Histoire de la Bulgarie

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Si la mise en valeur du territoire bulgare remonte à la plus haute antiquité, l'histoire de la Bulgarie en tant que pays indépendant ne date que du VIIe siècle avec la fondation du premier royaume bulgare par Asparoukh. Située à la croisée des influences ethniques, culturelles et linguistiques de la péninsule balkanique, la Bulgarie a connu de nombreux retournements au cours de sa longue histoire. Elle fut à son apogée le premier empire slave, le berceau culturel de l’Europe slave, bénéficiant alors d’un accès à la mer Adriatique et à la mer Égée, avant de subir la domination byzantine puis celle des Ottomans pendant près de cinq siècles. Dévastée par les guerres balkaniques, la Bulgarie prit la voie du communisme au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Après la chute du mur de Berlin, le pays s’orienta vers un régime démocratique que vint confirmer son adhésion à l'Union européenne en janvier 2007.

Monument construit à Choumen pour commémorer les 1300 ans de la création de la Bulgarie par Asparoukh.

La Préhistoire et L’Antiquité[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Kozarnika et Grotte de Bacho Kiro.
Tombe 43 provenant de la Nécropole de Varna avec les plus vieux bijoux en or connus à ce jour (Musée archéologique de Varna).

En 4600 avant l'ère chrétienne, une mystérieuse civilisation s'installe sur les rives de lacs voisins de la mer Noire, tout près de l'actuelle ville de Varna. Cette culture de Varna, datant de la fin du chalcolithique, connaîtra un développement culturel et technologique sans précédent pour l'époque. Ce sont d'abord d'admirables poteries, des idoles en os et en pierre, et des outils de cuivre qui en révèlent l'existence puis une découverte fortuite, en 1972, si stupéfiante que son annonce fera le tour du monde. À quelques kilomètres de Varna, se trouve une nécropole contenant les objets d'or [1] les plus anciens jamais découverts à ce jour, parmi lesquels des bracelets massifs dépassant 200 g et de presque 24 carats, des plaques, plastrons, diadèmes… Entre 4600 et 4200 ans avant notre ère, bien avant la Mésopotamie ou l'Égypte des pyramides, l'orfèvrerie a débuté sur les rives de la mer Noire, dans la Bulgarie actuelle. Les plus riches tombes renferment des diadèmes et des sceptres en or, des haches et pointes de javelot à fort poids de cuivre, des parures raffinées, des céramiques finement décorées. L'étude des quelque 300 sépultures de la nécropole de Varna démontre, à l'âge du cuivre, l'existence d'une société fortement hiérarchisée[2].

Parmi les premiers occupants du pays on peut également citer les Pélasges, peuple matriarcal qui a laissé de nombreuses sculptures gynomorphes et la légende des Amazones. Vers 1800 avant notre ère, des Indo-Européens, les Thraces, inaugurent le patriarcat guerrier. Ils se répartissent en diverses tribus jusqu'à ce que le roi Térès Ier les réunisse autour d'un État, vers 500 avant notre ère. Progressivement hellénisés à partir des comptoirs grecs de l'Égée et du Pont-Euxin, ils entrent dans la sphère d'influence de l'Empire perse au Ve siècle av. J.-C., puis des royaumes hellénistiques au IIIe siècle av. J.-C.. Le royaume de Thrace atteint son apogée sous le règne des rois Sitalcès et Cotys (383-359 avant J.-C.), de la dynastie des Odrysses ; détruit et envahi par la Macédoine de Philippe, le père d'Alexandre le Grand, il connaît un renouveau sous Seuthès III en 341. Ils ont leurs propres royaumes, dont le plus connu est celui de Odrysses, allié à la confédération Pontique. Hérodote admirait déjà leurs tombeaux et le raffinement de leur art funéraire. Ils ont laissé de fabuleux trésors (musée de Sofia), et notamment d'étranges tumuli, grosses buttes de terre qui parsèment par centaines la plaine centrale du pays. Les plus célèbres sont les tombes thraces de Kazanlak et de Svechtari.

À partir de 29 avant notre ère, les Romains organisent les territoires en provinces de Mésie et de Thrace au Ier siècle apr. J.-C., en l'an 45. Ils romanisent les populations et laissent leur empreinte : le théâtre antique de Plovdiv, les thermes de Varna etc. En 188 de notre ère, la Thrace est définitivement intégrée dans Rome qui petit à petit romanise les populations au nord de la ligne Jireček.

Les grandes migrations et la formation d’un État slavo-bulgare[modifier | modifier le code]

La Grande Bulgarie vers 650.

Les Proto-Slaves arrivent dans la péninsule balkanique vers la fin du Ve siècle av. J.-C.. De plus en plus nombreux, ce sont eux qui formeront la majorité des Bulgares d'aujourd'hui.

Confédération de peuples iranophones venus d'Asie centrale dont tous les souverains entre le IIe siècle et le VIIIe siècle portent des noms iraniens, les Bulgares s'installent au nord de la mer Noire par vagues successives entre le IIe siècle et le Ve siècle. Des peuples iranophones tels les Alains dont descendent les actuels Ossètes du Caucase en sont un exemple. Il y avait également parmi eux des éléments turcophones tels que les Balkars du Caucase. Selon les recherches récentes de l'académicien Bojidar Dimitrov, le premier Empire bulgare, gouverné par Koubrat le Grand, s'étendait sur l'actuelle Ukraine. Sous la poussée d'une confédération turcophone, les Khazars, une partie des Bulgares migrent vers le nord et s'installent sur la Volga où ils fondent au VIIIe siècle un royaume qui adopte l'Islam vers la fin du IXe siècle ou le début du Xe siècle et sera, plus tard, absorbé par les Tatars vers le milieu du XIVe siècle lorsque la Bulgarie de la Volga succombe finalement aux coups des mongols. Ce royaume s'étendait sur l'actuelle République autonome du Tatarstan, en Russie. L'un des fils de Koubrat, Asparoukh, se dirige au contraire vers l'ouest et fonde en 681 sur le bas-Danube un autre royaume bulgare occupant les actuelles Bulgarie, Macédoine, Serbie, Hongrie occidentale, Roumanie et Moldavie.

