Guerre franco-allemande de 1870

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Guerre de 1870
Le siège de ParisJean-Louis-Ernest Meissonier (1815 - 1891)
Informations générales
Date du
au
Lieu France et Allemagne
Casus belli Dépêche d'Ems
Issue Victoire allemande
Belligérants
Drapeau français Empire français, puis
Drapeau de la France République française
Confédération de l’Allemagne du Nord Confédération de l’Allemagne du Nord
drapeau du Royaume de Prusse en 1803 Royaume de Prusse[1]
Royaume de Bavière Royaume de Bavière
Grand-duché de Bade Grand-duché de Bade
Flagge Königreich Württemberg.svg Royaume de Wurtemberg
Commandants
Napoléon III
puis Louis Jules Trochu
Léon Gambetta
Guillaume Ier
Otto von Bismarck
Helmuth von Moltke
Forces en présence
900 000 hommes 1 200 000 hommes
Pertes
139 000 morts
143 000 blessés
475 000 prisonniers
45 000 morts
90 000 blessés
Batailles
Sarrebruck (08-1870) · Wissembourg (08-1870) · Forbach-Spicheren (08-1870) · Wœrth (08-1870) · Siège de Bitche (08-1870) · Borny-Colombey (08-1870) · Mars-la-Tour (08-1870) · Siège de Toul (08-1870) · Gravelotte (08-1870) · Siège de Metz (08-1870) · Siège de Strasbourg (08-1870) · Beaumont (08-1870) · Noisseville (08-1870) · Sedan (08-1870) · Siège de Paris et Chronologie (09-1870) · Bellevue (10-1870) · Châteaudun (10-1870) · Dijon (10-1870) · Siège de Belfort (11-1870) · Bouvet et Météor (navale) (11-1870) · Coulmiers (11-1870) · Amiens (11-1870) · Beaune-la-Rolande (11-1870) · Champigny (11-1870) · Orléans (12-1870) · Loigny (12-1870) · l’Hallue (12-1870) · Bapaume (01-1871) · Villersexel (01-1871) · Le Mans (01-1871) · Héricourt (01-1871) · Saint-Quentin (01-1871)

La guerre franco-allemande, parfois appelée guerre franco-prussienne ou guerre de 1870, opposa le Second Empire français au royaume de Prusse et ses alliés. Le conflit, qui dura du au , marqua le point culminant de l'affrontement entre la volonté impériale de Napoléon III d'imposer son régime comme grande puissance incontournable en Europe, et la volonté de Bismarck d'unifier l'Allemagne en un autre puissant empire, alors qu'elle était encore une mosaïque d'États indépendants. La défaite française entraîna la chute du Second Empire français et de Napoléon III ainsi que la perte du territoire français de l'« Alsace-Moselle »[Note 1] (appelée parfois Alsace-Lorraine). Côté allemand, la victoire fut un élément primordial de l'unification, et le point de départ de la création de l'Empire allemand.

Cette guerre et la perte de l'Alsace-Lorraine engendre pour longtemps en France un sentiment de frustration qui contribuera à l'échec du pacifisme, à l'entrée du pays dans la Première Guerre mondiale et à son intransigeance lors de la Conférence de paix de Paris (1919).

Causes[modifier | modifier le code]

Contexte[modifier | modifier le code]

Carte de la situation politique de la Confédération de l'Allemagne du Nord (en rouge), des États germaniques du sud (en jaune) et de l'Alsace-Lorraine (en beige).
Monument commémoratif de la Dépêche d'Ems à Bad Ems, Allemagne

Comme pour la plupart des conflits, les causes de la guerre franco-allemande de 1870 sont nombreuses et complexes. L'une d'elles est le jeu politique des classes dominantes autour du trône d'Espagne (vacant depuis la révolution de septembre 1868), une autre est le besoin de débouchés des industries de l'armement en plein essor, une troisième l'affrontement des nationalismes dans lequel s'inscrit le projet d'unification allemande (qui prend lui-même racine dans la fin du Saint-Empire romain germanique et le bilan des Guerres napoléoniennes).

