Histoire de la Hongrie

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L'Histoire de la Hongrie remonte au haut Moyen Âge, lorsque la plaine de Pannonie est colonisée par les Magyars, un peuple nomade venu du centre-nord de la Russie actuelle. En 896 est fondée une principauté, puis en 1001 le royaume de Hongrie qui existe jusqu'en 1946 à l'exception d'un court intermède républicain entre 1918 et 1919. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, la République est de nouveau proclamée (1946-1949). Elle devient une République populaire après la prise du pouvoir par les communistes. En 1956, le régime est fortement ébranlé par l'insurrection de Budapest, mais se maintient grâce à l'aide des Soviétiques. En 1989, au moment de la chute des régimes communistes en Europe, la Hongrie met fin au régime de parti unique et adopte la démocratie.

Origines[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Pannonie et Honfoglalás.
Arrivée des Magyars en Hongrie, 893-902
Feszty Árpád- A Bánhidai Csata.JPG

L'origine des Hongrois n'est pas totalement élucidée par les savants.

L'hypothèse la plus généralement admise est que leur pays primitif était situé du côté de l'Oural, leurs aïeux appartenant à la famille finno-ougrienne des peuples ouraliens, cette hypothèse forgée par des savants à la fin du XIXe siècle détruisant le mythe des origines hunique, faisant d'Attila le premier Magyar[1]. Elle peut être justifiée à l'aide de la linguistique : les langues actuelles les plus proches du hongrois sont deux langues ob-ougriennes, le khanty et le mansi. Ils se seraient séparés assez tôt de leurs parents du Nord-Ouest, et dès la première moitié du Ier millénaire av. J.-C. on les trouve au Sud-Ouest de l'Oural, faisant paître leurs troupeaux dans la vaste Proto-Hongrie (Magna Hungaria, sur le territoire du Bachkortostan actuel, en Russie), sur les rives de la Volga.

Après un autre millénaire, ils descendent au VIIe siècle dans les steppes arrosées par les fleuves du bassin de la mer Noire (Lévédie ou Etelköz, situé probablement sur le territoire actuel de l'Ukraine).

Il semble que, durant ces migrations, ils furent en contact avec des peuples turcs, dont certains se sont joints à eux, par exemple les Onoghours (ou Hunnougour parmi d'autres hordes hunniques selon Théophylacte Simocatta), d'où le nom que leur ont donné certains peuples, y compris les Occidentaux (en latin Hungari), alors que les Hongrois eux-mêmes se disent magyarok, la Hongrie étant Magyarország, « le pays des Magyars »).

En 895, la confédération des tribus magyares se fixe définitivement sur le moyen-Danube, dans le bassin des Carpates, où elles rencontrent des Slaves (la principauté du Balaton de Pribina et de son fils Kocel’, le royaume de la Grande-Moravie), des peuples turcs (par exemple Avars entre Danube et Tisza), des valaques (le long des Carpates) et des Iasses, peuple iranien proche des Ossètes du Caucase).

Selon plusieurs historiens, les Magyars connaissaient déjà bien ces lieux avant 895, pour avoir participé en mercenaires, tantôt des Francs carolingiens, tantôt des Moraves, aux combats menés pour la possession de ces territoires. À ces occasions, ils prennent connaissance non seulement de la topographie et des ressources du bassin des Carpates, mais aussi des faiblesses de leurs commanditaires. Autant de motifs qui expliquent qu'en 895, désireux de se protéger contre les attaques des Pétchénègues et à la recherche d'une nouvelle patrie, ils se dirigent vers la plaine du Danube, en Pannonie, sur les traces des Huns (IVe siècle), des Avars (VIe siècle) et des Bulgares (VIIIe siècle), autres confédérations ouralo-altaïques à dominante turcique.

Ces confédérations suivaient les chemins traditionnels des peuples des steppes qui, avant d'être turcs ouralo-altaïques ou bien finno-ougriens, avaient été iraniens : ce fut le cas des antiques Agathyrses, Iazyges, Sarmates et Scythes de l'Antiquité. Ces chemins menaient de l'Asie centrale et de l'Oural jusqu'à la province romaine de Pannonie dont Aquincum (sur le territoire de l'actuelle Budapest) était la capitale, et dont la population d'origine était composée de Celtes latinisés.

Fondation de la Hongrie[modifier | modifier le code]

Au début, les Magyars, avant tout guerriers, font comme les Huns et les Avars avant eux : ils vivent d'élevage et du pillage de l'Europe occidentale, menant campagnes à travers l'Allemagne, la France et l'Italie. Du latin Hungari vient le français ”ogre”, à cause de leur cruauté. Mais la défaite du Lechfeld en Souabe (955) les décide à changer de mode de vie : ils se sédentarisent, se mêlent aux populations agricoles du bassin du Danube (dont une partie, notamment au centre de ce bassin, adopte la langue magyare) et se christianisent (se plaçant dans l'obédience de Rome, malgré les tentatives byzantines de les convertir à l’orthodoxie : l’empereur byzantin envoie une couronne (royale). Le Royaume de Hongrie naît officiellement en l'an 1001 avec le roi saint Étienne.

Hongrie médiévale[modifier | modifier le code]

La Hongrie au XIe siècle

Sous les dynasties suivantes, le royaume de Hongrie connaît, malgré la terrible invasion tatare de 1241 (avec le fils de Gengis Khan), un développement rapide. Il s'organise en comitats, intègre comme États vassaux le royaume de Croatie, le banat (marche-frontière) de Slavonie, les banats ou voïvodats (principautés) serbes au sud (Bosnie, Voïvodine) et valaques (roumains) à l'est (le banat de Severin, d'autres petites formations étatiques en Transylvanie, Moldavie et Valachie), et s'étend un moment de l'Adriatique à la Mer Noire. Les voïvodats sont gouvernés par des princes vassaux directs du roi (en hongrois vajdák). Des mineurs et des bâtisseurs de langue allemande, les Zipser et les Saxons (faussement appelés ainsi, puisqu'ils proviennent de l'actuelle Rhénanie et de régions au sud de celle-ci), s'établissent dans plusieurs de ces régions, développent l'agriculture, exploitent l'or et élèvent des cathédrales, des villes, des forteresses. Les Slaves et les Valaques élèvent du bétail et cultivent des vergers et la vigne. Des fermiers-soldats Sicules défendent les frontières. La Hongrie devient une puissance européenne et ses chevaux (hongres ou non) sont recherchés par tous les chevaliers.

