Hanse

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Les villes de la Hanse au XVe siècle (soulignées en rouge) et les États Teutoniques (en bleu).

La Hanse, Ligue hanséatique, Hanse germanique ou Hanse teutonique était l'association des villes marchandes de l'Europe du Nord autour de la mer du Nord et de la mer Baltique. Cette Hanse se distinguait des autres hanses et marchands en ce que son commerce reposait sur des privilèges jalousement défendus qui leur avaient été octroyés par divers souverains européens.

Pendant trois siècles, cette Hanse en particulier, et à moindre degré les hanses par extension, eurent un rôle dominant au niveau commercial, puis politique, en Europe[1]. Actives du XIIe au XVIIe siècle, leur déclin et quasi-disparition ont été achevés en 1648 avec les traités de Westphalie signant la fin de la guerre de Trente Ans et de la guerre de Quatre-Vingts Ans.

La croissance de la ligue hanséatique a lieu dans un monde où colonisation et évangélisation vont de pair. Elle est particulièrement liée à la montée de l'ordre des Chevaliers teutoniques, au prosélytisme catholique servant de façade aux jeux de pouvoir mondiaux de l'époque[1].

Étymologie[modifier | modifier le code]

Au Moyen Âge, une hanse, parfois appelée anse, est une association professionnelle de marchands exerçant une activité commune. De telles associations existaient par exemple à Paris[2], à Londres[3] ou encore entre les villes du Nord de la France et des Pays-Bas comme avec la Hanse drapière des XVII villes[4]. On parle aussi de hanse en ce qui concerne les Phéniciens de la période classique (880-675 av J.-C)[5].

L'opinion longtemps courante donne comme origine du mot hanse un vieux mot allemand hansa qui signifie « association de marchands »[6]. Une conférence internationale de 38 enseignants spécialistes de la Hanse a conclu en 1992 que la racine exacte de Hanse est incertaine, mais qu'il semblerait qu’à l’origine ce n’était pas un mot allemand[1]. Il partage probablement ses racines avec le vieux haut allemand hansa qui signifie « troupe de soldats »[6], mais le terme est peut-être apparu en Angleterre ou dans les Flandres[1].

Trois sens, significatifs de la nature de la Ligue hanséatique elle-même, ont été déterminés avec certitude pour ce mot[1] qui pouvait désigner :

  • « Un groupement de marchands travaillant en coopération, notamment ceux qui pratiquaient le commerce maritime »[1].
    En latin médiéval, hansa est déjà cité au sens de « association de marchands » en 1199[7],[8].
  • « Un groupe de marchands jouissant de certains privilèges, souvent sous forme de monopole. »
    En particulier, les marchands de Hambourg sont désignés par le nom de Hanse pour la première fois en 1266[1].
  • « Un droit imposé aux marchands qui voulaient bénéficier des privilèges accordés aux marchands faisant partie de l’organisation »[1].
    En latin médiéval, hansa est cité au sens de « cotisation » dès 1127[8], et vers 1223 on trouve déjà l'expression « payer la hanse », qui signifie alors « s'acquitter d'un droit »[9] (non spécifiquement celui dû par les marchands à la hanse).

Ce terme s’est finalement appliqué plus spécifiquement aux marchands de plusieurs villes du Nord de l’Allemagne, coopérant ensemble pendant le Moyen Âge pour contrôler le commerce maritime sur la Baltique et la mer du Nord[1]. Cette forme d'association s'appelait autrefois guilde et comprenait parfois en son sein des mercenaires servant à protéger les intérêts des marchands.

Sous ses deux formes de hanse et anse, le mot a produit des dérivatifs, notamment l'adjectif et substantif hanséate ou anséate (par exemple « sénateurs hanséates », et hanséatique / anséatique (« villes hanséatiques »)[6].

Histoire de la ligue hanséatique[modifier | modifier le code]

La Hanse des marchands ou l’association des marchands de Gotland[modifier | modifier le code]

Portrait par Hans Holbein le Jeune de Georg Giese de Danzig, marchand allemand de 34 ans au comptoir londonien de la Hanse (le Steelyard)

Après la création de Bergen en Norvège par Olaf III en 1070, dans la seconde moitié du XIIe et le début du XIIIe de nombreuses villes sont créées en Allemagne du Nord et autour de la Baltique : Lübeck en 1158, Rostock, Wismar, Stralsund, Stettin, Dantzig, Elbing. Dans toutes ces villes, la bourgeoisie s'installe rapidement au pouvoir.
La future Hanse teutonique s'amorce par une alliance entre les villes de Hambourg et de Lübeck créée en 1241. De nombreuses autres villes se rallient ensuite. Des marchands issus de ces villes commercent avec Gotland, avec laquelle le duc de Saxe Henri le Lion avait signé la paix en 1161.