En Allemagne, après avoir réussi à unifier les états germaniques du Nord en créant la Confédération de l'Allemagne du Nord en 1867, le ministre président de Prusse, Otto von Bismarck, souhaite réunir les états catholiques du sud (notamment la Bavière, la Bade et le Wurtemberg, traditionnellement francophiles) pour créer un nouvel Empire allemand qui serait alors une puissance économique et militaire considérable et changerait l'équilibre des puissances en Europe, jusque-là dominée par l'Angleterre, la France et la Russie.

L'élément déclencheur : la candidature d'un prince prussien au trône d'Espagne[modifier | modifier le code]

, Léopold de Hohenzollern-Sigmaringen, un prince prussien, est candidat au trône d'Espagne. Cette candidature pouvait susciter les craintes de la France d'être « encerclée » par une possible coalition rappelant l'empire de Charles Quint. Mais c'est la surenchère politique dans le cadre des luttes d'influence sur la scène européenne (surtout après l'échec de l'intervention française au Mexique) qui, le 6 juillet, poussa le duc de Gramont, ministre des Affaires étrangères de Napoléon III, à annoncer que la France s'oppose à cette candidature. Le 12 juillet, Léopold de Hohenzollern-Sigmaringen la retire, selon la déclaration de son père le Prince Antoine afin d'apaiser les tensions diplomatiques. Mais le 13 juillet, par l'intermédiaire de l'ambassadeur de France Benedetti envoyé auprès de Léopold dans la ville d'Ems, Napoléon III lui demande de « garantir » ce retrait, ce qui constitue une évidente et inutile humiliation. Le roi Guillaume de Prusse, fait néanmoins confirmer la renonciation du prince, en ajoutant qu'il « n'a plus rien d'autre à dire à l'ambassadeur » : c'est la « dépêche d'Ems ».

Tous semble donc réglé, mais le récit qu'Otto von Bismarck fait de l'entretien entre Guillaume de Prusse et l'ambassadeur de France laisse croire à un congédiement humiliant de l'ambassadeur, ce qui provoque l'indignation des Français. On a analysé plus tard ce récit tendancieux comme une provocation délibérée de Bismarck, après la rebuffade de la crise luxembourgeoise (1867), pour inciter Napoléon III à déclarer la guerre à la Prusse, afin de pouvoir rassembler contre la France les différents états germaniques du sud et du nord, pour en arriver finalement à leur unification. Mais ces analyses a posteriori ne sont pas confirmées par la correspondance de Bismarck, qui semble avoir rédigé son récit surtout pour camoufler l'humiliation d'avoir dû céder face aux exigences françaises. Il n'en reste pas moins que la réaction française a parfaitement servi ses desseins, même s'il ne cherchait pas forcément la guerre après le succès en 1866 de la bataille de Sadowa lors de la guerre austro-prussienne.

Toujours est-il que Bismarck est bien informé des réalités de l'armée française : armée de bons fusils certes, mais vieillissante, fort peu préparée à une guerre européenne, et démoralisée par le désastre de l'expédition au Mexique. Le risque était donc mesuré.

Décision d’entrer en guerre et état des armées[modifier | modifier le code]

Côté français[modifier | modifier le code]

La presse parisienne dénonce l'affront de la « dépêche d'Ems », telle que réécrite par Bismarck. La mobilisation, arrêtée secrètement le 13 juillet, est signée le 14. Le 15, elle est approuvée par le Corps législatif. Malgré les ultimes avertissements d'Adolphe Thiers (« Vous n'êtes pas prêts ! », criait-il aux parlementaires belliqueux), le Corps législatif français vote aussi les crédits de guerre. Le 16 juillet, le maréchal Bazaine est placé à la tête du 3e corps de l'Armée du Rhin. Il reçoit autorité sur les armées des généraux Frossard et Ladmirault ainsi que sur la Garde impériale.

