Zentrum

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La Deutsche Zentrumspartei (en abrégé Zentrum, « Centre ») est un des principaux partis politiques de l'Empire allemand puis de la république de Weimar. Fondé en 1870 et dissous le , il représente les idées des catholiques, minoritaires en Allemagne. Le parti est refondé après la Seconde Guerre mondiale mais est marginalisé rapidement par la CDU qui devient le principal parti de la démocratie chrétienne en Allemagne.

Histoire[modifier | modifier le code]

Contexte[modifier | modifier le code]

Affiche diffusée lors de la formation du parti

Le Zentrum est le représentant politique du catholicisme. La politisation de l'Église catholique est un processus lent et irrégulier. Avec le recès d'Empire de 1803, le titre de prince-évêque disparaît. Cela marque une rupture pour le catholicisme, qui a joué un rôle structurant important au sein du Saint-Empire germanique. En 1815, avec le congrès de Vienne et la fin de la domination napoléonienne sur l'Allemagne, l'anticléricalisme est associé à la révolution. En réaction on assiste à un retour au religieux dans la population, ainsi le romantisme remet en valeur l'inconscient et l'irrationnel, tandis que le mouvement nationaliste allemand est fondamentalement chrétien[1].

La politisation a plusieurs aspects : d' abord le mouvement ultramontain, en faveur de la toute-puissance du pape, ce qui culmine avec la loi sur l'infaillibilité papale, met fin à la théologie éclairée. Ensuite elle doit faire face aux princes allemands, qui ne veulent pas perdre leur pouvoir, et au mouvement libéral. Dans les années 1830, le conflit qui oppose le royaume de Prusse à l'Église catholique, à Cologne notamment, est à son paroxysme. L'archevêque Clément-Auguste Droste zu Vischering est emprisonné en 1837, ce qui provoque une vague de protestations dans toute l'Allemagne catholique[2].

L'opposition des libéraux et de l'État permet aux catholiques de se souder. Ainsi au parlement de Francfort de 1848, ils se rassemblent dans le club des catholiques, qui est un groupe lâche de députés issus de différents groupes parlementaires ayant en commun de vouloir protéger l'Église contre l'État. En 1852, un groupe parlementaire catholique est fondé au parlement prussien. Il est dissout en 1867. Dans les parlements d'autres États allemands également des groupes parlementaires catholiques.

Les conférences qui ont lieu à Soest à partir du et qui rassemblent les frères Georg et Hermann von Mallinckrodt, Alfred Hüffer, Wilderich von Ketteler, Friedrich Wilhelm Weber et Eduard Klein jouent un rôle important dans la formation du Zentrum. Les réunions sont organisées à intervalles irréguliers jusqu'en 1866 et la guerre austro-prussienne. La défaite autrichienne, protectrice historique des catholiques en Allemagne, est également une défaite pour ces derniers. Le catholicisme continue toutefois se politiser, le clergé local soutient fortement ce mouvement. Cela est notamment confirmé par un rapport administratif des années 1860 dans le Sauerland. Le mouvement est partagée entre une aile pro-prussienne dans le nord de l'Allemagne menée par Ketteler, dans le sud de l'Allemagne l'anti-borussisme domine. Au sein du Zollparlament Windthorst, jusque là ambivalent, se ligue avec les seconds et influence la suite des événements en faveur du particularisme[3].

Ce n'est malgré tout qu'en 1869, un an avant les élections de la chambre des représentants de Prusse, que les projets de création d'un parti catholique se concrétisent. Des rencontres à Ahlen/Westphalie, Münster et à Essen permettent à Hermann von Mallinckrodt et Peter Reichensperger de s'accorder sur un programme politique.

Ludwig Windthorst

L'indépendance de l'Église et de ses institutions est revendiquée. Les écoles confessionnelles doivent être préservées. L'unification de l'Allemagne doit se faire selon un principe fédéral avec une autonomie importante pour les États fédérés.

Des revendications allant dans le sens d'une politique sociale sont également présentes dans le programme d'Essen du . Afin d'alléger la charge pesant sur le peuple, le budget militaire ne doit plus être augmenté, la répartition des recettes fiscales doit également être plus équitable afin de limiter les inégalités les plus flagrantes. Le programme de Soest du prévoit que les meneurs du futur parti doivent être issus des rangs de la chambre des représentants de Prusse. Le , le groupe parlementaire du Zentrum est fondé, il a 48 membres et pour président Karl Friedrich von Savigny. Les autres membres influents sont Peter et August Reichensperger, Mallinckrodt, Ludwig Windthorst, Friedrich Wilhelm Weber, Ernst Lieber et Eduard Müller.

