Histoire de la Finlande

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L'histoire de la Finlande est caractérisée par la lutte d'influence que se sont livrés ses deux grands voisins, la Suède et la Russie. Ce pays n'accède à l'indépendance qu'après la révolution russe de 1917.

Origines[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Finnois (peuple).

Le nord de la Finlande est peuplé depuis la préhistoire par les Samis, peuple finno-ougrien.

La côte sud-ouest était originellement peuplée par des tribus germaniques (scandinaves). Une deuxième vague migratoire de populations finno-ougrienne originaires des régions de la moyenne Volga dans l'Oural, s'installant dès les premiers siècles de l'ère chrétienne et se mélangeant aux populations germaniques formant le peuple finnois. Ces peuples ayant effectué cette migration, sont également à l'origine du peuplement de l'Estonie voisine et de la Hongrie, d'où la parenté linguistique entre les langues finnoise, estonienne et hongroise (classées parmi les langues ouraliennes).

Jusqu'au XIe siècle, la Finlande reste un territoire habité par des tribus peu belliqueuses et sans cohésion politique (ce qui facilita d'ailleurs leur rapide soumission). Trois régions se distinguent : le Sud-Ouest (aux alentours de la future ville de Turku), le Sud (aux alentours de la future Helsinki) et la Carélie. Jusqu'à la christianisation de la Scandinavie, les raids vikings poussent les Finnois à se réfugier à l'intérieur des terres, vivant des ressources des lacs et des forêts.

À l'ouest, les royaumes de Suède et du Danemark existent déjà, et on trouve à l'est la principauté de Novgorod récemment fondée par les Varègues. L'occupation de la Finlande devient un enjeu stratégique pour ces puissances nouvellement chrétiennes (catholiques à l'époque pour la Suède et le Danemark, orthodoxe pour Novgorod). En 1157, la Finlande fut occupée par le roi de Suède Éric IX le Saint.

Moyen Âge et influence suédoise[modifier | modifier le code]

Le grand-duché de Finlande en 1662

C'est ainsi finalement la Suède qui colonise et évangélise la Finlande, à partir du XIIIe siècle. L'archevêché d'Åbo (Turku) est fondé ainsi que la cathédrale et le château. De ce fait, Turku est considéré comme la plus vieille ville de Finlande, fondée en 1229. L'influence suédoise (qui se ressent encore aujourd'hui) s'imprègne à partir de cette époque. La noblesse est suédoise (il n'y avait pas d'équivalent finnois de royauté et de féodalité tel qu'ils existent en Europe occidentale) et la langue officielle est le suédois. Il ne s'agit pas cependant d'une occupation ou d'une colonisation. En effet, la Suède et la Finlande sont deux entités fusionnées dans un même royaume et les Suédois se montrèrent en général respectueux de l'identité finlandaise. L'essor économique du pays continue, notamment grâce à la Hanse.

Durant la Guerre russo-suédoise de 1495-1497, la forteresse de Vyborg est assiégée par les troupes russes pendant trois mois en 1495 et résiste victorieusement. L'année suivante, les armées russes envahissent la Finlande jusqu'à Hämeenlinna et dévastent les régions traversées. En 1497, une trêve est conclue entre la Suède et la Russie.

Pour contrer la puissance de Reval, le roi Gustave Vasa fonde en 1550 Helsinki (le nom de cette ville est une version finnisée du suédois Helsingfors qui signifie « la cascade des Helsingar »), mais cette dernière n'est guère plus importante qu'un village de pêcheurs, et ce pendant plus de deux siècles. Helsinki deviendra ensuite, en 1812, la capitale du Grand-duché de Finlande rattaché à l'Empire russe.

En 1548, Mikael Agricola, qui deviendra évêque de Turku six ans plus tard, traduit le Nouveau Testament en finnois.

En 1554 les hostilités reprennent entre la Suède et la Russie. L'année suivante, les troupes suédo-finlandaises échouent à prendre Chlisselbourg. En 1596, c'est une armée russe qui échoue à nouveau devant Vyborg. Le traité de Novgorod, en 1557, met fin à la guerre et instaure une trêve qui devrait durer quarante ans.

Grand-duché de Finlande[modifier | modifier le code]

Pièce de 20 markkaa frappée en 1912 à Helsinski sous l'administration russe.
Le tsar Alexandre Ier ouvre la Diète de Porvoo en 1809.
Article détaillé : Grand-duché de Finlande.

La Finlande sert à maintes reprises de champ de bataille et d'enjeu entre les empires suédois et russe. À l'époque napoléonienne, la Suède dut l'abandonner au tsar Alexandre Ier par le traité d'Hamina ou Fredrikshamm du 17 septembre 1809. Le pays devint dès lors un grand-duché autonome de l'empire russe. Helsinki devient capitale du Grand-Duché en 1812 et c'est à partir de cette époque que l'influence de la ville commence à croître. Contrairement à l'époque suédoise, la Finlande n'est pas un territoire à part entière de l'empire, mais une région autonome. Les tsars se montrèrent plus ou moins respectueux de cette autonomie, et surtout tentèrent tous, à l'exception notable d'Alexandre II, de russifier cette région. C'est cette autonomie qui fut à l'origine du mouvement pour l'indépendance du pays à partir du XIXe siècle.

