Patrice Chéreau

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Patrice Chéreau

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Patrice Chéreau à la Mostra de Venise en 2009.

Naissance 2 novembre 1944
Lézigné (Maine-et-Loire,
France)
Décès 7 octobre 2013 (à 68 ans)
Clichy (Hauts-de-Seine, France)
Activité principale Metteur en scène de théâtre et d'opéra, réalisateur et scénariste de cinéma, acteur
Style Théâtre, opéra, cinéma
Années d'activité 1966-2013

Patrice Chéreau, né le 2 novembre 1944 à Lézigné (Maine-et-Loire) et mort à Clichy (Hauts-de-Seine)[1] le 7 octobre 2013, est un metteur en scène de théâtre et d'opéra, réalisateur et scénariste de cinéma, et acteur français. Ses travaux combinent recherches plastiques, réflexions politiques et exploration des obsessions humaines.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Patrice Chéreau, né le 2 novembre 1944 à Lézigné (Maine-et-Loire) est le fils cadet de Jean-Baptiste Chéreau, artiste-peintre et Marguerite Pélicier, illustratrice[2].

Il est un descendant d'Edmé Brière de l'Isle (1779-1849) — par ailleurs père du général Brière de l'Isle — qui eut trois fils de Cythère, une jeune métisse libre, enfants qu'il devait ultérieurement reconnaître. L'un de ces trois garçons (Louis Thomas Laurent, 1809-1869) est l'ancêtre de Patrice Chéreau[réf. nécessaire].

Installés à Paris, ses parents le sensibilisent à l'art et la culture en l'emmenant régulièrement visiter des expositions et assister à divers spectacles. Il entre au lycée Louis-le-Grand et rejoint la troupe de théâtre de son établissement[3]. Être acteur ne lui suffit pas : il met en scène les spectacles de lycéens et se lance dans la conception des décors et des costumes. Par la suite, il étudie l'allemand et les lettres classiques. Il obtient une licence d'allemand avant de se consacrer définitivement à la scène[2].

Les débuts au théâtre[modifier | modifier le code]

En 1966, à 22 ans, dans la France d'avant-mai 68, il prend la direction du Théâtre de Sartrouville. Comme la plupart de ses compagnons, il s'engage dans un théâtre politique où il affiche des positions affirmées. En 1965, il met en scène L'Héritier de village de Marivaux puis l'année suivante une pièce d'Eugène Labiche : L'Affaire de la rue de Lourcine. Chéreau divise et compte déjà autant d'adeptes que d'ennemis[4]. Il assure également la mise en scène des Soldats de Jakob Michael Reinhold Lenz, en 1967, qui reçoit le prix du Concours des jeunes compagnies[4].

À Sartrouville, il s'entoure par ailleurs du décorateur Richard Peduzzi, de l'éclairagiste André Diot et du costumier Jacques Schmidt pour monter deux pièces chinoises (La Neige au milieu de l'été et Le Voleur de femmes) qui marquent les esprits pour leurs décors mélangeant plates-formes, poulies et passerelles[4].

La faillite, en 1969, du Théâtre de Sartrouville le pousse vers l'Italie, où il intègre le Piccolo Teatro de Milan, à la demande de Paolo Grassi. En Italie, Chéreau subit l'influence de Giorgio Strehler qu'il considère comme son seul maître[5]. Il travaille en même temps en France où il se met en scène, à Marseille, dans Richard II de William Shakespeare. Il monte également une nouvelle version de Don Juan de Molière à Lyon[4]. Ces deux spectacles montrent à nouveau le soin maniaque qu'il accorde aux décors : ils constituent une machine faite pour « tuer le libertin » dans la seconde pièce et une « machine-piège » dans la première où Chéreau fait du protagoniste un enfant vulnérable, perdu et seul[6],[4].

De 1971 à 1977, il dirige avec Roger Planchon et Robert Gilbert le Théâtre national populaire de Villeurbanne auquel il donne de nouvelles ambitions, proches des idéaux de mai 68. Il y met notamment en scène Le Massacre de Paris de Christopher Marlowe où la scénographie et les lumières animent une série de tableaux baroques sur la nuit de la Saint-Barthélemy : machinerie infernale, cadavres répandus dans une eau noire où apparaissent les fragments d'une lune brisée et où résonnent les pas de clowns macabres[4]

En 1973, il monte La Dispute de Marivaux au Théâtre de la Gaîté[4].

