Histoire de la Slovaquie

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Chronologie[modifier | modifier le code]

  • Août 1944 : déclenchement du soulèvement national slovaque. Après la défaite du soulèvement sur le plan militaire, la résistance armée continue dans les montagnes jusqu'à la fin de la guerre.
  • Mai 1945 : la République tchécoslovaque est restaurée
  • L'hiver de 1946-47 : 44 000 Hongrois sont déportés en Bohême, aux travaux forcés
  • 1947 : 76 616 Hongrois sont expulsés du pays à la suite des décrets du président Beneš.
  • Février 1948 : les communistes prennent le pouvoir lors du Coup de Prague
  • Janvier 1968 : l'ère d'Alexander Dubček commence. En août, les troupes russes accompagnées de quatre autres armées du Pacte de Varsovie occupent la Tchécoslovaquie et écrasent le printemps de Prague. En octobre le pays devient une République fédérale.
  • Novembre 1989 : la Révolution de Velours met fin au pouvoir des communistes.
  • Juin 1990 : premières élections libres depuis 1946
  • 1er janvier 1993 : avec la fin de la République fédérale tchèque et slovaque, la République slovaque indépendante est créée
  • 29 mars 2004 : entrée dans l'OTAN
  • 1er mai 2004 : entrée dans l'Union européenne
  • 1er janvier 2009: la Slovaquie devient le 16e membre de la zone euro.

Avant la slavisation[modifier | modifier le code]

Photo de la Vénus de Moravany
La Vénus de Moravany, datant de 22 800 ans avant Jésus-Christ, jugée par certains comme étant « un des meilleurs produits de l'art du Paléolithique supérieur[1] »

Les premières traces d'êtres humains sur le territoire de l'actuelle Slovaquie datent du Paléolithique, environ 200 000 ans avant J.-C. (un foyer fut découvert près de Nové Mesto nad Váhom). Les premières cités apparurent durant le Paléolithique moyen (entre 200 000 ans et 35 000 ans avant J.-C.), et les premiers artéfacts cultures durant le Paléolithique supérieur (entre 35 000 ans et 8 000 ans avant Jésus-Christ). La géographie locale, ainsi que le climat, semblent avoir été propices au développement humain : d'après le paléontologue John Wymer, « durant le Paléolithique supérieur, les peuples d'Europe de l'Ouest, entre les côtes de l'Atlantique et l'Ukraine, entre 33 000 ans et 9 000 ans avant Jésus-Christ, avaient conçu les communautés les plus efficaces et les plus organisées au monde à l'époque[2] »[3].

L'agriculture apparut en Europe durant le Mésolithique (entre 8 000 ans et 6 000 ans avant J.-C.), mais c'est durant le Néolithique (entre 6 000 ans et 2 900 ans avant J.-C.) que l'activité économique s'intensifia avec le remplacement de la chasse et la cueillette par l'agriculture, et la sédentarisation. Il en fut de même en Slovaquie. Selon Alasdair Whittle, « dans le bassin Carpatique nord (le nord de la Hongrie et la Slovaquie), la sédentarisation commence avec la culture rubanée au milieu du cinquième millénaire avant J.-C., généralement perçue comme la conséquence d'une colonisation du nord des Balkans, mais qui pourrait être aussi être le résultat d'une transformation autonome[4] ». D'autres cultures suivirent, certaines (Lengyel, Baden, Polgár, Jevišovice) que l'on retrouve autre part en Europe, d'autres seulement en Slovaquie (Maďarovská, Mosonská, Únětická, Severopanónská, Stará Dala-Hurbanová, Hatvantská, Cacianska). Avec l'arrivée de l'âge du bronze, les populations commencèrent à domestiquer divers animaux, particulièrement le cheval, et construisirent des communautés plus permanentes (comme celle en pierre trouvée près de Spišský Štvrtok). Un système commercial se développa, avec une influence marquée de la Méditerranée. Avec l'âge du fer, les premiers traces écrites des peuples de la région apparaissent[3].

Les premières traces écrites sur les peuples de la région datent de l'époque des Celtes. Ils arrivèrent des Alpes, de l'est de la France et du centre de l'Allemagne, et s'installèrent dans la région vers la fin du IIe siècle av. J.-C. à l'époque de la civilisation de Hallstatt, et à la suite de leurs liens commerciaux avec les Grecs et les Étrusques, ils introduisirent la civilisation de La Tène dans la région du Danube. Ils construisirent des oppida et furent les premiers à frapper des pièces dans la région. Ils avaient également une organisation politique centrée sur l'oppidum près de l'actuelle Bratislava.