Ici l'histoire scientifique, soumise à de fortes pressions politiques, diverge au niveau de l'interprétation et la mise en avant de certains faits.

La Ligne Jireček montre les zones de romanisation (au nord) et d'hellénisation (au sud) des Thraces avant leur slavisation.

Pour certains auteurs (essentiellement occidentaux, Grecs et Roumains), les Bulgares ont trouvé sur le bas-Danube des Thraces hellénisés ou latinisés et des Slavons (il s'agit des « sept tribus » slaves installées là à partir du VIe siècle). L'hellénisme a commencé ici neuf siècles auparavant, et la romanisation six siècles auparavant. Les Thraces étaient en grande partie hellénisés au sud d'une ligne dite Jireček (du nom de l'historien qui l'a déterminée) et latinisés au nord de cette ligne (c'est l'origine des minorités grecques côtières et aroumaines montagnardes de la Bulgarie et de la Macédoine actuelles). La ligne Jireček, fondée sur les découvertes archéologiques, suit le tracé au sud duquel les inscriptions en grec dominent, tandis qu'au nord ce sont celles en latin. À l’arrivée des Bulgares, cette région faisait partie de l’Empire romain oriental dit Empire byzantin, où les slaves du sud étaient des foederati. Mais pour d'autres auteurs (essentiellement Bulgares et Russes), lors de l'arrivée des Bulgares, les Thraces, très peu hellénisés ou latinisés, avaient déjà subi une forte slavisation, car les Slavons, même s'ils n'étaient là que depuis 150 ans environ, étaient très nombreux. L'héritage turcophone de la majorité des premiers Proto-Bulgares d'Asparoukh, est également à remettre en cause. Même s'il existe des descendants turcophones de la grande confédération des Bulgares du Don (Empire de Kubrat) : les Balkars du nord-Caucase, le caractère globalement iranien des Proto-Bulgares trouve des arguments appuyés par les textes historiques.

Ainsi, les recherches de P. Dobrev sur la composante iranophone et qui constituait la classe dirigeante de la confédération de Koubrat le Grand visent à démontrer que le peuple bulgare tire ses origines de l'Afghanistan actuel, plus précisément au pied des montagnes du Pamir et de l'Hindou-Kouch (dans l'ancien pays des Aryens, au sud-est du mont Iméon) et a utilisé des écritures runiques. Le patriarche Jacobite d'Antioche au XIIe siècle Michel le Syrien, relate une légende selon laquelle les Bulgares sont sortis directement des cols de l'Iméon pour venir en Europe. Les populations qui restent au Pamir assistent à une turquisation forcée et tardive de cette région vers le XIVe siècle[3]. Certaines sources écrites tel le chronographe de 354 relient directement le nom des Bulgares à la Bible. Les Bulgares seraient un des plus anciens peuples ayant survécu jusqu'à nos jours avec leur dénomination biblique. Selon l'Ancien Testament, après le Déluge, la terre fut répartie entre les fils de Noé (Shem, Hamid, Japhet)[4]. Or, selon le « Latin Chronographer of 354 », les Bulgares seraient les descendants directs de Shem (c'est aussi ce que revendiquent les Juifs et les Arabes traditionalistes), dont un des fils « Ziezi ex quo Vulgares » (Ziezi qui donna les Bulgares). Il est particulièrement intéressant de remarquer qu'au IVe siècle déjà le mot latin « Vulgares » désignait le nom d'un peuple et non seulement le terme générique connu de nos jours comme « commun ». Au VIIe siècle, des géographes arméniens ont cité le peuple Bulkh, abréviation du mot Bulkhor, encore rencontré dans certains dialectes de l'Est de l'Iran et dans la langue Tadjik. Ceci semble relier les premiers Bulgares à ce peuple Bulkh.

Des Khanats au premier Empire bulgare[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Premier Empire bulgare.

Des peuples païens à l'État chrétien[modifier | modifier le code]

Le premier Empire bulgare à sa plus grande extension pendant le règne du Tsar Simeon Ier le Grand (893-927).

Les Bulgares d'Asparoukh fondent le 9 août 681 le premier État bulgare multi-ethnique où le slavon s'impose progressivement comme langue usuelle, liturgique et officielle. Les Bulgares se slavisent et se christianisent sous Boris Ier. Son fils Siméon prend officiellement le titre de tsar (« César »). Au fil des siècles suivants, les populations de langue romane ou grecque (Thraces latinophones ou hellénophones) se slaviseront progressivement aussi, donnant naissance au peuple bulgare actuel. Les patronymes bulgares ont fréquemment une forme slave finissant en…ov, …ev ou parfois…ski, mais les radicaux d'origine hellénique ou romane ne sont pas rares (Angel-ov, Caloiorg-ov, Frate-ski…).

En 865, le peuple bulgare se convertit au christianisme sous le règne de Boris Ier et adopte le slavon comme langue usuelle, liturgique et officielle, à l'origine du bulgare actuel. Dans les années 860, Cyrille et Méthode, deux moines de Salonique, adaptent l'alphabet grec à la langue slave : c'est la naissance de l'alphabet glagolitique (auparavant, les Bulgares écrivaient en runique). Cinq des élèves de Cyrille et Méthode tentent de parvenir en Bulgarie ou ils créent l'alphabet cyrillique pour les besoins des Bulgares. Dans les siècles suivants, les Bulgares resteront en majorité fidèles à la foi orthodoxe malgré les tentatives du pape Innocent III de les convertir au catholicisme et malgré l'hérésie des Bogomiles (prêchée par le pope Bogomil). L'influence byzantine (1018-1185) façonne l'Église orthodoxe tandis que le mouvement Bogomile se propage dans les pays yougoslaves et dans les Alpes.

