Christian IV de Danemark

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Christian IV
Christian IV peint par Pieter Isaacsz (1611-1616) ; tableau de la collection du château de Frederiksborg
Christian IV peint par Pieter Isaacsz (1611-1616) ; tableau de la collection du château de Frederiksborg
Titre
Roi de Danemark et de Norvège
4 avril 158828 février 1648
59 ans, 10 mois et 24 jours
Prédécesseur Frédéric II
Successeur Frédéric III
Biographie
Dynastie Maison d'Oldenbourg
Date de naissance 12 avril 1577
Lieu de naissance Frederiksborg
Date de décès 28 février 1648 (à 70 ans)
Lieu de décès Copenhague
Père Frédéric II de Danemark
Mère Sophie de Mecklembourg-Güstrow
Conjoint Anne-Catherine de Brandebourg
Christine Munk
Enfant(s) Frédéric III de Danemark

Christian IV de Danemark
Monarques de Danemark
Monarques de Norvège

Christian IV (né le 12 avril 1577 à Frederiksborg - mort le 28 février 1648 à Copenhague), roi de Danemark et de Norvège, fils de Frédéric II et de Sophie de Mecklembourg-Güstrow, succède au trône de Danemark et de Norvège à la mort de son père le 4 avril 1588, n'atteignant sa majorité que le 17 août 1596. Il ne règne véritablement qu'à partir de 1610.

Un jeune homme politique ambitieux et un roi réformateur[modifier | modifier le code]

Christian IV est un homme cultivé dans un monde raffiné, il parle facilement, en plus de sa langue maternelle, l'allemand, le latin, le français et l'italien. Naturellement joyeux et accueillant, il se délecte d'une société animée mais il est également passionné, irritable et sensuel. Il a du courage, un profond sens du devoir, un amour immodéré du travail, un zèle curieux, et le sens de l'invention d'un réformateur né.

La cour du jeune roi, beau-frère du roi d'Angleterre et de l'électeur de Saxe, est l'une des plus joyeuses et magnifiques d'Europe. C'est d'abord le temps de l'insouciance ou de l'intérêt spécifique vers la marine, mais il prend les affaires du royaume en main après 1610. Durant la première partie de son règne, des forteresses sont construites par les ingénieurs allemands le long des rivages et des vastes frontières de son royaume. La flotte royale danoise, qui en 1596 comprenait vingt-deux unités, comprend en 1610 soixante vaisseaux, certains construits d'après les plans de Christian lui-même.

Soucieux d'exploiter les ressources lointaines à l'aide des capacités de sa flotte militaires et des arsenaux danois produisant des gros navires transporteurs, il fonde une compagnie des Indes orientales à Copenhague en 1616. L'ambition politique porte très vite son attention vers l'Allemagne, avec un objectif double :

  • obtenir le contrôle des grandes rivières allemandes, l'Elbe et la Weser afin d'assurer sa domination sur les mers nordiques, et
  • acquérir les anciens évêchés allemands de Brême et Verden comme apanages pour ses plus jeunes fils.

Ses ambitieux objectifs lui font installer la douane de Glücksbourg pour contrôler le trafic de l'Elbe et créer Altona pour asphyxier le commerce d'Hambourg.

L'armée et la Guerre de Kalmar[modifier | modifier le code]

La réforme de l'armée qu'il contrôle à titre personnel est plus complexe, les régiments étant composés de troupes recrutées pour la plupart parmi la paysannerie des domaines de la couronne. Notons qu'il la finance le plus souvent sans apport de subsides de la diète, donc sur les ressources de sa cassette personnelle.

Sa première expérience avec son armée nouvellement réorganisée est un succès car s'il a recruté à vil prix des troupes norvégiennes, composés d'hommes pauvres, ses officiers ont su les équiper et former. Dans la guerre contre la Suède, généralement connue sous le nom de « Guerre de Kalmar », Christian contraint Gustave II Adolphe de Suède à lui céder, lors du traité de Knäred du 20 janvier 1613, la Laponie suédoise et à verser une forte rançon pour les deux forteresses qu'il a conquises.