Opposition et Kulturkampf (1870–1880)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Kulturkampf.

Aux élections législatives du le parti obtient 18,6 % des suffrages et 63 mandats. Cela en fait le second groupe parlementaire au Reichstag derrière celui du parti national-libéral[4].

Le Zentrum est dans l'opposition du gouvernement Bismarck, sa politique économique libérale et ses tentatives d'imposer le pouvoir politique à l'Église étant contraire aux positions du parti. L'oppression que fait subir le chancelier aux minorités, qu'elles soient polonaise, d'Alsace-Lorraine ou autres, et donc majoritairement catholique, est également vivement rejetée par le parti qui rassemble en son sein toutes ces minorités. Le parti est par ailleurs très attaché à la notion d'État de droit et constitutionnel. Le fédéralisme est également un de ses crédos. À l'inverse le suffrage universel ne fait pas partie des revendications du Zentrum[5]. Par ailleurs, le parti est comme son nom l'indique centriste[6].

Dans la première décennie d'existence de l'Empire allemand, la politique intérieure du chancelier impérial est orientée contre les catholiques, ceux-ci ne semblant pas soutenir l'unité au moyen de la solution petite-allemande qui les a mis en minorité face aux protestants[3]. Bismarck parvient à obtenir le soutien à la fois des libéraux et des conservateurs et a donc les mains libres afin de lutter contre les ultramontains et l'influence du pape dans l'Empire. Il tente ainsi d'affaiblir l'Église catholique et surtout son parti politique qu'est le Zentrum[7]. Les conservateurs participent à cette lutte parce qu'il s'oppose à toute influence étrangère sur la politique allemande, quant aux libéraux ils voient dans le Vatican une force réactionnaire. Le premier concile œcuménique du Vatican ayant affirmé l'infaillibilité pontificale et un Syllabus, ce sentiment est renforcé[8].

Au début des années 1870, la politique dite du Kulturkampf fait des catholiques allemands des « ennemis de l'Empire[citation 1] »[9]. Un autre objectif de la manœuvre est de détourner l'attention de la crise économique. Le Zentrum, ennemi de l'Empire par extension, se ligue alors aux autres minorités que sont les polonais, les alsaciens, les danois et les partisans des Welf afin de lutter contre la politique du chancelier[5].

Windthorst, meneur incontesté du parti, répond à cette politique en prenant des positions à la fois conservatrices et libérales, tendant ainsi de les diviser. D'un côté, il lutte contre le mariage civil et l'école laïque en cherchant à s'attirer la sympathie des conservateurs. De l'autre, il réaffirme les droits du parlement, que ce soit lors du vote de la loi sur le septennat en 1874 ou sur celle censurant les députés en 1879, la liberté de la presse et la limitation du pouvoir militaire. Il va plus loin, en apportant son soutien aux propositions des libéraux en faveur d'un gouvernement parlementaire, d'un salaire pour les députés et d'une réforme électorale dans le royaume de Prusse ce qui plutôt contraire à l'esprit du Zentrum et de ses électeurs[10].

Le Kulturkampf ne remplit toutefois pas ses objectifs[11]. Certes il enregistre quelques succès comme la création d'un état civil communal, le mariage civil[12] et une certaine laïcité à l'école, mais il renforce surtout la solidarité entre catholiques. Le Zentrum s'en trouve renforcer à son tour, il devient le parti des catholiques contre la domination prusso-protestante dans l'Empire[11]. Aux élections de 1874, au plus fort de la politique anti-catholique, il réalise le score de 28 % des suffrages. Lors des élections suivantes sa part est semblable ce qui se traduit par entre 90 et 100 sièges au Reichstag[4].

Il est le parti du centre et des catholiques. Ceux-ci, indépendamment de leur position sociale votent massivement en sa faveur. Ainsi dans les années 1880, environ 80 % des catholiques votent Zentrum[13].

