Histoire du Monténégro

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Le Monténégro sous la dynastie des Balšićs
Le Monténégro sous la dynastie des Crnojevićs

Le Monténégro, bien qu'étant le dernier État à avoir obtenu en Europe son indépendance[1], possède une longue histoire de plusieurs siècles.

Préhistoire[modifier | modifier le code]

Antiquité[modifier | modifier le code]

Des colonies grecques s'établirent sur la côte du Monténégro au cours du VIe siècle et VIIe siècle av. J.-C. Puis au IVe siècle av. J.-C. les Celtes s'y installent.

Le Monténégro est peuplé par des tribus illyriennes dès le IIIe siècle av. J.-C. et un royaume illyrien y naquit avec pour capitale Skadar.

Les Romains montèrent plusieurs expéditions punitives contre les pirates de la côte monténégrine puis la conquirent vers 168 après J.-C. Plus tard, en 297, le Monténégro fut rattaché à la province de Dalmatie supérieure. En 395, il fut rattaché à l'Empire romain d'Orient. Aux Ve et VIe siècles le Monténégro fut ravagé par les invasions avars et goths.

Des tribus slaves (qui se mélangèrent par ailleurs aux tribus précédentes) commencèrent à affluer, tout en s'organisant politiquement, dans la région dès la fin du VIIe siècle.

Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Dioclée.
Blason de la dynastie des Balšićs.

Bien que les Monténégrins soient issus, sur le plan anthropologique, de peuplements serbes, ils se distinguent tôt dans l'histoire des Serbes actuels, tant sur le plan politique que culturel[2].

Après que des populations serbes, sous la tutelle byzantine, se furent installées dans les Balkans, une confédération se créa à la faveur du déclin temporaire de Byzance et sous la menace de l'Empire bulgare. Ce fut la première principauté serbe, connue sous le nom de Rascie et qui comprenait le territoire diocléen. Cette principauté autonome déclina et Byzance reprit ces territoires temporairement émancipés.

Vers 1040, suite à des soulèvements, la Dioclée obtint son indépendance vis-à-vis de Byzance. En 1077, le pape Grégoire VII la reconnut comme un État indépendant et son roi serbe Mihailo Vojislavljević comme rex Diocleae (roi de Dioclée). Le royaume paya néanmoins un tribut à l'Empire byzantin et plus tard à l’Empire bulgare. La puissance de la Dioclée diminua et devint sujet des grands princes de la Rascie au XIIe siècle, cette dernière venait de s'émanciper formellement de la tutelle byzantine.

La Zeta) - l'appellation Crna Gora (montagne noire) apparaissant sous Stefan Uroš II Milutin pour désigner un territoire plus petit que l'actuel Monténégro -, ne retrouva son indépendance qu'à la suite de la division de l'Empire serbe en 1360 sous la dynastie des Balšić. Il sera sous la tutelle du despotat de Serbie (un des États serbes issu de la dislocation de l'empire) de 1421 à 1456. Une famille noble de la Zeta, les Crnojević, redonnera temporairement l'indépendance au pays avant que le territoire ne tombe sous la tutelle ottomane en 1479. En 1496 le Monténégro est officiellement sous l'autorité du Sultan.

Période ottomane[modifier | modifier le code]

À partir de 1496 les Ottomans s’emparèrent formellement de la région et le Monténégro devint un territoire de l'Empire. Toutefois ils ne réussirent pas à rester maître de ce territoire au relief difficile de manière continue.

En 1516 le dernier prince séculier du Monténégro, Đurađ V Crnojević (en) abdiqua et transféra l’autorité civile au métropolite de Cetinje créant ainsi la fonction de prince-évêque. D’abord sujet à l'élection, cette fonction devint héréditaire et se transmit d’oncle à neveu à partir de 1697 sous la dynastie des Petrović.

En 1702, Danilo I Šćepčev Petrović-Njegoš déclara l'extermination de toutes les populations musulmanes du Monténégro[3],[4], principalement des Musulmans, des Albanais et des Turcs ; cet événement restera dans l'Histoire sous le nom de Vêpres monténégrines. Après ce massacre, le tsar de Russie, Pierre le Grand conclut en 1711 une alliance avec le Monténégro pour lutter contre les Turcs, à qui il venait de déclarer la guerre lors de la campagne du Prout[3]. Après lui, Sava II Petrović-Njegoš (1735-1781) mais surtout Pierre Ier (1782-1830) et Pierre II (1830-1851) consolidèrent les institutions de la principauté.

