Frédéric II du Saint-Empire

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Frédéric II du Saint-Empire
Frédéric II et son faucon représentés dans son livre De arte venandi cum avibus (De l'art de chasser au moyen des oiseaux)
Frédéric II et son faucon représentés dans son livre De arte venandi cum avibus (De l'art de chasser au moyen des oiseaux)
Titre
Frédéric Ier roi de Sicile Armoiries de Manfred de Sicile
11981250
Prédécesseur Henri Ier
Successeur Conrad Ier
Frédéric VII duc de Souabe
12121216
Prédécesseur Othon IV du Saint-Empire
Successeur Henri II de Souabe
Roi de Germanie
avec Henri II de Souabe 1220-1235,
puis Conrad IV 1237-1250
12121250
Prédécesseur Otton IV
Successeur Conrad IV
Empereur du Saint-Empire Armoiries des empereurs de la maison des Hohenstaufen
12201250
Prédécesseur Otton IV du Saint-Empire
Successeur Grand interrègne 1250-1273
Frédéric Ier roi de Jérusalem Armoiries du royaume de Jérusalem
avec Isabelle II de Jérusalem 1225-1228,
puis Conrad IV 1232-1250
12251250
Prédécesseur Jean de Brienne
Successeur Conrad IV
Biographie
Dynastie Hohenstaufen
Date de naissance 26 décembre 1194
Lieu de naissance Jesi
Date de décès 13 décembre 1250 (à 55 ans)
Lieu de décès Fiorentino (Sicile)
Sépulture Cathédrale de Palerme
Père Henri VI du Saint-Empire
Mère Constance de Hauteville
Conjoint Constance d'Aragon
Isabelle II de Jérusalem
Isabelle d'Angleterre
Bianca Lancia
Enfant(s) Henri (1) Conrad (2) Marguerite de Sicile (3) Constance (4) Manfred (4)

Frédéric II du Saint-Empire

Frédéric II de Hohenstaufen[1], né le 26 décembre 1194 à Jesi près d'Ancône et mort le 13 décembre 1250 à Fiorentino (près de San Severo) régna sur le Saint-Empire romain germanique de 1220 à 1250. Il fut roi de Germanie, roi de Sicile et roi de Jérusalem.

Il connut des conflits permanents avec la papauté et se vit excommunié par deux fois. Le pape Grégoire IX l'appelait « l'Antéchrist ».

Il parlait au moins six langues : le latin, le grec, le sicilien, l'arabe, le normand, l'allemand[2]. Il accueillait des savants du monde entier à sa cour, portait un grand intérêt aux mathématiques et aux beaux-arts, se livrait à des expériences scientifiques (parfois sur des êtres vivants), édifiait des châteaux dont il traçait parfois les plans. De par ses bonnes relations avec le monde musulman, il mena à bien la sixième croisade — la seule croisade pacifique — et fut le second à reconquérir les lieux saints de la chrétienté, après Godefroy de Bouillon.

Dernier empereur de la dynastie des Hohenstaufen, il devint une légende. De ses contemporains, il reçut les surnoms de Stupor Mundi (la « Stupeur du monde ») et de « prodigieux transformateur des choses »[3], au point qu'on attendit son retour après sa mort. Dans la conscience collective, il devint « l'Empereur endormi » dans les profondeurs d'une caverne, celui qui ne pouvait avoir disparu, celui qui dormait d'un sommeil magique dans le cratère de l'Etna[4]. Son mythe personnel se confondit par la suite avec celui de son grand-père Frédéric Barberousse : la légende du XIIIe siècle se déplaça du volcan sicilien à la montagne du Kyffhäuser au XVe siècle, et Frédéric II fut remplacé par Frédéric Ier Barberousse. Son charisme était tel qu'au lendemain de sa mort, son fils, le futur roi Manfred Ier de Sicile, écrivit à un autre de ses fils, le roi Conrad IV, une lettre qui commençait par ces mots : « Le soleil du monde s'est couché, qui brillait sur les peuples, le soleil du droit, l'asile de la paix[5] ».