Parti de la majorité et dissensions (1880–1914)[modifier | modifier le code]

Bismarck marque un tournant dans sa politique, il se distance de la politique économique libérale et adhère au protectionnisme. Cela permet au Zentrum de voter pour la première fois pour une loi gouvernementale avec le tarif douanier de 1879[10]. Il commence à mener une politique sociale dictée en partie par le parti du centre. La période est également le début de la lutte contre la sociale-démocratie avec lois antisocialistes que le parti rejette en bloc[10]. En bref, le chancelier et son gouvernement se rapprochent du parti. La fin du Kulturkampf, avec pas moins de 5 lois entre 1880 et 1887, réchauffe également ces relations. Le parti en ressort renforcé, il a le plus grand groupe parlementaire de l'assemblée allemande de 1881 à 1912. Il a un rôle important dans l'introduction de la sécurité sociale en Allemagne avec la loi Galen en 1877 notamment[14],[10].

Le retrait de Bismarck en 1890 marque un recul de la partie catholique et confessionnelle dans le programme du parti au profit de la politique sociale. La création en 1890 de l'association populaire pour l'Allemagne catholique[citation 2], ayant des idées plus à gauche que le parti, comptant parmi ses membres de nombreux de ses militants et qui diffusent des tracts et organisent des réunions afin de soutenir la politique sociale permet au parti d'élargir sa base électorale chez les ouvriers[15].

Après la mort de Windthorst en 1891, Ernst Lieber devient le meneur au parlement allemand[16].

Les chanceliers impériaux suivants Bismarck sont globalement soutenus par le parti que ce soit en matière de politique intérieure, extérieure, coloniale ou sur la question très symbolique de la marine impériale allemande à partir de 1898. Il est donc clairement devenu un parti de la majorité. Ainsi il vote le Bürgerliches Gesetzbuch en 1896 alors que celui-ci entérine le mariage civil. Il commence également à coopérer avec le parti national-libéral, ennemi pendant le Kulturkampf. Malgré le rejet du parti de la Zuchthausvorlage, loi dirigée contre les socialistes et les syndicats, la coopération se renforce avec le vote du tarif douanier de 1902, le soutien de la politique sociale et économique de Posadowsky jusqu'en 1906. En contrepartie le gouvernement renonce à lutter contre la sociale-démocratie par la voie légale. Le parti dispose alors de la réalité du pouvoir et aucune décision ne peut se faire sans lui[16].

Les catholiques n'en restent pas moins des citoyens de second rang, auxquels les plus hauts postes restent inaccessibles.

À première vue, le parti est relativement stable pendant le règne de Guillaume II, néanmoins de nombreux conflits internes divisent le parti. La fin du Kulturkampf marque en effet la fin de l'union sacrée au sein du parti. Jusqu'alors, son aile gauche proche du parti progressiste dominait les débats comme le montre le refus des députés de voter en faveur du septennat alors même que le pape les y avait invité. Des courants internes se développent, par exemple l'aile conservatrice et agricole, l'aile populiste, soutenue par les paysans et les artisans, l'aile bourgeoise et enfin l'aile ouvrière qui gagne en influence au fil des ans. Les différences sociales créent également des tensions. Ainsi alors que le parti est fondamentalement monarchiste depuis ses débuts, les ouvriers et les populistes montrent des tendances démocratiques[17]. Ces conflits peuvent être plus fort en région parfois. Par exemple, après la mort de Peter Reichensperger, le Sauerland, véritable bastion du parti, plusieurs candidats se réclamant du parti luttent entre eux pendant plus de 10 ans. De manière générale le parti est divisé entre ses penchants pour la protection de la religion à l'école, le protectionnisme, la méfiance contre les lois du marché et la défense de la ruralité qui le rapprochent des conservateurs d'un côté et son attachement à la constitution ainsi qu'aux droits des minorités de l'autre qui son des idées libérales[18].

Le développement industriel est défavorable sur le long terme au parti. Même si le milieu catholique tente de séduire les ouvriers, notamment avec une politique d'endiguement de la sociale-démocratie avec la protection des ouvriers en programme, le parti perd des électeurs potentiels dans les grandes villes et les régions industrielles. Les appels à la sécularisation joue un rôle important dans ce phénomène, qui ne touche bien-sûr ni les petites villes ni les campagnes. Ainsi dans le Sauerland, 90 % des électeurs votent pour le Zentrum. Cette stagnation du parti entrouvre la porte à sa transformation en un parti populaire ouvert également aux protestants. Ce projet, défendu par le journaliste Julius Bachem en 1906 mène à de graves dissensions dans le parti (dite Zentrumstreit) et n'est finalement pas suivi d'effet[19].