La guerre de Trente Ans[modifier | modifier le code]

Neutre au début du conflit, le souverain danois s'inquiète de la déroute des forces protestantes dans l'Empire. S'il tire habilement profit de l'inquiétude des Protestants allemands après la bataille de la Montagne Blanche en 1620, pour assurer à son fils Frédéric l'autorité sur Brême en (septembre 1621), étape suivie en novembre par un arrangement similaire au sujet de Verden, il comprend que son statut de prince allemand, sa fonction de directeur de cercle de Basse Saxe en tant que duc de Holstein, ne justifie pas cette attitude. D'ailleurs, si, dans le même temps, Hambourg est forcée de reconnaître la souveraineté danoise sur le Holstein, Christian IV souverain protestant allié des Stuarts, reçoit des subsides anglais.

La montée des Catholiques dans le nord de l'Allemagne pendant et après 1623 oblige maintenant Christian, pour des raisons purement politiques, à intervenir directement dans la guerre de Trente Ans. Il reste cependant à l'écart un certain temps, tout en livrant une armée complète au camp protestant, financée sur ses fonds propres. Il ne veut engager à l'aveugle le royaume de Danemark.

Mais les sollicitations pressantes des puissances occidentales, et surtout sa crainte de voir Gustave II Adolphe de Suède le supplanter en tant que leader de la cause protestante amènent le royaume de Danemark à entrer en lice fin 1624 dans la guerre contre le Saint-Empire romain germanique et la Ligue catholique, sans aucune garantie d'aide des autres puissances. La phase danoise de la Guerre de Trente Ans s'ouvre.

Le 9 mai 1625 Christian quitte le Danemark pour le front, avec à sa disposition entre 19 000 et 25 000 hommes, avec lesquels il remporte quelques batailles face à Wallenstein, général des Impériaux. Mais il ne sait tirer aucun avantage de ses victoires et se contente de résister à la poussée des armées de la ligue en Allemagne du Nord. Se contente-t-il d'assurer l'hégémonie danoise sur les évêchés de Brême et de Verden ?

Les Impériaux, humiliés et vengeurs, se réorganisent et le 27 août 1626, le roi timoré est mis en déroute par le comte de Tilly à la bataille de Lutter-am-Barenberge. Une série de revers danois s'accumule : durant l'été 1627, Tilly et Wallenstein, détruisant, pillant et brûlant tout sur leur passage, occupent les duchés de Schleswig et de Holstein ainsi que la péninsule du Jutland.

La situation est catastrophique, mais Wallenstein s'est aussi installé solidement en Mecklembourg et en Poméranie, et les Impériaux de prétendre dominer la Baltique au nom de l'Empereur. Cette arrogance provoque les puissances de la mer Baltique et irrite le roi suédois Gustave Adolphe. Dans l'urgence, le 1er janvier 1628, Christian forme une alliance avec les Suédois, par laquelle Gustave II Adolphe doit porter secours au Danemark. Peu après une armée et une puissante flotte suédo-danoise contraignent Wallenstein à lever le siège de Stralsund. Ainsi grâce à cette contre-attaque, le Danemark évite l'invasion, mais Wallenstein Christian peut alors conclure avec l'Empereur, en mai 1629, la Paix de Lübeck sans aucune diminution de territoire.

Les affaires étrangères de la fin de la Guerre de Trente Ans[modifier | modifier le code]

Le statu quo n'existe que pour le Danemark. La Guerre connaît sa phase suédoise. Les Suédois, continuant la guerre au profit de la cause protestante, estiment que leur défense de la mer Baltique leur ouvre des droits sur les détroits. Les Danois s'offusquent. La diplomatie française essaie en vain de reconstituer durablement une alliance dano-suédoise. Elle ne l'abandonnera qu'après les pourparlers de 1679.

Entre 1629 et 1643, Christian gagne en popularité et influence. Durant cette période, il obtient à nouveau le contrôle de la politique extérieure du Danemark et de la douane du Sund. Il espère même accroître encore son pouvoir avec l'aide de ses beaux-fils, Corfitz Ulfeldt et Hannibal Sehested qui occupent le devant de la scène.