Une enfance sicilienne[modifier | modifier le code]

Il était le fils de l'empereur Henri VI et de Constance de Hauteville, elle-même fille de Roger II de Hauteville, premier roi normand de Sicile. Alors que sa mère avait 40 ans[6], sa naissance eut lieu en public, sous une tente dressée sur la place principale de Jesi[7]. L'accouchement menaçait de tourner au drame lorsque l'on fit appel à deux médecins arabes qui sauvèrent la mère et l'enfant.
Frédéric-Roger fut élu roi des Romains en 1196, à la demande de son père, pour assurer la continuité dynastique des Hohenstaufen au trône impérial. Cependant, Henri VI mourut brutalement en 1197 et l'impératrice mourut en 1198 alors que Frédéric II n'était encore qu'un enfant de trois ans. Constance ne revendiqua pas les droits de l'enfant en Germanie, où les grands, soucieux d'éviter une minorité comme celle d'Henri IV, se tournèrent vers le frère du défunt : Philippe de Souabe fut élu en 1198 roi des Romains, en place de son neveu. Le pape lui suscita immédiatement un concurrent, le Welf Othon IV. Frédéric-Roger, lui, était seulement roi de Sicile, comprenant alors l'île et la majeure partie de l'Italie méridionale au sud des États pontificaux. Constance, en mourant, confia la tutelle de l'enfant et du royaume au pape Innocent III jusqu'à sa majorité. Frédéric passe sa jeunesse à Palerme et à quatorze ans, il épouse Constance d'Aragon, âgée de onze ans de plus que lui.

Othon IV fut couronné empereur romain germanique par Innocent III en 1209 mais quand Othon IV perdit la faveur du souverain pontife, ce dernier soutint à la Diète d'Empire de Nuremberg de 1211 l'élection de Frédéric comme roi de Germanie et excommunia Othon IV. Mais ce titre de roi de Germanie, qui était un préalable à la couronne impériale, ne signifiait rien tant qu'Othon IV demeurait empereur, jusqu'à sa défaite à la bataille de Bouvines en 1214.

Les premières années du règne de Frédéric II[modifier | modifier le code]

La prise de pouvoir de l'enfant d'Apulie[modifier | modifier le code]

L'empereur Frédéric II.

En 1211, une assemblée de princes et évêques du sud de l'Allemagne réunis à Nuremberg élut Frédéric roi. En 1212, il fit couronner son fils Henri roi de Sicile, le pape ne souhaitant pas l'union de la Sicile et l'Empire. Puis Frédéric partit avec une modeste suite, traversant Rome, l'Italie, les Alpes pour arriver à Constance, où il devança Othon IV de trois heures seulement. Il rallia ensuite les princes de la Souabe et de la Haute-Rhénanie, évitant les combats. Confirmé comme roi par une grande assemblée à Francfort le 5 décembre 1212, il fut couronné en la cathédrale de Mayence le 9 décembre par l'archevêque Siegfried II d'Eppstein, avec une copie des insignes, encore détenus par Othon IV. Battu à Bouvines, ce dernier y perdit son trésor, dont les insignes impériaux qui furent renvoyés à Frédéric par le roi Philippe II de France. Reconnu par tous les princes, Frédéric fut à nouveau sacré à Aix-la-Chapelle le 23 juillet 1215 par l'archevêque de Mayence. L'élection fut reconnue par Innocent III au quatrième concile du Latran[8]. Lors du couronnement d'Aix-la-Chapelle, Frédéric utilisa le manteau royal de Roger II de Sicile, qui devint alors le manteau de sacre des empereurs, l'un des insignes impériaux utilisé par la suite jusqu'au XVIIIe siècle par quarante-sept empereurs. Le manteau est aujourd'hui conservé à la Schatzkammer (chambre du trésor) de Vienne avec les autres insignes et le trésor des rois de Sicile.

Le pape Honorius III couronna finalement Frédéric II empereur à Rome en 1220. Cela devait être la fin de l'entente entre l'Empire et la papauté puisque Frédéric II n'avait pas l'intention de séparer ses deux héritages, la Sicile maternelle et la Germanie paternelle. Frédéric renouvela le serment d'allégeance envers la papauté, confirma le versement d'un tribut annuel de 1 000 pièces d'or par la Sicile, et promit de partir en croisade dans les lieux saints. Toutes ses promesses lui permirent d'asseoir son pouvoir solidement.

