Albert Ier du Saint-Empire

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Albert Ier et Albert de Habsbourg.
Albert Ier du Saint-Empire

Albert Ier de Habsbourg, né en , mort le 1er mai 1308, fut duc d'Autriche et de Styrie, d'abord conjointement avec son frère Rodolphe II (1282-1283), puis avec son propre fils Rodolphe III (1298-1307), puis seul de 1307 à sa mort.

Biographie[modifier | modifier le code]

Duc d'Autriche[modifier | modifier le code]

Il était le premier fils et deuxième enfant de Rodolphe Ier de Habsbourg (1218-1291), comte de Habsbourg, landgrave de Haute-Alsace (1237-1273), roi des Romains (1273-1291), et de Gertrude de Hohenberg (v. 1230-1281). Il fut à son tour élu roi des Romains en 1298, qualité qui lui fut reconnue en 1303 par le pape Boniface VIII. Il n'eut pas le temps d'être sacré empereur.

À l'issue de la victoire du Marchfeld sur Ottokar II de Bohême en 1282, son père le fit avec son frère Rodolphe duc d'Autriche et de Styrie. Mais l'année suivante, par le serment de Rheinfelden, Albert demeura seul duc, Rodolphe devant hériter de fiefs du sud-ouest de l'Allemagne, ce qui d'ailleurs n'advint jamais (il mourut en 1290). Avec sa politique dynastique consistant à préférer ses clients aux familles autochtones, en particulier les comtes de Wallsee, Albert se fit rapidement des ennemis. Dès 1291 la Styrie se soulevait, suivie en 1295 par la noblesse d'Autriche.

En 1295 il se remit miraculeusement d'une intoxication inexpliquée. Albert fut d'abord pris de crampes. Ses médecins lui administrèrent des remèdes et parvinrent à soulager la douleur ; mais les coliques devenant de plus en plus violentes, il perdit conscience. On le suspendit par les jambes pour tenter de faire s'écouler le poison hors du corps. Le prince survécut à cette expérience, mais y perdit un œil[1].

À Vienne même, Ottokar II était plus populaire, ne serait-ce que par les relations commerciales de l'Autriche avec la Bohême. En 1296 Vienne obtint une nouvelle charte, la première rédigée en allemand. Rodolphe Ier demanda à Albert de devenir corégent d'Allemagne, afin de rendre la couronne de roi des Romains héréditaire au profit des Habsbourg ; mais cela, ni les princes électeurs, en particulier l'électeur palatin, ni les princes-archevêques rhénans ne le permirent. Déjà en 1290, après l'assassinat de Ladislas IV, il avait échoué à faire reconnaître son fils Rodolphe comme roi de Hongrie, sa mort prématurée (1291) metttant un terme au projet.

Roi des Romains[modifier | modifier le code]

À la mort de Rodolphe Ier en 1292, c'est Adolphe de Nassau qui fut élu Roi des Romains. Albert, aux prises avec la noblesse rebelle de ses propres duchés, s'entremit peu dans les affaires impériales au cours des années suivantes. Mais lorsqu'en 1298 Adolphe fut déposé, Albert s'imposa comme son successeur : le 2 juillet 1298, Adolphe de Nassau trouva la mort face à l'armée des Habsbourg à la bataille de Göllheim. Par mariage, Albert Ier se garantit la paix avec Philippe le Bel, avec lequel il y avait jusque là conflit pour contestation de frontière. Sur le partage de la Pologne, il parvint de même à un accord avec Venceslas II de Bohême : tandis que le roi de Bohême annexait la plus grande partie du défunt royaume à ses terres, il acceptait de reconnaître Albert Ier comme son suzerain. Mais la puissance montante des Habsbourg faisait des mécontents, au premier rang desquels les palatins et princes-archevêques rhénans, ainsi que le pape Boniface VIII. Albert n'obtint l'approbation papale qu'en 1303, non sans d'importantes concessions, notamment des abandons de souveraineté en Italie et une sujétion croissante de l'empereur au Saint-Siège. Cependant Albert repoussa la proposition de couronnement impérial que lui offrait Boniface. Son chancelier était Jean de Strasbourg, prince-évêque d'Eichstätt et de Strasbourg.