Même au plus bas de sa fortune, Christian ne perd jamais espoir de la retrouver. La situation en Europe entre 1629 et 1643 offre d'infinies possibilités pour les politiciens en mal d'aventure. Le roi Christian n'est pas un véritable chef d'État, et est incapable de mener une politique cohérente. Il ne peut ni se concilier la Suède, son plus dangereux ennemi, ni s'en protéger par un jeu de contre-alliances. Le prince joue la carte de la paix, inlassable médiateur entre catholiques et protestants au cours des dernières phases de la guerre.

En offrant sa médiation en faveur de l'Empereur, après la mort de Gustave Adolphe en 1632, il tente aussi de minimiser l'influence de la Suède en Allemagne. Il y gagne quelques avantages mineurs. Mais sa politique scandinave est si irritante et vexatoire que les hommes d'État suédois se persuadent que la guerre avec le Danemark est seulement une question de temps et au printemps 1643, le moment leur semble venu.

Les intrigues de la cour au sortir de l'engagement militaire en Allemagne[modifier | modifier le code]

Statue de Christian IV à Kristiansand, Norvège

Christian IV est alors un homme brisé. Son action est temporairement ralentie par l'accumulation de déboires. Non seulement dans ses espoirs politiques, mais aussi dans sa vie privée en plein naufrage. Au cours de l'année 1628 il découvre une liaison scandaleuse entre sa femme, Christine Munk et l'un de ses officiers allemands. Il la renvoie ; elle tente de cacher son déshonneur en prétendant une liaison entre le roi et Vibeke Kruse, une domestique. En janvier 1630, la rupture est définitive et Christine se retire dans ses domaines du Jutland. Christian finit par reconnaître que Vibeke est effectivement sa maîtresse. Les enfants de Vibeke deviennent les ennemis naturels des enfants de Christine Munk, et la haine des deux familles n'est pas sans influencer l'histoire du Danemark.

La guerre dano-suédoise de 1643 à 1645, une sortie de la Guerre de Trente Ans ?[modifier | modifier le code]

Les Suédois sont maintenant en mesure, grâce aux conquêtes de la guerre de Trente Ans, d'attaquer le Danemark au sud et à l'est. L'alliance hollandaise les préserve en mer, et une attaque du Danemark empêche d'utiliser les négociations de paix imminentes au préjudice de la Suède. En mai, le Conseil privé suédois décide la guerre. Le 12 décembre le Maréchal Lennart Torstenson venant de Bohême, traverse la frontière sud du Danemark. À la fin janvier 1644, toute la péninsule du Jutland est en sa possession. Cette attaque tout à fait inattendue, menée du début jusque la fin avec une grande habileté et la rapidité de l'éclair, a un effet paralysant sur le Danemark. Heureusement pour ses sujets, au milieu de la plus grande impuissance et confusion, Christian IV voit quel est son devoir et a le courage de l'accomplir. Le roi diplomate sait se prémunir de l'autre front catholique : il conclut une alliance avec les Impériaux qui lui offrent l'appui des troupes de Gallas.

Dans sa soixante-sixième année, il montre une fois de plus une part de l'incroyable énergie de sa jeunesse triomphante. Jour et nuit, il travaille à lever des armées et à équiper la flotte. Heureusement pour lui, le gouvernement suédois diffère les hostilités en Scanie jusqu'en février 1644, si bien que les Danois sont capables de préparer leurs défenses et sauver la forteresse primordiale de Malmö. Torstensson est incapable de joindre le Jutland à la Fionie par manque de moyens de transport et la flotte auxiliaire hollandaise partie à sa rescousse est battue entre les îles de Sylt et Rømø sur la côte occidentale du Schleswig par la flotte danoise. Une autre tentative de transporter Torstensson et son armée vers les îles danoises est contrecarrée par Christian IV en personne le 1er juillet 1644. Ce jour-là, les deux flottes s'affrontent au large de Kolberge Heide, au sud-est de la baie de Kiel. Christian y montre un héroïsme qui lui gagne la sympathie de la nation danoise et rend son nom fameux dans des chansons et récits. Lorsqu'il se trouve sur le pont de la « Trinité », une balle suédoise fait exploser un canon proche et des éclats de bois et de métal blessent le roi en 13 endroits différents, lui aveuglant un œil et le projetant sur le pont. Il se relève immédiatement, crie d'une voix forte qu'il va très bien et se fait un devoir de rester au poste sur le pont jusqu'à la fin de la bataille.