En 1852 Danilo II (1851-1860) décida de la séparation entre l’Église et l’État abolissant ainsi la fonction de prince-évêque et devint monarque séculier. Grâce à l’aide de l’Autriche, il repoussa les attaques ottomanes et en 1859 une commission internationale délimita les frontières du Monténégro.

Son successeur, Nicolas Ier (1860-1918), fut également confronté aux attaques des troupes ottomanes et en 1862 le Monténégro fut de nouveau soumis à la suzeraineté ottomane. Nicolas Ier réussit néanmoins à reconstituer son armée. À partir de 1876 les Turcs furent battus à plusieurs reprises et finirent par reconnaître l’indépendance et les frontières du Monténégro au congrès de Berlin en 1878.

Le Royaume du Monténégro (1878–1922)[modifier | modifier le code]

Article principal : Royaume du Monténégro.
Extension du territoire monténégrin de 1830 à 1944

En 1905 Nicolas Ier décréta la fin du gouvernement autocratique et octroya une constitution libérale. Il mit sur place un régime parlementaire. Après l'indépendance reconnue internationalement de la Principauté du Monténégro par le Congrès de Berlin, il fut proclamé en 1910 l'établissement du Royaume du Monténégro. Nicolas Ier prit le titre de roi.

En 1912, le Monténégro s’allia à la Grèce, à la Bulgarie et à la Serbie contre l'Empire ottoman. En octobre, symboliquement, le nouveau royaume donne son congé au chargé d'affaires ottoman à Cettigné, ce qui provoque une panique financière chez les grandes puissances, car la guerre devient probable[5].

À la fin de la seconde guerre des Balkans, le pays a presque doublé de superficie. Le traité de Bucarest de 1913 lui octroya la moitié du sandjak de Novi Pazar ainsi que la région de Peć.

Le Monténégro combattit au côté des Alliés durant la Première Guerre mondiale. Le Monténégro fut occupé du 15 janvier 1916 à octobre 1918 par les troupes austro-hongroises. Après la guerre, alors que les troupes serbes stationnaient au Monténégro, une nouvelle assemblée se constitua. Le roi, toujours en exil en France, fut démis de ses fonctions, interdit de retour et l'assemblée, lors d'un vote très contesté, décida d'unifier le Monténégro à la Serbie le 13 novembre 1918[6]. Le Monténégro devint un territoire du Royaume de Serbie le 28 novembre 1918.

Le Monténégro dans l'ensemble des Slaves du sud[modifier | modifier le code]

Au lendemain du conflit mondial, le 1er décembre 1918, le Monténégro, alors au sein du royaume serbe, rejoignit le Royaume des Serbes, Croates et Slovènes, devenu en 1929 le Royaume de Yougoslavie. Lors du vote sur l'union avec la Serbie en 1918, le nom de ceux qui étaient en faveur de ce rattachement figurait sur des listes de papier blanc; celui de leurs adversaires sur des listes de papier vert, d'où leur nom de «Blancs» et de «Verts»[7]. Après le rattachement, les Verts se soulevèrent et le 4 janvier 1919, ils occupèrent la ville de Cetinje. L'insurrection fut écrasée par les troupes alliées présentes dans la région, sous le commandement du général français Venel[8]. Les Verts recoururent alors à une guérilla, impitoyablement réprimée par les Blancs. La lutte dura jusqu'en 1924. Ceux des Verts qui avaient renoncé à la lutte armée formèrent alors un parti fédéraliste monténégrin.

Le Monténégro durant la Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Montenegro during ww2.png

Après l'invasion de la Yougoslavie, l'Italie occupe le Monténégro et tente de créer un nouveau "Royaume". Confrontés à l'insurrection, ils doivent cependant y renoncer et font du territoire un gouvernorat. En septembre 1943, l'Allemagne nazie occupe le pays après la capitulation italienne. En décembre 1944, les Allemands se retirent du Monténégro, dont les Partisans communistes prennent alors le contrôle.

