Attentat de Sarajevo

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43° 51′ 28.5″ N 18° 25′ 43.5″ E / 43.857917, 18.42875 ()

La une du Petit Journal du 12 juillet 1914.

L’attentat de Sarajevo est l’assassinat perpétré le contre l’archiduc François-Ferdinand, héritier de l'Empire austro-hongrois, et son épouse la duchesse de Hohenberg[1], par le nationaliste serbe de Bosnie Gavrilo Princip[2], membre du groupe Jeune Bosnie (Mlada Bosna). Cet événement est considéré comme l’élément déclencheur de la Première Guerre mondiale qui eut pour conséquence la défaite, la chute et le démembrement des Empires russe, austro-hongrois, allemand et ottoman.

Contexte historique et géopolitique[modifier | modifier le code]

À la suite des insurrections contre les Turcs en 1875 et 1876, l'intervention et la victoire de la Russie, la région voit s'opposer les intérêts géopolitiques de l'Autriche-Hongrie face au nationalisme serbe soutenu par la Russie sur fond de faiblesse de plus en plus prononcée de l'Empire ottoman. Depuis 1878, selon les termes du congrès de Berlin, les sandjaks turcs de Bosnie et d'Herzégovine sont occupés et administrés au nom du sultan par l'Empire d'Autriche-Hongrie.

En 1903, un coup d'État porte sur le trône serbe Pierre Karageorgevitch, chef du mouvement pro-russe.

En 1908, les deux sandjaks sont annexés par l'Autriche-Hongrie ce qui déclenche de vives protestations diplomatiques notamment de la part de la Russie et de la Serbie.

Cette occupation est, de surcroit, mal vécue par les populations slaves, notamment orthodoxes, qui la refusent et souhaitent la création d'une jugo slavija (littéralement en serbo-croate : « état slave du sud »), en français Yougoslavie aux dépens de l'Autriche-Hongrie.

La visite de l'archiduc héritier[modifier | modifier le code]

Départ de l'hôtel de ville, cinq minutes avant l'assassinat.

Les autorités hongro-autrichiennes, non sans imprudence, choisirent comme date de la visite de l'archiduc le 28 juin, jour de Vidovdan (une fête religieuse importante chez les Serbes orthodoxes, qui célèbre la saint Guy), qui est aussi la date anniversaire de la bataille de Kosovo Polje qui, en 1389, vit la défaite des Serbes devant l'armée turque et l'annexion de leur royaume à l’Empire ottoman pour plus de quatre cent cinquante ans.

Cette date correspondait également au quatorzième anniversaire du mariage (controversé car morganatique) du couple princier, et l'archiduc héritier voulait mettre à profit cette visite en province pour apparaître publiquement avec son épouse et lui faire profiter des honneurs que l’étiquette de la Maison impériale et royale ne lui permettait pas de recevoir à la cour.

Les circonstances du voyage d'inspection de François-Ferdinand à la suite des grandes manœuvres organisées en Bosnie-Herzégovine semblent avoir favorisé les assassins. Le voyage de l'archiduc héritier, inspecteur général des armées, était considéré par la minorité serbe comme une provocation. Léon Von Bilinski, ministre des Finances de la double-monarchie, chargé à Vienne de l'administration de la Bosnie-Herzégovine, refusa de tenir compte de l'avertissement de l'ambassadeur de Serbie à Vienne, Jovan Jovanović, qu'un attentat était en préparation[3]. Des proches du prince lui avaient également déconseillé ce voyage et même son ancien précepteur, un prêtre, lui prédisait « une fin violente qui précipiterait le monde dans un cataclysme général ».

La une du New York Times , 29 juin 1914

La duchesse de Hohenberg, n'étant pas membre de la famille impériale et royale, ne pouvait recevoir les honneurs militaires. Aussi, le prince de Montenuovo, grand-maître de la cour, ordonna-t-il le retrait des troupes (40 000 hommes) de Sarajevo ; le couple ne bénéficiait donc plus de la protection de l'armée.

Un premier attentat sur le chemin de l’hôtel de ville fit des victimes parmi la suite princière mais n'atteignit pas l'archiduc. Après une visite houleuse à l’hôtel de ville, l'archiduc émit inopinément le désir de visiter les blessés mais, dans l'émotion, le chauffeur n'en fut pas informé. Une erreur d'itinéraire obligea la voiture archiducale à s'arrêter au milieu de la foule et mit le couple à portée de tir du jeune Gavrilo Princip à un moment où, confrontés à l'échec de leur entreprise, les jeunes terroristes cherchaient à s'éloigner discrètement de la foule.