Le royaume de Bulgarie devient rapidement une dangereuse menace pour l'Empire byzantin. Il atteint son apogée sous Siméon Ier, fils de Boris Ier, le Charlemagne bulgare, reconnu tsar (déformation de César) en 913 par Constantinople et en 926 par Rome. Ce royaume multi-ethnique, où cohabitent des Grecs (le long des côtes), des Slavons (majoritaires au long des rivières internes), des Albanais (dans l'ouest) et des Thraces latinisés connus dans l'histoire sous le nom de « Roumains » (autour des principaux massifs montagneux, des lacs macédoniens et du Danube), s'étend considérablement : de la mer Adriatique à la mer Noire, et du nord de la Roumanie actuelle à la Thessalie. Les fastes de la cour bulgare et de l'Église contrastent avec le sort misérable des paysans sous le régime féodal. Les nombreuses guerres, le poids des impôts et le mécontentement populaire affaiblissent le premier royaume bulgare. L'empereur byzantin priva la Bulgarie de tous ses territoires compris entre le Danube, la chaîne des Balkans et la mer Noire. Le royaume occidental bulgare (969-1018) de Samuel Ier, avec Ohrid pour capitale (siège de la l’Archevêché latine Prima Justiniana), ne survécut pas plus d'un demi-siècle et disparaît après la défaite de Samuel face aux troupes de l'empereur byzantin Basile II, le Bulgaroctone (tueur de Bulgares) qui annexe la Bulgarie en 1014, non sans avoir fait crever les yeux de 14 000 soldats prisonniers, à l'exception de 1 sur 100, seulement éborgnés pour pouvoir conduire les autres.

Le temps des hérésies[modifier | modifier le code]

Au Xe siècle apparaissent les premiers courants de contestation religieuse en Bulgarie, sous le nom d’hérésie bogomile. Ses origines remontent à l’introduction de l’hérésie manichéiste venue d’Iran à partir du IVe siècle par les disciples de Mani. Dans le même temps, les migrations venues de Syrie avaient apporté sur le sol bulgare les idées des Pauliciens [5]. Ces croyances dualistes influencèrent fortement les bogomiles à leurs origines. Ce mouvement, tirant son nom de son créateur sans doute légendaire, le pope Bogomil[6] a été défini comme « un manichéisme mâtiné de paulicianisme » par le patriarche de Constantinople Théophylacte (933-956). Revendiquant un statut de véritables disciples du Christ, les bogomiles croyaient au dualisme selon lequel Lucifer et Jésus s’opposent radicalement et rejetaient le culte des saints et de la Vierge. Ils se déclaraient également contre la hiérarchie ecclésiastique, les églises et les icônes et ne reconnaissaient que l’Évangile.

Ils incitaient à l’insoumission aux seigneurs et aux lois, dénonçaient l’inégalité sociale et les guerres, critiquaient le luxe et les mœurs des boyards et des hauts dignitaires de l’église. Les Bogomiles formaient une communauté dotée d'une forte organisation hiérarchique et dirigée par les « parfaits » ; c’est dans leur rang que se recrutaient les combattants qui ébranlèrent les fondements de l’Église et de l’État bulgare. Ils furent pourchassés : à la suite d’un concile de l’Église bulgare à Tarnovo en 1211, le Tsar Boril (1207-1218) appela à la croisade contre les musulmans, mais également contre les hérétiques bogomiles.

La doctrine des Bogomiles se répandit dans l’Empire byzantin, la Russie, l’Italie du nord et le sud de la France avec les Albigeois et les Cathares qui s'appellent aussi bougres parce que « leur berceau se trouve en Bulgarie » écrit Étienne de Bourbon en 1217.

Le Second Empire bulgare (1186-1396)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Second Empire bulgare.
Royaume bulgare en 1265.
Bulgares tuant des Byzantins.

En 1180 les Bulgares et les Valaques des Balkans se révoltent contre l'Empire byzantin sous la conduite des familles Deleanu, Asen et Caloian, et s'émancipent en 1186 pour restituer la Bulgarie (reconnue sous le nom de "Regnum Bulgarorum et Valachorum" par le pape Innocent III et les chancelleries de l'époque pour des raisons politiques évidentes). Ce royaume multi-ethnique est pour les Roumains la "première Valachie" et pour les Bulgares le "Second Tzarat" ou "Second Empire". Sa capitale est Tarnova (Veliko Tărnovo). La principale dynastie est celle des Asenides. Les arts et la culture y connurent des succès considérables. De cette époque datent les fresques du monastère de Boïana près de Sofia, de nombreuses églises, ainsi que le palais de Trnovo sur la colline de Tsarevets. Un siècle avant l'Italie, l'esprit et l'art de la Renaissance s'y manifestaient déjà. Le règne de Ioan Asen II (1217-1241) marque son apogée puisqu'à cette époque le royaume a accès à trois mers : la mer Noire, la mer Égée et la mer Adriatique. Ioan Asen II bat et fait prisonnier Baudouin VI de Hainaut qui s'était emparé de Constantinople. Mais le royaume, considérablement affaibli par l'invasion des Tatares en 1225, se désagrège à partir de 1250 et sera remplacé, au nord du Danube par des banats roumains vassaux de la Hongrie, et au sud du Danube par des Tzarats slavo-bulgares d'Ohrid, de Vidin et de Tărnovo, et par le despotat de Dobroudja, qui tomberont l'un après l'autre sous la coupe de l'Empire ottoman. Les pays roumains nord-danubiens (Valachie et Moldavie) devient vasaux de l'Empire Ottoman (le régime des capitulations), en conservant cette qualité jusqu'en 1878.

Une partie des Bulgares (les Pomaques) passeront à l'islam : selon le Grand vizir Midhat Pacha, gouverneur des provinces du Danube, et l'un des pères de la constitution turque de 1876 : «… parmi les Bulgares, il y a plus d'un million de musulmans qui ne sont pas venus de l'Asie pour s'établir en Bulgarie, comme on le croit communément; ce sont les descendants de ces Bulgares convertis à l'islam à l'époque de la conquête et dans les années qui ont suivi. Ce sont les enfants d'un même pays, d'une même race, venus de la même souche… ».

La domination ottomane[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bulgarie ottomane.

La conquête et le joug ottoman[modifier | modifier le code]

Empire ottoman en 1801.

Comme dans le reste des Balkans, la Bulgarie subit une longue et douloureuse période d'occupation pendant laquelle les libertés furent le plus souvent bafouées alors que les populations subissaient le joug de l'occupant. Pour les Bulgares, cette période est certainement la plus sombre de leur histoire.