La dynastie árpádienne (900 à 1301):

La dynastie angevine (1308 à 1382):

Pendant la période angevine, la superficie du royaume de Hongrie, sans compter les conquêtes provisoires et les dépendances vassales, est estimée à 300 000 km², peuplés d’environ 3 millions d’habitants. On dénombre 49 villes royales libres, 638 bourgs jouissant de privilèges, et quelque 21 000 villages. Environ 2,4 millions de personnes sont des paysans libres qui exploitent près de 300 000 propriétés roturières ou tenures, de 20 ha en moyenne. De 360 000 à 480 000 personnes sont astreintes au servage. Le pays compte environ 2000 gros propriétaires, 40 000 moyens et une noblesse de 150 000 petits propriétaires, avec seulement 50 000 citadins. La population est peu dense et l’immigration se poursuit, surtout dans les régions périphériques, en Slovaquie et en Transylvanie, avec l’installation de colons roumains, moraves, polonais, ruthènes et allemands.

Autres monarques (1382 à 1526). D'autres rois se succèdent ensuite, issus notamment :

Mathias Corvin met en place plusieurs grandes réformes administratives et judiciaires, crée une armée (l’armée noire) et développe la nation sur le plan commercial et culturel. Il pratique une politique centralisatrice en mettant en place une fiscalité destinée à poursuivre la lutte contre les Ottomans, en développant les villes qui échappent aux barons pour passer sous la protection du roi. Sous son règne, la population de la Hongrie a atteint 3,5 millions d’habitants, répartis pour 1/3 en 800 bourgs de 500 à 1000 habitants, le reste habitant sur les terres domaniales, en majorité paysans. Depuis le XIVe siècle, l’agriculture a progressé grâce à l’amélioration des techniques et à l’extension des surfaces cultivées. La société rurale s’est différenciée : aux tenanciers censitaires possédant une tenure héréditaire s’opposent les serfs métayers qui exploitent les « réserves » des seigneurs et les paysans sans terres qui louent leurs bras. La corvée est le fait des serfs métayers ; pour les autres, elle se limite à l’entretien des demeures seigneuriales. Tous payent aux maîtres de la terre (nobles) des redevances en nature et en argent, qui s’ajoutent aux impôts royaux de plus en plus lourds. À la fin du XVe siècle, de nombreux paysans hongrois, soumis à un système seigneurial qu’ils estiment trop lourd, se réfugient sur les terres du sultan où leur sort est meilleur. Les villes se sont développées. Buda compte une vingtaine de milliers d’habitants. Elles unissent les fonctions commerciales aux fonctions administratives. La période angevine a vu l’essor des industries minières, surtout l’or et l’argent de Slovaquie et de Transylvanie ; au XVe siècle, un nouveau procédé permet des exportations de cuivre vers l’Autriche et la Thuringe.

Après la mort de Mathias Corvin sans héritier légitime en 1490, cinq candidats se disputent la couronne, parmi lesquels Maximilien de Habsbourg et Ladislas Jagellon, roi de Bohême. Ce-dernier est élu, puis couronné roi de Hongrie à Albe Royale. Surnommé « Dobrze », « béni-oui-oui », il est indifférent aux affaires de l’État, qu’il laisse s’appauvrir au profit des barons et des prélats qui l’ont mis sur le trône. Les impôts et les revenus régaliens tombent au quart de ce que percevait Mathias Corvin. L’armée noire, qui s’est d’abord mise au service du roi, se livre à des exactions faute d’être payée et sera dissoute par le capitaine Pál Kinizsi. Les barons féodaux retrouvent leur ancien statut. La Hongrie connaît des conflits internes, notamment une rébellion paysanne, conduite par György Dózsa en 1514.

Domination ottomane[modifier | modifier le code]

Miniature ottomane représentant la bataille de Mohács. Exposée au Musée national hongrois
Articles détaillés : Hongrie ottomane et Guerres ottomanes en Europe.

Lors de leur défaite à Mohács le 29 août 1526 face à Soliman Ier dit le Magnifique, 24 000 Hongrois meurent. Parmi eux se trouve le jeune roi Louis II de Hongrie (1506-1526). Le 11 novembre, le prince de Transylvanie, János Szapolyai qui « rate » la bataille, est couronné à Székesfehérvár. Après cet événement, la position et l'avenir de la Hongrie sont menacés : le frère de la femme du roi mort, Ferdinand de Habsbourg, également prince d'Autriche, revendique la couronne de Hongrie, et le 18 décembre, il est couronné à Presbourg par les nobles les plus puissants du pays[2]. C'est la fin de la Hongrie médiévale.

Le 20 juin 1527, Ferdinand de Habsbourg déclare la guerre à son compétiteur János Szapolyai[3]. Il rentre dans Buda le 20 août[4] et remporte une victoire décisive à Tokaj le 27 septembre. Szapolyai doit de se réfugier en Transylvanie[2] : c'est la cause du commencement de l'alliance entre Soliman et János Szapolyai. Ferdinand, reconnu par la diète de Presbourg réunie le 25 octobre, est couronné roi de Hongrie le 3 novembre[5].

Petite Guerre de Hongrie (1529-1552)[modifier | modifier le code]

1541 : siège de Buda

Le 10 mai 1529, une armée turque quitte Constantinople pour envahir la Hongrie[6]. Le 20 juillet, János Szapolyai, entré en Hongrie avec l’appui de Soliman le Magnifique, lui rend hommage à Mohács[7]. Soliman prend Buda le 8 septembre après avoir ravagé la Hongrie, réinstalle János Szapolyai sur le trône, puis marche sur Vienne[8] qu'il assiège pour la première fois (27 septembre). Après une dernière attaque repoussée le 14 octobre, il lève le siège, découragé par les fortes pluies[6].

Les Ottomans lancent une deuxième campagne contre Vienne en 1532. L'armée ottomane est retenue par le siège de Kőszeg et doit rebrousser chemin[9].

