Héréros

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Héréros

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Un groupe de femmes héréros

Populations significatives par région
Drapeau de la Namibie Namibie 164 000
Drapeau de l’Angola Angola 135 000
Drapeau du Botswana Botswana 21 000
Population totale 320 000
Autres
Langues

héréro

Les Héréros sont un peuple africain du groupe linguistique bantou parlant le héréro, constitué actuellement d'environ 320 000 personnes. La plupart d'entre eux vivent en Namibie, et quelques groupes au Botswana où ils occupent des emplois peu qualifiés d'ouvriers agricoles pour les ruraux, ou de domestiques ou vendeurs de rues pour les citadins. En Angola, quelques groupes apparentés aux Héréros, peu nombreux, mènent la vie traditionnelle des peuples pasteurs.

En 1904, les Héréros se sont soulevés contre la colonisation allemande de leur territoire (le Sud-Ouest africain). Ils ont été alors victimes d'une répression féroce dirigée par le général Lothar von Trotha, auteur d'un ordre d'extermination à leur encontre. Ainsi, entre 1904 et 1911, la population héréro du Sud-Ouest Africain est passée de 80 000 à 15 000 individus.

Ethnonymie[modifier | modifier le code]

Selon les sources, on rencontre les variantes suivantes : Cattle-Dama, Dama, Damara, Dimba, Hereros, Herrero, Ochiherero, Ovaherero, Tjiherero, Vieh-Dama[1].

Galerie[modifier | modifier le code]

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Histoire[modifier | modifier le code]

La période précoloniale[modifier | modifier le code]

C'est vers 1550 que les Bantous Ovambos, Kavangos et Héréros traversent le fleuve Cunene et commencent à coloniser le Sud-Ouest Africain[2].

Église héréro de Okahandja fondée en 1870 par les missionnaires allemands

À partir des années 1824, les Oorlams (« Hottentots coloniaux » ou petits Namas) — des métis de Namas et d'Afrikaners — qui fuyaient les lois discriminatoires de la colonie du Cap et l'expansionnisme des colons européens émigrent dans le centre de l'actuelle Namibie et se rendent maîtres de la région située entre le fleuve Orange et la Swakop, chassant les quelques missionnaires allemands de la région. Forts de leur organisation en commando militaire, ils n'ont guère de difficultés à s'imposer aux autres Namas, aux Héréros et aux Damaras (réduits en esclavage). En 1842, des missionnaires allemands, Hugo Hahn et Heinrich Kleinschmidt, s'établissent à Winterhoek. Ils forcent les Héréros à conclure une paix inégale avec les Oorlams[3].

En 1850, le conflit est de nouveau ouvert entre les Héréros et les Oorlams. Les Héréros sont vite réduits à l'état de vassaux. Ils s'allient alors aux Namas pour tenter de renverser le pouvoir de Jonker Afrikaner mais sans succès. Mais après la mort en 1861 de Jonker Afrikaner, la coalition des Héréros et des Namas, armée par des marchands suédois, finit par venir à bout des Oorlams.

En 1870, la paix est enfin signée entre les Héréros du chef Maharero et Jan Jonker Afrikaner, le fils cadet de Jonker, consacrant la suprématie nouvelle des Héréros.

La période coloniale[modifier | modifier le code]

En 1884, tout le territoire entre le fleuve Cunene et le fleuve Orange sont placés sous protectorat allemand lors du partage de l'Afrique par les puissances occidentales à la conférence de Berlin en 1884. La proclamation est faite sur place par l'explorateur allemand Gustav Nachtigal.

En 1885, Heinrich Göring succède à Nachtigal avec la mission de représenter l'ordre allemand alors qu'il n'a que deux assistants et aucune armée à sa disposition.

Après la bataille d'Osona où les Héréros infligent une cuisante défaite aux Namas de Hendrik Witbooi avec lesquels ils sont en guerre depuis 1880 (bataille d'Etusis, ), le chef Maharero signe son premier traité de protection avec le commissaire allemand Göring tout comme les Basters de Rehoboth (issus des unions entre Boers et Namas au XVIIIe siècle).

En 1885, les Héréros revendiquent les terres où l'explorateur William Worthington Jordaan a fondé avec 45 familles de Dorslandtrekkers la république de Upingtonia dans la région de Grootfontein et d'Otavi. Le 30 juin 1886, Jordaan est assassiné par un Ambo, mettant fin à l'éphémère république. Le commanditaire de l'assassinat reste inconnu malgré la mise en cause de Maharéro. Les terres sont alors rachetées par une compagnie allemande.

En 1889, le gouvernement allemand envoie le capitaine Curt von François dans le Sud-Ouest Africain à la tête d'un contingent militaire. Il débarque avec vingt et un soldats allemands à Walvis Bay où il retrouve le haut commissaire allemand, Heinrich Göring, qui avait dû se résoudre à se placer sous la protection britannique après la dénonciation par Maharero du traité de protection. Après avoir installé ses quartiers à Otjimbingwe, von François conquiert Tsaobis, puis Heusis et renouvelle le traité de protection avec Maharero.

