Diète de Worms

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Luther à Worms, en 1521

La diète est une assemblée générale (une diète) des États du Saint-Empire romain germanique. Elle s'est tenue à plusieurs reprises à Worms, petite ville bordée par le Rhin et située en Allemagne.

Diète de 829[modifier | modifier le code]

Diète de 926[modifier | modifier le code]

Henri Ier de Germanie avait assemblé sur la fin de cette année une diète générale dans la ville de Worms[1]. Raoul ou Rodolphe Roi de Bourgogne s'y trouva' avec un grand nombre de seigneurs de la Germanie. Richewin évêque de Strasbourg assista aussi à cette diète, puisque ce fut à ses prières & à celles de Heriger de Mayence & d'Adalvard de Verden[2] que Henri donna le village d'Almentz à Waldon Évêque de Coire. Le diplôme fut expédié à Worms le onzième de novembre 926[3].

Diète de 1076[modifier | modifier le code]

Il ne s'agit pas réellement d'une diète mais d'un synode réunissant en janvier 1076 les évêques allemands et l'empereur Henri IV. Au cours de cette diète tenue sous la présidence d'Henri IV, et dirigée par Sigefroi Ier de Mayence, le pape Grégoire VII est déclaré déchu (24 janvier). En réponse, le pape destitue et excommunie l'empereur. Les conséquences sont telles que l'empereur viendra s'humilier à Canossa, de sorte que l'excommunication sera levée le 28 janvier 1077.

Diète de 1122[modifier | modifier le code]

Il ne s'agit pas à proprement parler d'une diète mais d'un concordat signé le 23 septembre 1122 entre le pape Calixte II et l'empereur Henri V. Il mit fin à la querelle des Investitures : il fut reconnu aux évêques et aux abbés une double investiture :

  • une investiture religieuse en lui remettant la crosse et l'anneau (donné par l'Église) qui font de lui le détenteur du pouvoir spirituel
  • puis une investiture féodale donnée par l'empereur, faisant de lui le possesseur d'un fief.

Les élections canoniques devaient avoir lieu librement sans simonie ni violence et se dérouler en présence de l'empereur ou de son représentant.

Diète de 1231[modifier | modifier le code]

L'empereur Frédéric II cherchant des appuis en Allemagne pour sa politique italienne, dut, par le Statutum in favorem principum, y accorder aux vassaux laïques les mêmes privilèges que les prélats avaient obtenus dès 1220.

Diète de 1495[modifier | modifier le code]

La diète de 1495, réunie par Maximilien Ier, tente de réglementer au profit du pouvoir impérial la violence des princes et d'endiguer la désintégration du Saint Empire. Pour cela, la diète essaye de moderniser la Constitution de l'Empire; elle proclame la paix perpétuelle, interdit les guerres privées et crée un Tribunal d'Empire (Reichskammergericht) pour régler les différends entre souverains immédiats de l'Empire. L'impôt d'Empire y est introduit.

Diète de 1521[modifier | modifier le code]

Luther à la Diète de Worms (gravure polychrome d'époque).

La diète impériale de 1521 est une assemblée extraordinaire des Prince-électeurs, des Conseiller privés et du conseil des villes d'Empire, convoquée par Charles Quint à la suite de son élection à la tête du Saint Empire. Elle se déroula du 28 janvier au 25 mai 1521. Bien que beaucoup de thèmes y aient été traités, la diète est surtout restée célèbre pour avoir abordé le cas de Martin Luther et les effets de la Réforme protestante.

L'ordre du jour prévoyait l'adoption d'une réforme administrative (Reichsregiment) et militaire (Reichsmatrikelordnung) du Saint Empire, en particulier pour faire face à la menace turque. Par la même occasion, Charles Quint et son frère Ferdinand rendaient officielle la délimitation de leurs empires respectifs et jetaient ainsi les bases des lignées espagnole et germanique des Habsbourg. C'est enfin au cours de cette diète (mais en marge de l'assemblée proprement dite) que comparut Martin Luther, qui fut finalement mis au ban.

Déroulement et cadre[modifier | modifier le code]

La Diète fut déclarée ouverte le 27 janvier et fut congédiée le 26 mai 1521. Worms était depuis le 28 novembre 1520 la résidence de l'empereur Charles Quint[4]. Le logement des participants et de leur suite était à la charge des bourgeois. Selon un contemporain, Dietrich Butzbach, la ville était sens dessus dessous (alles <war> wüst und wild), et certains jours on comptait trois ou quatre morts en ville[5]. On ne respectait plus le jeûne, la prostitution était florissante, les duels se multipliaient et certains convives se saoulaient à mort avec du mauvais vin. Le nonce papal, Jérôme Aléandre, après avoir approuvé la condamnation de Martin Luther le 13 février, ne se sentit plus en sécurité : le chevalier Franz von Sickingen envisageait son assassinat, et d'ailleurs la majorité de la population était alors favorable aux idées de Luther contre le luxe du Clergé ; une imprimerie répandit au cours du congrès des écrits d’Ulrich von Hutten et des pamphlets anticléricaux parmi le peuple[6].