Le 24 février 1538 un pacte entre Ferdinand Ier et János Szapolyai est conclu à Nagyvárad : les deux hommes se reconnaissent mutuellement. Si Szapolyai meurt sans héritier, la couronne doit revenir aux Habsbourg[10]. Mais le 7 juillet 1540, sa femme, Isabelle Jagellon, donne la vie à un garçon nommé Zsigmond János. À la mort de János Szapolyai le 22 juillet 1540, les armées autrichiennes avancent en Hongrie[11]. Soliman le Magnifique intervient de nouveau (1541 et 1543).

Soliman vainc les armées autrichiennes de Roggendorff le 28 août 1541 et enlève les chefs militaires hongrois venu le visiter dans son camp. Il fait installer un gouverneur turc à Buda et occuper la Cisdanubie en permanence. La Hongrie est divisée entre le sultan, Ferdinand et le jeune Jean Sigismond. En 1542, Ferdinand tente en vain de négocier la Hongrie moyennant le paiement tribut aux Turcs. Il réunit les États Généraux. Il entretient une armée permanente en Hongrie et tente vainement de prendre Pest (28 septembre-18 octobre)[12]. En juillet 1543, les Ottomans s'emparent de Pécs[13] et d’Esztergom le 9 août[14].

Le 18 juin 1547, une trêve pour cinq ans est conclue à Andrinople entre Soliman et les Habsbourg moyennant un tribut annuel de 30 000 florins d’or.

Le 8 septembre 1549, Le cardinal Giorgio Martinuzzi négocie la convention de Nyirbator qui assure la couronne de Hongrie aux Habsbourg, tout en conservant la Transylvanie à Jean Sigismond, qui renonce au titre de roi moyennant de gros avantages financiers. La reine mère Isabelle, refuse, mais doit abdiquer le 19 juillet 1551 au traité d'Alba Iulia. Le 26 juillet, la diète de Kolozsvár reconnait Ferdinand comme seul souverain de Hongrie. Il fait alors occuper la Transylvanie par les troupes du général Castaldo. Martinuzzi devient voïévode, mais accusé de complot, est assassiné par les hommes du général (16 décembre)[15]. Jean Sigismond et sa mère partent pour la Silésie jusqu’en 1556.

La charge de Nikola Šubić Zrinski depuis la forteresse de Szigetvár (1566). Huile sur toile de Johann Peter Krafft (1825)

Soliman réagit à l'invasion de la Transylvanie. Les troupes du vizir Mehmed Sokolli passent le Danube le 7 septembre 1551, prennent Lippa (Lipova le 8 octobre et assiègent Timişoara (16-17 octobre), mais se retirent à Belgrade à l'approche de l'hiver (16 novembre)[14]. Timişoara tombe le 30 juillet 1552, mais les Ottomans échouent devant Eger, grâce à la résistance de la garnison d’Étienne Dobo le 19 octobre[16]. Ils occupent le Banat qui devient le vilayet de Temesvár. Sur ordre du sultan (1554), la Diète de Transylvanie rappelle Jean Sigismond et sa mère Isabelle.

En mai 1558, les Ottomans s'emparent de la forteresse de Tata. Soliman le Magnifique réclame comme préalable à la paix la remise de Szigetvár, ce que Ferdinand de Habsbourg refuse ; un armistice est cependant conclu pour sept mois à la fin de l'année. Après de longues négociations, une paix de statu quo est signée à Prague en juin 1562. Ferdinand verse un tribut aux Turcs et reconnaît Zapolyai en Transylvanie[17]. L'accord établit un condominium, c’est-à-dire un partage des impôts levés par les agents des Habsbourg, du moins sur les régions frontalières de Hongrie.

Le 5 août 1566, le sultan Soliman assiège la forteresse de Szigetvár (Szeged) défendue par les Croates et les Hongrois de Nicolas Zrinyi, capitaine général de Transdanubie[18]. Ils résistent jusqu’au 8 septembre et périssent les armes à la main au cours d’une ultime sortie[12]. Soliman meurt pendant le siège et les Turcs battent en retraite.

Le 17 février 1568, la paix est signée à Andrinople entre l’empire ottoman et Maximilien II d’Autriche[19]. La Hongrie reste partagée entre l’empereur, la Transylvanie et les Ottomans. L’empereur continue à payer un tribut annuel de 30 000 florins, reconnaît l’indépendance de la Transylvanie et admet une zone frontière en Hongrie. Le traité est renouvelé en 1575, 1584 et 1590. Les Habsbourg créent en Hongrie une « frontière militaire » composée d’une série de places fortes, s’ajoutant au châteaux fortifiés des Pálffy et des Rakóczi, de la mer Adriatique aux monts de Slovaquie. En face, les Ottomans construisent des fortifications plus légères. La frontière est stabilisée pour un siècle. Le 16 août 1570, au traité de Spire, signé avec Maximilien II, Zsigmond János renonce au titre de roi de Hongrie pour celui de « prince de Transylvanie ».

Hongrie divisée[modifier | modifier le code]

La Hongrie ottomane en 1683

La Hongrie royale, qui forme un arc de cercle depuis l’Adriatique et les régions croates jusqu’aux pays ruthènes au nord-est, est gouvernée par un Conseil de lieutenance présidé par le primat. Le siège du gouvernement est à Presbourg (Bratislava), tandis que le primat de Hongrie siège à Trnava (Tyrnau, Nagyszombat). De fait le pays est gouverné depuis Vienne. La Transylvanie est gouvernée par Jean Sigismond et par son tuteur le cardinal Martinuzzi (Gyögy Fráter Utiesenic, 1482-1551), un soldat d’origine croato-dalmate. À côté du prince siège à Alba Iulia une diète réunissant les délégués des trois nations qui élisent le prince et désignent les membres du conseil qui l’assiste dans son gouvernement.