Par ce geste, les coupables voulaient proclamer leur volonté de voir se réaliser une "Grande Serbie" regroupant tous les Slaves du Sud. Bien que l'archiduc ait été peu apprécié par son oncle l'empereur et roi François-Joseph Ier et que certains (à cause de ses idées sur le futur de l'empire où une place plus grande aurait été donnée aux Slaves) aient vu dans sa disparition un "bon débarras" (tant du côté serbe que hongrois), l'Autriche-Hongrie lance un dernier avertissement avant la guerre (ultimatum) à la Serbie, le 23 juillet 1914.

Le complot de Apis[modifier | modifier le code]

Le Pont Latin, devant lequel a eu lieu l'assassinat.

Jeune Bosnie, un groupe de jeunes anarchistes musulmans[4] de nationalité serbe et croate, était équipé de modèles de pistolets de 1910, issus de la FN Herstal, et de bombes fournies par la Main Noire, une société secrète liée au gouvernement du Royaume de Serbie et qui avait déjà fomenté un attentat (non mis à exécution) contre l'empereur François-Joseph en 1910.

La Main Noire était dirigée par le responsable des services secrets serbes, le colonel Dragutin Dimitrijević. Son nom dans l'organisation était Apis. Bien que liée au gouvernement serbe, la Main Noire dispose d'une autonomie énorme au sein du gouvernement serbe. Elle est un État dans l'État. L'armement du groupe de Princip n'est connu que de Apis[5].

Mais, malgré toutes les précautions de Apis, le président du conseil serbe, Nikola Pašić, apprend la préparation de l'attentat grâce à Protić, le ministre de l'intérieur[3]. Il fait alors demander une enquête sur Apis[3], et, avec Protić, tente d'arrêter la mission du groupe de Princip[3]. Tentative plus que difficile en effet, le président serbe ne connaissant absolument pas les réseaux de Jeune Bosnie. Il prend malgré tout contact avec les Serbes de Bosnie et demande à son ministre, Dušan Stefanović, le ministre de la guerre, de stopper les activités des services de renseignements serbes qui seraient selon lui une menace pour le gouvernement de Serbie[3]. Il n'est pas clairement établi s'ils vont avertir le gouvernement austro-hongrois, mais il est sûr que l'ambassadeur serbe à Vienne, Jovan Jovanović, parle du groupe de Princip à Léon Von Bilinski, le ministre des finances et gouverneur de Bosnie, sans que l'on sache s'il s'agit d'une initiative individuelle ou d'une demande du gouvernement serbe d'informer Vienne[3].

Le degré d'implication de la Main Noire est contesté. Certains estiment que c'est cette organisation qui fut responsable de l'attaque et que les membres de Jeune Bosnie n'étaient que les exécutants. D'autres considèrent que Jeune Bosnie était idéologiquement très éloignée de la Main Noire et était si peu expérimentée que la Main Noire était persuadée que le complot n'aurait jamais réussi. Cependant, la plupart sont d'accord pour dire que la Main Noire a fourni les armes et le cyanure aux assassins.

Des liens directs entre le gouvernement serbe et l'action du groupe de Princip n'ont jamais été prouvés. Il existe en fait des indices qui laissent penser que le gouvernement serbe a tenté, de bonne foi, d'étouffer les menaces terroristes en Bosnie, puisqu'il évitait de susciter la colère du gouvernement austro-hongrois, après le contrecoup des guerres balkaniques. Selon une autre théorie, l'Okhrana aurait participé à l'attentat avec la Main Noire.

Les relations entre l'Autriche-Hongrie et la Serbie en 1914 étaient bonnes, le Premier ministre serbe, Nikola Pašić tenant particulièrement à ce bon voisinage, ce qui lui était reproché par les partisans d'une ligne plus dure panslave hostile à la présence autrichienne dans les Balkans.

L'assassinat[modifier | modifier le code]

Plaque commémorant l'assassinat de Sarajevo à l'endroit où il a eu lieu.

Ici encore, aucune source ne permet de déterminer avec certitude ce qui s'est réellement passé. Les minutes du procès permettent toutefois de savoir comment le complot a été organisé et mis à exécution. Partis de Belgrade, où ils s'exerçaient, les conspirateurs purent traverser la frontière sans encombre avec la complicité certaine d'agents au service de la Serbie et séjourner à Sarajevo quelques jours avant l'arrivée du couple princier.

