Johannes Gutenberg

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Gutenberg.
Page d'aide sur l'homonymie Il existe peu de documents sur la vie de Gutenberg et la manière dont il a conçu son invention. Tout ce qui va suivre est donc une interprétation des documents existants. Il peut donc exister de légères variations suivant les sources compulsées.

Johannes Gutenberg

alt=Description de cette image, également commentée ci-après

Portrait de Johannes Gutenberg, (dessiné longtemps après sa mort)

Naissance vers 1400
Mayence
Décès 3 février 1468
Mayence (Saint Empire romain germanique)
Nationalité Allemande
Profession
Famille
Friedrich (Friele) Gensfleisch, Frau Else Wirich
Statue de Gutenberg par David d'Angers (1840), Place Gutenberg, Strasbourg
Statue de Gutenberg par Bertel Thorvaldsen (1837), moulage par Charles Crozatier, Gutenbergplatz, Mayence
Caractères mobiles

Johannes Gensfleisch zur Laden zum Gutenberg, dit Gutenberg (on trouve aussi dans des ouvrages anciens l'orthographe francisée Gutemberg[1], de même que son prénom est parfois francisé en Jean[note 1]), né vers 1400 à Mayence dans le Saint-Empire romain germanique et mort le 3 février 1468 dans sa ville natale, était un imprimeur allemand dont l'invention des caractères métalliques mobiles a été déterminante dans la diffusion des textes et du savoir.

Alors que son invention est considérée comme un événement majeur de la Renaissance, Gutenberg connut une existence difficile. Il sera spolié de son matériel par l'un de ses associés, Johann Fust[note 2], et ne sera sauvé de la misère que grâce à Adolphe II de Nassau qui lui accorda une pension à vie et le titre de gentilhomme de sa cour.

Biographie[modifier | modifier le code]

Formation[modifier | modifier le code]

Johannes Gutenberg, né vers 1400[note 3] (comme souvent à cette époque, sa date de naissance ne peut être établie précisément) est le troisième enfant d'une famille aisée, celle de Friele Gensfleisch zur Laden[2],[note 4]. On croit qu'il a été baptisé dans l'église Saint-Christophe proche de sa maison natale[3].

Les lieux de séjour et les activités de Gutenberg, ne sont pas connus entre 1400 et 1420. Au regard de ses activités ultérieures et du niveau social de sa famille, des études universitaires sont probables[4].

Entre 1434 et 1444, la famille Gutenberg s'installe à Strasbourg[5]. Gutenberg fait son apprentissage pour devenir orfèvre. Il se forme notamment à la ciselure et à la maîtrise des alliages, qui constitueront les bases de son futur métier, lui permettant de concevoir des caractères d'imprimerie résistants et reproductibles à l'infini.

On trouve sa trace dans les registres de la ville jusqu'en 1444[6]. Il n'existe rien sur les quatre années suivantes[7]. De retour à Mayence en 1448 au plus tard, il poursuit les travaux commencés à Strasbourg et emprunte de l'argent à son cousin Arnold Gelthus[8] pour construire une presse.

Invention du caractère mobile d'imprimerie typographique[modifier | modifier le code]

En 1450, Johannes Gutenberg persuade le riche banquier Johann Fust de l'aider à financer son projet. Fust prête 800 florins - somme considérable pour l'époque - à Gutenberg[9] et 300 florins par an pour les frais généraux. Il devient de fait son associé.

En homme d’affaires avisé, Fust rédige un contrat particulièrement contraignant pour Gutenberg. En garantie d’hypothèque, Gutenberg devra engager sa presse et les outils et réglera 6 % d’intérêt l’an. Fust se montrera magnanime et ne lui réclamera pas les intérêts, du moins dans un premier temps[10].

Pour espérer des revenus suffisants, Fust et Gutenberg doivent choisir d'imprimer un livre dont le tirage permettra de couvrir les sommes engagées. À l’époque, le seul livre capable d’un succès immédiat est la Bible dans sa version en latin de saint Jérôme, la Vulgate. L'idée première de Gutenberg pour imposer son invention sera d'imiter parfaitement les livres manuscrits (codex). À ce jour, on n’a pas trouvé le modèle précis de Bible utilisé par Gutenberg.

C'est à cette époque que Gutenberg perfectionne simultanément les différents éléments qui constituent son invention :

  • la technique de production des caractères en métal interchangeables et égaux (alliage de plomb, fer, étain et antimoine) à l'aide de timbres d'acier coupés, des matrices de cuivre et d'un instrument à couler,
  • la presse à bras,
  • l'encre d'impression (à l'époque, l'encre utilisée par les copistes était à base d'eau).