Son fécond travail de metteur en scène est rapidement et très largement reconnu en Europe pour son goût de l'innovation esthétique, des grands décors et de l'image fastueuse[4]. Son inspiration visuelle et son lyrisme laissent une place importante au mystère, à la fantasmagorie et à l'hyper-expressivité des corps, mêlant sensualité et jeu d'acteurs archaïque (expressions grotesques, maquillage outrancier, gestes violents ou ritualisés…)[7]. Chéreau est également perçu comme un metteur en scène de l'hystérie, de la transe et du corps-à-corps[5]. Comme ses confrères Bernard Sobel, Ariane Mnouchkine, Roger Planchon et Giorgio Strehler, il est l'héritier de Bertolt Brecht pour la notion de distanciation et d'art engagé et d'Antonin Artaud pour l'idée de théâtre de la cruauté[8]; Chéreau franchit, pour certains critiques, une étape décisive dans la représentation théâtrale et donne une nouvelle signification à l'espace scénique tant par la réflexion artistique qu'il propose que par l'immense succès que rencontrent ses créations[9]. Son univers plastique trouve une sphère d'influence assez large : il reconnaît notamment l'expressionnisme allemand et l'œuvre d'Orson Welles et Sergueï Eisenstein (qu'il découvrit dans sa jeunesse à la Cinémathèque de la rue d'Ulm) comme des modèles fondateurs[9],[10].

Premiers films[modifier | modifier le code]

Pour Chéreau, le cinéma garde en commun avec le théâtre l'unité de lieu et de temps : les scènes deviennent à l'écran des séquences. Mais pour lui, le cinéma permet de mieux mettre en valeur les émotions picturales de son enfance et de mieux illustrer les tourments de l'âme. Il invente donc un cinéma singulier et exigeant, sensible à certaines recherches stylistiques et oscillant entre grand spectacle, film d'auteur et intimisme. Ses réalisations cinématographiques ne sont reconnues que tardivement. Son premier long métrage, La Chair de l'orchidée, adapte avec liberté, en 1974, le roman éponyme de James Hadley Chase et élabore un univers à la lisière du fantastique, privilégiant les thèmes du désir, de la folie et de la mort.

Son deuxième film, en 1978, Judith Therpauve avec Simone Signoret dans le rôle-titre, bien que très dense et voulu ancré dans une réalité sociale contemporaine, semble pourtant être son œuvre la moins aboutie.

En 1982, il met en scène sur deux soirées Peer Gynt d'Henrik Ibsen au Théâtre de la Ville qui révèle Dominique Blanc, son actrice fétiche[4],[11].

Les Amandiers[modifier | modifier le code]

De 1982 à 1990, Chéreau dirige avec Catherine Tasca, la Maison de la culture de Nanterre, devenue Théâtre Nanterre-Amandiers, Centre dramatique national à son arrivée. En 1983, après Combat de nègre et de chiens, de son ami Bernard-Marie Koltès dont il fait connaître l'œuvre, il monte Les Paravents de Jean Genet en farce sulfureuse, utilisant la salle comme extension de la scène. Le décorateur Richard Peduzzi y représente un cinéma de Barbès, inquiétant et délabré[4].

Chéreau alterne ensuite avec bonheur le classique (Marivaux, Mozart…) et le contemporain (Heiner Müller, Koltès…), s'amusant à malmener la noblesse du XVIIIe siècle, vue comme futile et vaniteuse (Lucio Silla, La Fausse Suivante, Quartett)[4]. Il trouve également le temps de se consacrer à sa carrière d'acteur, interprétant Camille Desmoulins dans Danton d'Andrzej Wajda et Napoléon dans Adieu Bonaparte de Youssef Chahine.