Après la campagne de 1541-1543, le pachalik de Buda devient une province de l’Empire ottoman jusqu’en 1699. La fuite de la plupart des seigneurs laisse les paysans sous l’autorité directe du sultan. Les terres nobles sont transformées en timars – fiefs non-héréditaires d’un spahi – mais les paysans restent soumis aux mêmes redevances et obligations avec en plus le kharadj (capitation payée par les non-musulmans), mais les corvées disparaissent. Sauf pour les affaires de police et d’impôts, la population a peu de contact avec les Ottomans. Les garnisons turques sont enfermées dans des forteresses et n’y a ni conversions massives, ni influences culturelles fortes. Les villes gardent leur statut d’autonomie mais payent un tribut au sultan qui leur laisse une large indépendance dans les domaines administratifs et religieux. Elles ont des mosquées et des hammams ; certaines églises à Pest, Pécs et Esztergom sont transformées en mosquées, mais la culture hongroise est maintenue par les collèges calvinistes des bourgs.

Le protestantisme peut se développer librement, et dans les années 1550, la Hongrie est pratiquement entièrement acquise à la Réforme. Le calvinisme se diffuse parmi les Magyars de toutes conditions. Le roi Jean Sigismond permet la diffusion du luthéranisme en Transylvanie et la sécularisation des biens de l’Église au profit des seigneurs. Le 4 juin 1564, la Diète transylvaine réunie à Torda reconnaît l’égalité des droits entre les religions catholique, luthérienne (la « religion allemande ») et calviniste (la « religion hongroise »)[20]. Vers cette époque, le prêtre antitrinitarien Ferenc Dávid, fonde l’Église unitarienne de Transylvanie ; il gagne à sa cause une grande partie de la noblesse. En février 1567, un synode calviniste réunit à Debrecen réalise l’unité de l’église réformée hongroise contre les antitrinitariens de Transylvanie. La Diète de Torda (6-13 janvier 1568) proclame la liberté religieuse en Transylvanie, admettant quatre religions : catholicisme, confession d’Augsbourg, confession Helvétique et unitariens[20]. Le prince Jean-Sigismond se convertit au protestantisme sous l’influence de son médecin italien Giorgio Blandrata qui se reconnaît comme antitrinitaire ; la Diète proclame en 1571 l'Antitrinitarisme quatrième des confessions reconnues sous le nom d’unitarianisme. Mais elle est persécutée après la mort de Jean-Sigismond et les Unitariens rejoignent l’Église réformée ou fuient en Pologne.

De l’autre côte de la frontière, une ligne défensive s’organise, de Fiume (Rijeka) à Szathmar (actuellement Satu Mare). Elle est constituée de châteaux tenus par des garnisons souvent étrangères. Autour d’eux s’étendent des cantons militaires peuplés de paysans échappant aux corvées et aux obligations féodales contre prestation du service militaire aux capitaines des châteaux. Cette population est très diverse : elle compte des paysans hongrois ou autrichiens fuyant le servage perpétuel (les Haïdouks en Hongrie orientale), des Serbes venus de l’Empire ottoman (Uskok, réfugiés). Outre leurs obligations locales, ils fournissent des soldats pour l’armée impériale, formant les régiments de Croates, les hussards. Le primat Nicolas Olah fait publier les décrets du concile de Trente, clôt en 1563. Dès 1560, il installe les jésuites dans un royaume où, en dehors de la Croatie, il n’y a plus de catholiques, même si le catholicisme demeure la seule religion d’État. Rodolphe II, roi de Hongrie en 1572 puis empereur en 1576, impose la Contre-Réforme en Hongrie royale.

Au XVIe siècle, on assiste à une expansion de l’agriculture en Hongrie l’augmentation des surfaces ensemencées. La faux remplace la faucille. Les gros bourgs de la plaine occupés par les Turcs se spécialisent dans l’élevage intensif des bovins, exportés vers la Hongrie royale, Vienne et l’Allemagne (près de 100 000 bêtes par an). Le territoire hongrois occupé par les Turcs pendant 150 ans connaît une période de pillage, de rapts d’enfant (pour recruter le corps des janissaires), de dépeuplement de milliers de villages et hameaux. Ce dernier s’est produit, hormis les guerres, en raison de l’extension des pâturages pour l’élevage au détriment des cultures céréalières. L’abandon des villages va de pair avec le développement de gros bourgs ruraux. Les troupes turques régulières et leurs auxiliaires tatars font de terribles ravages qui culminent pendant la Longue Guerre (1593-1606). La Porte administre sa province pour en tirer le plus de profit possible (impôts, tributs, taxes et rançons). Elle montre une grande tolérance religieuse et collabore avec la noblesse hongroise qui garde ses prérogatives, dans une sorte de condominium.

Grande Guerre de Hongrie (1593-1606)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Longue Guerre.
Allégorie de la Grande Guerre de Hongrie. Hans von Aachen, 1603-1604

Le 22 juin 1593, le Pacha de Bosnie, Hassan, qui opérait sans cesse des raids en Croatie est arrêté par le ban, battu et tué à Sisak ce qui provoque la reprise des hostilités entre les Habsbourg et les Ottomans. Le 13 août, le sultan Murad III, prétextant un non paiement du tribut, déclare la guerre à l'Empire[21]. Une guerre d’escarmouche pour le contrôle de la Transylvanie n’aboutit à rien, sinon à libérer l’empereur de l’obligation du don annuel.

Après la mort de Michel le Brave, assassiné peu sur ordre de Georges Basta, envoyé de l’empereur le 19 août 1601, Sigismond Báthory reprend la Transylvanie[22], puis le 29 juin 1602, à la suite de la convention de Cluj, la cède définitivement aux Habsbourg[23].

Le 14 octobre 1604 commence l'insurrection mené par Étienne Bocskai en Transylvanie (1604-1606)[24]. Le général Belgiojos, sur ordre de l’archiduc d'Autriche Matthias, s’empare de l’église de Kassa, en Hongrie pour la rendre au culte catholique, alors que la ville est luthérienne à 95 %. Belgiojoso occupe les domaines d’Illésháry puis tente de s’emparer des terres de Bocskai. La diète hongroise rompt avec les Habsbourg. Gabriel Bethlen, gentilhomme hongrois calviniste de Transylvanie, demande à Bocskai, ancien conseiller de Báthory, de mener l’insurrection et de négocier une alliance avec les Turcs le 19 novembre. Belgiojoso réagit et tente de s’emparer de la Transylvanie avec l’aide de Basta. Bocskai, dépourvu de troupes, s’allie aux haïdouks, troupes auxiliaires hongroises révoltées, et repousse l’attaque de Belgiojoso à l’automne. Il contre-attaque, prend Debrecen et Kassa et libère la Transylvanie. Belgiojoso et Basta se replient en Transdanubie.