Premières impressions[modifier | modifier le code]

Les nouveaux outils mis au point par Gutenberg et ses ouvriers lui servent d'abord à imprimer de petits documents, des poèmes, la grammaire latine de Donat, des lettres d'indulgence pour l'Église, etc. Les lettres d'indulgence à trente et une lignes (dont la plus vieille, datée du 22 octobre 1454, est le premier spécimen d'une œuvre d'imprimerie venant de Mayence) et les petits ouvrages connus ont semble-t-il été produits par un apprenti de Gutenberg.

La mise au point de la presse prend plus de temps que prévu, les frais courent et les premiers investissements de Fust ne suffisent plus pour financer l'entreprise. En 1454, Fust avance à nouveau huit cents florins pour poursuivre l’impression des Bibles sur vélin et, sans doute par économie, sur papier.

Impression de la Bible B42[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bible de Gutenberg.

Gutenberg et ses ouvriers, dont Pierre Schoeffer, impriment la Bible en six cent quarante et un feuillets répartis en soixante-six cahiers.

Composée à partir de la Vulgate de saint Jérôme, la Bible de Gutenberg est considérée comme l'œuvre la plus techniquement complexe et la plus belle de l'imprimerie de Gutenberg. Chaque page, présentée comme une page manuscrite et composée de caractères gothiques de type textura, se divise en deux colonnes de quarante-deux lignes chacune. Entre 1452 et 1455, la Bible à quarante-deux lignes a été imprimée à environ cent quatre-vingts exemplaires. Quarante-huit d'entre eux ont été conservés et douze sont imprimés sur parchemin.

Le procès et la ruine[modifier | modifier le code]

Malheureusement pour Gutenberg, l'impression des livres connaît un succès mitigé. Dans l’inventaire de son atelier, les bibles resteront en rayonnage quelque temps.

Fust, qui a investi plus de 2 500 florins dans l'entreprise, est furieux contre Gutenberg, car il lui avait promis un succès rapide. Gutenberg refusant de payer — ou ne le pouvant pas — les intérêts et le capital qu'il lui avait prêtés, il décide de porter l'affaire en justice. Le tribunal tranche en faveur de Fust, en reconnaissant toutefois qu'il ne s'agissait pas d'un prêt mais d'un investissement, et que Fust n'était pas prêteur mais associé[11],[12].

Fust obtient alors la gestion de l'atelier et la mise en gage de la presse. Il continue l'entreprise d'imprimerie sous son propre nom. Dans la plus vieille édition du Psalmorum Codex, paru pour la première fois le 14 août 1457, seuls les noms de Fust et de Schoeffer sont mentionnés. Ce livre, remarquable par sa qualité d’impression, par son texte imprimé en noir et rouge et par la régularité de la fonte des caractères, décoré de lettrines ornées et filigranées, apporte alors une certaine notoriété aux deux hommes.

Pour élargir leur clientèle et dépasser le petit cercle des bourgeois cultivés et des universitaires, Fust et Schoeffer orientent rapidement leur production vers des éditions de moindre ampleur, mais plus faciles à vendre. Ils s’installent à Paris pour y vendre leurs livres en 1463, une date où l’imprimerie n’existe pas encore en France[13]. Fust n’en profitera pas longtemps : il meurt à Paris en 1466, mais il aura tout de même le temps de voir s'installer, rue Saint-Jacques, une quantité d'imprimeurs d'origine germanique.

Le gentilhomme Gutenberg[modifier | modifier le code]

Timbre de 1961, série « Les Allemands célèbres ».

Insolvable, Gutenberg tente de relancer un atelier d'imprimerie et participe en 1459 à une édition de la Bible dans la ville de Bamberg. Ses travaux ne portant ni date ni nom, il est encore difficile d'identifier avec certitude les documents provenant de son atelier. Il est possible que le dictionnaire Catholicon de sept cent quarante-quatre pages, imprimé à trois cents exemplaires à Mayence en 1460, soit de sa composition.

En janvier 1465, Gutenberg fut nommé gentilhomme auprès de l'archevêque de Mayence Adolphe II de Nassau. Il bénéficia alors d'une rente et de divers avantages en nature[14]. Il mourut en 1468, largement méconnu par ses contemporains, et fut enterré à Mayence dans un cimetière qui sera détruit plus tard. Sa tombe est aujourd'hui perdue.