Durant cette période, il réalise son film le plus personnel, L'Homme blessé en 1983, qui trahit l'influence de Jean Genet, Rainer Werner Fassbinder et Pier Paolo Pasolini[5]. L'œuvre dérange pour sa peinture désenchantée d'une époque puis par l'évocation d'une crise d'identité sexuelle et du milieu de la prostitution masculine[5]. Pour ce film, il obtient, avec Hervé Guibert, le César du meilleur scénario original en 1984. En 1987, il présente au Festival de Cannes Hôtel de France, transposition du Platonov d'Anton Tchekhov dans une époque moderne. Le film est interprété par la jeune génération des comédiens formés aux Amandiers dont Valeria Bruni Tedeschi, Laurent Grévill, Bruno Todeschini, Marianne Denicourt, Agnès Jaoui et Vincent Pérez. L'année suivante, il montre au Festival d'Avignon sa mise en scène d'Hamlet de Shakesperare qui fait date pour la prestation de Gérard Desarthe dans le rôle-titre puis pour l'inclusion de morceaux de musique contemporaine dans le déroulement de la tragédie. Le travail de Chéreau est récompensé par un Molière en 1989[12]. C'est à cette époque que Pascal Greggory devient son compagnon et l'un de ses acteurs fétiches[13].

La Reine Margot[modifier | modifier le code]

À la fin de la saison 1989-1990, Chéreau quitte le théâtre des Amandiers. Il se consacre à l'opéra, met en scène au Théâtre de l'Odéon Le Temps et la chambre de Botho Strauss avec Anouk Grinberg (Molière du meilleur spectacle du théâtre public en 1992[14]) et se plonge dans la préparation d'une fresque cinématographique sur le massacre de la Saint-Barthélemy, La Reine Margot. Tourné sur plus de six mois et nécessitant un budget colossal, ce film à grand spectacle, sanglant et porté par l'interprétation d'Isabelle Adjani dans le rôle-titre, revient sur l'extinction des Valois du trône de France et s'inspire d'un roman-feuilleton d'Alexandre Dumas, consacré au mariage d'Henri de Navarre, futur Henri IV à Marguerite de France et aux amours supposés de cette dernière avec le marquis Joseph Boniface de La Môle[15].

Pour ce projet de longue date dont Claude Berri est le producteur et qui manque d'être abandonné à plusieurs reprises, Chéreau sollicite Danièle Thompson avec laquelle il coécrit le scénario sur plusieurs années, souhaitant, selon ses dires, éviter l'académisme des reconstitutions historiques pour revendiquer une filiation avec le film de gangsters et la saga mafieuse dans le sillage de Francis Ford Coppola et Martin Scorsese[5],[15]. Il déclare : « C’est avec La Reine Margot que j’ai appris à faire du cinéma. »[5].

D'une ambition esthétique manifeste, l'œuvre est jugée par son auteur plus « élisabéthaine » que « shakesparienne » et proche de Marlowe pour l'idée d'une violence sourde, prête à jaillir à tout moment[15]. Si le film puise autant son inspiration dans le théâtre et la littérature que la peinture (Francisco de Goya, Théodore Géricault, Francis Bacon), il cherche également à s'inscrire dans la lignée d'un cinéma d'auteur de prestige mêlant famille, pouvoir, folie, décadence, sexe et barbarie à l'instar de L'Impératrice rouge de Josef von Sternberg, Ivan le Terrible de Sergueï Eisenstein, Macbeth d'Orson Welles, Les Damnés de Luchino Visconti ou encore Aguirre, la colère de Dieu de Werner Herzog[5],[15],[10].

Le film est exploité sur deux versions : l'une française d'un peu moins de trois heures et l'autre internationale, raccourcie de vingt minutes[15]. La Reine Margot reçoit un accueil critique mitigé lors de sa sortie qui coïncide avec sa présentation au 47e Festival de Cannes, certains lui reprochant son emphase et sa théâtralité[5],[15]. Il devient néanmoins le succès public le plus important de Chéreau et rassemble plus de deux millions de spectateurs en salles[15],[16]. Deux récompenses lui sont décernées à Cannes en 1994 : le Prix du Jury et le Prix d'interprétation féminine pour Virna Lisi qui tient le rôle de Catherine de Médicis[17]. L'année suivante, La Reine Margot gagne cinq trophées lors de la 20e cérémonie des Césars dont ceux de la meilleure actrice pour Isabelle Adjani et des meilleurs seconds rôles féminin et masculin pour Virna Lisi et Jean-Hugues Anglade[18]. Le succès du film vaut à Chéreau plusieurs propositions de la part d'Hollywood qu'il décline, préférant travailler en France et en toute liberté[19].

La maturité[modifier | modifier le code]

En 1995, Chéreau met en scène et interprète en compagnie de Pascal Greggory une seconde version de Dans la solitude des champs de coton de Bernard-Marie Koltès à l'Odéon. Sa mise en scène est récompensée d'un nouveau Molière l'année suivante[20].