Le parti reste certes opposé au SPD, mais une première brèche est faite en 1899 avec une alliance électorale avec ce dernier parti pour démocratiser le droit de vote en Bavière à Munich et dans le Palatinat, puis en 1905 lors des élections régionales bavaroises. Au niveau national, les critiques d'Erzberger au sujet de la politique coloniale et l'augmentation des impôts décidé par le chancelier von Bülow conduise ce dernier en 1906 à dissoudre le parlement. Malgré tout le parti ne s'allie ni aux libéraux, ni au sociaux-démocrates, mais aux conservateurs avec la formation du bloc noir-bleu[citation 3],[19].

L'Alsace-Lorraine pose également un problème : bien que 3 quarts de sa population est catholique, les revendications autonomistes de ses députés en désaccord avec la ligne du parti les poussent à prendre leur distance avec le groupe parlementaire centriste. En 1906, le parti du centre d'Alsace-Lorraine[citation 4] est fondé et devient le premier parti du Land.

Première Guerre mondiale et révolution de novembre 1919[modifier | modifier le code]

Pendant la Première Guerre mondiale, le parti participe à la paix des forteresses, l'équivalent de l'union sacrée en Allemagne, et soutient ainsi la politique extérieure et de guerre de l'Empereur et de l'OHL. À un tel point, que le parti cesse quasiment toute activité dans certaines régions.

Toutefois, le parti se lasse rapidement de la guerre. En 1917, il se ligue au SPD et au parti populaire progressiste, trois partis stigmatisés dans l'Empire allemand, pour former le comité inter groupe parlementaire et coordonner leurs actions. Le cela mène au vote d'une résolution de paix au Reichstag. Cette résolution qui cherche une motion de paix , reste néanmoins sans effet direct à cause de la dictature qu'exerce de facto le duo de dirigeants de l'OHL : Paul von Hindenburg et Erich Ludendorff. Par contre, elle pose les bases de la coalition de Weimar. Graf Georg von Hertling, membre du parti, devient chancelier impérial de novembre 1917 à septembre 1918, c'est le premier chancelier issu des rangs du Zentrum. La réforme d'octobre impose le régime parlementaire, le parti est représenté dans le cabinet Max’ von Baden par 3 secrétaires d'État.

Le Zentrum ne soutient pas la révolution de novembre. Sur le plan régional le débat pour savoir si le système politique à choisir est la monarchie ou la république fait rage avec des partisans des deux solutions. Dans certaines communes les dirigeants du parti sont représentés dans les conseils d'ouvriers et de soldats. Le parti est cependant réticent devant cette politique de l'action accomplie. Il soutient finalement après de longs débats internes la république appelée par Philipp Scheidemann et prend contact avec ses partenaires de l'ancien comité inter groupe parlementaire.

Afin de protester contre la politique centralisatrice de Matthias Erzberger, l'aile agricole bavaroise se sépare du parti en 1920 pour fonder le Bayerische Volkspartei (BVP).

République de Weimar (1919–1933)[modifier | modifier le code]

Matthias Erzberger en 1919
Comité directeur du parti en 1920

Le Zentrum joue un rôle déterminant dans la république de Weimar à cause de sa position centrale. Il peut en principe faire alliance avec les partis du parlement allant du SPD au DNVP, toutefois il doit ménager ses dissensions internes. Le parti est présidé par Felix Porsch qui aide à maintenir l'équilibre interne. Le parti a ainsi une forte influence au sein de l'assemblée nationale de Weimar et du gouvernement de la république.

Il fait partie des coalitions suivantes durant la république de Weimar : coalition de Weimar avec le SPD et le DDP ; la grande coalition avec le SPD, le DDP et le DVP ; et enfin le Bürgerblock avec le DDP, le BVP, le DVP et le DNVP. À quelques exceptions près, il est représenté dans tous les gouvernements de la république de Weimar, et 5 chanceliers impériaux sont issus de ses rangs : Konstantin Fehrenbach de 1920 à 1921, Joseph Wirth de 1921 à 1922, Wilhelm Marx de 1923 à 1925 puis de 1926 à 1928 et Heinrich Brüning de 1930 à 1932. Aux élections présidentielles de 1925, le candidat du parti Wilhelm Marx est défait par Paul von Hindenburg.

