | modifier le code]

Selon l'anthropologue Georges Dumézil, l'idéologie sociale de ces peuples était originellement structurée autour de trois fonctions :

  1. la fonction sacrée qui regroupe ceux qui prient, qui détiennent la connaissance (les prêtres, le clergé) ;
  2. la fonction militaire qui regroupe ceux qui combattent, qui dominent militairement (les guerriers, la noblesse) ;
  3. la fonction productive qui regroupe ceux qui travaillent, qui produisent les richesses (agriculteurs, artisans, commerçants, etc.).

Les religions des peuples descendants des Indo-Européens sont également structurées autour de ces trois fonctions.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean Haudry, Les Indo-Européens, PUF, Que sais-je, 1985, p.4-5
  2. (en) “On the Original Home of the Speakers of Indo-European.”, Journal of Indo-European Studies. Volume 13, 1985, p. 92
  3. (en) Indo-European in Southeast Europe, Dienekes Pontikos, 2mai 2008
  4. (de) Carl-Heinz Boettcher, Der Ursprung Europas. Die Wiege des Westens vor 6000 Jahren, Röhrig Universitätsverlag, 1999, p.28
  5. (de) Carl-Heinz Boettcher, Der Ursprung Europas. Die Wiege des Westens vor 6000 Jahren, Röhrig Universitätsverlag, 1999, pp.68 ss.
  6. (de) Carl-Heinz Boettcher, Der Ursprung Europas. Die Wiege des Westens vor 6000 Jahren, Röhrig Universitätsverlag, 1999, pp.148

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (de) Harald Haarmann, Die Indoeuropäer. Herkunft, Sprachen, Kulturen., Munich, C. H. Beck oHG,‎ 2010 (ISBN 9783406606823)
  • Iaroslav Lebedynsky, Les Indo-Européens : Faits, débats, solutions, Paris, Errance,‎ 2009 (ISBN 978-2877723961)
  • (en) David Anthony, The horse, the wheel, and language, Gollancz,‎ 2008 (ISBN 0691058873)
  • (en) Russell D. Gray et Quentin D. Atkinson, « Language-tree divergence times support the Anatolian theory of Indo-European origin », Nature, no 426,‎ 27 novembre 2003, p. 435-439
  • (de) Carl-Heinz Boettcher, Der Ursprung Europas. Die Wiege des Westens vor 6000 Jahren, Röhrig Universitätsverlag, 1999.
  • James Patrick Mallory, À la recherche des indo-européens, Paris, Seuil,‎ 1998 (ISBN 2020143909)
  • Merritt Ruhlen (trad. Pierre Bancel, préf. André Langaney), L'origine des langues : sur les traces de la langue mère [« The Origin of language: tracing the evolution of the mother tongue »], Paris, Belin, coll. « Débats »,‎ 1996 (ISBN 9782701117577)
  • Bernard Sergent, Les Indo-Européens - Histoire, langues, mythes, Paris, Payot,‎ 1995 (ISBN 2228889563)
  • Colin Renfrew (trad. Michèle Miech-Chatenay), L'énigme indo-européenne : Archéologie et langage [« Archaeology and Language: The Puzzle of the Indo-European Origins »], Paris, Flammarion, coll. « Champs »,‎ 1990 (1re éd. 1987) (ISBN 9782082111850)
  • André Martinet, Des steppes aux océans : l'indo-européen et les indo-européens, Paris, Payot,‎ 1986
  • (en) Edgar C. Polomé (éd.), The Indo-Europeans in the Fourth and Third Millenia, Ann Arbor, Karoma,‎ 1982, X-186 p.
  • Jean Haudry, Les Indo-Européens, PUF, coll. « Que sais-je ? »,‎ 1992 (1re éd. 1981) (ISBN 213037090X)
  • Émile Benveniste, Le vocabulaire des institutions indo-européennes, Paris, Les Éditions de Minuit,‎ 1969 (ISBN 978-2707300508 et 978-2707300669)
  • Georges Dumézil, Mythe et Épopée I. II. III., Paris, Gallimard,‎ 1995 (1re éd. 1968, 1971, 1973) (ISBN 978-2070736560)
  • Jean-Paul Demoule, Mais où sont passés les Indo-Européens ? Le Mythe d'origine de l'Occident, Seuil,‎ 2014 (ISBN 978-2020296915)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]