Il réalise, en 1998, Ceux qui m'aiment prendront le train qui convie le spectateur à vivre une journée particulière dans la vie d'une quinzaine de personnages en crise, rassemblés dans un train pour Limoges pour se rendre à un enterrement. Sur la base d'une histoire coécrite une nouvelle fois avec Danièle Thompson, le metteur en scène y dévoile l'acuité de son regard sur les conflits intimes et familiaux et y diffuse une tension dramatique, représentative de son style. Le film est sélectionné au 51e Festival de Cannes et se voit décerner trois Césars : Meilleur réalisateur pour Chéreau, Meilleur second rôle pour Dominique Blanc et Meilleure photographie pour Éric Gautier[21].

En 2000, il tourne, pour la première fois à l'étranger et en anglais, Intimité, tiré de certains récits d'Hanif Kureishi, qui rencontre le succès auprès du public. Absent de la sélection cannoise, le film remporte l'Ours d'or à Berlin en 2001 et vaut à Kerry Fox l'Ours d'argent de la meilleure actrice. Il obtient également le Prix Louis-Delluc en 2002. Ce drame traite de l'échec d'une relation amoureuse et prend pour trame de départ l'histoire de deux personnes égarées ne connaissant rien l'une de l'autre mais réunies chaque semaine pour avoir des rapports sexuels.

Chéreau met ensuite en scène, fin 2002, l'un de ses plus grands triomphes aux Ateliers Berthier du Théâtre de l'Odéon : Phèdre de Jean Racine. Sa mise en scène fait exploser la diction de l'alexandrin classique. Le rôle-titre est confié à Dominique Blanc et celui de Thésée à Pascal Greggory. La pièce reçoit trois Molières dont ceux du meilleur spectacle du théâtre subventionné et du meilleur second rôle pour Michel Duchaussoy[22],[23].

En 2003, avec la sortie de Son frère, adapté d'un roman de Philippe Besson (Ours d'argent à Berlin), il dépeint avec pudeur et retenue le drame d'une famille divisée face à la mort imminente d'un de ses membres. La même année, il est le président du jury du Festival de Cannes qui attribue la Palme d'or à Elephant de Gus Van Sant[24].

L'opéra[modifier | modifier le code]

Götterdämmerung (Le Crépuscule des dieux) à Bayreuth. Gwyneth Jones dans le rôle de Brünnhilde.

À partir de 1969, Chéreau se lance dans la mise en scène d'opéras. Il monte cette année-là L'Italienne à Alger de Gioachino Rossini sous la direction musicale de Thomas Schippers au Festival des Deux Mondes de Spolète. En 1974 puis en 1980, il supervise Les Contes d'Hoffmann de Jacques Offenbach avec Georges Prêtre à la baguette, pour l'Opéra de Paris.

En 1976, à la demande de Pierre Boulez et sous sa direction musicale, il met en scène dans le Palais des festivals de Bayreuth (« sanctuaire » de la musique de Richard Wagner, construit selon ses propres vues en 1876) les quatre opéras qui constituent la Tétralogie du compositeur allemand. Sa mise en scène, révolutionnaire pour l'époque, transpose le mythe nordique des Nibelungen dans le XIXe siècle industriel et capitaliste contemporain de Wagner[5],[25]. Surnommée « le Ring du centenaire », cette version de l'Anneau des Nibelungen, signée par Chéreau et Boulez, provoque un scandale lors des premières représentations, avant d'être diffusée sur les télévisions du monde entier[4], puis de rendre son metteur en scène célèbre sur le plan international et d'être finalement saluée par quatre-vingt-cinq minutes d'applaudissements et cent-un levers de rideau, lors de la dernière représentation, le 26 août 1980[26].

En 1979, Pierre Boulez fait à nouveau appel à Chéreau pour la mise en scène de Lulu d'Alban Berg avec la soprano Teresa Stratas dans le rôle-titre[4]. Leur collaboration sur ce spectacle fait date une nouvelle fois[4]. En 1984-1985, il met en scène Lucio Silla de Wolfgang Amadeus Mozart sous la direction musicale de Sylvain Cambreling à la Scala de Milan. Le spectacle est repris au Théâtre des Amandiers et à La Monnaie de Bruxelles.