Le général Chabaud-Latour est chargé de la défense de Paris. Des travaux sont entrepris au fort du Mont-Valérien, aux forts de Montrouge, de Bicêtre, d'Ivry, de Vanves, d'Issy, puis le 3 août aux forts de l'Est, et à Saint-Denis ; plus d'une vingtaine de redoutes sont construites. Le 17 juillet, lors d'un rassemblement populaire d'étudiants et d'ouvriers à la Bastille, le républicain Émile Ollivier, Premier ministre, poussé par l'opinion publique, déclare la guerre à la Prusse (la déclaration sera officielle deux jours plus tard). Le 19 juillet, Émile Ollivier, devant le Corps législatif, dit accepter la guerre « d'un cœur léger ». Les États allemands prennent alors parti pour la Prusse qui paraît agressée. Napoléon III, malade, laisse faire. Le 19 juillet, la France déclare la guerre à la Prusse. Cette décision provoque un rassemblement enthousiaste des Parisiens devant le palais des Tuileries. Peu se rendent compte que l'armée française est mal préparée à cette guerre : « nous sommes prêts et archiprêts, la guerre dût-elle durer deux ans, il ne manquerait pas un bouton de guêtre à nos soldats », déclare Edmond Le Bœuf, maréchal de France et ministre de la Guerre, à la chambre des députés le 15 juillet 1870[2].

Une batterie française pendant la guerre de 1870.

Le fusil Chassepot modèle 1866 français, avec une munition de 11 mm, a une portée utile de 150 mètres. Ce dernier a une munition de 15 mm qui est moins puissante et moins précise. Par surcroit, l'effet vulnérant de la balle Chassepot était dévastateur. Plus de 80 % des pertes infligées aux troupes adverses en 1870-71 ont été imputées, après la guerre, aux effets du fusil Chassepot.
La dotation du fantassin français est de 134 cartouches par homme, 90 dans le sac, 24 à la réserve divisionnaire, et 20 dans les caissons de parc du corps d'armée. À la veille de la guerre, la France disposait d'un stock de 1 037 000 fusils Chassepot[3].

Le pistolet Lefaucheux 12 mm marin, est employé durant le conflit de 1870 avec des cartouches de 12 mm à broches. Son rechargement est lent du fait de sa conception. En effet, la portière de rechargement ne permet d'insérer qu'une seule cartouche à la fois.

Le canon de campagne français ou « pièce de 4 » utilisait surtout des obus fusants plutôt que percutants, avec seulement trois distances d'éclatement possibles. Cette infériorité technique greva la « Pièce de 4 » d'une infériorité rédhibitoire par rapport aux effets du canon Krupp. L'infériorité de l'artillerie française, d’après le général Suzanne, directeur de l’artillerie en 1870, découlait aussi du mode d'emploi de l’artillerie : dispersion excessive de l'artillerie avec absence de grande batteries, duel avec l’artillerie adverse avec pour seul résultat d'attirer sur elle une concentration des batteries ennemies. Une seule grande batterie fut constituée par le colonel de Montluisant à Saint-Privat le 18 août. Elle infligea de fortes pertes à la garde prussienne.

Uniforme de soldat français avec le « pantalon garance ».

Enfin, il faut citer les canons à balles de Reffye, ces mitrailleuses qui tiraient environ 75 coups à la minute. Chaque fois que les officiers, commandant ces batteries de mitrailleuses à 6 pièces, comprennent qu’il valait mieux ne pas engager la lutte contre l’artillerie adverse mais contre l’infanterie, des résultats spectaculaires sont obtenus. Il semble même que la majorité des pertes prussiennes infligées par l'artillerie française leur soit imputable.

Les élites françaises sont très confiantes dans leur armée et se font des illusions sur ses chances de succès. Lors de la défaite de Wissembourg, les 2 et 3 août 1870, la Bourse de Paris reste stable. Elle ne chute que plus tard, lorsqu'elle est suivie par une série d'autres défaires, l'emprunt public à rendement de 3% dégringolant de 13%, d'un cours de 61,7 à 53,95[4].