Alexandre II témoigna d'une remarquable libéralité vis-à-vis du peuple finlandais (comme plus généralement de ses autres sujets) et favorisa l'émergence d'une littérature nationale. C'est donc notamment à travers la culture et ses intellectuels que la Finlande va voir se développer son mouvement pour l'indépendance. Ainsi la publication le 28 février 1835 d'un recueil de trente-deux chants inspirés des contes traditionnels de Carélie sous le nom de Kalevala (le Pays des héros) par un médecin de campagne finlandais, Elias Lönnrot, est devenue le fondement de la culture finlandaise. Cette œuvre a par la suite inspiré d'autres grands artistes finlandais, comme le peintre Akseli Gallen-Kallela (1865-1931) et le compositeur Jean Sibelius (1865-1957), et le 28 février est encore commémoré comme une fête nationale en Finlande. Les écrits de Johan Ludvig Runeberg ont également attisé le mouvement pour l'indépendance. La reconnaissance des Finlandais pour le « tsar libérateur » est encore vive, puisque sa statue trône toujours aujourd'hui sur la place du Sénat.

Accession à l'indépendance[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerre civile finlandaise.
Le Sénat de Finlande en 1917. Au centre, P.E. Svinhufvud

Le , le tsar Nicolas II, en butte à de nombreuses difficultés, accorde de nombreuses libertés aux Finlandais (dont le droit de vote pour les femmes). La Finlande obtint aussi une reconnaissance internationale symbolique, lorsqu'elle fut autorisée à participer, sous ses propres couleurs et non celles de la Russie, aux Jeux olympiques de Stockholm en 1912. Le , profitant du désordre causé par la révolution bolchévique, la Finlande déclare son indépendance, reconnue par le pouvoir soviétique le . C'est alors le début de la guerre civile finlandaise entre Rouges soutenus par le pouvoir révolutionnaire russe jusqu'au traité de Brest-Litovsk, et Blancs alliés à l'Allemagne. Un général finlandais, ancien officier de l'armée tsariste, le baron Carl Gustaf Emil Mannerheim commande les troupes gouvernementales blanches et profite du renfort de troupes allemandes[1]. Celles-ci l'emportent sur les gardes rouges à Vyborg le .

L'indépendance acquise, un débat a lieu entre les partisans de l'instauration d'une république et les tenants de l'instauration d'un régime de type monarchie constitutionnelle. Les Blancs vainqueurs de la guerre civile sont majoritairement pour l'option du régime de la monarchie constitutionnelle et sont politiquement et culturellement proches des milieux dirigeants du Reich allemand. À peine un mois avant la défaite allemande, les dirigeants Finlandais choisissent pour roi un prince allemand. Un temps envisagée, l’option de choisir pour roi du nouveau trône de Finlande l’héritier des Hohenzollern, le Kronprinz, fils de l’empereur Guillaume II, est rapidement abandonnée. La candidature d'un autre prince allemand est alors envisagée : celle de Frédéric-Charles de Hesse-Cassel. Nous sommes alors en 1918, la victoire sur le front de l’ouest est encore incertaine entre les belligérants allemands, français, anglais et américains. L’ultime offensive allemande est arrêtée lors de la Seconde bataille de la Marne. Malgré les renforts des troupes allemandes revenue du front de l’est, l’avancée allemande est arrêtée et il devient évident que l’armée allemande ne peut plus remporter la guerre. Charles de Hesse s'efface rapidement et Mannerheim devient régent avant de céder la place à son tour avec la proclamation de la République le , mettant ainsi un terme au royaume de Finlande.

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Les troupes finlandaises pendant la Guerre d'hiver
Les zones cédées par la Finlande à l'Union soviétique à la suite de la guerre d'hiver de 1939-1940.
Les zones cédées par la Finlande à l'Union soviétique en application du traité de Paris de 1947.

Après avoir tenté, en vain, de négocier un échange de terres avec la Finlande (Carélie) ou la location de bases (presqu'île de Hanko), l'Union soviétique lance la Guerre d'hiver en novembre 1939.

L'objectif principal de l'URSS était — d'abord par la négociation, ensuite par la force — de protéger d'une éventuelle attaque allemande la ville de Leningrad, alors à une trentaine de kilomètres de la frontière. Elle pouvait jouer sur le fait que les protocoles secrets du Pacte germano-soviétique plaçaient la Finlande dans la zone d'influence soviétique, et donc qu'une telle attaque ne surprendrait pas l'Allemagne nazie.