Erzberger est assassiné par un militant d'extrême droite le . Sous sa présidence puis celle de Marx, le parti défend la constitution de la république de Weimar et tente de faire progresser l'État providence. Une assurance chômage est ainsi crée principalement grâce au parti. Le milieu des années 1920 marque un tournant vers plus de conservatisme et de nationalisme. Ainsi l'élection de Ludwig Kaas à la présidence du parti en 1928 contre le meneur syndical Adam Stegerwald montre clairement cette tendance.

Cette élection est également une réaction aux résultats des élections législatives de 1928 qui sont un véritable revers pour le parti : il a perdu des voix non seulement dans les grandes villes, mais également dans les petites et à la campagne. Une partie du Zentrum pense que seule un retour du clergé permettrait d'éviter cette perte d'influence.

Campagne électorale du Zentrum en 1930

Le Zentrum lutte lors des élections suivantes contre les partis des extrêmes, en particulier contre le KPD et les nazis. L'arrivée de Brüning à la chancellerie marque le passage définitif du parti à une politique conservatrice. En menant une politique de déflations et de rigueur, il n'a pas seulement pour but d'assainir les finances publiques mais également de démontrer aux pays vainqueur de la Première Guerre mondiale que l'Allemagne n'est pas dans la mesure économiquement de remplir ses obligations liées au traité de Versailles. Elle a un besoin impérieux d'un report de paiement voire d'une annulation de dette.

Le Brüning interdit les organisations nationales socialistes que sont les SA et les SS en utilisant la découverte des documents de Boxheimer, dans lesquels des plans de coups d'État sont fait. Le NSDAP est déclaré ennemi d'État. Brüning est cependant renvoyé par Hindenburg avant que l'interdiction ait été suivie d'effet.

Franz von Papen, membre du Zentrum jusqu'en 1932

Le dernier chancelier impérial membre du Zentrum est Franz von Papen. Il est néanmoins de facto dans l'opposition au parti depuis qu'il s'est rangé du côté d'Hindenburg après son élection en 1925. Il quitte d'ailleurs le parti 2 jours après avoir été nommé chancelier, anticipant une décision du comité du parti. Ce dernier combat par la suite avec acharnement le cabinet du Baron comme les membres du Zentrum le surnomment.

Période nazi (1933–1945)[modifier | modifier le code]

Le Hitler est nommé Chancelier. Le NSDAP et le Parti national (DNVP) forment une coalition gouvernementale. Cependant Franz von Papen est nommé vice-chancelier de ce gouvernement dans le groupe du Parti national.

Des suites de l'incendie du Reichstag du 28 février 1933, les députés du KPD sont emprisonnés en masse. Le le général von Epp, avec l'aide des SA, renverse le gouvernement catholique de Bavière. Afin d'obtenir les pleins pouvoirs, le NSDAP et Hitler ont besoin d'un majorité de 2 tiers sans prendre en compte les communistes. Leurs menaces envers les députés du SPD et du Zentrum ainsi qu'un accord avec ce dernier permet à la loi d'être votée le . Hitler a fait oralement différentes promesses à Ludwig Kaas afin d'obtenir son consentement : le président fédéral doit garder ses droits, le Reichstag et du Reichsrat serait maintenue, la politique sur l'éducation et le rapport entre l'État et la religion doivent être préservés et ne pas être affectés par la loi. Les espoirs de signature d'un concordat entre l'Allemagne et le Vatican influencent fortement la position du parti. Le vote de la loi est également une dernière tentative d'exercer un contrôle sur Hitler et les nationaux-socialistes et ainsi de protéger pense-t-on le pays et le parlement d'une prise de pouvoir total. Cela se révèle totalement illusoire.

Le 5 mai, la présidence du parti passe de Kaas à Heinrich Brüning, le premier est à Rome pour préparer le concordat. Il espère pouvoir préserver le Zentrum grâce à un collaboration avec le NSDAP, cependant il doit rapidement se rendre à l'évidence. Le concordat rédigé par Papen est fortement critiqué par Brüning, le parti perd alors également l'appui du Saint-Siège. les menaces du NSDAP deviennent plus palpables, certains membres du parti sont emprisonnés. Joseph Goebbels demande le 28 juin à Brüning de « fermer son magasin dans les plus brefs délais[citation 5] ». La majorité des députés du Reichstag et du parlement prussien se prononcent alors pour une dissolution du parti spontanée, parmi eux Brüning, Ernst Grass et Karl Hettlage. Finalement, le parti cesse d'exister le .