En Germanie, Frédéric II accorda à quatre-vingt-dix évêques et abbés royaux, une charte, la Confoederatio cum principibus ecclesiasticis de 1220, dans laquelle il confirma l'abandon des droits de dépouille; il renonça aussi à influencer les élections, à exercer ses droits régaliens sur les territoires ecclésiastiques comme la construction de châteaux, les tonlieux... Il donna aux princes laïcs le Statutum in favorem principum de 1232 qui en faisait les maîtres de la justice dans leurs domaines[9].
Son règne fut très largement occupé par les affaires italiennes et les conflits avec la Ligue lombarde puis la papauté. Il séjourna en Germanie de 1212 à 1220, en laissant ensuite le gouvernement à son fils Henri VII, enfant de six ans élu roi des Romains. Il y revint pour faire face en mai 1235 à la rébellion d'Henri qu'il emprisonna[10], et continua par la suite de gouverner à travers ses représentants. Héritier du royaume normand de Sicile qu'il tenait de sa mère, Frédéric II le réorganisa en un État centralisé de caractère moderne doté d'un droit rénové (Constitution de Melfi). Il s'en servit comme appui pour tenter de soumettre le royaume d'Italie.

La croisade[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Sixième croisade.
L'empereur Frédéric et le sultan Muhammad al-Kamil.

Lors de son couronnement à Aix-la-Chapelle le 25 juillet 1215, Frédéric avait promis au pape de partir en croisade. Son vœu reprenait en fait celui de son grand-père et de son père. Mais son échec devant la résistance des communes lombardes en 1225-1226 retarda son départ. Or, la papauté espérait desserrer l'étau que faisait peser l'empereur du Saint-Empire sur ses États pontificaux en éloignant l'ambitieux souverain[6]. Frédéric fut donc excommunié par Grégoire IX en 1227 pour ne pas avoir honoré sa promesse de lancer la sixième croisade. Il partit l'année suivante alors que son excommunication n'était pas levée. Sa brève croisade se termina en négociations et par un simulacre de bataille avec le sultan Malik al-Kamel (« le Parfait »), avec qui des liens d'amitié s'étaient tissés, et par un accord, le traité de Jaffa. Il récupéra sans combattre la ville de Jérusalem et se couronna lui-même roi de Jérusalem le 18 mars 1229. Il s’embarque pour l’Italie le 1er mai, laissant les États latins d'Orient sans roi résident, en proie à la guerre civile entre ses partisans et ses opposants[11].

L'affirmation du pouvoir impérial[modifier | modifier le code]

En 1231, il promulgua les Constitutions de Melfi ou Liber Augustalis[12], un recueil des lois de son royaume qui devait unifier les lois complexes de l'Empire, soumis aux droits régaliens multiples que possédaient les princes et autres souverains du Saint-Empire. Ce recueil n'avait pour autre but, sous couvert d'une uniformisation des systèmes politico-judiciaires, que d'empêcher la mainmise des petits seigneurs sur les villes et leurs corps de métiers. Le Liber Augustalis, s'ouvre sur l'énumération des titres de Frédéric. Il est Imperator Fridericus secundus, Romanorum Caesar semper Augustus, Italicus Siculus Hierosolymitanus Arelatensis, Felix victor ac triumphator. À travers la présence des titulatures romaines, on peut voir la volonté d'affirmer le pouvoir impérial. Frédéric fit frapper des monnaies d'or, les « augustales ». Sur l'une des faces, entourée de l'inscription IMP. ROM. CAESAR AUG, il était représenté, à l'instar des empereurs romains, vêtu du manteau impérial avec une couronne de laurier sur la tête. Sur l'autre face, figurait l'aigle impériale avec l'inscription Fridericus[6]. Frédéric II, comme les empereurs romains, affirmait sa domination sur le monde mais il n'avait pas les moyens de sa prétention. Il se heurtait aussi au pape, qui depuis le XIe siècle voulait imposer à l'Occident son dominium mundi.

La lutte avec la papauté[modifier | modifier le code]

Le conflit entre Frédéric et le pape Grégoire IX, puis Innocent IV, reprit. Les cités italiennes de Lombardie qui prirent parti pour Frédéric constituaient le groupe dit des gibelins et les cités plus nombreuses qui s'opposèrent au pouvoir impérial et s'allièrent au pape était les guelfes (parfois, l'opposition entre les factions des guelfes et gibelins traversait la même ville selon les alliances politiques). Il triompha des villes lombardes le 27 novembre 1237 à Cortenuova. Sûr de sa force, il offensa alors le pape, à qui il réclamait une partie des villes lombardes en récompense de sa victoire, et écrivit aux Romains pour leur rappeler leur grandeur passée du temps de l'Empire romain.

