Frédéric III du Saint-Empire

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Frédéric III du Saint-Empire
Frédéric V d'Autriche
L’empereur Frédéric III
L’empereur Frédéric III
Titre
Roi des Romains
Prédécesseur Albert II du Saint-Empire
Successeur Maximilien Ier du Saint-Empire
Empereur romain germanique
Prédécesseur Albert II du Saint-Empire
Successeur Maximilien Ier du Saint-Empire
Archiduc d'Autriche
Prédécesseur Ladislas Ier de Bohême
Successeur Maximilien Ier du Saint-Empire
Biographie
Titre complet Roi des Romains
Duc de Styrie
Duc de Carinthie
Duc de Carniole
Dynastie Habsbourg
Nom de naissance Frédéric de Habsbourg
Date de naissance
Lieu de naissance Innsbruck
Date de décès
Lieu de décès Linz
Père Ernest Ier de Styrie
Mère Cymburge de Masovie
Conjoint Aliénor de Portugal
Enfant(s) Maximilien Ier du Saint-Empire
Cunégonde d'Autriche

Signature

Frédéric III du Saint-Empire
Souverains du Saint-Empire

Frédéric de Habsbourg, né à Innsbruck le , décédé à Linz le fut roi des Romains (1440-1486) puis empereur romain germanique sous le nom de Frédéric III de 1452 à 1493. Son règne est marqué par l'effondrement de l'héritage Habsbourg et l’implosion imminente du Saint-Empire sous les coups conjugués des Ottomans, des Hongrois, des Bourguignons, des hussites et des cantons confédérés de Suisse.

Mais la défaite du duc de Bourgogne, le Téméraire et des hussites, la mort sans héritier du conquérant hongrois Matthias Corvin, et la formation de la ligue de Souabe alliée, ne laissent à son fils Maximilien que la question suisse à régler.

C'est Frédéric III qui définit la devise de la Maison de Habsbourg résumée par le célèbre monogramme A.E.I.O.U. qui correspond en latin à « Austriae est imperare orbi universo » et en allemand à « Alles Erdreich ist Oesterreich untertan (ce qui signifie : « Il appartient à l'Autriche de gouverner le monde »).

Avènement[modifier | modifier le code]

Fils du duc de Styrie Ernest Ier et de Cymburge de Masovie, il est couronné empereur romain germanique à Rome par le pape le 19 mars 1452. Il a épousé quelques jours auparavant l’infante Éléonore de Portugal (1434-1467), fille d'Édouard Ier roi du Portugal, et nièce d'Henri le Navigateur (16 mars). Frédéric III est le dernier empereur à aller se faire couronner à Rome. Il confirme le Privilegium majus pour l’Autriche.

En 1451, en tant que tuteur du prince Ladislas de Bohême et de Hongrie, il confie au chef hussite Georges Poděbrady l'administration du royaume de Bohême, décision entérinée par la diète réunie cette même année et qui lui confie l'intendance du royaume. En 1453, sur proposition de Frédéric III, la diète de Bohême élit Ladislas roi de Bohême, mais comme le nouveau souverain n'a que treize ans, Georges de Poděbrady, malgré ses sympathies hussites, peut poursuivre son administration, cette fois en tant que régent.

L'opposition entre les Tchèques hussites et les catholiques proches du Saint-Empire demeure, mais Georges de Poděbrady se révèle homme de compromis. La mort prématurée du jeune roi Ladislas donne lieu à des rumeurs d'empoisonnement dont les hussites seraient à l'origine. Contesté en Hongrie, Georges de Poděbrady doit libérer le jeune Matthias Huniady, mais le 27 février 1458, la diète des États de Bohême l’élit à l'unanimité roi de Bohême. C'est ainsi que les Habsbourg commencent à perdre pied dans les provinces orientales du Saint-Empire.

Guerre de succession de Hongrie (1457-1477)[modifier | modifier le code]

La mort de Ladislas Ier de Bohême, le , déclenche une guerre de succession entre les barons de Hongrie. Le même jour, Frédéric III hérite du roi défunt de son titre d'archiduc d'Autriche. À la faveur du doute, Georges de Bohême libère Matthias, fils de l'ancien voïvode de Transylvanie, Jean Hunyadi, et avec l'aide de Mihály Szilágyi, propose sa candidature aux barons de la Diète de Hongrie. C'est ainsi que le , Matthias Corvin est élu. Le 14 février, le jeune roi (il n'a alors que 15 ans) fait son entrée à Buda.