Quatre Anciens élus par les villes les représentent à Gotland, et y obtiennent des privilèges commerciaux pour les villes de la Hanse. Leur activité s'étend bientôt bien au-delà de Gotland, tout autour de la Baltique, jusqu'à Novgorod, véritable carrefour entre civilisations orientale et occidentale, où ils créent leur établissement propre, le Peterhof jouissant des privilèges accordés par Constantin. Ces marchands pénètrent aussi la Scandinavie (la foire de Scanie devint bientôt un pivot essentiel du commerce hanséatique), l'Angleterre (où ils furent officiellement réunis en 1281 en une unique hanse d'Allemagne) et la Flandre (où la comtesse Marguerite II de Flandre leur accorda des privilèges fondamentaux en 1252 et 1253).

On date le passage de la Hanse des marchands à la Hanse des villes à 1280, lorsqu'une opération de blocus contre Bruges est organisée dans le but de protéger les privilèges acquis - suivie en 1284 du même type d'opération contre la Norvège, quand un autre blocus maritime par la Hanse oblige le roi de ce pays à non seulement confirmer mais encore étendre les privilèges de la Ligue. La première assemblée (Hansetag) se tient à Lübeck en 1356.

La Hanse des villes : pouvoir politique[modifier | modifier le code]

Les routes commerciales en vigueur dans la ligue hanséatique.

Après ce coup de force, la Hanse devient un acteur politique à part entière en Europe du Nord. Elle signe des traités avec des États et des organisations importantes comme celle des Chevaliers Teutoniques.

L'association emporte diverses victoires militaires significatives qui lui permet de commercer grâce aux cogues avec l'Angleterre, productrice de laine, la Russie, productrice de fourrure, la Pologne et la Prusse, exportateurs de céréales, la Scandinavie, exportatrice de hareng en caque, la Gascogne, productrice de vin, et les producteurs de textiles de Flandre.

En plus d'imposer une présence sur le territoire du Danemark et de donner à la Ligue un quasi-monopole sur le commerce entre la Baltique et la mer du Nord[10], négociant entre autres le libre passage du détroit de l'Øresund (entre Copenhague et Malmö)[11], le traité de Stralsund accordé en 1370 par le roi du Danemark accorde également à la Hanse un droit de veto sur la succession au trône du Danemark[1].

La Hanse reste cependant une union politique assez souple et les villes gardent une grande autonomie. Cette ligue avait une flotte qui protégeait les commerçants et parfois les princes.

La fermeture du comptoir de Novgorod, qui tenait à la fois du blockhaus et de la bourse du commerce le 9 novembre 1494, le déclin de celui de Londres aux deux extrémités du commerce hanséatique, de même que la concurrence des marchands anglais et néerlandais sont les principales causes d'un long déclin du commerce hanséatique. La diète de 1518 constate que 31 villes ne participent plus à aucune des activités de la ligue. Dans son ouvrage Les Étapes du capitalisme, Marcel Laffon-Montels parle d'un « déclin qui fut lié en partie à l'étrange disparition des bancs de harengs - La Hanse avait le monopole de ce commerce - qui émigrèrent de la Baltique vers la mer du Nord. »

Cette structure politique originale est évincée par les traités de Westphalie en 1648 qui, signant la fin de la guerre de Trente Ans et la guerre de Quatre-Vingts Ans, consacrent définitivement les États-nations. La dernière assemblée des villes hanséatiques eut lieu en 1669. Au XVIIIe siècle, le gouvernement hanséatique ne subsiste qu'à Lübeck, à Hambourg et à Brême. Aujourd'hui encore, les villes libres de Hambourg et Brême, qui forment deux Länder de l'Allemagne, mais aussi Lübeck et Rostock font état de leur ancienne qualité de ville hanséatique. Ainsi, l'immatriculation de ces villes (l'équivalent des numéros de départements français) sont respectivement HH, HB, HL et HRO, le H initial signifiant Hansestadt, c'est-à-dire « ville hanséatique ». C'est dire la fierté des populations du Nord de l'Allemagne pour la Hanse, dont elles reconnaissent qu'elle a façonné leur identité de manière profonde.