Photo d'une pièce celte de Bratislava, et sa reproduction sur une pièce de cinq couronnes slovaques
Pièce celte représentant Biatec frappée au Ier siècle av. J.-C., et sa reproduction sur une pièce de cinq couronnes slovaques

À la fin du Ier siècle av. J.-C., les tribus celtes de la région, en particulier les Boïens, furent chassés par les peuples germaniques venus du nord, et les Romains venus du sud. Au début du Ier siècle, la région du sud-ouest de la Slovaquie se transforma en champ de bataille entre les légions romaines et deux tribus germaniques, les Marcomans et les Quades. Les Romains attaquèrent le royaume Quadi de Marobod en l'an 6, mais prirent jusqu'en l'an 19 pour finalement les vaincre. Ceci peut être en partie attribué au fait que le territoire de la Slovaquie était alors divisé en 4, multipliant les fronts, avec les Marcomans et les Quades au sud-ouest, la frontière fortifiée du limes au sud le long du Danube, des peuples autochtones au nord et au centre, et les derniers peuples celtes et daces, qui furent finalement assimilés par les Vandales, puis les Slaves. Dans les siècles qui suivent, Marcomans et Quades établissent divers royaumes, et les périodes de paix alternent avec les conflits avec les Romains (à la suite notamment des incursions marcomanes en Pannonie). Ce contact durable permit à la culture romaine d'influencer la culture locale[5].

Du IVe siècle au VIe siècle, pendant les invasions barbares, et particulièrement sous le règne d'Attila le Hun, de nouveaux peuples arrivèrent en Europe. En particulier, vers l'an 500, les Slaves arrivèrent de l'est (bien que certains historiens, comme le Goth Jordanès notèrent leur présence en Hongrie dès le règne d'Attila). Les Marcomans et les Quades furent remplacés par les Gépides et les Lombards, qui furent chassés par les Avars dès 568[5].

Arrivée des slaves et Grande-Moravie[modifier | modifier le code]

Les slaves commencèrent à coloniser dès le Ve siècle, mais durent rivaliser avec les Avars, qui arrivèrent en 568, et qui subjuguèrent les slaves, qui manquaient en expérience militaire, et en organisation politique. En 623, Samo de Bohême, un marchand franc, unifia les tribus slaves de l'ouest de la Slovaquie, de la Moravie et de la Basse-Autriche pour se défendre des Avars. Les slaves en profitèrent pour se libérer de l'influence des Avars, qui venaient de souffrir une défaite aux mains de Byzantins. Il régna avec succès, les défendant avec succès contre les invasions franques de Dagobert Ier, jusqu'à sa mort en 658, quand son royaume retomba sous l'influence avare. Ils le restèrent jusqu'à la défaite des Avars par les Francs en 796[6].

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Statue de Pribina à Nitra

À cette époque, deux principautés slaves sont présentes sur le territoire actuel de la Slovaquie, l'une nommée Morava, centrée sur l'ouest de la Slovaquie et la Moravie, l'autre, Nitra, centrée sur l'ouest et le centre de la Slovaquie, les deux étant indépendantes l'une de l'autre et séparés par les Carpates blanches. Une troisième tribu slave consolide son pouvoir en Pannonie[7].

Lors de la première moitié du VIIIe siècle, des moines irlandais venus de Bavière commencent à christianiser les Slaves, et Arn de Salzbourg et son successeur Adalram continueront cette politique sur ordre de Charlemagne afin d'étendre la sphère d'influence de l'Église et du royaume franc. À la suite du traité de Verdun, la Francie orientale et Louis le Germanique continuent cette politique d'expansion vers l'est et de christianisation des slaves[8].

En 828, la première église chrétienne est construite à Nitra. Pribina, prince de Nitra à l'époque est souvent considéré comme le premier souverain slovaque, car cette conversion sous son règne marque le début des relations slaves avec leur voisins en tant qu'état souverain[8].

En 833, Mojmir Ier, prince de Moravie conquit Nitra, et fonda la Grande-Moravie et la dynastie des Mojmirides[8]. Le nom Grande-Moravie nous vient de Constantin VII Porphyrogénète, empereur byzantin, qui nomma cet état dans son De Administrando Imperio d'après les Sclavi Marahenses, mentionnés dans les Annales regni Francorum et les Annales de Fulda[7].