Malgré cette collaboration lors du vote de la loi des pleins pouvoirs, le Zentrum n'est en rien un allié du NSDAP sur le plan local[20]. Ainsi les régions où le Zentrum a ses bases votent très peu pour les nazis[21]. Les électeurs du parti, principalement catholique, jouent un rôle important dans la formation de la résistance contre le nazisme[22],[23].

Ceci explique que les nazis se méfient des membres de l'ancien parti après leur prise de pouvoir, beaucoup sont discriminés, emprisonnés, ou envoyés dans les camps de concentration. Cela concerne aussi bien les hauts fonctionnaires que les simples militants. Ainsi dès 1933, le camp de Osthofen détient des membres du partis. Le NSDAP voit dans l'Église catholique et ses représentants un danger, en représaille les évêques refusent de donner les sacrements au membres du parti nazi. L'Église interdit d'ailleurs expressément à ses fidèles de soutenir et voter pour le parti nazi. Avec la prise de pouvoir de ce dernier, elle est toutefois obligée, conformément aux règles chrétiennes, de reconnaître l'autorité en place le 28 mars. Par la suite le concordat est signé, les prêtes et fidèles catholiques ne doivent pas être persécutés massivement, contrairement à ce qui est alors en vigueur en URSS, la liberté de culte doit être garantie.

Cependant à partir de 1935, l'Église catholique devient de l'avis que le concordat est un échec : il n'a pas permis de protéger ses fidèles. En conséquence nombreux sont les catholiques à rejoindre les rangs de la résistance au troisième Reich, parmi eux beaucoup sont d'anciens membres du Zentrum.

Après l'attentat du 20 juillet 1944, les persécutions contre les membres du Zentrum s'intensifient[24]. Par exemple Franz von Galen, frère de l'évêque Clemens August Graf von Galen qui est un opposant aux nazis, est emprisonné dans un camp de concentration.

Après 1945[modifier | modifier le code]

Après la guerre le parti est refondé, ses fondateurs trouvant la politique de la CDU, fraichement crée, trop à droite. Le Zentrum rejette ainsi le réarmement. Par contre il est plus religieux. Le parti n'est cependant plus le parti de prédilections pour les catholiques, la CDU étant devenu le parti des protestants et des catholiques. Le Zentrum n'est plus représenté que la Rhénanie-du-Nord-Westphalie et en Basse Saxe. Pour illustrer la désaffection générale, les évêques Conrad Gröber et Joseph Frings privilégient la CDU vis-à-vis du Zentrum.

Rudolf Amelunxen devient toutefois le premier ministre-président de Rhénanie-du-Nord-Westphalie entre 1945 et 1947. Le parti est représenté au parlement de ce Land jusqu'en 1958 ainsi que dans d'autres assemblées plus locales. Lors de la phase de gouvernement d'unité nationale, le parti est associé aux affaires, mais en 1956 le FDP et le SPD forment un nouveau gouvernement dirigé par le social-démocrate Fritz Steinhoff.

Le parti n'a plus de véritable importance, au élections fédérales allemandes de 1949 il réunit encore 3,1 % des suffrages, mais dès 1953 il passe sous la barre des 1 % qu'il ne franchit plus depuis.

Carl Spiecker en 1948
Président du parti
Période Nom
1945 – 1946 Wilhelm Hamacher
1946 – 1948 Johannes Brockmann
1948 – 1949 Carl Spiecker
1949 Fritz Stricker
1950 – 1953 Helene Wessel
1953 – 1969 Johannes Brockmann
1969 – 1974 Gerhard Ribbeheger
1974 – 1986 Gerhard Woitzik
1986 – 1987 Adelgunde Mertensacker
1987 – 1996 Gerhard Ribbeheger
1996 – 2009 Gerhard Woitzik
2009 – 2011 Alois Degler ou Gerhard Woitzik (disputé)
depuis 2011 Gerhard Woitzik

Le parti réussit entre 1949 et 1951 à former un groupe parlementaire au Bundestag. Entre 1951 et 1953, il est associé au parti bavarois. De 1953 à 1957 le parti a 3 députés au parlement, par la suite il n'est plus représenté.

Président du groupe parlementaire
Période Nom Parti
1949 – 1951 Helene Wessel Zentrum
1951 – 1953 Hugo Decker parti bavarois
1951 – 1952 Helene Wessel Zentrum
1952 – 1953 Otto Pannenbecker Zentrum

Structure[modifier | modifier le code]

Au départ malgré son électorat populaire, les députés du parti sont des notables, d'avocats et de journalistes. Le parti ne possède alors pas de structure. La progression du parti lors des premières élections conduisant de fait à la reconduction de ces députés. Ce n'est qu'à partir de la seconde moitié des années 1880 que des candidats plus populistes font leur apparition[25]. Le parti peut s'appuyer sur les associations catholiques, qui sont de fait également des associations de militants, pour sa représentation locale[15].