Chronologie[modifier | modifier le code]

  • 1394-1399 : naissance de Johannes Gensfleisch, dit Gutenberg,
  • 1434 : premiers travaux sur l'impression à Strasbourg (notamment impression de la Bible)
  • 1436 : procès à Strasbourg (???)
  • 1444-1448 : quatre années sans documents, où est-il, que fait-il ?
  • 1448 : retour à Mayence
  • 1449-1450 : association de Gutenberg et Johann Fust
  • 1451 : impression d’une grammaire latine Donat
  • 1452-1454 : premier livre imprimé en série, la Bible à quarante-deux lignes
  • 1454 : impression d’un calendrier, le Türkenkalender
  • 1455 : procès de Fust contre Gutenberg, Peter Schoeffer comparaît comme témoin a charge,
  • 1457 : impression du premier livre en couleurs par Fust et Schoeffer, le Psalmorum Codex
  • 1465 : Gutenberg est nommé gentilhomme auprès de l'archevêque de Mayence Adolphe II de Nassau
  • 1468 : le 3 février, Gutenberg meurt, et lègue son invention à l'humanité.

Gutenberg et l’invention de l’imprimerie[modifier | modifier le code]

Diffusion de l'imprimerie au XVe siècle
Presse xylographique à bras en bois
Production des livres imprimés de l'Europe entre 1450 et 1800[15]

Associé à Johann Fust et à Pierre Schoeffer, Johannes Gutenberg est l’inventeur de l’imprimerie à caractères mobiles en Europe[16].

Pour parvenir à ses fins, Gutenberg est à l’origine de nombreuses innovations :

  • un alliage à base d’étain, de bismuth et d’antimoine qui a la particularité de fondre facilement et de ne pas se déformer en refroidissant ;
  • un moule à fondre à la main, avec une matrice en négatif du caractère ;
  • la casse de composition ;
  • l’amélioration de la presse d’imprimeur existante, ou presse xylographique ;
  • une encre très forte comme de la glu, qui ne « poche » pas sur la feuille.

Depuis longtemps, l’histoire conteste à Johannes Gutenberg l’invention de l’imprimerie typographique et celui-ci n’a jamais rien fait pour s’assurer la paternité de son invention. Aucune date d’impression ni de signature ne figure sur les livres. Le premier colophon apparait avec les impressions de Johann Fust et Pierre Schoeffer.

Pourtant, dès 1472, Guillaume Fichet, bibliothécaire à la Sorbonne, écrit en latin dans une lettre jointe à l’édition princeps « De l’orthographia de Gasparino Barzizza » que « Joannem Benemontano [traduction latine de Johannes Gutenberg] est le premier à avoir imprimé un livre digne de ce nom », en référence aux livres manuscrits de l’époque, les codex. Guillaume Fichet, qui a très largement contribué à l’installation de l’imprimerie en France avec l’aide des anciens élèves de Jean Gutenberg, Ulrich Gering, Martin Grantz et Michel Friburger, avait appris par eux le nom de leur maître.

En 1504, le professeur Ivo Wittig de Mayence dédicace un livre à Gutenberg, qualifié d’inventeur de la typographie[17].

Au XIXe siècle, Ambroise Firmin Didot, fervent partisan de Gutenberg, trouva des lettres, dont la plus ancienne, datée de 1499, atteste clairement la paternité de l’invention à Jean Gutenberg.

Le 3 février 1468, Gutenberg lègue son invention à l’humanité.

Contemporains de Gutenberg[modifier | modifier le code]

Contexte historique[modifier | modifier le code]

Buste de Johannes Gutenberg situé dans la cour d'une imprimerie tourangelle.

Au Moyen Âge, les textes étaient peu répandus car peu de gens savaient lire. Les livres sont produits ou reproduits dans les monastères par des moines copistes. Les illustrations sont réalisées par des moines spécialisés, les enlumineurs. Les rubricateurs intervenaient pour faire ressortir, par des couleurs, les Nomina sacra.

Dans certains cas, les laïcs pouvaient produire des codex avec l’approbation des monastères. À partir du XIVe siècle, le procédé de xylographie permettait de reproduire un texte à grande échelle : il consistait à graver un document à l’envers sur du bois, puis à l’appliquer, une fois recouvert d’encre, sur du papier.

Selon la légende, c’est en voyant fonctionner un pressoir à vin à Strasbourg, que Gutenberg eut l’idée d’inventer un nouveau procédé d’impression qui permit de produire 180 Bibles en l’espace de trois ans, alors qu’un moine recopiait une Bible dans le même temps.