Son successeur, Samuel Maharero entreprend dès l'année suivante une politique de collaboration renforcée avec les troupes coloniales et cède une partie de ses terres en échange de produits européens.

Theodor Leutwein (assis à gauche), Zacharie Zeraua (2e à gauche) et Manassé Tyiseseta (assis, 4e à partir de la gauche), 1895

En 1890, von François fait construire à Winterhoek, germanisé en Windhuk, un fort (Alte Feste) destiné à être le quartier général des forces coloniales du Reich. Le lieu est situé entre les territoires namas et héréros.

En 1893, le chef nama Hendrik Witbooi tente sans succès de former une alliance avec les Héréros contre les Allemands. Quand il accepte finalement de placer les namas sous la suzeraineté allemande pour devenir notamment d'efficaces auxiliaires de l'armée coloniale, les Héréros qui avaient jusque là participé à la répression de toute rébellion, commencent à s'éloigner de la puissance coloniale, exaspérés par la peste bovine, les exactions des colons et l'affranchissement de leurs serfs Damaras.

En 1903, la première réserve indigène pour les Héréros est créée.

La guerre des Héréros[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Massacre des Héréros.
Héréros ayant survécu après avoir fui à travers l’aride désert d’Omaheke.

En 1904, les Héréros sont victimes de ce que certains historiens[4] estiment être le premier génocide du XXe siècle, perpétré par les Allemands dans leur colonie du Sud-Ouest africain.

Après avoir vainement tenté de rallier à sa cause les chefs des tribus voisines, Samuel Maharero soulève seul son peuple contre les colons allemands. L'affranchissement des serfs Damaras aurait été la principale cause du soulèvement selon certains historiens (les Damaras seront auxiliaires de l'armée allemande et seront récompensés par l'octroi de 6 000 m2 de terres pour leur contribution à la répression de la révolte).

Le 10 janvier 1904, il attaque une garnison basée à Okahandja. Disposant de six mille fusils, ils sabotent les voies de chemin de fer et incendient les fermes. Près de soixante colons allemands sont tués dans un premier temps puis encore cent vingt-trois civils allemands.

Héréros enchaînés lors de la rebellion de 1904.

Le 11 février 1904, Theodor Leutwein cherche à négocier avec Maharero mais il est désavoué par le gouvernement allemand. Leutwein met en garde le commandement allemand contre toute politique d'extermination des Ovaherero alors que la presse allemande, diffusée dans le Sud-Ouest Africain, ne cesse d'appeler au démantèlement des structures indigènes, encourageant a contrario les tribus à gagner la rébellion. Leutwein refuse l'anéantissement total de tout un peuple, et parle de fanatisme à propos des partisans de l'annihilation totale des tribus rebelles.

En mai 1904, Leutwein tente encore de trouver un accord de paix alors que le général Lothar von Trotha, nommé par l'Empereur Guillaume II pour rétablir l'ordre dans la colonie, est en route avec d’importantes troupes de renfort depuis l'Allemagne pour prendre le commandement de la troupe coloniale.

Leutwein fait imprimer en Otjiherero une proclamation appelant à une reddition des Héréros, qui ne souffriraient que d'un juste châtiment[5].

À son arrivée, von Trotha met fin immédiatement aux négociations en cours. Leutwein est relevé du commandement de la Schutztruppe en juin 1904, avant de céder à la fin de l'année sa fonction de gouverneur du Sud-Ouest Africain au Général von Trotha.

La répression des Héréros est menée par le général Lothar von Trotha qui débarque avec d’importantes troupes de renfort. La guerre contre les Héréros fait alors rage depuis cinq mois.

En août 1904, lors de la bataille de Waterberg, il fait encercler les Héréros de trois côtés, ne leur laissant qu’une seule issue pour fuir : le désert du Kalahari. Alors que les Héréros essayent d’y trouver refuge, von Trotha fait empoisonner les points d’eau, dresse des postes de garde à intervalles réguliers avec ordre de tirer sans sommation à la vue de chaque Héréro, homme, femme ou enfant. L’ordre officiel d’extermination (Vernichtungsbefehl) du général von Trotha est : « Chaque Héréro trouvé à l’intérieur des frontières allemandes, armé ou non, en possession de bétail ou pas, sera abattu ».

En quelques semaines les Héréros meurent par dizaines de milliers de soif et de faim dans le désert Omaheke ; selon Serge Bilé, il y a environ 60 000 morts, mais la fourchette la plus courante situe ce nombre entre 25 000 et 40 000. Il y a eu également 10 000 Namaquas tués, et 1 749 morts allemands (soldats et civils).

Les survivants sont enfermés dans des camps de concentration inspirés de ceux faits par les Britanniques en Afrique du Sud contre les Boers quelques années plus tôt. La moitié des prisonniers sont morts en captivité.

En 1911, il reste officiellement 15 130 Héréros dans le pays.

Quand les actions de von Trotha sont connues de l’opinion publique allemande, un mouvement de répulsion s’empare de la population, ce qui amène le chancelier Bernhard von Bülow à demander à l'Empereur Guillaume II de démettre von Trotha de son commandement, ce qui fut fait le 19 novembre 1905.