Incapables de résister à l'Empire ottoman, les cinq royaumes slavo-bulgares tombent les uns après les autres aux mains des Ottomans. Derniers à tomber, Trnovo est conquise en 1393, Vidin en 1396 et la Dobrogée (en bulgare Dobroudja) en 1421. La position géographique de la Bulgarie, l'importance relative de sa population ainsi que le peu d'intérêt que lui portaient les puissances occidentales en ont fait une province de l'Empire ottoman pendant près de cinq siècles, de 1396 à 1878. La Bulgarie, annexée à l'Empire ottoman, n'est alors qu'une province administrée par les sultans d'Istanbul sous la tutelle religieuse du Patriarcat de Constantinople. Le pays perd son indépendance mais aussi son nom et sa capitale : les Ottomans n'emploient que le mot Roumélie (en turc Rumeli qui signifie "pays des Romains", c'est-à-dire pris aux latinophones). Un système féodal strict y fut établi, afin de contrôler de près cette région proche d'Istanbul et donc stratégiquement essentielle. Mosquées et minarets se multiplient au fil de la colonisation ottomane et de l'islamisation d'une partie des Bulgares (Pomaques). Sur les côtes, les Grecs demeurent à Nessebar, Obzor et Varna.

Pur sang arabe du haras Kabyuks près de Choumen. Créé par les Ottomans pour les besoins de l'armée, cet élevage fournissait 1300 chevaux par an.

Quelques églises sont rasées[7] et c'est autour de la religion chrétienne, dans les montagnes, que la résistance[8] s'organisa, le plus souvent grâce aux monastères qui vivaient repliés sur eux-mêmes pour éviter les représailles, mais qui entretenaient le culte de la nation bulgare. La période ottomane permit aussi l'accès à l'indépendance de l'Église Bulgare. Échappant à la tutelle du Patriarcat œcuménique de Constantinople, dominé par les Grecs, les religieux orthodoxes bulgares ont instauré l'exarchat Bulgare en 1870 avec le consentement de la Sublime Porte et sous les pressions russes. Le siège de l'exarchat demeura à İstanbul jusqu'en 1913 dans le quartier de Şişli.

Pour certains historiens, la période ottomane fut moins négative que les historiens « militants » ne la présentent, car elle permit un développement culturel et économique du pays dans le cadre d'un vaste ensemble multinational où les rapports entre peuples et entre religions étaient généralement caractérisés par une grande tolérance.

« Le Pays que les Bulgares habitent serait un jardin délicieux si l'oppression aveugle et stupide de l'administration turque les laissait cultiver avec un peu plus de sécurité : ils ont la passion de la terre »

— Lamartine Voyage en Orient (écrit à Plovdiv)

La renaissance bulgare[modifier | modifier le code]

Vers la deuxième moitié du XVIIIe siècle, avec le développement de l'économie et le commerce et le déclin de la force militaire turco-ottomane, une nouvelle génération de Bulgares surgit. Les plus éminents personnages de cette véritable Renaissance tardive "à la bulgare" sont le moine Païssii, Petar Beron, Kolio Ficheto (le plus grand architecte de l'époque), Gueorgui Rakovski, le poète Hristo Botev (tué en 1876), Georgi Benkovski, Liuben Karavelov et Stefan Stambolov. Isolés dans leurs montagnes, les monastères deviennent de vrais foyers de résistance contre les Ottomans. De nombreux nationalistes y trouveront refuge. Parmi eux, le plus célèbre des héros révolutionnaires, Vassil Levski, sera pendu à Sofia. D'autres tels le diplomate et journaliste Aleksandăr Eksarh tentent une voie pacifique vers l'indépendance, par une politique d'influence en direction de la Sublime Porte et des grandes puissances. Une importante presse bulgare se développe dans les milieux de l'émigration, notamment à Bucarest et Constantinople (Carigradski vestnik, Le Courrier d'Orient), qui réclame principalement une église bulgare indépendante du patriarcat de Constantinople.

Les révoltes au XIXe siècle et la guerre de libération russo-turque de 1877-1878[modifier | modifier le code]

La grande révolte éclatera en avril 1876. Vouée à l'échec malgré plus de 30 000 morts, elle provoqua une réaction très vive dans toute l'Europe et jusqu'aux États-Unis.

« On massacre un peuple. Où ? En Europe. Ce fait a-t-il des témoins ? Rien qu'un témoin, le monde entier. Les gouvernements l'aperçoivent-ils ? Non ! Aura-t-il une fin, le martyre de ce peuple héroïque ? Il est grand temps que la civilisation l'interdise »

— Victor Hugo devant le Parlement français en août 1876

En 1877-1878, la Russie et la Roumanie mènent à bien une nouvelle guerre contre les Turcs qui se terminera par la libération de la Bulgarie. Le Traité de San Stefano en 1878 crée la Grande Bulgarie du Danube à la mer Égée et assure à la Russie la mainmise sur les détroits du Bosphore et des Dardanelles.

Période contemporaine[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Troisième État bulgare.

La principauté de Bulgarie (1878-1908)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Principauté de Bulgarie.
La Bulgarie en 1878.

La création de ce grand État slave dans les Balkans et le renforcement de l’influence russe dans la région provoquent le bouleversement des intérêts politico-stratégiques des Grandes Puissances. Aussi, devant leurs protestations, le tsar Alexandre II accepte la réunion du Congrès de Berlin en 1878. Ce dernier se clôt par le Traité de Berlin qui supprime la Bulgarie ethnique du traité de San Stefano et divise en deux la nouvelle principauté bulgare.

L’autonomie complète n’est ainsi accordée qu’à la petite Bulgarie septentrionale, s’étendant du Danube jusqu’au mont Balkan ; tandis que la moitié sud, la Roumélie orientale, est placée sous l’autorité politique et militaire ottomane. Quant à la Macédoine, elle est finalement restituée à l’Empire ottoman. Ces nouvelles frontières refusent aux Bulgares, l'unité réclamée par les nationalistes. Le point de départ est alors donné à plusieurs conflits régionaux.

En 1879, la Bulgarie se dote de la « constitution de Tarnovo » instaurant une monarchie parlementaire modérée où le pouvoir est partagé entre le prince et l’Assemblée nationale. Le même jour le prince allemand Alexandre de Battenberg est élu chef de la principauté par l’Assemblée constituante. Mais le prince entre rapidement en conflit avec les libéraux alors au pouvoir et parvient grâce à un coup d’État, en 1881, à suspendre la constitution et à s’octroyer les pleins pouvoirs. En 1883, le prince rétablit le régime constitutionnel. En septembre 1885, un soulèvement permet aux Bulgares de prendre le contrôle de la Roumélie orientale. Un mois plus tard, la Serbie tente vainement d’envahir la Bulgarie.