La Grande-Moravie demeura un état vassal de la Francie orientale, et Louis le Germanique n'hésita pas à influencer la politique grand-morave, profitant de l'instabilité interne due aux relations entre les deux principautés constituantes du royaume. En 846, il mit Rastislav sur le trône à la place de son oncle. Ce dernier étendit son territoire vers l'est, jusqu'à la Bulgarie, poussant les Francs et les Bulgares à s'allier contre lui. En 853-843, il soutint Radbod, margrave de la marche de Pannonie lors de luttes internes franques, ce qui amena Louis le Germanique à envahir. La guerre dura de 855 à 859, sans produire de vainqueur[8].

Afin de se libérer de l'influence franque, en 861 ou 862 Rastislav écrivit au pape Nicolas Ier pour lui demander de créer une province ecclésiastique indépendante des diocèses germaniques qui luttaient pour contrôler la région, et d'envoyer des enseignants religieux parlant le slavon. Sa lettre demeura sans réponse, possiblement tout simplement parce que Nicolas n'avait personne à envoyer[8].

Rastislav se tourna donc en 862 vers Byzance et Michel III en demandant également un évêque. En 863, Constantin (Cyrille) et Méthode, deux frères connaissant le dialecte slave parlé à Thessalonique d'où ils étaient originaires arrivèrent en Grande-Moravie avec quelques disciples[8].

En demandant l'aide de Byzance, que Rastislav savait en guerre contre ses ennemis les Bulgares, il rééquilibrait le jeu des alliances en Europe centrale. De fait, le clergé franc, inquiet d'une incursion dans sa sphère d'influence, se plaignit au roi, qui, avec la Bulgarie, attaqua la Grande-Moravie, mais Byzance répliqua en attaquant la Bulgarie, et la campagne de Louis II ne lui apporta qu'un succès limité : la Grande-Moravie réaffirma la suzeraineté franque. Nicolas Ier, quant à lui, accepta la mission byzantine en Europe Centrale, car il était inquiet de l'indépendance et du pouvoir de l'église à Salzbourg et en Bavière, et approuvait de tout effort pour limiter son pouvoir[8].

Possession hongroise[modifier | modifier le code]

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Le territoire slovaque d'aujourd'hui du XIe siècle a constitué une partie du Royaume de Hongrie (même s'il est temporairement occupé par la Pologne au XIe siècle). Après la chute de Buda en 1541 aux mains des Ottomans, et l'occupation de la Hongrie jusqu'à la fin du XVIIe siècle, Presbourg devient la capitale et la ville de couronnement de la couronne de Hongrie. La Hongrie rejoint l'Empire Habsbourg en 1699.

Au XVIIIe siècle, sous l'influence du panslavisme et face au processus de magyarisation, un nationalisme slovaque voit le jour. En 1847, une version codifiée du slovaque par Ľudovít Štúr est acceptée par catholiques et luthériens (une version codifiée par Anton Bernolák au XVIIIe siècle n'étant accepté que par les catholiques, les protestants utilisant jusqu'alors une version slovaquisée du tchèque - ces concepts panslaves continueront à être soutenus par certains intellectuels, tels que Ján Kollár et Pavel Jozef Šafárik même après 1847).

À la suite du Printemps des peuples de 1848, pendant lequel les Slovaques se rangèrent au côté des Autrichiens contre les Hongrois, le nationalisme slovaque continue à se développer, avec la création de l'association culturelle Matica slovenská en 1863, le Musée national slovaque, et le Parti national slovaque en 1871. Néanmoins, peu après la création de la Double Monarchie en 1867, qui confirma le maintien de la Slovaquie sous contrôle hongrois, ces institutions furent fermées.

Tchécoslovaquie[modifier | modifier le code]

À la suite du traité de Saint-Germain-en-Laye de 1919 mettant fin à la Première Guerre mondiale, la Slovaquie, la Bohême et la Moravie (et jusqu'en 1938 la Ruthénie) ont constitué de au la Tchécoslovaquie. Cette union politique, prônée à Versailles, accordée par le traité de Saint-Germain-en-Laye, démantelée par l'Allemagne nazie et reconstituée en 1945 est partiellement artificielle : la Tchéquie, ancienne possession autrichienne, était un pays plus développé et industrialisé et sa population largement athée tandis que la Slovaquie, ancienne possession hongroise, était plus rurale et profondément catholique, bien que les deux langues soient très similaires (et comprises mutuellement grâce à la télévision d'État bilingue).