Le parti est intimement lié à l'Église catholique, et la fidélité au pape est fondamental en son sein. Cela conduit parfois à des frictions entre les dirigeants du parti et ceux du clergé, même si celle-ci ne sont souvent pas exposées au grand jour. Ainsi le pape Léon XIII fait des concessions à Bismarck sur les lois antisocialistes en 1878 et 1880 et sur le septennat en 1887 afin de faciliter la fin du Kulturkampf, le tout sans que les dirigeants du parti ne soient impliqués dans les négociations[6].

L'association populaire pour l'Allemagne catholique fondée en 1890 forme une sorte d'association de masse pour le parti, surtout dans l'ouest du pays[15].

Résultats électoraux[modifier | modifier le code]

Pendant l'Empire allemand[modifier | modifier le code]

Résultats aux élections législatives de 1871 à 1912[4]
Élection législative Pourcentage des voix Sièges
1871 18,6 63
1874 27,9 91
1877 24,8 93
1878 23,1 94
1881 23,2 100
1884 22,6 99
1887 20,1 98
1890 18,6 106
1893 19,1 96
1898 18,8 102
1903 19,8[26] 100
1907 19,4 105
1912 16,4 91

Les électeurs du Zentrum sont surtout catholiques. Le parti ne cible pas une classe en particuliers : son électorat va des nobles aux paysans en passant par les bourgeois et les artisans. Toutefois la population catholique allemande est légèrement différente du reste de la population : elle est surtout constitué de petite gens, d'une population pré-industrielle et de ce qui devient par la suite le prolétariat. Le parti a ainsi ses bases dans les campagnes et les petites villes. La Ruhr est certes catholiques mais la grande proportion d'ouvrier la rend instable, le parti y est menacé par le parti national-libéral puis par la suite par le SPD[25].

Les années 1870 sont des années de grands succès électoraux pour le Zentrum. Le climat politique et les associations créant un état de mobilisation permanent de l'électorat. Le parti n'a presque pas besoin de faire campagne pour que les catholiques votent massivement lui. Ses électeurs sont donc d'une grande fidélité[10],[13].

Par la suite, si le nombre d'électeurs du parti augmente plus rapidement à la fois que la population allemande et le nombre d'électeurs potentiels, l'augmentation de la participation aux élections fait baisser au fil de celles-ci la part des voix du parti. Par ailleurs la part des catholiques votant Zentrum passe d'environ 83 % en 1874 à 54,6 % en 1912. Au niveau du nombre de sièges, le bilan est meilleur, le parti a un pourcentage des mandats plus élevé que celui de ses voix à partir de 1878 à cause de sa forte représentation dans les campagnes, qui sont surreprésentées des suites du découpage électoral. Il a également le plus grande nombre de circonscriptions imprenables de tous les partis[15].

Au niveau des parlements régionaux, le parti a entre 20,4 et 23,3 % des mandats à la chambre des représentants de Prusse entre 1872 et 1914. Au parlement de Bavière, il obtient entre 50,6 et 53,4 % des sièges entre 1875 et 1912. Dans le Wurtemberg, où il ne fait son apparition que dans les années 1890, il a entre 25,7 et 28,3 % des sièges, dans le pays de Bade environ un tiers[15].

En 1912, avec la fin du bloc noir bleu constitué avec les conservateurs, le parti essuie une défaite, perdant 14 mandats et 3 % des suffrages[27].