Côté allemand[modifier | modifier le code]

Les fusils Dreyse ont une portée et une précision moindre que les Chassepot français, mais l'armée prussienne est beaucoup plus entraînée et son commandement beaucoup mieux hiérarchisé, avec un système de transmissions efficace, conformément aux doctrines de l'Académie de guerre de Prusse. L'uniforme vert-de-gris est nettement moins voyant que l'uniforme français au képi et aux pantalons rouges, le lobby de la garance, menacé par la synthèse chimique de l'alizarine, ayant intrigué pour que l'armée française continue à équiper ainsi ses troupes : on estime que l'avantage technique du Chassepot était annulé par cette situation[5].

Côté artillerie, le canon Krupp prussien en acier se charge par la culasse, tandis que son homologue français est en bronze et se charge par la bouche. Ces avantages sont cependant limités par la qualité du métal et les deux types de canons sont rayés. Par contre, la cadence de tir du canon Krupp est nettement supérieure et la portée du canon Krupp est de 6 km contre 4 km pour les canons français. La supériorité prussienne vient aussi de l'utilisation d'obus percutants plutôt que fusants.

Cavalerie[modifier | modifier le code]

La guerre franco-allemande (contrairement à la guerre de sécession qui avait vu une remarquable utilisation de la cavalerie) marque le déclin irrémédiable de cette arme en Europe qui avait dominé les champs de bataille pendant 150 ans.
Au début de la campagne de 1870, l'armée française compte 63 régiments de cavalerie, répartis en cavalerie légère (chasseurs et hussards), cavalerie de ligne (dragons et lanciers) et cavalerie de réserve (cuirassiers et carabiniers).

La cavalerie française est moins bien utilisée que celle des Prussiens dans le domaine de la reconnaissance, et le commandement croit encore à sa puissance de choc. En fait l'artillerie prussienne (obus percutant) et les fusils modernes à tir rapide brisent les charges désormais inefficaces.

Troupes[modifier | modifier le code]

Gardes nationaux, Gardes mobiles, Pompiers et Volontaires français en 1870
Réservistes 1870 de Pierre Georges Jeanniot

Au début du conflit, la France dispose de  265000soldats réunis dans l'Armée du Rhin contre 500 000 soldats prussiens auxquels s'ajoutent les forces de quatre États allemands du sud, soit un total de 800 000 soldats[9]. La mobilisation terminée, les troupes françaises comptent 900 000 soldats contre 1 200 000 soldats allemands et prussiens.

Bref rappel des faits[modifier | modifier le code]

Une victoire sans appel de l'Allemagne[modifier | modifier le code]

Mal préparés, très inférieurs en nombre et très mal commandés, les Français sont sévèrement battus dans plusieurs batailles, où ils font cependant quelquefois preuve de panache : menacé d'encerclement par l'armée du Kronprinz à Frœschwiller, Mac Mahon sacrifie sa cavalerie pour dégager un axe de retraite vers Metz et Verdun.

À la bataille de Frœschwiller-Wœrth, les régiments cuirassiers chargent héroïquement dans Frœschwiller et dans Morsbronn où ils sont écrasés par les coalisés : des premier et deuxième régiments de cuirassiers il ne restera que peu de survivants[10].

Le 18 août, la Bataille de Saint-Privat enferme définitivement l'armée de Bazaine (près de 200 000 hommes) dans Metz, réputée imprenable. Un long siège commence.

Les dernières cartouches, tableau d'Alphonse de Neuville de 1873[Note 2].
Saint-Quentin occupé

Le 2 septembre, à la bataille de Sedan, l'empereur français Napoléon III capitule avec 39 généraux, entre 70 000 et 100 000 soldats, entre 419 et 650 canons, entre 6 000 et 10 000 chevaux, 553 pièces de campagne et de siège et 66 000 fusils.