Le 20 avril 1605, Étienne Bocskai, voïévode de Transylvanie depuis le 21 janvier, est élu prince de Hongrie. Il conquiert la Transdanubie tandis que les Turcs reprennent Esztergom[25].

Le 23 juin 1606, un traité de paix est signé à Vienne entre l’empereur Rodolphe II et Étienne Bocskai. La dignité de palatin est rétablie, les finances du royaume de Hongrie échappent au contrôle de Vienne. Les offices civils et militaires seront confiés exclusivement à des Hongrois. La liberté confessionnelle est établie pour les ordres. Bocskai est confirmé comme prince de Transylvanie mais renonce au titre de roi de Hongrie[25]. À sa mort (29 décembre 1606), la Transylvanie connaît sept ans d’instabilité avant le règne de Gábor Bethlen (1613). La paix permet l’installation de 10 000 haïdouks comme paysans libres en Transylvanie. Les troupes impériales évacuent un pays dévasté et exsangue. La brève période de paix qui suit lui permet de se reconstruire.

Le 11 novembre 1606, la paix de Zsitvatorok met fin à la Longue guerre[25]. Le tribut annuel dû par l’empereur au Sultan est transformé en « présent ». Les deux empires traitent pour la première fois à égalité, recevant l'autorisation de construire de nouvelles forteresses à la frontière. La Porte conserve Kanizsa, Esztergom et Eger, mais abandonne la région de Vac.

Hongrie au XVIIe siècle : le chemin vers la réunification[modifier | modifier le code]

Le 14 octobre 1607, Matthias de Habsbourg est élu roi par la diète de Hongrie[26]. C'est le début de la Guerre des frères entre l’archiduc Matthias et l’empereur Rodolphe. En février 1608, Matthias signe le pacte de Presbourg avec la diète de Hongrie[27]. Matthias se fait reconnaître chef de la maison des Habsbourg et entame des campagnes militaires contre Rodolphe. Il lui arrache la Hongrie et la plupart des États patrimoniaux (1608-1612).

Diète de Presbourg[modifier | modifier le code]

Rodolphe cède la couronne de Hongrie à Matthias, près de Prague.

Le 25 octobre 1608, devant la pression des États, Rodolphe cède la couronne de Hongrie à Matthias ; à la fin octobre, Matthias convoque la Diète à Presbourg. Les députés réclament l'égalité des droits des Églises, réformées et catholiques, l'obligation pour le roi de résider en Hongrie où de déléguer ses pouvoirs au Palatin, le transfert de la couronne de Vienne à Presbourg, le droit pour la Diète de voter la paix et la guerre[21]. Le 19 novembre, Matthias de Habsbourg est couronné roi de Hongrie à Presbourg[28]. Le lendemain, István Illésházy (hu), qui a soutenu Matthias, devient le premier palatin de Hongrie protestant.

Après avoir enregistré l'engagement des ministres de soumettre toutes les affaires administratives au parlement et après avoir voté les crédits militaires, la Diète procède à sa réorganisation[21]. À partir de 1608, prélats et barons siègent à la Table (Chambre) des magnats à la Diète hongroise et les 104 députés nobles des 52 comitats, ainsi que ceux du bas clergé et des villes, à la Table basse, qui compte quelque 300 délégués. Cette assemblée nobiliaire préserve face au pouvoir royal les privilèges des nobles (notamment judiciaires et fiscaux), l’autonomie des comitats, l’asservissement des paysans, ainsi que les prérogatives de la Diète en tant que garante de la Constitution nationale.

La Diète donne aux seigneurs toute compétence pour les affaires paysannes, ce qui se traduit par l’interdiction de la libre migration des agriculteurs. Le servage perpétuel (« second servage ») s’instaure, assujettissant le paysan à la corvée et considérant la fuite ou le refus comme révolte punie de mort[29]. La réserve seigneuriale se développe, orientée vers l’élevage ou la production de vin (jusqu’à 2/3 des revenus du domaine). Le servage perpétuel ne se généralise pas ; les bourgs continuent à jouir de privilèges et, à la frontière, les agglomérations haïdouk, qui assurent l’usage de terres contre le service militaire, attirent de nombreux fugitifs.

1665-1670 : conjuration des magnats[modifier | modifier le code]

1703–1711 : guerre d'indépendance de François II Rákóczi[modifier | modifier le code]

Domination autrichienne[modifier | modifier le code]

Carte de Hongrie datant de 1747, avec ses forteresses
  • 1849-1861 Le néoabsolutisme
  • 1861-1865 Le provisoire de Schmerling
  • 1867 Le compromis de 1867
  • 1867-1918 Le dualisme

Autriche-Hongrie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Autriche-Hongrie.

Par le Compromis austro-hongrois de 1867, l'Empire d'Autriche et le Royaume de Hongrie s'unissent pour devenir l'Autriche-Hongrie, François-Joseph Ier cumulant les couronnes d'empereur d'Autriche et de roi de Hongrie. La Première Guerre mondiale entraîne en 1918 la fin de l'Empire et la séparation des deux états.

Indépendance retrouvée sur un territoire réduit[modifier | modifier le code]

République Hongroise (1918-1919)[modifier | modifier le code]

Le 16 novembre 1918 est proclamée la République Hongroise. L'âme du nouveau régime démocratique est personnifiée par le comte Mihály Károlyi. Il remplit pour quelques mois les fonctions de premier ministre et de président.

Une commission française, dirigée par le géographe Emmanuel de Martonne, trace les nouvelles frontières de la Hongrie, en suivant la limite des zones rurales à majorité hongroise du centre du pays, mais sans tenir compte des villes (presque partout à majorité hongroise) ni des zones excentrées habitées par des Hongrois (dans l'est de la Transylvanie par exemple). Très déçu des pertes territoriales imposées à son pays, le comte Károlyi préfère démissionner.

République des conseils (1919)[modifier | modifier le code]

Monument de la République des conseils. Créé d'après une affiche révolutionnaire de 1919, il est installé en 1969 sur le Boulevard György Dózsa où avaient lieu les défilés officiels de Budapest.