Dans la république de Weimar[modifier | modifier le code]

Résultats aux élections législatives de 1919 à 1933
Élection législative Pourcentage des voix Sièges
1919 19,7 91
1920 13,6 64
mai 1924 13,4 65
décembre 1924 13,6 69
1928 12,1 61
1930 11,8 68
juillet 1932 12,4 75
novembre 1932 11,9 70
1933 11,3 73

En RFA[modifier | modifier le code]

Résultats du Zentrums aux élections législatives en RFA
Résultats aux élections législatives[28]
Élection législative Nombre de voix Pourcentage des voix Sièges
1949 727.505 3,1 % 10
1953 217.078 0,8 % 3
1957* 254.322 0,9 % 0
1961 pas de candidat
1965** 19.832 0,1 % 0
1969 15.933 0,0 % 0
1972 pas de candidat
1976 pas de candidat
1980 pas de candidat
1983 pas de candidat
1987 19.035 0,1 % 0
1990 pas de candidat
1994 3.757 0,0 % 0
1998 2.076 0,0 % 0
2002 3.127 0,0 % 0
2005 4.010 0,0 % 0
2009 6.087 0,0 % 0

Chanceliers membres du Zentrum[modifier | modifier le code]

Portrait Nom Période
Bundesarchiv Bild 146-2007-0187, Konstantin Fehrenbach.jpg
Constantin Fehrenbach Du 25 juin 1920 au 4 mai 1921
Joseph wirth.png
Joseph Wirth Du 10 mai 1921 au 22 octobre 1921,

Du 26 octobre 1921 au 14 novembre 1922

Bundesarchiv Bild 146-1973-011-02, Wilhelm Marx.jpg
Wilhelm Marx Du 30 novembre 1923 au 26 mai 1924,

Du 3 juin 1924 au 15 janvier 1925,
Du 17 mai 1926 au 17 décembre 1926,
Du 19 janvier 1927 au 12 juin 1928

Bundesarchiv Bild 183-1989-0630-504, Heinrich Brüning.jpg
Heinrich Brüning Du 30 mars 1930 au 7 octobre 1931,

Du 9 octobre 1931 au 30 mai 1932

Bundesarchiv Bild 183-1988-0113-500, Franz v. Papen.jpg
Franz von Papen Du 1er juin 1932 au 17 novembre 1932
(quitte le parti le 3 juin 1932)

Références[modifier | modifier le code]

  1. Nipperdey 1994, p. 404
  2. Nipperdey 1994, p. 418
  3. a et b Nipperdey 1992, p. 340
  4. a, b et c Nipperdey 1992, p. 315 et 522
  5. a et b Nipperdey 1992, p. 342
  6. a et b Nipperdey 1992, p. 346
  7. Nipperdey 1992, p. 370
  8. Nipperdey 1992, p. 366
  9. Nipperdey 1992, p. 372
  10. a, b, c, d et e Nipperdey 1992, p. 348
  11. a et b Nipperdey 1992, p. 380
  12. Nipperdey 1992, p. 416
  13. a et b (de) Stephan Speicher, « Partner, ach Partner - Was ist eigentlich aus der "Volkspartei" geworden ?; », Süddeutsche Zeitung,‎ 3 septembre 2009
  14. (de) Gerd Hohorst, Jürgen Kocka et Gerhard A. Ritter, Sozialgeschichtliches Arbeitsbuch II: Materialien zur Statistik des Kaiserreichs 1870–1914, Munich,‎ 1978, p. 173–175
  15. a, b, c, d et e Nipperdey 1992, p. 542
  16. a et b Nipperdey 1992, p. 546
  17. Nipperdey 1992, p. 544
  18. Nipperdey 1992, p. 350
  19. a et b Nipperdey 1992, p. 552
  20. (de) Horst Möller, Andreas Wirsching et Walter Ziegler, Nationalsozialismus in der Region, Munich, Oldenbourg,‎ 1996 (lire en ligne), p. 199
  21. « Étude sur les résultats des élections dans la république de Weimar », sur Weimarer-Wahlen (consulté le 30 mars 2013)
  22. (en) Richard Hamilton, Who voted for Hitler?, Princeton, Princeton University Press,‎ 1982
  23. (de) « Theorien des Wählerverältens » (consulté le 30 mars 2013)
  24. (de) « Sie wurden verschleppt und ermordet », Kölner Stadt-Anzeiger,‎ 23 novembre 2007 (lire en ligne)
  25. a et b Nipperdey 1992, p. 344
  26. Nipperdey écrit 19,7 l'article allemand 19,8
  27. Nipperdey 1992, p. 554
  28. (de) « Résultats aux élections législatives » (consulté le 30 mars 2013)

Citations[modifier | modifier le code]

  1. « Reichsfeind »
  2. « Volksverein für das katholische Deutschland »
  3. « schwarz-blauer Block »
  4. « Elsaß-Lothringische Zentrumspartei »
  5. « schleunigst seinen Laden zu schließen »

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir l'article allemand pour plus de bibliographie.

Article connexe[modifier | modifier le code]