En 1886, les relations entre les gouvernements russe et bulgare sont exécrables. Les éléments pro-russes tiennent pour responsable le prince Alexandre de Battenberg et provoquent alors un putsch l’obligeant à abdiquer. Une régence est alors mise en place avec Stefan Stambolov comme président. L’année suivante, une assemblée largement russophobe élit Ferdinand de Saxe-Cobourg-Gotha comme prince.

Si la Bulgarie entre dans une certaine ère de prospérité, paradoxalement le régime du Premier ministre Stambolof devient, au fur et à mesure du temps, de plus en plus répressif. Le prince Ferdinand parvient à prendre le pouvoir en 1894 et renoue, à partir de cette période, de bonnes relations avec la Russie.

Ferdinand doit alors faire face à un autre problème de taille : les revendications macédoniennes. Ces derniers, ethniquement bulgares, revendiquent le droit de rattacher leur territoire à la Bulgarie, ce qui leur vaut d’être persécutés par les Ottomans ; des organisations terroristes macédoniennes se développent alors. De plus, toutes les actions diplomatiques entreprises par les gouvernements bulgares pour le rattachement, se soldent par des échecs.

À partir de 1903, Ferdinand inaugure un régime personnel. Continuant de se moderniser, la Bulgarie devient même une puissance dans la région des Balkans. Néanmoins, ce n’est qu’en 1908 que le prince déclare l’indépendance de la Bulgarie, profitant de la prise du pouvoir du parti Jeunes-Turcs à Constantinople. Il s'octroie le titre de tsar.

Le Royaume de Bulgarie (1908-1946)[modifier | modifier le code]

En 1912 la Bulgarie s'allie avec les Grecs, les Serbes et les Monténégrins pour reprendre la Macédoine à l'Empire ottoman : c'est la première Guerre balkanique. La Bulgarie porte le plus dur de la guerre contre les Ottomans et remporte plusieurs victoires mais pendant ce temps les Serbes s'emparent de la Macédoine majoritairement bulgarophone. La Serbie faisant la sourde oreille aux revendications bulgares, la Bulgarie tente de lui reprendre la Macédoine par la force : c'est la 2e guerre des Balkans. La Roumanie et la Grèce volent au secours de la Serbie, et l'Empire ottoman au secours de la Bulgarie qui sera vaincue. Pour l'opinion bulgare, il s'agit d'une trahison qui par la suite amènera la Bulgarie à s'allier aux ennemis des Serbes, des Roumains et des Grecs. C'est aussi dans ce drame que s'enracine "l'histoire militante" parfois délirante qui essaie par tous les moyens de séparer le passé bulgare de celui des voisins, alors qu'il s'agit en grande partie d'une histoire commune.

La Paix de Bucarest (10 août 1913) partage la Macédoine entre la Serbie et la Grèce et donne la totalité de la Dobroudja à la Roumanie. La Bulgarie ne garde qu'un débouché sur la mer Égée et conteste ce partage : c'est la Deuxième Guerre balkanique. Les Serbes reçoivent alors le soutien des Grecs puis des Roumains (neutres jusque-là) et même des Turcs qui espèrent leur revanche. Fin juillet 1913, ces nouveaux alliés contrent les attaques bulgares et remportent la victoire. Un nouveau partage est alors effectué le 10 août 1913, par le traité de Bucarest : la Bulgarie perd une grande partie de ses conquêtes et de ses acquis de la Première Guerre qui sont partagés entre les vainqueurs. C'est pourquoi, un an plus tard, dans la Première Guerre mondiale la Bulgarie s'allia avec l'Empire allemand, l'Autriche-Hongrie et l'Empire ottoman, occupant la Macédoine, le nord de la Grèce et la Dobroudja roumaine. Mais en 1918 elle se retrouva dans le camp des vaincus : le traité de Neuilly signé en 1919 lui fait perdre même l'accès à la mer Égée et lui supprime le droit à avoir une aviation.

Pendant l'entre-deux guerres et en prenant exemple sur l'Allemagne nazie, le tsar Boris III contourne une à une les clauses du Traité de Neuilly, de façon indirecte tout d'abord, puis ouvertement à partir des années 1930. C'est ainsi qu'il parvient à fonder à nouveau une Armée de l'Air dès 1935. Dans le même temps, il soumet la Bulgarie à un régime fortement autoritaire.

Prudente toutefois, la Bulgarie signa l'accord de Salonique avec les pays de la Ligue balkanique, visant à limiter les armements de chaque État impliqué, et en profita pour se moderniser et reconstituer ses voies de communications ferroviaires et routières, financées majoritairement par un emprunt auprès d'établissements bancaires français.

La Bulgarie continuera néanmoins à renforcer son armée à la fin des années 1930. Ainsi, elle se procura une grande quantité de matériel de guerre auprès de l'Italie, de la France et surtout de l'Allemagne nazie qui, soucieuse de trouver au moins un allié dans les Balkans, vendra en quantité et à des prix cassés une partie de l'armement pris par la Wehrmacht en Tchécoslovaquie et en Pologne en 1939. L'aide allemande se renforça durant la Seconde Guerre mondiale, notamment par de nouvelles ventes de matériel de guerre, mais aussi par un entrainement de l'Armée bulgare par des instructeurs allemands (en Bulgarie même, en Allemagne, mais également en France occupée). Le 7 septembre 1940, l'Allemagne aide la Bulgarie à récupérer le sud de la Dobroudjaou le Quadrilater (Cadrilater en Roumain) aux dépens de la Roumanie (traité de Craiova).

Le partage de la Grèce entre Allemands, Italiens et Bulgares (en vert) entre 1941 et 1944.