Dès les années 1237-1238, il suit de près les affaires en Provence en nommant un vice-roi en Arles, puis en 1240 en demandant au comte Raymond VII de Toulouse d'intervenir militairement[13] contre le comte Raimond Bérenger IV de Provence et Jean Baussan, archevêque d'Arles.

Bulle de l'empereur Frédéric II donnant à Raymond VII, comte de Toulouse, le Comtat Venaissin et diverses autres terres, 8 septembre 1234. Archives nationales AE/I/1 n°1

En 1244, Innocent IV fuit Rome et annonce la déposition de l'empereur au premier concile de Lyon, accordant même à ceux qui partiraient en guerre contre lui le statut de croisés. Le pape montrait ainsi qu'il était le maître du pouvoir temporel aussi bien que spirituel puisqu'il pouvait priver un souverain de son pouvoir politique[14]. Les évêques électeurs proclamèrent alors en 1246 empereur le landgrave de Thuringe Henri le Raspon, qui vainquit Conrad IV à la bataille de la Nidda (5 août 1246) mais mourut en 1247. L'anti-roi suivant fut le comte Guillaume II de Hollande, élu roi des Romains le 3 octobre 1247, qui prit Aix-la-Chapelle et y fut couronné le 1er novembre 1248, mais sans s'imposer en Germanie. La guerre civile continua, indécise en Germanie comme en Italie. Frédéric II mourut en 1250 avant d'en avoir vu la conclusion. Il repose dans la cathédrale de Palerme auprès de ses aïeux normands de Sicile et de sa première épouse, Constance d'Aragon[6]. Son tombeau a été ouvert en 1781 et en 1998 : il contient la dépouille de l'empereur, d'un homme identifié comme Pierre III d'Aragon et d'une femme inconnue. Les analyses ADN envisagées en 1998 furent un échec.

Ordre de Frédéric II, empereur d’Allemagne, à ses officiers du royaume de Sicile de fournir à Louis IX, pendant tout le temps qu’il sera en Terre sainte, les armes, chevaux et vivres qui lui seront nécessaires, donné à Lucera en novembre 1246. Archives nationales AE/I/1/4

La fauconnerie[modifier | modifier le code]

Aigle, camée en sardonyx, cour de Frédéric II, vers 1240, Bibliothèque nationale de France, Paris.

Frédéric II est l'auteur d'un manuel de fauconnerie, De arte venandi cum avibus (De l'art de chasser au moyen des oiseaux) dont la préface contenait un éloge de l'expérience contre les théories de l'école. L'ouvrage débordait largement la simple fauconnerie et contenait aussi une partie sur l'anatomie des oiseaux. Ainsi les différentes positions des ailes durant le vol y étaient-elles remarquablement décrites. Les illustrations situées dans les marges étaient d'une grande qualité pour l'époque. Ce livre, du fait des opinions de Frédéric II, fut mis à l'index par l'Église et ne reparut qu'à la fin du XVIe siècle. Les ornithologues n'en découvriront l'intérêt qu'au XVIIIe siècle. Selon l'historien allemand Ernst Kantorowicz, sa passion pour les faucons, nourrissait sa conviction de pouvoir atteindre n'importe quelle cible, un sentiment de toute-puissance que ces prédateurs avaient le don de faire naître en lui.

Une large ouverture d'esprit[modifier | modifier le code]

L'empereur polyglotte fit preuve tout au long de son règne d'une large ouverture d'esprit[15] et d'un avant-gardisme indiscutable, tout en n'oubliant pas son pouvoir. Ainsi il affronta le soulèvement des communautés musulmanes de Sicile en 1224, et les envoya ensuite à Lucera dans les Pouilles. La ville leur fut dédiée, rassemblant près de 20 000 habitants.
Au cours des croisades, il sut s'intéresser à la culture arabe. Il tenta notamment de concilier les deux partis (croisés et jihad) afin d'instaurer une paix durable et une cohabitation pacifique. Au prix de nombreux efforts, il faillit atteindre cet objectif mais une crise interne à l'empire le rappela en Europe, ne lui laissant pas le temps d'achever son travail, et il dut se contenter d'une trêve. Il eut des échanges diplomatiques intenses avec le sultan d'Égypte Al-Khamil avec qui il signa un traité, et fut ami de son envoyé l'émir Fakhreddin.