Le conflit permit également à Moscou d'installer dans la ville frontalière finlandaise de Terijoki (maintenant Zelenogorsk), un éphémère régime fantoche, la République démocratique finlandaise, dirigé par Otto Wille Kuusinen, fondateur du Parti communiste de Finlande.

Malgré les réussites des soldats finlandais, qui utilisent à grande échelle le devenu célèbre « cocktail Molotov », emprunté aux nationalistes espagnols de la guerre civile espagnole, ceux-ci sont bien inférieurs en nombre aux Soviétiques. La Finlande s'incline par le traité de Moscou du 12 mars 1940, et cède à Staline 10 % de son territoire avec la province orientale du pays, la Carélie, qui appartient à la Fédération de Russie aujourd'hui.

En 1941, quand l'Allemagne attaque l'URSS (opération Barbarossa), la Finlande veut prendre sa revanche et joint ses troupes à celles de l'Allemagne nazie pour attaquer l'URSS et récupérer les territoires perdus ou plus si possible. Elle arrête toutefois l'offensive au lac Onega, et ne coupa jamais la ligne de chemin de fer de Mourmansk ni n'attaqua Leningrad, malgré les demandes pressantes de Hitler.

En 1944, l'Armée rouge perce le front, et l'armée finlandaise se replie jusqu'à l'ancienne frontière. Elle signe alors un armistice avec l'URSS, armistice de Moscou, stipulant le départ du corps d'armée allemand qui stationnait au nord de la Finlande. Son évacuation ratée déclenche la guerre de Laponie, contre les Allemands cette fois-ci. La Finlande échappe de peu à une annexion pure et simple par l'URSS. Par le traité de Paris du 10 février 1947, elle recouvre son indépendance, amputée non seulement de la Carélie mais aussi de territoires supplémentaires (la région de Petsamo et de l'isthme de Carélie), verse un lourd tribut aux Soviétiques et doit se résigner à subordonner sa politique étrangère à celle de l'URSS en échange de la préservation de ses institutions démocratiques (ce qu'on appela jusqu'à la fin de la Guerre froide la « finlandisation »). Le paradoxe de cette dette, c'est qu'elle devient une source de prospérité pour le pays. L'obligation de payer des réparations à l'Union soviétique contraint la Finlande à s'industrialiser. La Finlande, principal partenaire occidental de l'URSS, va se muter en un état riche, avec l'un des meilleurs niveaux de vie au monde.

Finlande contemporaine[modifier | modifier le code]

Le drapeau national finlandais

Après la guerre, la ligne Paasikivi de neutralité stricte fait de la Finlande une plaque tournante des relations Est-Ouest. Elle ne peut pas en effet se ranger dans l'un ou l'autre bloc en vertu des accords passés à l'issue de la Seconde Guerre mondiale. Contrairement à des idées parfois répandues en France, la Finlande n'était donc pas communiste, mais ne pouvait pas se joindre au bloc de l'Ouest sous peine de mécontenter son puissant voisin. La politique de la Finlande se tourne ainsi résolument vers la neutralité qui lui permit de traverser sans trop d'encombres cette période délicate. Encore aujourd'hui les Finlandais hésitent à adhérer à l'OTAN afin de respecter leur neutralité politique.

La Finlande devient rapidement un pays très prospère. Son développement subit néanmoins une crise majeure dans les années 1980 et 1990, alors que le chômage touche 20 % de la population active. Mais grâce à une relance de l'activité dans le secteur des nouvelles technologies (Nokia, F-Secure et des laboratoires de biotechnologie par exemple), elle renoue avec la croissance et atteint un taux de chômage inférieur à la moyenne de l'Union européenne. Finalement, la Finlande adhère à cette dernière en 1995 et participe à la zone euro dans laquelle ses billets et pièces ne représentent qu'environ 2 % du total mis en circulation.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voir à ce propos le site web dédié au Général Mannerheim.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie, sources[modifier | modifier le code]

  • LE CALLOC'H (Bernard), Histoire de la Finlande, Paris, Editions Glyphe, 2010 (ISBN 978-2-35815-026-2)
  • Le grand guide de la Finlande, Bibliothèque du voyageur, Gallimard, 1989.
  • Matti Klinge, A brief history of Finland, éditions Otava, 2000.
  • Seppo Hentilä, Osmo Jussila, Jukka Nevakivi, Histoire politique de la Finlande - XIXe-XXe siècle, éditions Fayard, 1999.
  • Eino Jutikkala, Histoire de la Finlande, Éditions de la Baconnière, Neuchatel, 1978 - ISBN 2-8252-0612-1
  • Heikki Jalanti, La Finlande dans l'étau germano-soviétique. 1940-1941, Éditions de la Baconnière, Neuchatel, 1966.
  • Histoire politique de la Finlande de 1809 à 1955, L.A. Puntila, Éditions de la Baconnière (Neuchatel), 1966 (version originale c/o Editions Otava, Helsinki, 1964).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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