Cela entraîne deux jours plus tard, à Paris, une révolution sans violence et la création d'un gouvernement de la défense nationale : à Paris, on proclame le la Troisième République et la déchéance de l’Empereur Napoléon III.

À Metz, le maréchal Bazaine capitule le 19 octobre, livrant trois maréchaux, 6 000 officiers, 170 000 à 180 000 soldats, 1 660 canons, 278 000 fusils, 3 millions d'obus, 23 millions de cartouches et l’organisation de l'armée impériale française en août 1870[11]. Le gros des unités de l'armée régulière est alors hors de combat.

"Discussions sur la guerre dans un café parisien", paru dans The Illustrated London News le 17 septembre 1870

Le général Trochu et Gambetta tentent de réorganiser ce qui reste des armées françaises en déroute pour repousser les forces prussiennes qui assiègent Paris à partir du 18 septembre. Gambetta quitte Paris assiégée, en ballon le 7 octobre, pour organiser la défense nationale. Un fort mouvement de réaction touche tous les milieux politiques et déborde même les frontières. Il va des Vendéens royalistes aux chemises rouges de Garibaldi[12]. Des volontaires s'engagent, des bataillons de Garde nationale [13] se confondent avec les territoriaux, se portent contre les Allemands et des francs tireurs[14] harcèlent les arrières de troupes. Mais, faute de cadres, d'équipement et de temps, ces volontaires sont incapables d'efforts militaires sérieux face aux troupes allemandes aguerries.

Plus grave, une armée entière, constituée avec des volontaires bretons par le général de Kératry au camp de Conlie dans la région du Mans, est volontairement laissée à l'abandon et mal équipée d'armes inutilisables, Gambetta craignant par-dessus tout une renaissance de la chouannerie royaliste.La bataille du Mans fut la dernière défaite avant l'Armistice.

Ce qui reste des armées françaises tente de résister et parvient à faire reculer l'ennemi, notamment sur la Loire et dans le Nord. Mais, très affaiblies, elles doivent battre en retraite sur tous les fronts. Face à la déroute, le gouvernement de la Défense nationale demande l'armistice.

Un armistice est signé le , dix jours après la proclamation, à Versailles, de Guillaume comme empereur allemand.

Affaires sur mer[modifier | modifier le code]

Le Bouvet éperonne le Météor.

À la déclaration de guerre, un blocus de l'Allemagne par ses côtes maritimes est décidé à Paris. La flotte prussienne ne peut s'y opposer, mais la marine française n'est pas opérationnelle. Elle manque de charbon, les réservistes qui doivent servir sur les 470 navires français se révèlent difficiles à mobiliser. Le blocus de Wilhelmshaven s'avère inefficace. À partir de septembre 1870, la mer devenant trop impraticable, la flotte française regagne ses ports de la Manche et n'en sortira plus.

Un débarquement sur la côte de la Baltique est envisagé, cette diversion doit soulager la pression sur l'Alsace et la Lorraine, mais aussi amener le Danemark à déclarer la guerre à la Prusse. Mais l'idée s’avère impossible à mettre en œuvre, les défense côtières, canons Krupp à longue portée, et la géographie de la mer des Wadden n'ont pas été anticipées. Les troupes de Marine sont redéployées au Camp de Châlons et participent à la bataille de Sedan. Avec l'armée prisonnière à Metz, la Marine fournit les cadres qui encadrent les Gardes Mobiles et les forts de Paris.

Les seuls combats se résumèrent au combat entre le Météor et le Bouvet devant la Havane en novembre 1870, le blocus du Herta par le Dupleix en rade de Nagasaki, la corvette Augusta parvint à forcer le blocus de Wilhelmshaven, et réussit à capturer trois navires marchands au large de Brest, de Rochefort puis de l'embouchure de la Gironde, avant d'être poursuivie par la frégate l'Héroïne et contrainte de se réfugier dans le port espagnol de Vigo.