Ensuite, en 1241, Frédéric II promulgua un édit autorisant la dissection de cadavres humains[16], s'opposant ainsi à l'Église, qui, privilégiant l'intégrité corporelle de l'être humain, s'empressera d'annuler l'édit à sa mort. Auparavant, dès le XIe siècle, à la célèbre école de Salerne par exemple, l'anatomie était enseignée d'après celle du porc, ou d'après les schémas établis par Galien au IIe siècle... En effet, depuis le IIIe siècle av. J.-C., époque où les médecins et anatomistes grecs Érasistrate et Hérophile avaient connu leur heure de gloire, aucun professeur de médecine en Occident n'avait disséqué de cadavre humain, car la religion interdisait la mutilation des corps. La levée de cet interdit par l'édit permit à l'italien Mondino à Bologne de perfectionner certaines notions de l'anatomie humaine.

Selon les "Cronaca" du moine sicilien Salimbene, Frédéric fit aussi l'expérience de faire élever deux enfants en dehors de tout contact humain afin de comprendre d'où venait le langage : leurs serviteurs n'avaient pas le droit de leur parler. Il le fit dans le but de savoir si les petits parleraient latin s'ils n'avaient aucune influence extérieure. Les deux enfants moururent[17].

Frédéric était féru de poésie, de mathématiques et de sciences naturelles. Il put rencontrer à Pise Leonardo Fibonacci, avec qui il rechercha des solutions à divers problèmes[6]. Il écrivit à des savants et philosophes musulmans et appela à la cour ceux qui lui paraissaient devoir être utiles. Il attira aussi en Sicile un astronome d'origine écossaise, Michael Scot, qui l'attira vers l'astrologie. Après 1230, il ne pouvait plus prendre une décision sans consulter ses astrologues. Il s'occupa aussi de questions métaphysiques. Il n'hésita pas à poser des questions épineuses à un théologien musulman, Ibn Sabin, sur l'éternité de l'univers, les attributs fondamentaux de l'Être, l'immortalité de l'âme. Cette correspondance ne pouvait qu'accentuer la méfiance du pape envers lui[6].

Bilan[modifier | modifier le code]

Frédéric avait été éduqué par un juge musulman à Palerme. Il était un mécène des sciences et il gérait son État d'une manière radicalement nouvelle.

Il indigna son époque en s'habillant parfois à l'orientale. Ses démêlés avec la papauté qui limitait son pouvoir lui firent écrire qu'il enviait que les califes fussent à la fois dirigeants spirituels et terrestres. Il entretenait une grande cour, constituée entre autres de nombreuses jeunes filles (esclaves astreintes à des travaux de couture, servantes, danseuses), si bien que ses adversaires (le pape principalement) lui reprochaient d'entretenir un harem[18]. Cette réputation est cependant fondée sur des mœurs discutables, Eraclès, des sources premières, notamment validées par René Grousset, rapportent l'abus dont fut victime sa première épouse puis le viol de la propre cousine de cette dernière par Frédéric II.

Gravure de 1781 représentant le corps momifié de Frédéric II dans la cathédrale de Palerme.

Il mit en place un système centralisé d'administration en Sicile et tenta de le généraliser (avec moins de succès) en Germanie, où il dut octroyer de plus en plus d'indépendance aux princes locaux au fur et à mesure que son conflit en Lombardie se détériorait.

Le tombeau de Frédéric II dans la cathédrale de Palerme, parmi les Hauteville.

Les descendants de Frédéric, son fils légitime Conrad IV, le fils de ce dernier Conradin et son fils illégitime Manfred n'accédèrent pas à l'Empire. Le royaume de Sicile leur fut également enlevé par le pape, qui y installa Charles d'Anjou. Ce fut la fin de la Maison des Hohenstaufen de Souabe, qui laissa place aux Habsbourg et à l'essor des cités italiennes.

Toutefois la lignée se perpétua indirectement en Sicile, à travers les petits-fils de Manfred, enfants de sa fille Constance et de Pierre III d'Aragon, à savoir Jacques Ier de Sicile, puis son frère Frédéric II de Sicile et enfin les descendants de celui-ci, Pierre II, fils du précédent, Louis Ier, fils du précédent, Frédéric III, frère du précédent, Marie Ire, fille du précédent (Maison d'Aragon en Sicile).