Une nouvelle Hanse a été relancée en 1980 à l'initiative de la ville hollandaise de Zwolle. Une activité entre villes hanséatiques est à nouveau en développement, avec son siège principal à Lübeck[12]. Chaque année et dans une ville différente se déroulent les journées internationales de la Hanse. En 2011, Kaunas[13] a accueilli ces journées.

Organisation[modifier | modifier le code]

Les marchands issus de Hambourg, Stralsund, des villes westphaliennes et saxonnes élisaient quatre Anciens (un pour Visby, un pour Lübeck, un pour Soest et un pour Dortmund) qui exerçaient la justice et les représentaient à l'étranger. La ligue était divisée en 4 sections, présidées par Lübeck, Cologne, Brunswick et Danzig.

Les villes membres s'engageaient à respecter les décisions du Hansetag (assemblée générale des villes qui avait lieu tous les trois ans, généralement à Lübeck) mais il n'avait qu'un rôle consultatif puisque l'application de ses décisions était laissée au bon vouloir de chaque ville qui devait cependant apporter sa contribution militaire et financière à la ligue.

Liste des villes et comptoirs de la Hanse[modifier | modifier le code]

Zone Wende regroupant le Mecklembourg, la Poméranie et le Brandebourg[modifier | modifier le code]

Cités du Cercle Wende et de Poméranie.

Zone saxonne[modifier | modifier le code]

Zone prusso-livonienne[modifier | modifier le code]

Zone westphalienne[modifier | modifier le code]

Les comptoirs de la Hanse[modifier | modifier le code]

La Hanse possédait des comptoirs appelés kontor dans de nombreuses villes. Ces kontors sont des bureaux de commerce de la Hanse établis à l'étranger. Parmi tous les kontors seul celui de Bergen fermé en 1754 existe toujours aujourd'hui, il figure dans la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1979.

Les entrepôts en bois du Bryggen, le quartier hanséatique à Bergen en bordure nord du vieux port, au voisinage de la vieille forteresse et de la tour Rosenkrantz.

Comptoirs principaux[modifier | modifier le code]

Vieille maison de Bryggen, quartier hanséatique de Bergen

Comptoirs secondaires[modifier | modifier le code]

Kontor à Anvers

Autres comptoirs de la Hanse[modifier | modifier le code]

Liste des villes où la Hanse possédait aussi un comptoir.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j La Hanse en Norvège et en Europe. Séminaire par le Conseil de l'Europe, département de la Coopération Culturelle. Bergen, Norvège, 2-8 août 1992. Cette conférence internationale de 38 spécialistes de la Hanse en particulier et des hanses en général, était organisée conjointement par deux branches du ministère norvégien de l’Éducation: le Centre de formation des maîtres de Bergen et la Section pour la formation continue des enseignants. Ces 38 enseignants de multiples pays européens se sont réunis pour faire le point sur les connaissances concernant la Hanse et élaborer des stratégies pédagogiques et outils sur ce thème; et pour déterminer la place de la Hanse dans une éducation tournée vers l'Europe.
  2. Les Marchands de l'eau : Hanse parisienne et Compagnie française, par Picarda, Émile. Paris, É. Bouillon, 1901. Ouvrage disponible sur le site d'Internet Archive.
  3. La hanse flamande de Londres, par Henri Pirenne, Bulletins de l'Académie royale de Belgique, 1899 Il était une fois demain… 1986-2006, imprimerie Klein, Knutange, ISBN 2-916782-02-8.
  4. Carolus-Barré Louis. Les XVII villes, une hanse vouée au grand commerce de la draperie. In: Comptes-rendus des séances de l'année… - Académie des inscriptions et belles-lettres, 109e année, N. 1, 1965. p. 20-30.
  5. Dictionnaire de l'Antiquité, sous la direction de Jean Leclant (PUF). Article "Phénicie".
  6. a, b et c Article “Hanse” du Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales.
  7. Statuts de la hanse ap. A. Giry, Hist. de la ville de St-Omer, p. 413.
  8. a et b Nierm. V. FEW t. 16, p. 144b. Bbg. Atkinson Jenkins (T.). Fr. etymologies. Mod. Philol. 1913, t. 10, no 4, p. 445-446.
  9. G. de Coinci, éd. V. F. Kœnig, II Mir. 30, 633.
  10. Allemagne - histoire dans Encarta.
  11. Les Villes hanséatiques.
  12. [1]
  13. [2]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Philippe Dollinger, La Hanse (XIIe ‑ XVIIe siècles), Aubier-Montaigne, 1964.
  • Roux de Rochelle, Jean-Baptiste-Gaspard (1762-1849), Villes hanséatiques.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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