Les pertes humaines[modifier | modifier le code]

Cette guerre fait 39 000 morts dans les rangs de l'armée prussienne et 90 000 blessés.

L’armée allemande eut des pertes très lourdes pendant cette campagne. Bien que victorieuse dans la quasi-totalité des combats, elle y perd souvent plus d’hommes que la France. La victoire prussienne de la bataille de Saint Privat où les Allemands ont 20 000 tués, blessés et disparus contre 12 000 Français, est bien représentative. De plus les Allemands progressaient à travers un pays résolument hostile : l’action des francs-tireurs fut très forte et entraîna une psychose dans l’armée allemande[15].

Elle coûte à la France 139 000 morts (au combat ou de maladie), 143 000 blessés et 320 000 malades. Ces chiffres comprennent aussi les civils touchés par les bombardements, la famine et les tragédies telle celle du camp de Conlie.

La variole a aussi ravagé les deux armées. Cependant, les Prussiens, qui connaissaient l'efficacité du rappel antivariolique, ont eu nettement moins de pertes dues à cette maladie. En effet, sur 8 500 Prussiens contaminés, 450 en sont morts (5 %), alors que les Français qui ne connaissaient pas la nécessité du rappel du vaccin ont eu 125 000 contaminations et 23 500 décès (19 %).

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Les traités de paix[modifier | modifier le code]

Conformément aux clauses de l'armistice, une Assemblée nationale est élue au suffrage universel le 8 février. Cette Assemblée est majoritairement monarchiste et favorable à la paix. Elle investit le 19 février un gouvernement dirigé par Adolphe Thiers. Le traité de paix préliminaire franco-allemand est signé à Versailles le 26 février et ratifié par l'Assemblée nationale le 1er mars par 546 voix contre 170 et 23 abstentions.

Il est confirmé par le traité de Francfort du 10 mai 1871.

Article détaillé : Traité de Francfort.

La France doit céder à l'Allemagne les territoires annexés par Louis XIV en 1681, ainsi que Metz, française depuis le siège de 1552, soit les quatre anciens départements de l'Alsace-Lorraine (Haut-Rhin sauf Belfort, Bas-Rhin, une très grande partie du département de la Moselle, une grande partie du département de la Meurthe et une toute petite partie du département des Vosges qui constituent jusqu'en 1919 la province allemande d'Alsace-Lorraine) et payer une indemnité de guerre de 5 milliards de francs or. Les troupes allemandes occupent une partie de la France, jusqu'à ce que le total des indemnités soit versé en septembre 1873.

L'annexion devait concerner la Moselle et l'Alsace dont le territoire de Belfort, mais étant donné la bravoure des troupes françaises du colonel Pierre Philippe Denfert-Rochereau lors du siège de Belfort, ce territoire resta à la France en contrepartie d'autres territoires lorrains, notamment les villages correspondant au champ de bataille de Saint Privat : « le tombeau de ma garde » disait Guillaume Ier de Prusse.

L'insurrection de la Commune de Paris[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Commune de Paris.

La déception face à la défaite, l’hostilité vis-à-vis de l’Assemblée récemment élue, à majorité monarchiste ainsi que certaines mesures prises par celle-ci ou par le gouvernement renforcent un climat d’agitation, à Paris, au sein de la Garde nationale et des milieux populaires. Une insurrection éclate le 18 mars, alors que des troupes régulières essaient, sur ordre du gouvernement, de saisir des canons de la Garde nationale. Une autorité insurrectionnelle se met en place : la Commune de Paris. Avec l'accord tacite des Prussiens, elle est combattue puis écrasée lors de la « Semaine sanglante » (21-28 mai) par le gouvernement investi par l'Assemblée nationale, qui était replié à Versailles depuis le 18 mars.

Conséquences de la guerre[modifier | modifier le code]

Proclamation de l'Empire allemand dans la galerie des Glaces du château de Versailles, le 18 janvier 1871 (peinture d'Anton von Werner, 1885).