Les sept conspirateurs n'avaient aucune expérience dans le maniement des armes, et ce n'est que par une extraordinaire succession de coïncidences qu'ils parvinrent à leur fin. À 10 h 15, le défilé de six voitures dépassa le premier membre du groupe, Mehmedbašić ; celui-ci tenta de viser depuis la fenêtre d'un étage supérieur, mais il ne parvint pas à obtenir un bon angle de tir, et décida de ne pas tirer pour ne pas compromettre les chances des autres. Le deuxième membre, Nedeljko Čabrinović, lança une bombe (ou un bâton de dynamite, d'après certains rapports) sur la voiture de François-Ferdinand, mais la rata : le prince, qui avait pris la bombe dans sa main, l'avait jetée par terre[6] ; l'explosion détruisit la voiture suivante, blessant gravement ses passagers, ainsi qu'un policier et plusieurs personnes dans la foule. Čabrinović avala sa pilule de cyanure et sauta dans la Miljacka. Les voitures se hâtèrent alors vers l’Hôtel de ville, et la foule paniqua. La police sortit Čabrinović de la rivière, et celui-ci fut violemment frappé par la foule avant d'être placé en garde à vue. La pilule de cyanure qu'il avait prise était vieille ou de trop faible dosage, de sorte qu'elle n'avait pas eu l'effet escompté. De plus, la rivière ne dépassait pas 10 cm de profondeur. Certains des autres conspirateurs s'enfuirent en entendant l'explosion, présumant que l'archiduc avait été tué.

Les conspirateurs restants n'eurent pas l'occasion d'agir à cause des mouvements de foule, et la tentative d'attentat était considérée par ses auteurs comme un échec.

Arrestation de Gavrilo Princip.

Cependant, l'archiduc décida d'aller à l’hôpital rendre visite aux victimes de la bombe de Čabrinović avant d'aller déjeuner. Pendant ce temps, Gavrilo Princip, pour qui le principal mobile de l'attentat était la « vengeance pour toutes les souffrances que l'Autriche fait endurer au peuple », s'était rendu dans une boutique des environs pour s'acheter un sandwich (parce qu'il s'était résigné, ou alors parce qu'il avait cru à tort que l'archiduc était mort dans l'explosion), et il aperçut, peu avant 11h00 du matin, la voiture de François-Ferdinand qui passait près du pont Latin, le prince voulant obtenir lui-même des nouvelles de l'officier blessé. Princip rattrapa la voiture, puis tira deux fois : la première balle traversa le bord de la voiture et atteignit la duchesse de Hohenberg à l’abdomen. La seconde balle atteignit l'archiduc dans le cou. Tous deux furent conduits à la résidence du gouverneur, où ils moururent de leurs blessures quinze minutes plus tard.

Princip tenta de se suicider, d'abord en ingérant le cyanure, puis avec son pistolet. Comme Nedeljko Čabrinović, il vomit le poison (ce qui fit penser à la police que le groupe s'était fait vendre un poison beaucoup trop faible) ; le pistolet lui fut arraché des mains par un groupe de badauds avant qu'il ait eu le temps de s'en servir.

Conséquences[modifier | modifier le code]

Pendant leur interrogatoire, Prinzip, Čabrinović, et les autres ne dévoilèrent rien de la conspiration. Les autorités estimaient que l'emprisonnement était arbitraire, jusqu'à ce qu'un des membres, Danilo Ilić, au cours d'un banal contrôle de papiers, prenne peur, perde son contrôle, et dévoile tout aux deux agents qui l'avaient interpellé, dont le fait que les armes étaient fournies par le gouvernement serbe.

Le chancelier Theobald von Bethmann-Holllweg, assura l'Autriche-Hongrie du soutien de l'Empire Allemand

L'Autriche-Hongrie accusa la Serbie de l'assassinat. L'entourage de l'empereur était divisé, le comte Berchtold, ministre des Affaires-Etrangères après avoir été ambassadeur à Paris, Londres et Saint-Petersbourg, souhaitait une intervention immédiate en Serbie sans déclaration de guerre tandis que le comte Tisza, premier ministre Hongrois, nationaliste magyar craignant l'annexion de territoires peuplés de slaves, promeut la voie diplomatique.

Une entrevue à Potsdam avec le chancelier Allemand Theobald von Bethmann Hollweg assura les partisans de la guerre du soutien Allemand et, au cours du Conseil de la Couronne du 7 juillet 1914, l'Autriche-Hongrie posa un ultimatum. L'un des points[7] de cet ultimatum était particulièrement irréalisable, si bien que la Serbie ne put accepter l'ensemble des conditions. Seul, le comte Tisza s'y opposa.

Le lendemain, 8 juillet 1914, il rédigea une lettre qui prévenait ainsi l'Empereur : « Une attaque contre la Serbie amènerait très vraisemblablement l'intervention de la Russie et une guerre mondiale s'ensuivrait ».