Ascendance[modifier | modifier le code]

Les descendants de Frédéric II[modifier | modifier le code]

  • Première épouse : Constance d'Aragon (1179 - 23 juin 1222), fille du roi Alphonse II d'Aragon et veuve du roi Aymeric de Hongrie. Mariage le 15 août 1209 à Messine.
  • Deuxième épouse : Isabelle II de Jérusalem (Yolande de Brienne), reine de Jérusalem (1212 - 25 avril 1228). Mariage le 9 novembre 1225 à Brindisi.
    • Marguerite (novembre 1226 - août 1227)
    • Conrad IV, roi des Romains et de Jérusalem (25 avril 1228 - 21 mai 1254)
  • Troisième épouse : Isabelle d'Angleterre (1217 - 1er décembre 1241), fille du roi Jean d'Angleterre. Mariage le 15 juillet 1235 à Worms.
  • Enfants de Bianca Lancia (1210-1246), qui pourrait avoir épousé l'empereur en secret :
  • Enfant illégitime d'une comtesse sicilienne[20] :
    • Frédéric de Pettorano (né en 1212), qui s'enfuit en Espagne avec sa femme et ses enfants en 1238/1240.
  • Enfants illégitimes d'Adélaïde (Adelheid) d'Urslingen (v. 1195 - v. 1234)[21] :
    • Enzio (Henri), roi de Sardaigne (1215-1272)
    • Catarina di Merano[22] (1216/1218 - 1272), mariée une première fois avec un inconnu puis avec Giacomo del Carreto (Jacopo Caretto), marquis de Noli et de Finale, margrave de Savone
  • Enfant illégitime de Mathilde ou Marie d'Antioche (1200-1225), elle-même peut-être fille illégitime de Bohémond III d'Antioche :
    • Frédéric, prince d'Antioche et podestat de Florence (1221-1256), tué à la bataille de Foggia
  • Enfant illégitime de Manna, nièce de l'archevêque Berardo de Messine :
    • Richard, comte de Chieti (1225 - 26 mai 1249), tué à la bataille de Fossalta
  • Enfant illégitime de Richina (Ruthina) de Beilstein-Wolfsölden (v. 1205-1236)[23] :
    • Marguerite de Souabe (1230-1298), mariée à Thomas d'Aquin, comte d'Acerra
  • Autres enfants illégitimes :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Sa généalogie sur le site Medieval Lands
  2. Giovanni Villani, Cronica, Livre VI e. 1.].
  3. Ces mots sont de Matthew Paris.
  4. Marcel Brion, p. 231.
  5. Henri de Ziégler, Vie de l'empereur Frédéric II de Hohenstaufen, R.-A. Corrêa, Paris, 1935, p. 215
  6. a, b, c, d, e et f « Frédéric II entre légende et histoire », sur [1] (consulté le 16 février 2008)
  7. Georges Guibal, Arnaud de Brescia et les Hohenstaufen ou la question du pouvoir temporel de la papauté au Moyen Âge, Durand, 1868, p. 136
  8. Pierre-François-Félix-Joseph Giraud, Beautés de l'histoire d'Italie volume 1, Alexis Eymery, 1820, p. 276
  9. Société Jean Bodin pour l'histoire comparative des institutions, La Monocratie, volume 1, De Boeck Université, 1970, p. 295
  10. Anne-Marie Flambard Héricher, Frédéric II (1194 - 1250) et l'héritage normand de Sicile, Presses universitaires de Caen, 2001, p. 24
  11. René Grousset, Histoire des croisades et du royaume franc de Jérusalem - III. 1188-1291 L'anarchie franque, Paris, Perrin,‎ 1936 (réimpr. 2006), 902 p., p=338-341.
  12. Du latin Liber Constitutionum Regni Siciliae ou encore Costitutiones Melphitanae.
  13. Cf. Siège d'Arles (1240).
  14. Jean Chélini, Histoire religieuse de l'Occident Médiéval, Hachette, 1991, p. 320.
  15. John Tolan et Philippe Josserand, Les relations des pays d'Islam avec le monde latin: du milieu du Xe siècle, Éditions Bréal, 2000, p. 80
  16. Au moins une dissection anatomique est attestée pour l'année 1302 : cf. Armelle Debru-Poncet (dir.), La Science classique : Dictionnaire critique, Bruxelles, Éditions Flammarion,‎ 1998 (ISBN 2-08211-566-6), « Galénisme », p. 536.
  17. Moine Salimbene de Parme, Cronaca, n. 1664
  18. Ernst Kantorowicz, L'empereur Frédéric II, Paris: Gallimard, 1987, pp. 286, 288
  19. Thomas Curtis Van Cleve, The Emperor Frederick II of Hohenstaufen: Immutator Mundi (Oxford, 1972). Page 381.
  20. Selon Medlands, elle fut la première maîtresse de Frédéric II, alors roi de Sicile. On ignore son lignage exact mais le Thomas Tusci Gesta Imperatorum et Pontificum indique qu'elle était une nobili comitissa quo in regno Sicilie erat heres.
  21. Cf. Italian Biography in Wikipedia. Sa liaison avec Frédéric II prit place pendant le séjour de l'empereur en Germanie (entre 1215 et 1220). Selon certaines sources ([2]), elle était liée à la famille de Hohenburg sous le nom de Alayta von Vohburg (it: Alayta di Marano), mais l'hypothèse la plus communément acceptée fait d'elle la fille de Conrad d'Urslingen, comte d'Assise et duc de Spolète ([3])
  22. Parfois mentionnée comme enfant illégitime issue de la famille des ducs de Spolète. Cependant plusieurs sources, dont Medlands (cf. supra), indiquent que Catarina était bien la fille d'Adélaïde d'Urslingen. Jacques Benoist-Méchin le confirme, cf. chapitre « Généalogies », p. 611 sq.
  23. Selon Medlands (qui se fonde sur le Europäische Stammtafeln), elle était l'épouse du comte Gottfried von Löwenstein et la fille d'un certain comte Berthold von Beilstein.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages biographiques[modifier | modifier le code]