En imaginant la mobilité des caractères et en améliorant leur longévité grâce à leur consistance métallique, Gutenberg rendait les caractères réutilisables et interchangeables. Cette innovation a provoqué une révolution culturelle : le livre est rendu public, dans les villes commerçantes et universitaires, et les ateliers d’imprimerie se multiplient, augmentant la production des livres. Cette révolution s’étend à toute l’Europe, principalement en Italie et aux Pays-Bas.

Grâce à cette explosion culturelle, le savoir n’est plus réservé aux clercs. L’accès plus facile à la connaissance développe le partage des idées, l’esprit critique et, avec lui, l’humanisme.

De Mayence à l’Europe entière[modifier | modifier le code]

À la mort de Gutenberg en février 1468, les différents collaborateurs de l’imprimeur ont déjà quitté Mayence depuis longtemps et vont émigrer dans toute l’Europe, en France et en Italie principalement.

France[modifier | modifier le code]

  • 1470-1472 : impression du premier incunable en France dans les locaux de la Sorbonne à Paris, par trois ouvriers allemands issus de l’imprimerie typographique de Mayence, Ulrich Gering, Martin Grantz et Michel Friburger.
  • 1537 : François Ier instaure l’obligation de dépôt légal, officiellement pour défendre le statut des libraires.
  • 1546 : Étienne Dolet, libraire-imprimeur, est torturé, étranglé et brûlé avec ses livres, à Paris, place Maubert.

Italie[modifier | modifier le code]

Les procès[modifier | modifier le code]

Une grande quantité des témoignages sur Gutenberg provient des archives judiciaires, l'inventeur étant manifestement assez procédurier. Parmi les procès où son nom est cité, on peut mentionner :

  • un procès à Strasbourg vers 1436. Il quitte Strasbourg ruiné, mais très certainement avec les outils d'impression qu'il a mis au point.
  • un procès à Mayence en 1455, contre son associé Johann Fust. Gutenberg perdit le procès et fut ruiné. Il perdit au bénéfice de Fust son imprimerie qu'il avait donnée en garantie pour sa dette.

Citation[modifier | modifier le code]

« Dieu souffre dans des multitudes d'âmes auxquelles sa parole sacrée ne peut pas descendre; la vérité religieuse est captive dans un petit nombre de livres manuscrits qui garde le trésor commun, au lieu de le répandre. Brisons le sceau qui scelle les choses saintes, donnons des ailes à la vérité, et qu'au moyen de la parole, non plus écrite a grand frais par la main qui se lasse, mais multipliée comme l'air par une machine infatigable, elle aille chercher toute âme venant en ce monde[18] ! »

— Gutenberg, 1455 (traduction d'Alphonse de Lamartine)

Notes et références[modifier | modifier le code]

Citations originales[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Cf. par exemple la rue Jean-Gutenberg à Genève.
  2. Fust aura un rôle décisif dans l’invention de Gutenberg. Sans son aide financière, l’invention n’aurait sans doute pas vu le jour aussi rapidement.
  3. La date de 1400 est symbolique, elle permettra de fêter les cinq cents ans de son invention en 1900.
  4. Gutenberg avait également une demi-sœur, issue du premier mariage de son père.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Par exemple : Paul Lacroix, Curiosités de l'histoire des arts, Delahays, 1858
  2. Bechtel 1992, p. 163
  3. Église Saint-Christophe - Église baptismale de Gutenberg
  4. Bechtel 1992, p. 171
  5. Bechtel 1992, p. 176-177
  6. Bechtel 1992, p. 202
  7. Bechtel 1992, p. 291
  8. Bechtel 1992, p. 322
  9. Bechtel 1992, p. 372
  10. Bechtel 1992, p. 379
  11. Le Helmanspergersche Notalinstrument parle d'un procès et d'un jugement partiel (6 novembre 1455)
  12. Bechtel 1992, p. 392
  13. La diffusion de l'imprimerie en France
  14. Gutenberg, Johannes - Memo
  15. Buringh, Eltjo; van Zanden, Jan Luiten: "Charting the “Rise of the West”: Manuscripts and Printed Books in Europe, A Long-Term Perspective from the Sixth through Eighteenth Centuries", The Journal of Economic History, Vol. 69, No. 2 (2009), p. 409–445 (417, table 2)
  16. Ce que remet en question un chercheur italien
  17. (de) Lexique de la typographie d’Europe de l’Ouest
  18. Alphonse de Lamartine, Vie des grands hommes, Paris, Bureaux du Constitutionnel,‎ 1856 (lire en ligne), p. 112-113

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]