Une unification politique de l'Europe centrale sous la couronne des Habsbourg paraissait désormais plausible, d'autant plus qu'Albert était parvenu, à la mort du roi Venceslas II (4 août 1306), dépourvu d'héritier, à imposer son fils Rodolphe comme roi de Bohême. Comme les corps constitués de Bohême se rebellaient et décidèrent de chasser le prétendant, Albert dut les réduire à l'obéissance.

Mais l'année suivante réservait de sérieux revers pour les ambitions hégémoniques des Habsbourg. La mort prématurée de Rodolphe porta le comte Henri de Carinthie au trône de Bohême. La bataille de Lucka, conséquence d'une contestation sur les fiefs de Thuringe et de Misnie, se solda par la défaite d'Albert Ier d'Autriche contre les fils d'Albert le dégénéré, prince de Wettin. Lorsque, le 31 mai 1307, Albert Ier déboucha de l'Ostmark avec toute son armée, Thierry IV de Lusace et Frédéric Ier de Misnie, à la tête de la chevalerie du Brunswick, des milices urbaines et de paysans en armes, lui infligèrent une défaite décisive.

Un état insurrectionnel[modifier | modifier le code]

L’assassinat d’Albert Ier, d’après la Chronique autrichienne des 95 règnes (1495-98).

Dans le conflit qui l'opposait aux princes allemands sur la question des octrois, Albert continua d'attaquer jusqu'à la soumission des archevêques et du comte palatin du Rhin ; mais le pape Boniface faisait toujours obstacle à la dissolution du collège électoral. Puis les révoltes en Souabe, Bade, Alsace et Suisse reprenaient de plus belle. Plusieurs des capitulations négociées par Albert demeurèrent sans effet.

Albert mourut assassiné en 1308, non loin de son château fort de Windisch. Les assassins étaient son cousin Jean de Souabe (qui à la suite de ce meurtre fut surnommé Jean le Parricide), les barons Rudolf von Wart[2],, Rudolf von Balm, Walter von Eschenbach et Konrad von Tegernfeld. Albert était sur le chemin du retour lorsque ses agresseurs sortirent de leur embuscade ; son neveu Jean (le fils de son infortuné frère Rodolphe) le chargea et sans un mot le frappa de l'épée à la tête. Jean de Souabe avait, conformément au serment de Rheinfelden, renoncé à la couronne d'Autriche, et était devenu duc de Souabe, d'Alsace et d'Argovie. Selon certaines chroniques, le motif de la participation de Jean de Souabe à l'assassinat aurait été le non-paiement de l'indemnité de renoncement ; selon d'autres, le mécontentement d'un héritier. La veille du meurtre, Jean participait encore à un banquet donné par Albert à Neftenbach près de Winterthour. À la fin du banquet, Albert avait fait porter à chacun de ses hôtes une couronne de fleurs : Jean aurait jeté la sienne au visage de son oncle, criant qu'il était assez grand pour qu'on lui donne son dû, et non des fleurs[1].

Frédéric le Bel, fils d'Albert, prit la succession des duchés, mais c'est Henri VII de Luxembourg qui fut élu roi des Romains, la Maison de Luxembourg conservant la couronne (avec deux interruptions : Louis de Bavière et Robert du Palatinat) jusqu'en 1437.

Henri VII fit inhumer Albert aux côtés de son rival, Adolphe de Nassau, dans la Cathédrale de Spire.

Mariage et descendance[modifier | modifier le code]

En 1274, il épousa Élisabeth de Tyrol (v. 1262-1312), fille de Meinhard IV de Gorizia (1238-1295), comte de Tyrol, et d'Élisabeth de Bavière (1227-1293). De cette union naquirent onze enfants:

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Cf. article de Sigrid-Maria Größing sur Albert Ier dans le Kronen Zeitung du 25 novembre 2007
  2. Rudolf von Wart écrit également Rodolphe de Warth

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Précédé par Albert Ier Suivi par
Adolphe Ier
Armoiries empereur Albert Ier.svg
Roi des Romains
1298-1308
Henri VII
Rodolphe Ier
Austria coat of arms simple.svg
Duc d'Autriche et de Styrie
1282-1308
Frédéric Ier et Léopold Ier