La guerre unit tout l'Empire allemand sous la couronne prussienne, et la France devient, de fait, en septembre 1870, une république. Une conséquence indirecte de la guerre est que les États pontificaux, qui ne sont plus sous protection française, sont annexés (le ) par l'Italie, complétant l'unification du pays. L'Allemagne décide aussi d'annexer l'Alsace-Lorraine (l'Alsace et la Moselle actuelle), qui demeureront allemandes jusqu'à la fin de la Première Guerre mondiale.

La conséquence immédiate de la guerre de 1870 est l'avènement de l'Allemagne bismarckienne, et donc d'un pays unifié en tant que nation, qui va dominer l'Europe continentale pendant près de trente ans. La politique du chancelier Bismarck est d'isoler diplomatiquement la France, notamment en favorisant l'avènement d'un régime républicain, qui suscite la méfiance des monarchies européennes. Se rabattant sur le développement de sa puissance coloniale, la France est malgré tout en proie au sentiment douloureux d'une revanche à prendre, terreau d'un nationalisme qui perdura une vingtaine d'années. Toutefois, ce sentiment perdra progressivement de sa force et se réduira ensuite à une nostalgie des « provinces perdues » : il jouera relativement peu dans les événements de 1914 (Première Guerre mondiale), où la France devra surtout se défendre contre l'agression allemande.

Dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

Romans[modifier | modifier le code]

Nouvelles[modifier | modifier le code]

Manuscrit signé de la main d'Arthur Rimbaud du Dormeur du Val.

Poèmes[modifier | modifier le code]

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Cinéma[modifier | modifier le code]

  • Bombardement d'une maison est un film français muet réalisé par Georges Méliès, sorti en 1897
  • 1870-1871 est un film français de Henri Andréani sorti en 1913
  • Champ d'honneur est un film français réalisé par Jean-Pierre Denis, sorti en 1987

Télévision[modifier | modifier le code]

  • Les Alsaciens ou les Deux Mathilde (1996) est un téléfilm français de Michel Favart, composé de quatre épisodes de 90 minutes, qui retrace la période trouble qu'a connue l'Alsace-Lorraine entre 1870 et 1953. Le premier épisode.se déroule durant la guerre de 1870.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Les territoires annexés sont les trois quarts du département de la Moselle, un quart de celui de la Meurthe (divisions administratives de l'époque), quelques communes situées dans l'est du département des Vosges, cinq sixièmes du département du Haut-Rhin ainsi que l'intégralité du Bas-Rhin.
  2. Le 1er septembre 1870, dans une maison de Bazeilles dans les Ardennes en France, les soldats français encerclés par les envahisseurs prussiens se battirent jusqu'aux dernières cartouches

Références[modifier | modifier le code]

  1. Intègre la confédération au cours du conflit
  2. François Charles du Barail, Mes souvenirs, tome III, Plon, 1896, p. 148 Lien Gallica
  3. Sylvie Aprile, La Révolution inachevée (1815-1870), éditions Belin, 2010, page 519
  4. Colling 1949, p. 285
  5. Carl Pépin, La doctrine militaire française de 1871 à 1914, considérations théoriques et matérielles, sur le site http://carlpepin.com/2011/01/12/la-doctrine-militaire-francaise-de-1871-a-1914-considerations-theoriques-et-materielles/, visité le 21/09/2011.
  6. Georges Soria, La Grande Histoire de la Commune, Édition du centenaire,‎ 1970
  7. Helmuth Von Moltke, La Guerre de 1870, Librairie H. Le Soudier,‎ 1891 ([s:La Guerre de 1870| lire en ligne])
  8. Vincent Duclert, 1870–1914 : la République imaginée, Belin, coll. « Histoire de France, sous la direction de Joël Cormette »,‎ 2010, 863 p. (ISBN 978-782701-133881), p. 33
  9. Dans La Grande Histoire de la Commune[6], Georges Soria donne pour les effectifs immédiatement disponibles au début du conflit : 230 000 pour les troupes françaises contre 384 000 pour leurs homologues allemandes. Von Moltke, dans La Guerre de 1870[7] admet un chiffre sensiblement supérieur au bénéfice de l'armée allemande. En fait, les 640 000 hommes de l'armée française officiellement dénombrés se réduisaient à environ 250 000, une fois déduits les troupes stationnées en Algérie et les réservistes[8].
  10. C'est par analogie que certains donnent à cet épisode le nom de "Charge des cuirassiers de Reichshoffen" : les cuirassiers sont basés dans ce village avant la charge.
  11. [1]
  12. "la guerre de 70" françois Roth
  13. Roger Dupuy,
  14. La guerre de 70, François Roth
  15. Maurice Pignard-Péguet, Histoire générale illustrée de Seine-et-Marne, Auguste Gout, Orléans,1911, p. 107