Une faction influente de nobles hongrois, menée par le comte palatin László Garai et par le voïvode de Transylvanie, Miklós Újlaki, dénonce l'élection et va trouver Frédéric de Habsbourg pour lui proposer la couronne de Hongrie. Les cérémonies de ce contre-couronnement ont lieu le à Wiener Neustadt, et Frédéric marche sur la Hongrie. Matthias repousse toutefois les armées du Habsbourg, et s'assure l'appui du pape Pie II en lui promettant de monter une croisade contre les Ottomans qui ne verra jamais le jour[1]. Réconcilié avec son beau-père Georges Poděbrady, Matthias Corvin peut se consacrer entièrement à l'affrontement avec le prince autrichien. Menacé par les Ottomans, Frédéric consent en avril 1462 à traiter avec Matthias Corvin, qui de son côté doit faire face à une nouvelle révolte des barons menés cette fois par Victorinus (fils de George Poděbrady). Moyennant des subsides de 60 000 ducats, Frédéric de Habsbourg est reconnu comme roi des Romains et obtient la souveraineté sur quelques comtés de Hongrie ; Matthias, lui, est reconnu par Frédéric en tant que roi de Hongrie.

En 1465, le pape Paul II excommunie le roi hussite George Poděbrady, faisant aux princes voisins un devoir sacré de le déposer. C'est donc de plein droit que le , Matthias Corvin envahit la Bohême mais, anticipant une alliance contre lui entre le roi Georges et Frédéric III, il conclut prudemment la paix le . Le 3 mai, les catholiques du pays élisent même Matthias roi de Bohême, et cette situation contrecarre les vues du pape et de l'empereur Frédéric III, qui préféreraient une partition du royaume. George Poděbrady devance les projets de tous ses ennemis en déshéritant de lui-même son propre fils en faveur de Ladislas, le fils aîné du roi Casimir IV de Pologne, s'assurant astucieusement l'appui de la Pologne.

Conflit entre les Habsbourg et les Confédérés[modifier | modifier le code]

Detail de Aeneas Piccolomini présente Aliénor de Portugal à Frederic III par Pinturicchio (1454-1513)

Au XVe siècle, la maison princière des Habsbourg, à la suite d'une série de défaites contre des villes confédérées, perd presque toutes ses possessions du plateau suisse jusqu'à la vallée de la Fricktal avec la Thurgovie. En 1460, en effet, le pape Pie II excommunie Sigismond de Habsbourg, duc d'Autriche ; plusieurs villes confédérées se liguent avec des villes d'empire d'outre-Rhin comme Rottweil, Mulhouse, Buchhorn et Wangen, à l'exception de Berne, et en profitent pour s'emparer de la Thurgovie, à l'est de Zurich[2]. Dès le , date de la signature de la paix avec l'Autriche qui confirme la possession des pays conquis, ceux-ci sont transformés en bailliages communs[3]. Si la victoire de Waldshut en 1468 permet aux Confédérés d'étendre leur zone d'influence au Sundgau, leur hégémonie régionale ne s'impose vraiment qu’avec la guerre de Bourgogne et la chute de Charles le Téméraire. Même le régent du Tyrol et d'Autriche antérieure, le duc Sigismond d'Autriche, doit reconnaître les possessions des Confédérés par l’Édit perpétuel de 1474. Seul le chef de la maison de Habsbourg, l'empereur Frédéric III , leur reste inexorablement opposé, mais à ce moment il ne règne plus que sur les duchés d'Autriche, de Styrie et de Carinthie. Malgré cela, la Confédération demeurait sous la menace de tentatives de reconquête autrichienne en Argovie et Thurgovie.

Effondrement militaire à l'est[modifier | modifier le code]

La mort soudaine de Poděbrady en mars 1471 entraîne de sérieuses complications. Si une révolte des barons de Hongrie en 1470-71 empêche Matthias Corvin de faire immédiatement main basse sur la Bohême, en 1474 il se remet en marche contre les armées du Saint-Empire.

L'échec du Téméraire devant Neuss, en Rhénanie, redore un temps le blason de l'empereur Frédéric.

De son côté, Frédéric III doit faire face à une offensive de Charles le Téméraire en Rhénanie à la fin de 1474. Ce dernier, parti de Gueldre, doit recevoir l'appui d'un corps expéditionnaire anglais fort de 14 000 fantassins et de 1 500 chevaliers, mais qui ne débarquera aux Pays-Bas qu'à la fin de 1475[4]. D'ailleurs, des pourparlers avec Louis XI ralentissent l'assaut et, au bout de sept mois, l'empereur parvient à regrouper une armée de secours[5]. Louis XI, au lieu d'honorer sa promesse d'envoyer une armée de 20 000 hommes en Rhénanie, contre-attaque plutôt en Picardie et en Artois, s'emparant des villes de Montdidier, Roye et Corbie (1475)[6]. Simultanément, il exhorte le duc Sigismond, la ville de Strasbourg et les cantons suisses à faire la paix entre eux ; le duc Sigismond, avec l'aide des Suisses, reprend par la force le comté de Ferrette, en Alsace, qu'il avait mis en gage à Charles le Téméraire[5]. Au bout d'un an de siège infructueux (1475), le duc de Bourgogne doit lever le siège de Neuss pour faire face aux Français en Picardie[7]. En récompense, Frédéric III accorde aux bourgeois de Neuss le droit de monnayage.