La réforme du Saint Empire et le partage de l'héritage Habsbourg[modifier | modifier le code]

On examina sous la présidence du roi Ferdinand (1503–1564), frère de Charles Quint, un projet de réforme du Saint Empire (Reichsregiment). Cette réforme faisait suite aux représentations des princes à Charles Quint en préalable à son élection comme Roi des Romains, et c’est pourquoi le nouveau souverain se trouvait par capitulation dans l'obligation de réunir la Diète. D’un autre côté, cette réforme devenait également nécessaire pour l’empereur dans la mesure où il était également roi d’Espagne, et ainsi gouvernait sur « un empire sur lequel jamais le soleil ne se couche » : il devait donc prendre des mesures pour qu’on puisse agir en son absence.

La réforme de l'armée du Saint Empire (Reichsmatrikelordnung) fixait précisément les contributions attendues des États impériaux à la défense collective, sous forme d'impôts et de contingents à mobiliser et à équiper. Elle constitue le fondement juridique de l'impôt de guerre contre les Turcs (Reichstürkenhilfe).

Par la même occasion, Charles et Ferdinand furent les premiers Habsbourg à convenir d’un partage du domaine héréditaire : à Charles revenait l’Espagne et à Ferdinand l’Autriche (Traité de Worms du 28 avril 1521). Ce nouvel ordre successoral transférait la Basse-Autriche et l’Autriche intérieure à Ferdinand, auxquelles s'ajouteront l'année suivante (par un accord tacite : le Traité de Bruxelles (1522)) le Tyrol, le Wurtemberg et l’Autriche antérieure, donnant ainsi au Royaume d’Autriche sa géographie définitive[7]. Cet accord dynastique fait date dans la séparation de la branche des Habsbourg d'Autriche et des Habsbourg d'Espagne[7]. La prérogative de concourir pour la couronne impériale reviendra désormais aux Habsbourg d'Autriche, qui (à une courte interruption près) conserveront le sceptre impérial jusqu'en 1806.

Le procès de Luther[modifier | modifier le code]

C'est aussi au cours de la Diète, mais en marge de celle-ci, que la Cour donna audience les 17-18 avril à Martin Luther. Luther avait déjà été condamné comme hérétique et frappé d’excommunication ; mais avant que ce dernier fût officiellement mis au ban, la capitulation ratifiée par Charles Quint en 1519 pour son élection lui faisait obligation d'entendre le plaidoyer de l'ex-moine saxon. Luther protesta sur la Bible, pour se conformer à l'exigence du Roi, qu'il ne renierait pas ses thèses. Cela concernait particulièrement ses livres imprimés en 1520 : De la liberté du chrétien, À la noblesse chrétienne et Sur l’exil de l'Église en Babylone. Sa réponse à l'invitation que lui faisait Charles Quint d'abjurer est restée célèbre :

«  … À moins qu'on ne me convainque de mon erreur par des attestations de l'Écriture ou par des raisons évidentes — car je ne crois ni au pape ni aux conciles seuls puisqu'il est évident qu'ils se sont souvent trompés et contredits — je suis lié par les textes de l'Écriture que j'ai cités, et ma conscience est captive de la Parole de Dieu ; je ne peux ni ne veux me rétracter en rien, car il n'est ni sûr, ni honnête d'agir contre sa propre conscience. Me voici donc en ce jour. Je ne puis faire autrement. Que Dieu me soit en aide[8] »

Ces dernières phrases : Me voici donc en ce jour. Je ne puis faire autrement. Que Dieu me soit en aide, sont fréquemment citées, mais elles n'ont été confirmées ni par les témoins, ni par les actes de la Diète, et leur authenticité est aujourd'hui jugée douteuse[9]. Selon le conseiller d'Augsbourg Konrad Peutinger, qui a assisté en personne au procès de Worms, Luther aurait simplement dit : « Que Dieu me soit en aide » (Got kum mir zu hilf.). Toujours est-il que son insoumission entraîna la promulgation de l’Édit de Worms, qui stipulait sa mise au ban. La condamnation fut lue par le nonce apostolique Jérôme Aléandre, qui n'avait pas ménagé ses efforts pour obtenir ce verdict. Le 4 mai 1521, Luther était extrait secrètement de Worms par son protecteur, l’Électeur Frédéric de Saxe, et mis en sécurité au Château de la Wartbourg, à Eisenach.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Johann Friedrich Schannat, Historia episcopatus Wormatiensis, Francfort-sur-le-Main, 1734
  2. Petitione fidelium nostrorum, videlïces Herigeri Archiepiscopi, Adalwardi Episcopi & Riwini Episcopi.
  3. Philippe-André Grandidier, Histoire de l'Église et des princes-évêques de Strasbourg, jusqu'à nos jours, 2 tomes, Strasbourg, 1776, Imprimerie Levrault
  4. Chroniques de Worms (PDF ; 524 kB), consulté le 22 janvier 2010.
  5. Johannes Janssen: Zustände des deutschen Volkes, p. 202. Fribourg-en-Brisgau 1915 page=202), consulté le 22 janvier 2010.
  6. Johannes Janssen, p. 203–204.
  7. a et b Erich Zöllner, Geschichte Österreichs: von den Anfängen bis zur Gegenwart, Oldenbourg Wissenschaftsverlag,‎ 1990 (réimpr. 8) (ISBN 3486467085), « Das Spätmittelalter und die Habsburgische „Herrschaft zu Österreich“ », p. 162
  8. Deutsche Reichstagsakten, Nlle série, vol. II, no 80, p. 581–582.
  9. Böckenförde, Ernst-Wolfgang: Geschichte der Rechts- und Staatsphilosophie. Antike und Mittelalter, Tübingen 2002, S. 375, Fußn. 7.