En mars 1919, les communistes renversent le gouvernement et, en avril, Béla Kun proclame la République des conseils (cf. Conseil ouvrier), qui tente en vain de reconquérir les frontières de 1918. Ce gouvernement ne dure pas longtemps ; soutenue par la mission militaire française du général Henri Berthelot, l'armée du Royaume de Roumanie entre en Hongrie et occupe Budapest : les forces communistes sont vaincues et le régime soviétique est renversé le 6 août 1919. Les Alliés de la Première Guerre mondiale remettent le pouvoir aux forces légitimistes, menées par l'amiral Miklós Horthy. L'archiduc Joseph-Auguste de Habsbourg-Lorraine redevient brièvement régent du pays. Entre août et novembre 1919, Budapest est sous occupation roumaine.

Royaume restauré (1919-1946)[modifier | modifier le code]

Drapeau du temps de la régence de Miklos Horthy.

En janvier 1920, des élections sont tenues pour élire une assemblée monocamérale. Le 1er mars, l'amiral (grade qu'il avait obtenu dans l'armée austro-hongroise) Miklós Horthy est élu régent. Il établit un régime dictatorial de type officiellement monarchique.

Le 4 juin, le Traité de Trianon est signé : il officialise les frontières de la nouvelle Hongrie. En comparaison du royaume d'avant-guerre, la Hongrie sera amputée de 72 % de son territoire et d'1/3 de sa population magyare et perd son accès à la mer. La totalité des minorités roumaine, slovaque, croate, serbe font le choix d'appartenir à d'autres états, selon le principe (énoncé par le président américain Woodrow Wilson) du « droit des peuples à disposer d'eux-mêmes ». La Slovaquie et la Transcarpathie sont attribuées à la nouvelle Tchécoslovaquie, la Croatie à la Yougoslavie, le Banat à la Yougoslavie et à la Roumanie et la Transylvanie à la Roumanie. Mais plusieurs millions de Hongrois se retrouvent ainsi minoritaires dans de nouveaux pays et la Hongrie réclame une révision des frontières. Évoquant le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, la Hongrie fait plusieurs demandes de référendum qui sont toutes rejetées par les vainqueurs. Revendication majeure de la Hongrie des années 1920 et 1930, la question des frontières poussera Horthy à rechercher l'alliance avec l'Allemagne. Les conséquences du traité de Trianon entraîneront des problèmes politiques, notamment en Slovaquie, se manifestant jusqu'à nos jours.

Miklós Horthy règne avec des pouvoirs autoritaires pendant la plus grande partie de la période de l'entre-deux-guerres mondiales et installe un régime nationaliste et dictatorial dans une Hongrie repliée sur le souvenir du grand royaume d'avant-guerre. Des politiques répressives, d'une intensité variable, sont appliquées contre les communistes, les Juifs ou les Roms.

Horthy s'allie avec l'Allemagne nazie dans les années 1930, dans l'espoir de revenir sur les pertes territoriales qui ont suivi la Première Guerre mondiale. La Hongrie est récompensée par Hitler par des territoires appartenant à la Tchécoslovaquie, à la Yougoslavie et à la Roumanie, puis prend une part active à la Seconde Guerre mondiale. Cependant, en octobre 1944, alarmé par le retour de la Roumanie dans le camp allié, Hitler remplace Horthy par le collaborateur hongrois Ferenc Szálasi et son Parti des Croix fléchées de type nazi, afin d'éviter que la Hongrie ne rejoigne elle aussi les Alliés. Un gouvernement fasciste hongrois est mis en place, alors que les troupes de l'Union soviétique avancent sur le territoire du pays.

Plus de 450 000 Juifs et plusieurs centaines de Roms périrent sous le régime de Horthy – à l'instigation des Allemands et malgré les tentatives du régent pour y mettre fin – et sous le régime de Szálasi.

L'alliance de Horthy avec l'Allemagne nazie conduit la Hongrie à une nouvelle défaite, le pays est occupé par les troupes soviétiques et roumaines après la Bataille de Budapest.

Régime communiste[modifier | modifier le code]

Mémorial à l'amitié entre Hongrois et Soviets. Mémento park, Budapest
Article détaillé : République populaire de Hongrie.

Insurrection de Budapest en 1956[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Insurrection de Budapest.

Évènements d'octobre à décembre 1956

  • 22 octobre : à la suite de l'accession au pouvoir de Gomulka en Pologne, des meetings se tiennent à l'encontre du gouvernement. Une manifestation est appelée pour le lendemain.
  • 23 octobre : plus de 100 000 manifestants à Budapest. La statue de Staline est abattue par la foule. Le Parti des travailleurs hongrois (pro-russe et resté stalinien) fait tirer sur la foule et demande l'aide de l'armée soviétique.
  • 24 octobre : Imre Nagy (ancien membre du parti communiste, exclu de celui-ci) est appelé à la tête du gouvernement. Il a pour but de sortir son pays du Pacte de Varsovie.
  • 25 octobre : János Kádár est nommé premier secrétaire du comité central du parti communiste et soutient pour le moment Imre Nagy. Formation de conseils ouvriers pour « un socialisme démocratique ».
  • 26 octobre : une partie de la police et de l’armée s'insurge et passe du côté des conseils, qui prennent le pouvoir dans plusieurs villes. Imre Nagy les reçoit mais leur demande de déposer les armes. Plusieurs radios sont prises par les conseils ouvriers.
  • 27 octobre : Imre Nagy proclame la fin du parti unique. Formation d’un gouvernement de coalition.
  • 1er novembre : la Hongrie se déclare neutre sur le plan international.
  • 3 novembre : arrestation des dirigeants armés des insurgés.
  • 4 novembre : les troupes russes envahissent la Hongrie. János Kádár prend la tête d'un gouvernement pro-soviétique. Grève générale contre l’intervention militaire. Combats dans tout le pays.
  • 11 novembre : fin des combats, victoire militaire des troupes russes. La révolte est matée.
  • 22 novembre : Imre Nagy est arrêté par les troupes soviétiques. Il sera pendu le 16 juin 1958.
  • 5 décembre : les membres des conseils sont arrêtés en masse.
  • 9 décembre : le gouvernement commence à dissoudre les conseils ouvriers.
  • 13 décembre : début des exécutions des condamnés à mort pour participation à l’insurrection.

