Louis Malle

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Louis Malle

Naissance 30 octobre 1932
Thumeries, France
Nationalité Drapeau de France Français
Décès 23 novembre 1995 (à 63 ans)
Beverly Hills, Californie, États-Unis
Profession Réalisateur
Films notables Le Monde du silence
Ascenseur pour l'échafaud
Atlantic City
Au revoir les enfants

Louis Malle (30 octobre 1932 à Thumeries - 23 novembre 1995 à Beverly Hills) est un cinéaste français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Les débuts[modifier | modifier le code]

Né à Thumeries dans le Nord en 1932[1] au milieu d'une fratrie de trois frères et deux sœurs, Louis Malle est issu d'une grande famille d'industriels du sucre : son père, Pierre Malle (1897-1990), ancien officier de marine, est l'époux de la sœur de Ferdinand Béghin, Françoise (1900-1982)[2]. Les deux hommes sont directeurs de l'usine Béghin-Say de Thumeries.

Il grandit dans le milieu de la grande bourgeoisie et traverse l'Occupation dans différents internats catholiques dont celui qu'il évoque plus tard dans Au revoir les enfants. Dès l'âge de 14 ans, il s'initie à la réalisation avec la caméra 8 mm de son père. Il pense étudier les sciences politiques à l'Université de Paris mais c'est à ce moment que germe sa carrière de cinéaste. Il est reçu au concours de l'IDHEC.

Jacques-Yves Cousteau recherche alors un jeune assistant pour coréaliser un documentaire sur les fonds marins. Parmi les jeunes étudiants que la direction de l'IDHEC lui propose, il choisit Malle. Plusieurs mois de travail sur la Calypso aboutissent au Monde du Silence (1955), récompensé par la Palme d'or à Cannes (premier film documentaire à en être lauréat et encore aujourd'hui le seul avec Fahrenheit 9/11 de Michael Moore).

Sur le tournage, Louis Malle se crève les tympans lors d'une plongée et ne peut plus à l'avenir réaliser des travaux de ce type. Les projets qui suivent, films et documentaires, sont moins consensuels et volontiers provocateurs, optant pour des sujets plus critiques ou polémiques.

Il travaille par la suite avec Robert Bresson à la préparation d'Un condamné à mort s'est échappé et assiste à une partie du tournage. Il est profondément marqué par le travail de Bresson avec les "non-acteurs".

C'est alors l'essor de la Nouvelle Vague mais Malle n"est jamais reconnu par ce mouvement même si son cinéma des débuts partage avec elle plusieurs caractéristiques. Malle suit son chemin seul, guidé par ses propres motivations.

Il réalise son premier long métrage de fiction à 25 ans, Ascenseur pour l'échafaud (1957), histoire d'assassinat avec Jeanne Moreau et Maurice Ronet qui joue sur les codes du film noir et remet en cause la dramaturgie du cinéma classique. La bande originale est réalisée par Miles Davis. Elle montre l'intérêt de Malle pour le jazz[3]. Le film remporte le Prix Louis-Delluc en 1957.

Dans Les Amants, une nouvelle fois interprétée par Jeanne Moreau, qui s'inspire lointainement de Point de lendemain de Vivant Denon, il s'attaque à l'hypocrisie de la société bourgeoise à travers le récit d'une relation adultère. Suivent l'adaptation légère, ludique et enthousiaste d'un roman de Raymond Queneau, Zazie dans le métro (1960), et celle d'un récit de Pierre Drieu La Rochelle, Le Feu follet (1963) qui traite de la dépression et du suicide.

Le Voleur porte un regard cynique sur la bourgeoisie et les élites politiques, qui restent les cibles favorites de Louis Malle. Le Voleur du titre personnifie l'homme libre, extérieur à ce système empli de préjugés et sournois. Une acerbe critique sociale sourd dans la peinture psychologique des personnages.

Malle tourne par ailleurs plusieurs documentaires dont Calcutta, l'Inde fantôme en 1969.

Polémique et exil[modifier | modifier le code]

De retour des Indes, il tourne un film lointainement inspiré de Ma mère de Georges Bataille, qui provoque un tollé : Le Souffle au cœur[4]. Il y évoque la relation incestueuse et romantique entre une mère et son fils. Ce thème est traité sans aucun jugement moral, ce qui sera une constante chez le réalisateur pour qui la vie s'apparente à une série de situations complexes. Il n'y a ni innocents ni coupables ou représentants du bien d'un côté et du mal de l'autre. Pour Malle, le spectateur doit être capable de se faire une opinion, sans condamner d'avance.

Trois ans plus tard, c'est sur un autre thème qu'il provoque une controverse. Dans Lacombe Lucien (1974) il décrit le progressif engagement d'un jeune homme désœuvré dans la collaboration après qu'il a tenté d'intégrer sans succès la Résistance. Là encore, Malle ne porte aucun jugement, et montre un individu dont l'engagement est essentiellement dû au hasard des circonstances. Même si une partie de la critique salue le film comme un chef-d'œuvre, une autre partie accuse le réalisateur de tous les maux, lui reproche notamment de ne pas avoir vécu assez durement la guerre et juge son travail comme un affront à la mémoire des Résistants.

Cette polémique le décide à s'expatrier aux États-Unis. Il tourne entre autres à La Nouvelle-Orléans un drame à costume sur la prostitution infantile, La Petite, avec la jeune Brooke Shields puis part pour Hollywood réaliser Atlantic City (1980), avec Burt Lancaster, Susan Sarandon et Michel Piccoli, film qui raconte les mésaventures d'un truand à la retraite et de sa voisine dans la ville des casinos de la Côte Est.