La nuit sépare les deux flottes sur un match nul même si la flotte danoise montre sa supériorité en bloquant les bateaux suédois dans la baie de Kiel. La fuite de la flotte suédoise et l'anéantissement de la flotte danoise par les efforts combinés de navires suédois et hollandais après un combat opiniâtre entre Fehmarn et Lolland à la fin septembre, épuisent les ressources militaires du Danemark et obligent Christian à accepter la médiation de la France et des Provinces-Unies.

Les Suédois menés par Baner sont victorieux et le désastre danois est constaté. La paix est finalement signée à Brömsebro le 8 février 1645. Le Danemark doit céder les provinces norvégiennes de Jämtland, Härjedalen et Älvdalen ainsi que les îles de Gotland et de Ösel en mer Baltique. En outre dans les termes du traité, la Suède de la reine Christine est désormais exemptée du péage du Sund prélevé sur les bateaux étrangers passant par les eaux danoises de la Baltique. En plus de ceci, la Suède reçoit la province de Halland pour une période de 30 ans comme garantie de ces dispositions, possession définitivement confirmée par la suite lors du traité de Roskilde.

Dernières années de paix et héritage d'un roi moribond[modifier | modifier le code]

Les dernières années du roi sont assombries par le désaveu par la diète, par les différends avec ses beaux-fils et surtout avec le plus ambitieux d'entre eux, Corfitz Ulfeldt. Le 21 février 1648, à sa demande, il est amené en civière de Frederiksborg près de sa bien-aimée Copenhague, où il meurt une semaine plus tard. Ses derniers mots, recueillis par son médecin, auraient été : Døden, døden, ce qui signifie : « La mort, la mort ».

Malgré le fait que Christian disposait de toutes les qualités des grands princes, il n'a jamais atteint la grandeur attendue. Il a privilégié son propre plaisir, que celui-ci prenne la forme de l'amour ou de l'ambition. À l'apogée de sa jeunesse, son esprit et sa passion de l'aventure lui permettent de surmonter tous les obstacles. Mais à la fin de sa vie, il cueille les fruits amers de son manque de self-contrôle et meurt en vieil homme fatigué et au cœur brisé.

Mariages et descendance[modifier | modifier le code]

Couronnement de Christian IV (1596)

Christian se marie le 27 novembre 1597 avec Anne-Catherine de Brandebourg (née le 26 juillet 1575 à Wolmarstädt - morte le 8 avril 1612 à Copenhague), une des filles de Joachim III Frédéric de Brandebourg duc de Prusse, électeur de Brandebourg. La reine meurt quatorze ans plus tard, après avoir donné à Christian six enfants :

Avant le décès de la reine, Christian a une relation, de 1610 à 1613, avec Chritine Madsdatter (Kirsten Madsdatter) (morte en 1613) qui lui donne un enfant :

Il a ensuite une nouvelle relation, de 1613 à 1616, avec Karen Andersdatter (morte en 1673 à Copenhague). Ils ont au moins deux enfants :

Trois ans après la mort de sa première épouse, le 31 décembre 1615, Christian se marie avec Christine Munk (Kirsten Munk) (née le 6 juillet 1598, morte le 19 avril 1658 à Horsens), fille de Ludvig Munk et d'Ellen Marsvin de Landskrona, avec laquelle il a douze enfants :

Après sa séparation de Christine Munk, le roi commence une nouvelle relation avec Vibeke Kruse (Wiebke Kruse) (née vers 1605 - morte en 1648 à Copenhague), avec laquelle il a encore deux enfants :

Généalogie[modifier | modifier le code]

Christian IV de Danemark appartient à la première branche de la Maison d'Oldenbourg. Cette lignée donna des rois à la Norvège, à la Suède et au Danemark ; elle s'éteignit en 1863 au décès de Frédéric VII de Danemark.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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(en) « Christian IV de Danemark », dans Encyclopædia Britannica, 1911 [détail de l’édition] [lire en ligne]