  • (en) David Abulafia, Frederick II. A Medieval Emperor, Allen Lane the Penguin Press, 1988
  • (fr) Jacques Benoist-Méchin, Frédéric de Hohenstaufen ou le rêve excommunié, Perrin, 1980
  • (fr) Pierre Boulle, L’Étrange Croisade de l’Empereur Frédéric II, Flammarion, 1968
  • (fr) Marcel Brion, Frédéric II de Hohenstaufen, Tallandier, 1948
  • (fr) Anne-Marie Flambart Héricher, Frédéric II (1194-1250) et l'héritage normand de Sicile, (Actes du colloque de Cerisy-la-Salle, 25-28 septembre 1997), Presses universitaires de Caen, 2000, 240 p.
  • (it) Carlo Fornari, Federico II, Un sogno imperiale svanito a Vittoria, Silva Editore, 1998
  • (it) Eberhard Horst, Federico II di Svevia, Rizzoli, Milano, 1981
  • (fr) Ernst Kantorowicz, L'Empereur Frédéric II, Gallimard, 1987
  • (fr) Georgina Masson, Frédéric II de Hohenstaufen, Albin Michel, 1963
  • (it) Claudio Rendina, Federico II di Svevia, Lo specchio del mondo, Newton Compton, Roma, 1995
  • (de) Wolfgang Stürner, Friedrich II., 2 Bde., Darmstadt 1992 - 1997 (Gestalten des Mittelalters und der Renaissance)
  • (en) Thomas Curtis Van Cleve, The Emperor Frederick II of Hohenstaufen, Immutator Mundi, Oxford, 1972
  • (fr) H. de Ziegler, Vie de l'empereur Frédéric II de Hohenstaufen, Paris, 1935

Ouvrages connexes[modifier | modifier le code]

  • (fr) Henry Bogdan, Les Chevaliers teutoniques, Perrin, 1995
  • (fr) Alain Demurger, Chevaliers du Christ - Les ordres religieux-militaires au Moyen Âge, XIe ‑ XVIe siècle, Seuil, 2002
  • (fr) Kristjan Toomaspoeg, Les Chevaliers teutoniques, Flammarion, 2001

Ouvrages généraux[modifier | modifier le code]

  • (fr) Jean Chélini, Histoire religieuse de l'Occident médiéval, Hachette, 1991

Fiction[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]