En 1477, Frédéric III, lâché par les ducs de Bavière, finit par perdre tous ses fiefs de Hongrie, et est contraint de courir le pays en demandant l'hospitalité aux monastères qu'il trouve sur sa route. Il n'a plus d'autre choix que de concéder à Matthias Corvin un armistice sans conditions. Au terme des derniers pourparlers, l'empereur doit verser une indemnité de guerre énorme, reconnaître définitivement son adversaire comme roi légitime de Hongrie à condition que la couronne revienne aux Habsbourg s'il n'a pas de descendant mâle (ce qui paraît fort peu probable à l'époque, Matthias ayant épousé sa troisième femme Béatrice le ).

L'oubli de ces promesses par l'empereur pousse Matthias Corvin à lui déclarer pour la troisième fois la guerre en 1481. Le roi de Hongrie s'empare bientôt de toutes les forteresses du domaine héréditaire d'Autriche. Finalement, le , à la tête de 8 000 soldats expérimentés, il entre en triomphe dans Vienne, qui devient désormais sa capitale. Puis la Styrie, la Carinthie et la Carniole tombent l'une après l'autre ; Trieste n'est sauvée que par l'intervention d'un corps expéditionnaire vénitien.

Divisions croissantes dans le Saint Empire[modifier | modifier le code]

Frédéric III en fuite, Matthias consolide ses positions par des alliances conclues avec les ennemis du prince Habsbourg, les ducs de Saxe et les Wittelsbach de Bavière, les cantons confédérés de Suisse et l'archevêque de Salzbourg, formant ainsi le principal bloc politique en Europe centrale. Or, dès 1485, le duc Albert IV de Bavière s’était adjoint les fiefs des seigneurs d'Abensberg dont la lignée était éteinte ; en 1486 il avait annexé à son duché la ville d'Empire de Ratisbonne ; en 1487 il épouse Cunégonde d'Autriche, la fille de Frédéric III et finalement hérite de son cousin Simon le Riche toute la Souabe Habsbourgeoise (Haute-Autriche), de sorte que sa puissance devient énorme. Le neveu de Frédéric III, Sigismond d'Autriche, met en gage le comté de Tyrol auprès du duc de Bavière et lui vend en 1487 l'Autriche antérieure à l'exception du Vorarlberg.

Carte de l'Autriche antérieure, fief Habsbourg du vieux duché de Souabe.

Dans ces circonstances dramatiques, Frédéric III fait placer Sigismond sous tutelle et expulse tous les nobles apparentés aux Wittelsbach de leurs terres. La montée en puissance inexorable des ducs de Bavière préoccupe désormais non seulement l'empereur, mais également les seigneurs de Souabe et des États de Straubing, ainsi que la bourgeoisie des villes d'Empire : pour contrer les Wittelsbach, les villes d'empire d'Allemagne méridionale, la confrérie des chevaliers de Saint-George, le comte de Würtemberg, les États de Sigismond, l'Autriche antérieure et le Tyrol s'unissent à leur tour à l'instigation des Habsbourg en 1488 en une ligue de Souabe. En outre, l’empereur Frédéric III frappe de mise au ban Albert IV et la ville de Ratisbonne. Pour assurer sa succession et capter l'héritage de Bourgogne, il se résout à faire élire en 1486 son fils Maximilien Ier Roi des Romains.

Les cantons confédérés déclinent l'invitation qui leur est faite de se joindre à cette union sacrée : il y a ainsi désormais trois grandes puissances militaires en Allemagne, à savoir la ligue de Souabe, les confédérés et le duché de Bavière. Pourtant, Albert IV, pressé de tous côtés, se décidera finalement à restituer tous ses héritages et la paix sera signée à Augsbourg (1492).

Descendance[modifier | modifier le code]

Frédéric épousa Aliénor de Portugal dont il eut :

La puissance croissante de son gendre bavarois finit par le préoccuper, de sorte qu'il le frappa finalement d'interdit pour l'amener à négocier. Il laissa à son fils Maximilien une situation difficile à régler en Bavière.

Frédéric III est l'arrière-grand-père de l'empereur Charles Quint.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voir à ce sujet Nicolas Machiavel, Histoires florentines, vol. VII, éditions Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », « IX- Vains efforts de Pie II pour une croisade », p. 1301-02
  2. J.-J. Bouquet, Histoire de la Suisse op. cit., coll. « Que sais-je ? » page 28
  3. Cf. N. Morard in Nouvelle histoire de la Suisse et des Suisses, Lausanne, Payot,‎ 1982 (réimpr. 1986, 1991), 3 vol. (ISBN 2-60103-017-8), p. 273
  4. Commynes, livre IV, chap. 1.
  5. a et b Commynes, livre IV, chap. 2.
  6. Commynes, livre IV, chap. 3.
  7. Commynes, livre IV, chap. 4.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • [1] Lettres patentes de Louis XI, Paris, le 17 avril 1476 (Ratification de l'alliance avec l'Empereur contre le duc de Bavière, comte Palatin du Rhin).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Maximilien Ier
Ladislas Ier
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