Cette aide allemande avait comme but certain de voir la Bulgarie se ranger du côté des pays de l'Axe, ce qui fut fait le 1er mars 1941 lorsque le tsar Boris III signa le pacte tripartite. La Bulgarie entra en guerre aux côtés de l'Allemagne contre la Yougoslavie et la Grèce (opération Marita), ce qui lui permit de récupérer également la Macédoine et le débouché sur la mer Égée. Prudent toujours, le tsar Boris III refusa cependant de déclarer la guerre à la Grande-Bretagne et s'abstint de toute provocation à l'égard des occidentaux (au point qu'il demanda le rapatriement des pilotes bulgares entraînés sur Stuka par les Allemands lorsqu'il apprit que l'unité d'entraînement risquait d'être engagée contre le trafic maritime britannique en Méditerranée). De même, lors d'une entrevue avec Adolf Hitler, le Tsar lui refusa toute participation à la guerre contre la Russie en indiquant que les Bulgares, très largement russophiles, ne pouvaient pas prendre les armes contre ceux qui les avaient libérés de la domination ottomane.

À la suite de plusieurs torpillages de bateaux bulgares en Méditerranée, Boris III finit néanmoins par déclarer la guerre à la Grande-Bretagne et aux États-Unis d'Amérique le 13 décembre 1941, tout en continuant à préserver sa neutralité envers l'URSS. La Bulgarie commença à subir les premières attaques alliées au cours de la fin 1942, sous forme de raids aériens. Les Alliés traversaient la Bulgarie au retour des bombardements sur les champs pétrolifères roumains de Ploiești, tout en y lâchant quelques bombes non-larguées en Roumanie. Ne pouvant faire face aux bombardiers modernes occidentaux avec leurs appareils dépassés, les Bulgares reçurent de l'Allemagne la livraison de chasseurs français capturés (Dewoitine D.520) puis, enfin, d'appareils dernier cri d'origine allemande.

À la suite du décès du tsar Boris III le 28 août 1943, et de la période de questionnement politique dans le pays autour de la minorité du nouveau tsar, Siméon II, les alliés tentèrent de faire pression sur le jeu des alliances bulgares en bombardant directement la Bulgarie. Les combats aériens entre les bombardiers alliés et leurs escortes, et les forces aériennes bulgares ne cesseront que le 26 août 1944. On estime que ces bombardements sur le sol bulgare firent 1 828 morts et 2 370 blessés.

Malgré une position de neutralité préservée durant toute la guerre vis-à-vis de l'Union Soviétique, l'Armée rouge approche de la frontière bulgare puis déclare la guerre à la Bulgarie le 5 septembre 1944. C'est la "guerre d'un jour", car le lendemain, une insurrection menée par la coalition du Front de la Patrie (communistes bulgares et Zveno) renverse le gouvernement et instaure un régime favorable à l'URSS. La guerre est alors déclarée à l'Allemagne tandis qu'une violente épuration fait 16 000 victimes estimées exécutées sans procès, et près de 2 500 à la suite de procès à l'équité discutable. La Bulgarie enverra alors son armée et surtout ses forces aériennes combattre aux côtés des forces soviétiques et roumaines, bien que son potentiel militaire soit gravement affecté par les purges. Ces derniers combats du côté allié feront environ 30 000 victimes dans les rangs bulgares.

Le régime pro-russe se durcit dans la dernière année de la guerre et dans l'immédiat après-guerre, s'en prenant de plus en plus aux symboles de la monarchie. En septembre 1946, il organisa un référendum aux résultats discutés aboutissant à l'abolition de la monarchie. La famille royale fuit alors le pays.

Mais la coalition au pouvoir se fissura durant l'année 1946 lorsque le Zveno quitta le gouvernement en signe de protestation à l'encontre des agissements extrêmes des communistes. La monarchie et le Zveno écartés, plus rien n'empêchait le Parti communiste bulgare d'instaurer une "démocratie populaire", véritable dictature communiste étouffant le pays jusqu'en 1990.

La Bulgarie communiste (1946–1989)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : République populaire de Bulgarie.

Yalta et ses conséquences[modifier | modifier le code]

Attribuée par Yalta dans la sphère d’influence soviétique, la Bulgarie entre de plain-pied dans l’ère communiste dès 1947. Si l’on exclut l’épisode où, en 1948, la Bulgarie sembla tentée par un rapprochement avec la Yougoslavie dissidente de Tito, rapidement stoppé par Staline[9], le nouveau régime devient rapidement le « bon élève du communisme », à tel point que Todor Jivkov avait même envisagé en 1968, d'en faire une République socialiste soviétique, membre de l'URSS, la demande d'adhésion ayant été rejetée à l'époque par Léonid Brejnev. Moscou a une telle confiance dans le régime de Sofia qu’il n’entretient aucune troupe sur le sol de la Bulgarie, tout en lui livrant son pétrole à des tarifs préférentiels en échange de produits agricoles et de l’industrie légère. La stalinisation de la société est totale, avec la formation de combinats industriels géants et la collectivisation des terres (kolkhozes). Les goulags se développent également, pour atteindre le nombre de quarante-cinq (camps de Belene, de Skravena, de Bogdanovdol, de Lovetch…).

Timbre soviétique commémorant la fraternité entre la Bulgarie et l'URSS.

Après dix ans de terreur, Todor Jivkov devient premier secrétaire du parti communiste bulgare en 1954, puis président en 1962. S’ouvre alors une ère de plus de trente-cinq ans de domination d’un seul homme qui ne sera chassé qu’en 1989, à l’âge de 78 ans. Les tentatives de révoltes de la Pologne, de la Tchécoslovaquie et de la Hongrie n’eurent qu’un écho limité en Bulgarie tant l’encadrement de la société par le régime totalitaire, et la police politique, la DS, y était strict.

Dans les années 1980, le régime mena une politique de « bulgarisation » des minorités musulmanes : le problème ne trouva son règlement définitif qu'avec la chute du régime communiste et la fondation, au début de 1990, d’un parti turc appelé Mouvement pour les droits et les libertés, dirigés par Ahmed Dogan. Les relations avec les Turcs se sont normalisées depuis, et les nouvelles autorités bulgares ont montré la voie en refusant catégoriquement toute tentative de ségrégation des populations musulmanes.