La république yougoslave du Monténégro (1945–2002)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire de la Yougoslavie.

La République socialiste du Monténégro constitua une des républiques fédérées de la République fédérale populaire de Yougoslavie à l’époque communiste, puis en 1963 sous Tito, de la République fédérale socialiste de Yougoslavie. Sous le régime de Milošević et suite à l'effondrement de l'ex-Yougoslavie, le Monténégro fut l'une des deux républiques constitutives de la troisième Yougoslavie.

Vers l'autodétermination[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Serbie-et-Monténégro.

En 2002, sous la pression de l’Union européenne, la Serbie et le Monténégro sont arrivés à un accord sur une union réorganisée pour au moins trois ans. Ce compromis, dit « Accord de Belgrade », prévoyait, entre autres changements, de renoncer définitivement au nom de Yougoslavie pour celui de la communauté d’États de Serbie-et-Monténégro (avec un « -et- » entre les deux noms). Cet accord entra en vigueur en 2003.

À l'issue de cette période moratoire, un référendum sur l’indépendance du Monténégro fut organisé le 21 mai 2006[9],[10], 55,5 % des voix se sont portées sur l’indépendance (motivée par le désir d’une intégration plus rapide dans l’Union européenne et l'OTAN), cet événement annonçant donc la dissolution définitive de ce qui restait de l’ancienne Yougoslavie (dont ne subsisterait que les provinces autonomes serbes de Voïvodine et celle du Kosovo, cette dernière étant placée sous administration de l’ONU en quasi « protectorat »). Le président monténégrin a déjà annoncé vouloir transférer la capitale actuelle de la république de Podgorica vers Cetinje (l’ancienne capitale royale historique).

La Serbie et la Russie ont pris acte des résultats du référendum. Ces deux gouvernements, ainsi que l’UE et l’ONU, ont cependant attendu la proclamation des résultats pour se prononcer officiellement. Dans un communiqué, l’UE (qui avait exigé que l'indépendance soit approuvée par une majorité de 55 % au moins) a constaté la régularité du scrutin.

Le Monténégro depuis son indépendance[modifier | modifier le code]

Carte du Monténégro.

À la suite du référendum du 21 mai, le parlement du Monténégro adopte dans la soirée du 3 juin 2006 une résolution proclamant officiellement l'indépendance du pays, celle-ci entrant immédiatement en application.

Deux jours plus tard, le 5 juin, la Serbie proclame son indépendance en tant qu'État successeur de l'Union serbo-monténégrine. Ce faisant, elle reconnaît de facto l'indépendance du Monténégro.

Le 9 juin, le ministre islandais des Affaires étrangères Geir Haarde a annoncé avoir reconnu le Monténégro comme un pays indépendant et souverain, faisant ainsi de l’Islande le premier pays au monde à reconnaître l’indépendance monténégrine[11]. La Russie lui emboîte le pas le 11 juin, devenant ainsi la première grande puissance à le faire. Elle est suivie dès le 13 juin par les États-Unis, le Royaume-Uni et la France qui ont adopté la même attitude. Le gouvernement serbe reconnaît officiellement l'indépendance du Monténégro le 15 juin.

Le 22 juin, le Monténégro devient le 56e état membre de l'OSCE. Puis le 28 juin, il est admis en tant que 192e État membre de l’ONU.

Le 17 mars 2007, le Monténégro signe un accord de stabilisation et d'association avec l’Union européenne : les signataires sont Olli Rehn, commissaire européen à l'élargissement, et Zeljko Sturanovic, le Premier ministre monténégrin. Le 15 décembre 2008 le Monténégro dépose officiellement sa demande de candidature à l'Union européenne[12]. En 2009 l'OTAN ouvre ses portes au Monténégro en lui concédant un plan d'action en vue de sa future adhésion[13],[14]. Le statut de pays candidat est officiellement reconnu au Monténégro le 17 décembre 2010.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Catherine Lutard, Géopolitique de la Serbie-Monténégro, Editions Complexe,‎ 1998
  • Thierry Mudry, Guerre de religions dans les Balkans, Ellipses,‎ 2005

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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