La consécration[modifier | modifier le code]

Lorsqu'il revient en France en 1987, c'est pour s'attacher au thème qui l'avait fait partir : l'Occupation. C'est alors la consécration de sa carrière avec Au revoir les enfants. Dans un collège catholique, un garçon issu de la bourgeoisie découvre qu'un de ses camarades est juif. Une amitié, qui se construit entre les deux adolescents, ne peut empêcher une fin tragique[5].

Dans ce film, Louis Malle montre ce dont il se souvient de la guerre. L'histoire est en partie autobiographique, il a été témoin d'une situation similaire lors de son enfance, un jeune Juif avait été caché dans son internat puis découvert par la Gestapo et déporté. Il dira d'ailleurs que ce thème le hantait depuis toujours et que c'est cette histoire tragique qui l'avait amené au cinéma.

Le film reprend aussi certains éléments de ses précédents films polémiques : de Lacombe Lucien il reprend le collabo "malgré lui", du Souffle au cœur il reprend la relation fusionnelle entre la mère et le fils. Là encore il ne juge personne, il n'y a ni bons ni méchants mais une certaine fatalité. Cette œuvre, marquée par la fluidité de son récit et la sobriété de sa mise en scène, est considérée comme la plus émouvante et la plus personnelle de sa carrière. Elle reçoit un triomphe critique et public et obtient plusieurs récompenses en 1987 et 1988 : le Lion d'or à Venise, le Prix Louis-Delluc et sept Césars dont ceux du meilleur film et du meilleur réalisateur.

Suivent la comédie Milou en mai puis Fatale et l'adaptation de la pièce d'Anton Tchekhov Vanya, 42e rue (1994).

Il meurt d'un lymphome le 23 novembre 1995 à Los Angeles.

Candice Bergen
Sa seconde épouse Candice Bergen

Vie privée[modifier | modifier le code]

Il a été marié à Anne-Marie Deschodt de 1965 à 1967. Il a eu un fils, Manuel Cuotemoc (né en 1971), avec l'actrice allemande Gila von Weitershausen et une fille Justine Malle (née en 1974) avec l'actrice franco-canadienne Alexandra Stewart.

Il fréquente, entre autres, Susan Sarandon à la fin des années 70.

Il a épousé l'actrice Candice Bergen en 1980. Ils ont eu une fille, Chloé Malle, née en 1985. Ils sont restés mariés jusqu'à sa mort en Californie, en 1995.

Sa cousine, Françoise Béghin (née en 1938), fille benjamine de son oncle maternel Ferdinand Béghin, est l'épouse de l'écrivain et académicien Jean d'Ormesson[2].

L'un de ses frères, Vincent Malle, fut un producteur de cinéma.

Documentaires[modifier | modifier le code]

Au cours de sa carrière, le réalisateur a alterné des films de fiction pure et des documentaires.

Le documentaire le plus connu pour lequel il a collaboré est sans conteste Le Monde du silence qui reste le premier vrai film sur la faune sous-marine. Coréalisé avec Jacques-Yves Cousteau, ce long métrage marque sa première grande expérience professionnelle pour laquelle il devient scaphandrier.

Quinze ans plus tard, sur l'exemple de Jean Renoir et Roberto Rossellini, il filme la vie des Indiens dans une série de documentaires tels que L'Inde fantôme, réflexion sur un voyage et Calcutta, Prix de la fraternité 1969. Son expérience indienne le fait un temps hésiter à revenir à la fiction.

Il décide ensuite de filmer une autre forme de pauvreté : celle des travailleurs français plongés dans une précarité quotidienne à cause de l'usine Citroën de Rennes. Humain trop humain sort en 1973 puis "Place de la République" en 1974 où il donne la parole aux parisiens. Il filme également la population pauvre des États-Unis dans God's Country (1985) et La Poursuite du bonheur (And the Pursuit of Happiness, 1986). Il y relate le parcours d'individus qu'il avait suivis une décennie plus tôt.

Récompenses, sélections et nominations[modifier | modifier le code]

Oscars[modifier | modifier le code]

Golden Globes[modifier | modifier le code]

BAFTA[modifier | modifier le code]

Césars[modifier | modifier le code]

Festival de Cannes[modifier | modifier le code]

Mostra de Venise[modifier | modifier le code]

Berlinale[modifier | modifier le code]

Autres[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Première période française
Période américaine
Deuxième période française

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Billard 2003, p. 30
  2. a et b « Béghin », sur thierryprouvost.com (consulté le 21 janvier 2012)
  3. L’idée de faire appel à Miles Davis venait de Jean-Paul Rappeneau, l’assistant de Louis Malle à l’époque. Elle pourrait lui avoir été inspirée par la parution, quelques mois auparavant, du film Sait-on jamais... de Roger Vadim, dont la musique avait été composée par John Lewis du Modern Jazz Quartet. Louis Malle fut séduit par l’idée et en particulier par la possibilité, qui lui paraissait alors inédite, d’utiliser pour son film une musique totalement improvisée. Il apprit cependant plus tard que Django Reinhardt avait déjà eu recours à ce procédé pour les bandes originales d’un certain nombre de courts métrages (voir John Szwed, So What: The Life of Miles Davis, New York, Simon & Schuster Paperbacks, 2004 (première édition, 2002, p. 152-153)
  4. Billard 2003, p. 310
  5. Billard 2003, p. 462

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]