La fin du régime communiste[modifier | modifier le code]

Les premières remises en question de l’économie socialiste en Bulgarie et de son alignement sur l’Union soviétique apparurent bien avant la perestroïka : la décision de Russes en 1984 d’appliquer les tarifs internationaux à leur pétrole, conjuguée à une forte sécheresse qui eut pour résultat de faire baisser le niveau des cours d’eau alimentant les barrages hydroélectriques, suscitèrent un fort mécontentement. L’arrivée au pouvoir à Moscou de Gorbatchev et sa volonté de ne plus soutenir les dirigeants communistes des pays de l’est obligèrent Jivkov à tenter, dans un premier temps, de s’adapter au nouveau cours des choses. Dès janvier 1988, l’économie privée est réhabilitée en Bulgarie, mais sans la libéralisation parallèle du régime souhaitée par l’opinion. Mais c’est la situation écologique désastreuse[10] du pays qui déclencha les premières protestations ouvertes et la formation de groupes dissidents comme le club pour le soutien de la perestroïka et de la glasnost puis, en 1989, Podkrepa et Ekoglasnost. Les mouvements de protestation entraînèrent la chute de Jivkov le 10 novembre 1989[11] ainsi que l’unification de tous les groupes dissidents et libéraux au sein du SDS (Union des forces démocratiques) alors qu’un grand enthousiasme s’empara du pays.

Chronologie du communisme en Bulgarie[modifier | modifier le code]

  • 24 février 1946 : arrestation du dirigeant démocrate Pastuhov.
  • 31 mars 1946 : remaniement ministériel avec mainmise des communistes sur le pouvoir.
  • 8 septembre 1946 : les Bulgares choisissent par référendum un régime républicain (92,7 % des suffrages). Le jeune roi Siméon part en exil.
  • 15 septembre 1946 : l’Assemblée élit, comme Président de la République, à titre provisoire, le communiste Vassil Kolarov.
  • 27 octobre 1946 : nouvelles élections, le Front de la patrie obtient 70 % des voix. Le gouvernement, majoritairement communiste, est dirigé par le communiste Georgi Mikhailov Dimitrov qui établit une nouvelle constitution inspirée du modèle soviétique.
  • 10 février 1947 : la paix est rétablie entre la Bulgarie et les Alliés avec le traité de Paris.
  • 5 juin 1947 : Nikola Petkov, chef de l’opposition, est arrêté, condamné à mort le 16 août, et pendu le 23 septembre.
  • 4 décembre 1947 : une nouvelle constitution, sur le modèle stalinien, est promulguée, et tout le pouvoir revient entre les mains du « Parti ouvrier bulgare » qui deviendra officiellement « Parti communiste » en décembre 1948.
  • 15 décembre 1947 : l’Armée rouge évacue la Bulgarie.
  • 18 mars 1948 : la Bulgarie signe un traité d’amitié avec l’Union soviétique.
  • 28 juin 1948 : en condamnant la Yougoslavie, la Bulgarie se range dans le camp soviétique.
  • Décembre 1948 : premier plan quinquennal.
  • 24 janvier 1949 : création du Conseil d’assistance économique mutuelle (CAEM ou COMECON).
  • 2 juillet 1949 : mort de Georgi Mikhailov Dimitrov, qui est remplacé par Vassil Kolarov qui meurt à son tour en janvier 1950 et Valko Tchervenkov prend le pouvoir en parfait « stalinien ».
  • Décembre 1949 : le vice-premier ministre Traïcho Kostov est accusé de « titisme », il est exécuté après un procès sommaire de type stalinien.
  • Janvier 1954 : Tchervenkov devient chef du gouvernement et Todor Jivkov devient chef du Parti.
  • 14 mai 1955 : pacte de Varsovie.
  • 14 décembre 1955 : la Bulgarie fait partie de l’ONU.
  • 1956 : début de la déstalinisation avec Tchervenkov ; Kostov est réhabilité, la censure s’allège et les relations internationales s’améliorent progressivement.
  • 1959 : échec du plan quinquennal.
  • 5–14 novembre 1962 : le VIIIe Congrès du Parti écarte Tchervenkov et Jugov. Todor Jivkov devient « l’homme fort » du pays qui range la Bulgarie en pays satellite du « Grand Frère » soviétique.
  • 16 mai 1971 : une nouvelle constitution, qui marque l’entrée de la Bulgarie dans la phase du « socialisme avancé », est adoptée par référendum (99,6 % des suffrages), avec Jivkov comme chef d’État et la direction du gouvernement est confiée à Stanko Todorov.
  • Septembre 1978 : assassinat à Londres de l’écrivain Georgi Markov
  • 10 novembre 1982 : mort de Léonid Brejnev.
  • 1985 : mort de Youri Andropov et de Konstantin Tchernenko.
  • En mars 1985, l’accès au pouvoir de Mikhaïl Gorbatchev qui entraîne les phénomènes de la Perestroïka et de la Glasnost marque le début de la fin du communisme en Bulgarie.
  • Février 1989 : création du syndicat libre Podkrepa (Конфедерация на труда Подкрепа ; Confédération du travail « Podkrepa ») .
  • 10 novembre 1989 : Jivkov est démis de ses fonctions et est remplacé par Petre Mladenov. La Bulgarie suit alors le chemin des « démocraties populaires » voisines.

La Bulgarie démocratique (depuis 1989)[modifier | modifier le code]

Les drapeaux de l'OTAN, de la Bulgarie, et de l'Union européenne, côte à côte devant le Club militaire de Plovdiv, en Bulgarie : symbole d'une adhésion multiple aux alliances européennes.

L'intégration de la Bulgarie au monde démocratique a été plus longue que pour d'autres pays du pacte de Varsovie. Après une forte instabilité gouvernementale, due à l'instauration d'un régime parlementaire fort par la nouvelle constitution (sept gouvernements se sont succédé en sept ans entre 1991 et 1997), une coalition de droite, dominée par le SDS, arriva au pouvoir en 1997. Ces années de transition ont apporté l'expérience de l'alternance politique mais surtout l'enracinement croissant de l'État de droit, malgré des lacunes importantes, essentiellement dues à la corruption.

En décembre 2000, la levée de l'obligation de visa pour les Bulgares souhaitant voyager dans les pays de l'Union européenne a représenté un premier pas concret vers son intégration. La crise du Kosovo, au cours de laquelle la Bulgarie a joué un grand rôle dans l'accueil et le transit des troupes de l'OTAN, a marqué un tournant dans les relations politiques entre les alliés occidentaux et Sofia, même si l'opinion bulgare était naturellement portée à une certaine solidarité avec les Serbes slaves et orthodoxes.