Le 25 juillet 1914, soutenu par la Russie, le gouvernement serbe refuse la participation de policiers autrichiens à l'enquête sur le territoire serbe. Les relations diplomatiques entre les deux États sont rompues.

Le 28 juillet 1914, soutenue par l'Allemagne, l'Autriche-Hongrie déclare une guerre « préventive » à la Serbie, ce qui, par le jeu des alliances, mènera à la Première Guerre mondiale. L'Europe s'engage alors dans quatre années de guerre.

Dans la Wiener Zeitung du 29 juillet 1914, l'Empereur et Roi François-Joseph déclare à ses sujets :

L'empereur François-Joseph (1910)

« J'ai tout examiné et tout pesé ; c'est la conscience tranquille que je m'engage sur le chemin que m'indique mon devoir »

Malgré cette déclaration officielle toujours chargée de rassurer les peuples, d'autres sources affirment que l'empereur octogénaire aurait signé la déclaration de guerre en disant : « Une guerre préventive, c'est comme un suicide par peur de la mort ».

Par ailleurs, suivant la tradition, François-Joseph aurait demandé au pape Pie X de bénir ses armées. Le Saint-Père lui aurait répondu : « Je ne bénis que la paix ».

Tous les membres du complot furent condamnés à l'emprisonnement, sauf Danilo Ilić, qui fut pendu, étant le seul majeur (en Autriche-Hongrie, la peine de mort ne pouvait être appliquée qu'à des condamnés ayant au moins 21 ans). Čabrinović mourut de la tuberculose en prison. Princip succombe également à une tuberculose contractée dans sa cellule le 28 avril 1918.

Dans son ouvrage consacré à "l'Histoire des Habsbourg", l'historien Henry Bogdan mentionne :

" Un hommage inattendu fut rendu plus tard à François-Joseph par le président Poincaré[8] « c'était un souverain riche de bonnes intentions...Il n' a pas voulu le mal, il n'a pas voulu la guerre mais il s'est entouré de gens qui l'ont faite. »"[9].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (fr) « Page du Figaro du lundi 29 juin 1914 relatant le double attentat contre l'archiduc d'Autriche et sa femme en Bosnie », sur Le Figaro,,‎ 29 juin 1914.
  2. (en) « Gavrilo Princip, biography », sur www.bookrags.com (consulté le 28 juin 2010)
  3. a, b, c, d, e et f Frédéric Le Moal, La Serbie, du martyre à la victoire 1914-1918, éditions 14-18 (ISBN 978-2-916385-18-1) page 35
  4. Frédéric Le Moal, La Serbie, du martyre à la victoire 1914-1918, éditions 14-18 (ISBN 978-2-916385-18-1) page 33
  5. Frédéric Le Moal, La Serbie, du martyre à la victoire 1914-1918, éditions 14-18 (ISBN 978-2-916385-18-1) page 34
  6. Un témoin sarajévien raconte que le « fait que la bombe n'ait pas atteint sa cible s'explique par le sang-froid de François-Ferdinand en la prenant de ses propres mains et en la jetant dans la rue… Je n'en croyais pas mes yeux. »
  7. L'envoi d'enquéteurs autrichiens dans le pays est considéré par Belgrade comme une violation de la constitution et de la loi sur la procédure criminelle Source WIKIPEDIA :SERBIE : Attentat de Sarajevo. chapitre 2 article 2-6-1 ligne 13 Renvoi 38 et 36
  8. "Raymond Poincaré : "Au service de la France", Paris, 1932
  9. Henry Bogdan : "Histoire des Habsbourg, des origines à nos jours", Perrin, 2002

Sources[modifier | modifier le code]

  • Jean des Cars, « L'attentat de Sarajevo », La Nouvelle Revue d'Histoire, no 56, septembre-octobre 2011, p. 54-56.
  • Vladimir Dedijer, La Route de Sarajevo, Ed. Gallimard, 1969, 482 p.
  • Albert Mousset, Un drame historique - L'attentat de Sarajevo : documents inédits et texte intégral des sténogrammes du procès, Ed.Payot, 1930.
  • (en) Clive Ponting, Thirteen Days, Chatto & Windus, Londres, 2002.
  • Jean Guerreschi, Montée en première ligne, Julliard, 1988, 484 p.
  • Michèle Savary, La vie et mort de Gavrilo Princip, L'Age d'Homme 2004.
  • Dušan T. Bataković (dir.), Histoire du peuple serbe, Lausanne, L'Age d'Homme 2005.