La période sud-africaine[modifier | modifier le code]

En 1945, le chef coutumier des Héréros, Hosea Kutako, participe avec le chef Frederick Maharero à la création du conseil tribal héréro, pour protester contre la politique sud-africaine dans le Sud-Ouest africain. À l'époque, l'Afrique du Sud demande l'annexion de tout le Sud-Ouest Africain qu'il administre depuis 1920 en vertu d'un mandat de la Société des Nations.

En , Clemens Kapuuo, du conseil des chefs héréros, participe à la fondation de la South West African National Union (SWANU) mais le chef du conseil héréro, Hosea Kutako, échoue à prendre le contrôle du parti. La SWANU reste néanmoins dominée par l'ethnie héréro et affiche une idéologie socialiste non marxiste.

Le , les héréros Clemens Kapuuo (chef adjoint du conseil des Héréros), Mburumba Kerina et Hosea Kutako, fondent la National Unity Democratic Organisation (NUDO), de tendance traditionaliste, marquant la fin de leur appartenance à la SWANU. Il s'agit pour eux de proposer la mise en place d'un état fédéral fondé sur les vieilles régions tribales du Sud-Ouest Africain.

En 1968, en application de la politique d'apartheid et du rapport de la commission Odendaal de 1964, le bantoustan du Hereroland est créé. Il devient autonome le .

Le , Clemens Kapuuo succède à Hosea Kutako en tant que chef des Ovaherero.

En , le ministre de l'administration bantou, M.C. Botha, met fin à un projet de délocalisation des tribus Ovaherero dans le homeland du Hereroland Est. Ce faisant, Botha met fin à la mise en œuvre des conclusions du rapport Odendaal, et amène Kapuuo à rejoindre les pourparlers constitutionnels à venir de la Conférence de la Turnhalle (annoncées depuis novembre 1974).

Le , l'Alliance démocratique de la Turnhalle (DTA) est fondée et présidée par Clemens Kapuuo et Dirk Mudge, un homme politique blanc réformateur. Le , Clemens Kapuuo est assassiné par des inconnus à Katutura dans la banlieue de Windhoek, y provoquant ainsi qu'à Okakarara de nombreux affrontements entre Ovambos et les Ovaherero. C'est un autre Héréro, Kuaima Riruako, qui lui succède au poste de président de la DTA.

Le Hereroland est dissous en mai 1989 dans les régions namibiennes d'Omaheke et d'Otjozondjupa.

Lors des élections de novembre 1989 pour l'assemblée constituante, la DTA recueille 28 % des suffrages, et le statut d'opposition officielle face à la SWAPO triomphante de Sam Nujoma. En remportant néanmoins 14 des 23 districts du pays, la DTA bénéficie de l'appui massif des Héréros (66,4 % dans le Hereroland).

Personnalités héréros[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Source RAMEAU, BnF [Bibliothèque nationale de France]
  2. Christian Bader, La Namibie, Karthala, p. 58
  3. Christian Bader, La Namibie, Karthala, p. 47-50
  4. ainsi Joël Kotek, Le génocide des Herero, symptôme d'un Sonderweg allemand ?, article paru dans la Revue d'histoire de la Shoah, Violences de guerre, violences coloniales, violences extrêmes avant la Shoah, no 189, juillet-décembre 2008.
  5. « You well know that after you have risen against your protector, the German Kaiser, nothing else awaits you but a fight to the death. Until then I cannot stop the war. However, you can stop the war, by coming over to me, handing in your guns and ammunition and receiving your expected punishment. … »

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Rachel Anderson, Redressing Colonial Genocide Under International Law: The Hereros' Cause of Action Against Germany, 93 CALIF. L. REV. 1155 (2005)
  • (en) Carl Hugo Linsingen Hahn, The native tribes of South-West Africa : The Ovambo - The Berg Damara - The bushmen of South West Africa - The Nama - The Herero, Cape Times Ltd., Le Cap, 1928, 211 p.
  • (fr) Horst Drechsler, Le Sud-Ouest africain sous la domination coloniale allemande : la lutte des Hereros et des Namas contre l'impérialisme allemand, 1884-1915, Akademie-Verlag, Berlin RDA, 1986, 283 p.
  • (fr) Carine Gillouin, Une histoire des grands hommes : anthropologie historique de la communauté Héréro (Namibie) 1840-1993, EHESS, Paris, 1999, 400 p. (thèse)
  • (fr) Berliner Zeitung du 13 janvier 2004 : In Namen der Hereros - article de Maritta Tkalec, repris dans le numéro de Courrier international du 12 février 2004.
  • (fr) Christian Bader, La Namibie, Karthala, 1997
  • (fr) Joël Kotek, Le génocide des Herero, symptôme d'un Sonderweg allemand ?, article paru dans la Revue d'histoire de la Shoah, Violences de guerre, violences coloniales, violences extrêmes avant la Shoah, n°189, Juillet-décembre 2008.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]