La stabilisation économique et politique du pays est désormais incontestable. La Bulgarie a rejoint l'OTAN en 2004 et l'Union européenne en janvier 2007. Son intégration dans la zone euro initialement prévu pour 2009, a été repoussée. Le pays espère rejoindre le MCE II courant 2011 et la zone euro au plus tôt en 2014.

Le 23 juillet 2008, la Commission européenne rend public son troisième rapport sur l'évolution de la démocratie en Bulgarie, dans le cadre du Mécanisme de coopération et de vérification qui vise à évaluer les progrès de nouveaux membres de l'Union européenne. Celui-ci révèle l'ampleur de la corruption qui sévit au sein des institutions bulgares et l'absence d'efforts pour y remédier[12]. La Commission décide en conséquence de suspendre des aides financières d'une valeur de 800 millions d'euros tant que la Bulgarie n'aura pas pris de mesures anticorruption[13].

La question turque[modifier | modifier le code]

Cour intérieure de la mosquée de Tombul à Choumen. Construite entre 1740 et 1744, c'est aujourd'hui la plus grande mosquée de Bulgarie

En 1925, la Bulgarie signa avec la jeune République turque, un traité d'amitié, favorisant la liberté d'émigration entre les deux pays, et réaffirmant les droits des minorités tels qu'ils avaient été établis par le Traité de Neuilly en 1919.

En 1940, lorsque la Bulgarie récupère la Dobroudja méridionale, la minorité turque augmente de 30 %, car la plupart des habitants de cette région sont turcs. Après la Seconde Guerre mondiale, la Bulgarie entra dans la sphère d'influence de l'URSS et devint elle-même un pays communiste en 1946, ce qui amena, avec l'instauration de la dictature totalitaire, des restrictions de circulation, sauf pour les Juifs, à partir de 1949, vers le nouvel État d'Israël, et pour 150 000 Turcs vers la Turquie en 1950. En 1968, un nouveau contingent de 100 000 Turcs fut autorisé à s'installer en Turquie. Le PC bulgare, renforcé dans son opinion par l'intervention turque à Chypre en 1974, accusa les Turcs de Bulgarie d'être « perméables à la propagande de la Turquie » et de constituer « une cinquième colonne dans le tissu social du pays ».

Dans les années 1980, la Bulgarie entreprit une vaste campagne de bulgarisation à outrance des populations turcophones, qui étaient au nombre de 900 000 sur une population de près de 9 millions. Ces populations se considéraient elles-mêmes, comme authentiquement turques, de culture turque et de religion musulmane. 300 000 autres personnes, dites Pomaks étaient considérées comme bulgaro-musulmanes.

Le pouvoir leur donna de fait à choisir entre une assimilation forcée et le départ. Cette politique débuta vers la fin de l'année 1984 sur le principe : « L'État-nation bulgare ne comprend pas d'autre peuple que les Bulgares », mais en fait elle avait débuté dès la fin de la guerre. Une série de réformes furent entreprises : bulgarisation des noms turcs, interdiction de parler turc, interdiction de la circoncision, interdiction des mariages selon la tradition turque, instauration du vendredi comme jour unique d'ouverture des mosquées, assouplissement des règles d'obtention du passeport. Plus de 250 000 personnes profitèrent de l'ouverture des frontières pour émigrer vers la Turquie.

Des manifestations de protestation furent durement réprimées et firent plus de 100 morts dans l'ensemble du pays. La domination communiste s'acheva en 1990, quand eurent lieu les premières élections multipartites.

Synthèse chronologique[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

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Références[modifier | modifier le code]

  1. La plupart des pièces sont en électrum, alliage naturel d'or et d'argent pouvant contenir entre 15 et 40 % d'argent
  2. L'or, la magie des alchimistes
  3. The bulgarians, éd. Atlas, Sofia 2001
  4. Voir à ce sujet l'article Table des peuples
  5. Opposition d’un Dieu mauvais et maître du monde terrestre, et d’un Dieu bon dont l’avènement était annoncé
  6. Bogomile signifie « celui qui est chéri par Dieu »
  7. Selon l'expression consacrée, à cette période les églises ne devaient pas dépasser la hauteur d'« un Turc sur son cheval »
  8. La légende des combattants de la liberté, les haïdouks, est encore louée dans les chansons populaires bulgares
  9. La mort suspecte de Dimitrov à Moscou en 1949 pourrait avoir été provoquée par Staline
  10. Une importante pollution au chlore dans la région de Ruse, et provenant d'une usine roumaine située à Georgiu, fut à l'origine de manifestations organisées par les mouvements écologistes
  11. Le lendemain de la chute du mur de Berlin
  12. Communiqué de presse de la Commission européenne
  13. "Bruxelles sanctionne la Bulgarie pour corruption et critique la Roumanie"

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Histoire générale de la Bulgarie :
    • Histoire de la Bulgarie de l'Antiquité à nos jours, Dimitrina Aslanian, Trimontium, Versailles, 2004 (2e édition), 510 p., 126 illustrations couleur, (ISBN 2-9519946-1-3)
    • La Rose des Balkans. Ivan Iltchev, Colibri/Ophrys, Sofia/Paris, 2002, 376 p. (ISBN 954-529-260-1)
    • (en) A Concise History of Bulgaria. R.J. Crampton, Cambridge University press, 1997 (2e éd. 2006) (ISBN 0-521-61637-9)
  • La Bulgarie dans la Seconde Guerre mondiale :
    • Hans Werner Neulen, Dans le ciel d'Europe, Collection "Histoire de Guerre", Éditions Histopresse, 2005
    • Christian-Jacques Ehrengardt, La Guerre aérienne, 1939-1945, Éditions Talandier, 1996 (ISBN 2-235-02157-3)
  • Divers :
    • Carnets de voyage Bulgarie - Le petit futé. Dominique Auzias et Jean-Paul Labourdette. Éditions Dominique Auzias & associés
    • Le Prisme bulgare. Nadège Ragaru, Politique internationale no 87 printemps 2000

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]