Après la « normalisation »[modifier | modifier le code]

Représentation d'un bureau de l'époque communiste. Musée national hongrois, Budapest
  • 7 septembre 1968 : signature d'un traité d'assistance avec l'Union soviétique. Des réformes économiques et politiques sont entreprises par János Kádár.
  • En 1988 :
    • Au congrès du PSOH, l'aile réformatrice gagne la majorité.
    • L'État hongrois est obligé de fermer un certain nombre d'entreprises particulièrement mal gérées et lourdement déficitaires, créant 20 000 chômeurs dont seulement 3 000 sont indemnisés.
    • Les relations entre l'État hongrois et l'Église catholique sont normalisées. Les ordres religieux interdits peuvent revenir, l'Office des cultes est supprimé et son directeur particulièrement anticlérical est mis à la retraite. Tous les sièges épiscopaux sont désormais rapidement pourvus.
  • 1er janvier 1989 : ouverture de la frontière austro-hongroise, sans visa de sortie. Les Hongrois vont faire leurs courses à Vienne. Tout au cours de l'année 1989, de plus en plus d'Allemand de l'Est passeront à l'Ouest via la Hongrie et l'Autriche, aboutissant ainsi à la chute du Mur de Berlin. Le rideau de fer était en fait ouvert dès le 1er janvier en Hongrie.
  • En mai 1989, l'armée hongroise supprime les barbelés à la frontière autrichienne.
  • En mai 1989, lors d'une tournée en Europe occidentale, Tamás Beck, le ministre de l'économie, en présentant le dossier des cinquante-deux principales entreprises du pays à vendre, déclare : « Nous avons besoin de 5 milliards de dollars d'investissements étrangers ». Il lance aussi un appel d'offres pour remplacer d'urgence 1 200 kilomètres de voies ferrées vétustes. La dette extérieure du pays est de 17,2 milliards de dollars et son service représente la moitié des exportations du pays.
  • 6 octobre 1989 : réuni en congrès pour deux jours, le parti communiste hongrois (PSOH, Parti socialiste ouvrier hongrois), décide d'abandonner toute référence au communisme. Décès de János Kádár.
  • 7 octobre 1989 : le Parti socialiste ouvrier hongrois change de nom et devient le Parti socialiste hongrois (700 000 adhérents).
  • 9 octobre 1989 : Rezső Nyers, ancien social-démocrate rallié aux communistes en 1948, prend la présidence du nouveau Parti socialiste hongrois.
  • 11 octobre 1989 : Imre Pozsgay, candidat officiel à la présidence de la République, déclare dans un interview au journal Le Figaro : « Le bilan du communisme est négatif. C'était une impasse. Il a créé la propriété bureaucratique et tué l'initiative individuelle. La passivité est devenue le comportement dominant. »
  • 19 octobre 1989 : instauration du multipartisme en Hongrie, qui ne se désigne plus comme démocratie populaire.
  • 22 octobre 1989 : le ministre hongrois des Affaires étrangères évoque, lors d'une réunion à Oslo, la possibilité d'un retrait des troupes soviétiques « aussi vite que possible ».
  • 23 octobre 1989 : une manifestation regroupant plus de 100 000 personnes réclame le droit de célébrer l'insurrection de 1956. La foule brandit le drapeau officiel hongrois — rouge, blanc, vert — mais dont les insignes communistes ont été soigneusement découpés, et des portraits du héros de l'insurrection de 1956, Imre Nagy. Annonce officielle du changement du nom du pays qui devient la République de Hongrie. L'adjectif « populaire » est abandonné, symboliquement, le jour de l'anniversaire de l'insurrection de 1956. Le nouveau drapeau hongrois a comme insigne officiel la couronne du saint patron du pays, le roi Étienne Ier. Le président de l'Assemblée déclare : « Après tant d'années ce peuple mérite un peu de bonheur et d'abondance ».
  • 25 mars 1990 : premières élections libres. Victoire du Forum démocratique hongrois (centre-droit) de József Antall. Árpád Göncz est élu président de la République.
  • Juin 1991 : départ des dernières troupes soviétiques marquant la fin de la domination de l'Union soviétique.

De nos jours[modifier | modifier le code]