Carte des États ayant succédé au démembrement de l'Autriche-Hongrie

L'autonomie slovaque et ruthène reste longtemps un rêve, exception faite des années 1938 - 1939, quand un État slovaque autonome est proclamé à la suite des accords de Munich. En 1939, l'indépendance de la république slovaque dirigée par Mgr Tiso est proclamée sous la pression d'Hitler qui menace de donner la Slovaquie aux Hongrois. L'État sera largement inféodé au Troisième Reich après l'avoir été, d'une certaine façon, à Prague.

Carte administrative de la République slovaque (1939-1945)

Indépendance[modifier | modifier le code]

Le pays redevient indépendant au , trois ans après la « Révolution de velours » de 1989 qui mit fin au régime totalitaire communiste imposé par le « coup de Prague » de , le « Printemps de Prague » de 1968 ayant été interrompu brutalement en août de cette année par l'Union soviétique et ses alliés. Depuis l'indépendance, le pays a poursuivi une politique d'intégration du pays dans les institutions internationales ; la Slovaquie fait partie de l'OTAN depuis le , et de l'Union européenne depuis le . En 2005, le pays fut élu pour la première fois au Conseil de Sécurité de l'ONU. L'euro est sa monnaie depuis le .

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Richard Marsina et al., Slovenske dejiny, Martin, Matica slovenská,‎ 1993, p. 13, cité dans Stanislav J. Kirschbaum, A History of Slovakia : The Struggle for Survival, Basingstoke, Palgrave Macmillan,‎ 2e éd. : 2 mai 2006, 416 p. (ISBN 9781403969293), p. 14 & p.15 : Pre-history
  2. (en) John Wymer, The Paleolithic Age, New York, St. Martin's Press,‎ 1982, p. 268, cité dans Stanislav J. Kirschbaum, A History of Slovakia : The Struggle for Survival, Basingstoke, Palgrave Macmillan,‎ 2e éd. : 2 mai 2006, 416 p. (ISBN 9781403969293), p. 14 & p.15 : Pre-history
  3. a et b (en) Stanislav J. Kirschbaum, A History of Slovakia : The Struggle for Survival, Basingstoke, Palgrave Macmillan,‎ 2e éd. : 2 mai 2006, 416 p. (ISBN 9781403969293), p. 14 & p.15 : Pre-history
  4. (en) Alasdair Whittle, Neolitic Europe : A Survey, Cambridge, Cambridge University Press,‎ 1985, p. 307, cité dans Stanislav J. Kirschbaum, A History of Slovakia : The Struggle for Survival, Basingstoke, Palgrave Macmillan,‎ 2e éd. : 2 mai 2006, 416 p. (ISBN 9781403969293), p. 14 & p.15 : Pre-history
  5. a et b (en) Stanislav J. Kirschbaum, A History of Slovakia : The Struggle for Survival, Basingstoke, Palgrave Macmillan,‎ 2e éd. : 2 mai 2006, 416 p. (ISBN 9781403969293), p. 16-p.18 : Celts, German Tribes and Romans
  6. (en) Stanislav J. Kirschbaum, A History of Slovakia : The Struggle for Survival, Basingstoke, Palgrave Macmillan,‎ 2e éd. : 2 mai 2006, 416 p. (ISBN 9781403969293), p. 18-p.21 : Slavs and Avars
  7. a et b (en) Stanislav J. Kirschbaum, A History of Slovakia : The Struggle for Survival, Basingstoke, Palgrave Macmillan,‎ 2e éd. : 2 mai 2006, 416 p. (ISBN 9781403969293), p. 23-p.24 : The Empire of Great Moravia
  8. a, b, c, d, e, f et g (en) Stanislav J. Kirschbaum, A History of Slovakia : The Struggle for Survival, Basingstoke, Palgrave Macmillan,‎ 2e éd. : 2 mai 2006, 416 p. (ISBN 9781403969293), p. 24-p.26 : The First Princes

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • (en) Stanislav J. Kirschbaum, A History of Slovakia : The Struggle for Survival, Basingstoke, Palgrave Macmillan,‎ 2e éd. : 2 mai 2006, 416 p. (ISBN 9781403969293)
  • (fr) Ľubomír Lipták, Petite histoire de la Slovaquie, Paris, Institut d'Études Slaves,‎ 1996, 127 p. (ISBN 2-7204-0317-2)
  • (fr) Antoine Marès, Histoire des Tchèques et des Slovaques, Librairie Académique Perrin,‎ Nouv. éd. 1 décembre 2004, 484 p. (ISBN 978-2262023232)
  • (en) Robert William Seton-Watson, A History Of The Czechs And Slovaks, Archon Books, Hamden, Connecticut, 1965 (1re éd. Hutchinson & Co., Londres, 1943)