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Général Ducrot, La Défense de Paris, Éditeur E. Dentu, libraire de la Société des gens de Lettres, Paris, 1875 ;
  • Edmond Deschaumes, Journal d'un lycéen de 14 ans pendant le siège de Paris, Librairie Firmin-Didot, 1890, 397 p.  ;
  • Général Barthelémy-Edmond Palat (pseud.Pierre Lehautcourt), Histoire de la guerre de 1870-1871, Berger-Levrault, 1893-1907 (quinze tomes) ;
  • Lt-Colonel Rousset, Histoire générale de la guerre franco-allemande (1870-1871), Librairie illustrée Jules Tallandier, 1911 (deux tomes) ;
  • Amédée Le Faure, Histoire de la Guerre Franco-Allemande 1870-71, Garnier Frères, 1875 (deux tomes)
  • A. Wachter, Histoire de la Guerre Franco-Allemande 1870-71, Imprimerie et Librairie Militaires de L. Baudoin, 1895 (deux tomes);
  • Boulanger (général), L'invasion Allemande - Guerre De 1870-1871, Jules Rouff et Cie, Paris, 1888 (trois tomes)
  • Henri Guillemin, Les Origines de la Commune : Cette curieuse guerre de 70 : Thiers, Trochu, Bazaine, Gallimard, Collection "La suite des Temps", 1956, 266 pages (ISBN 2868197477) ;
  • Henri Guillemin, Les Origines de la Commune : L'héroïque défense de Paris (1870 - 1871), Gallimard, Collection "La suite des Temps, " 1959, 422 pages ;
  • Henri Guillemin, Les Origines de la Commune : La capitulation (1871), Gallimard, Collection "La suite des Temps", 1960, 410 pages ;
  • François Roth, La guerre de 1870, Fayard, 1990 (ISBN 2213023212);
  • Philippe Bestetti, Siège de Paris, Éditions Centre Liégeois d'Histoire et d'Architecture Militaires (CLHAM), 1995 ;
  • Jean-Jacques Becker et Stéphane Audoin-Rouzeau, La France, la nation, la guerre de 1850 à 1920, Regards sur l'histoire numéro 106, 1996
  • Roland Hoyndorf et Willy Schneider, La perte de l'Alsace Lorraine, Éditions Coprur, 2000, 83 p.  (ISBN 2-84208-055-6);
  • B. Giovanangeli, E. Labayle, J.F. Lecaillon, H. Ortholan, 1870 Les soldats et leurs batailles, Bernard Giovanangeli Éditeur/Ministère de la Défense, 2006
  • Pierre Milza, L'année terrible - La guerre franco-prussienne septembre 1870 - mars 1871, Éditions Perrin, 2009 (ISBN 2262024987).
  • Frédéric Beauchef, 1871, Le Mans une bataille oubliée, Libra Diffusio, 2010.
  • Jacques Bonfils et Guy Rey, 1870, l'Empire s'écroule à Sedan, éditions Euromédia, collection patrimoine ardennais, préface de Jacques Rousseau, 2010.
  • Alfred Colling, La Prodigieuse Histoire de la Bourse, Société d'Éditions Économiques et Financières,‎ 1949 Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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