  • 1994 : victoire électorale de Gyula Horn, leader du Parti socialiste hongrois (ex-parti communiste), qui forme un gouvernement avec l'Alliance des démocrates libres.
  • 1998 : victoire électorale de l'Union civique hongroise (Fidesz) (droite) de Viktor Orbán, qui forme un gouvernement de coalition avec le Parti des petits propriétaires.
  • 1999 : entrée de la Hongrie dans l'OTAN.
  • 2000 : élection de l'ancien ministre Ferenc Mádl à la présidence de la République.
  • 2002 : victoire électorale du Parti socialiste hongrois dirigé par Péter Medgyessy, qui devient Premier ministre.
  • 2004 : le 1er mai la Hongrie devient membre de l'Union européenne.
  • 2005 : élection du juriste László Sólyom à la présidence de la République.
  • 2006 : élections parlementaires – victoire du Parti socialiste : Ferenc Gyurcsány devient le Premier ministre. Quelques mois plus tard, l'opposition remporte largement les élections municipales et régionales. Elle demande la démission du Premier ministre. Lors de manifestations importantes contre le gouvernement, Gyurcsány demande à la police de rétablir l'ordre par tous les moyens, ce qui provoque des centaines de blessés.
  • 2009 : Ferenc Gyurcsány cesse son travail comme Premier ministre. Il propose pour le poste vacant Gordon Bajnai, ministre de l'Économie du cabinet sortant. Le 14 avril, le Parlement accepte celui-ci comme nouveau Premier ministre.
  • 2010 :
    • Victoire électorale de l'Union civique hongroise (Fidesz). Viktor Orbán devient Premier ministre une nouvelle fois, avec une majorité de 2/3 des voix au Parlement.
    • Élection du président du Parlement, Pál Schmitt, à la présidence de la République.
  • 2011 : l'Assemblée nationale adopte, avec les seules voix du Fidesz, une nouvelle Constitution, la Loi fondamentale. Cette nouvelle Constitution, qui défend le seul mariage de deux personnes de sexes opposés, prolonge le mandat des personnalités nommées par le gouvernement en exercice et fragilise la pluralité des médias, provoqua la colère l'opposition et suscita de nombreuses craintes, notamment aux États-Unis et dans certains pays de l'Union européenne.
  • 2012 : à la suite d'un scandale de plagiat, le président Pál Schmitt démissionne et rend ses fonctions présidentielles. L'ancien président du Parlement, János Áder, proche du chef du gouvernement, est élu président de la République.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Bernard Le Calloc'h, Histoire de la Hongrie, Éd. Armeline, 435 p., 2014
  • Paul Lendvai, Les Hongrois : mille ans d'histoire (traduit de l'allemand et du hongrois par Georges Kassai et Gilles Bellamy), Les Éditions Noir sur Blanc, Lausanne, 2006, 679 p.-[24] p. de pl. (ISBN 2-88250-181-1)
  • Miklós Molnár, Histoire de la Hongrie, Perrin, Paris, 2004, 469 p. (ISBN 978-2-262-02238-9)
  • Istvàn György Tóth (dir.), Mil[le] ans d'histoire hongroise : histoire de la Hongrie de la Conquête jusqu'à nos jours, Corvina, Osiris, Budapest, 2003, 730 p. (ISBN 963-13-5232-3)
  • (en) Steven Béla Várdy, Historical dictionary of Hungary, Scarecrow Press, Lanham Md, 1997, 813 p. (ISBN 9780810832541)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Catherine Horel, « La Hongrie et la tentation autoritaire », émission Concordance des temps, 17 mars 2012
  2. a et b Stanford J. Shaw, History of the Ottoman Empire and modern Turkey, vol. 1, Cambridge University Press,‎ 1976 (ISBN 9780521291637, lire en ligne)
  3. Karl Heinrich Joseph Coeckelberghe-Duetzele, Histoire de l'empire d'Autriche, vol. 5, C. Gerold,‎ 1845 (lire en ligne)
  4. Joseph Vincenz Häufler, Buda-Pest : historisch-topographische Skizzen von Ofen und Pest und deren Umgebungen, Emich,‎ 1854 (lire en ligne)
  5. Charles-Louis Chassin, La Hongrie, son génie et sa mission, Garnier frères,‎ 1856 (lire en ligne)
  6. a et b Théophile Lavallée, Histoire de l'Empire Ottoman : depuis les temps anciens jusqu'à nos jours, Garnier frères (résumé)
  7. Frédéric Schoell, Franz Xaver Zach, Cours d'histoire des états européens, vol. 21, de l'imprimerie royale et chez Duncker et Humblot,‎ 1832 (résumé)
  8. François Cadilhon, La Hongrie moderne, 1450-1850, 2005, Presses Univ de Bordeaux,‎ 9782867813603 (résumé)
  9. Leften Stavros Stavrianos, Traian Stoianovich, The Balkans since 1453, C. Hurst & Co. Publishers,‎ 2008 (ISBN 9781850655510, résumé)
  10. Alain Ruzé, Ukrainiens et roumains : IXe-XXe siècle : rivalités carpatho-pontiques, Editions L'Harmattan,‎ 1999 (ISBN 9782738484239, résumé)
  11. François Cadilhon, La Hongrie moderne, 1450-1850, Presses Univ de Bordeaux,‎ 2005 (ISBN 9782867813603, résumé)
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  15. Kenneth Meyer Setton, The Papacy and the Levant, 1204-1571, vol. 4, American Philosophical Society,‎ 1984 (ISBN 9780871691620, résumé)
  16. Peter F. Sugar, Péter Hanák, Tibor Frank, A History of Hungary, Indiana University Press,‎ 1994 (ISBN 9780253208675, résumé)
  17. Joseph Hammer-Purgstall, Histoire de l'Empire ottoman, vol. 6, Bellizard, Barthès, Dufour & Lowell,‎ 1836 (résumé)
  18. Stephen Turnbull, The Ottoman Empire, 1326-1699, Osprey Publishing,‎ 2003 (ISBN 9781841765693, résumé)
  19. Coeckelberghe-Dützele, op. cit, p. 229.
  20. a et b István Keul, Early modern religious communities in East-Central Europe : ethnic diversity, denominational plurality, and corporative politics in the principality of Transylvania (1526-1691), BRILL,‎ 2009 (ISBN 9789004176522, résumé)
  21. a, b et c Henri Sacchi, La guerre de trente ans : L'Ombre de Charles-Quint, vol. 1, Éditions L'Harmattan,‎ 2003 (ISBN 9782747523004, résumé)
  22. Alain Ruzé, Ukrainiens et roumains : IXe-XXe siècle : rivalités carpatho-pontiques, Editions L'Harmattan,‎ 1999 (ISBN 9782738484239, lire en ligne)
  23. Horia C. Matei, Histoire chronologique de la Roumanie, Editura științifică și enciclopedică,‎ 1976 (résumé)
  24. Charles de Coeckelberghe de Dutzele, Histoire de l'Empire d'Autriche, vol. 5, Gerold,‎ 1847 (résumé)
  25. a, b et c Peter F. Sugar, Péter Hanák, A History of Hungary, Indiana University Press,‎ 1994 (ISBN 9780253208675, résumé)
  26. François Clément, Nicolas Viton de Saint-Allais, Congrégation de Saint-Maur, Jean-Baptiste-Pierre Jullien de Courcelles, L'art de vérifier les dates..., vol. 7, Moreau,‎ 1818 (résumé)
  27. G. W. Prothero, Stanley Leathes, Sir Adolphus William Ward, John Emerich Edward Dalberg-Acton Acton, The Cambridge modern history, vol. 3, CUP,‎ 1907 (résumé)
  28. Karl Heinrich Joseph Coeckelberghe-Duetzele , op. cit, p. 318.
  29. Pierre Piégay, Du servage au salariat agricole dans l'Europe des paysans du Moyen Age au XXe siècle, Éditions L'Harmattan,‎ 2010 (ISBN 9782296138773, résumé)