Après son départ des Amandiers à la fin de la saison 1989-1990, il monte en 1992 au Théâtre du Châtelet, sous la direction musicale Daniel Barenboïm, Wozzeck d'Alban Berg, avec la soprano Waltraud Meier, sa muse durant les vingt dernières années de sa vie. La production est reprise entre 1992 et 1994 à l'Opéra d'État de Berlin puis à Tokyo. Il signe ensuite la mise en scène du Don Giovanni de Mozart pour le Festival de Salzbourg en 1994, de nouveau sous la direction de Daniel Barenboïm, avec, entre autres, la mezzo-soprano Cecilia Bartoli.

En 2005, il met en scène Cosi fan tutte de Mozart sous la direction musicale de Daniel Harding au Festival d'Aix-en-Provence. Le spectacle est repris à l'Opéra de Paris puis au Festival de Vienne. Il retrouve Pierre Boulez en 2007 pour De la maison des morts de Leoš Janáček au Wiener Festwochen puis au Festival d'Aix-en-Provence. En décembre 2007, il met en scène Tristan et Isolde de Richard Wagner à la Scala de Milan, dirigé par Daniel Barenboïm, avec la soprano Waltraud Meier dans le rôle d'Isolde. Ce spectacle est aujourd'hui une référence de mise en scène pour le métier, la critique et le public.

En juillet 2013, sa mise en scène d'Elektra de Richard Strauss triomphe au Festival d'Aix-en-Provence, dans des décors de Richard Peduzzi, sous la baguette d'Esa-Pekka Salonen qui dirige l'Orchestre de Paris et avec, dans les rôles principaux, Evelyn Herlitzius (de), Waltraud Meier, Adrianne Pieczonka (en), Mikhail Petrenko et Tom Randle[27],[28].

Les dernières années[modifier | modifier le code]

En 2005, il revient au film à costume avec Gabrielle, adapté d'une nouvelle de Joseph Conrad, qui plonge Pascal Gregory et Isabelle Huppert dans le néant sentimental d'un couple de bourgeois du début du XXe siècle. Ce huis clos, porté par des dialogues énigmatiques et une atmosphère sépulcrale, développe une esthétique post-moderne, alternant le noir et blanc et la couleur et utilisant des cartons de cinéma muet. Sur le plan thématique et visuel, le film fait également référence à Marcel Proust, Anton Tchekov, Ingmar Bergman, Luchino Visconti et l'opéra expressionniste[29]. L'œuvre est sélectionnée à Venise en 2005Isabelle Huppert obtient un prix spécial. Puis Gabrielle reçoit deux Césars l'année suivante.

En 2006, le ministre de la Culture Renaud Donnedieu de Vabres le nomme président de la Fémis, qu'il quitte quelques mois plus tard, « la mort dans l'âme », au motif d'un emploi du temps surchargé[30]. Le cinéaste Claude Miller lui succède à ce poste.

En mars 2008, il a fait partie de la commission présidée par Hugues Gall et chargée par Christine Albanel, alors ministre de la Culture, de pourvoir le poste de directeur de la Villa Médicis à Rome.

Fin 2008, il retrouve sa complice Dominique Blanc dans La Douleur, d'après Marguerite Duras, spectacle à mi-chemin entre le théâtre et la lecture qu'il monte au Théâtre de Nanterre[31]. Pour sa prestation, Blanc est récompensée d'un Molière en 2010.

En 2009, il présente Persécution, son nouveau film, à la Mostra de Venise.

En 2010, Chéreau est invité à concevoir une exposition au musée du Louvre. Il met alors en scène, dans une scénographie particulière qui évoque à la fois l'histoire de la peinture et son univers intime, une quarantaine de tableaux issus des collections du musée du Louvre, du Centre Georges-Pompidou et du musée d'Orsay. Pour l'occasion, il donne, au Louvre, une représentation exceptionnelle de Rêve d’automne de Jon Fosse avec Valeria Bruni-Tedeschi, Pascal Greggory, Bulle Ogier, Marie Bunel, Michelle Marquais, Clément Hervieu-Léger, Alexandre Styker et Bernard Verley[32]. Le spectacle obtient trois Molières en 2011 dont celui de la meilleure comédienne dans un second rôle pour Bulle Ogier[33].

Il travaillait, avant sa mort d'un cancer du poumon, sur l'adaptation d'un roman de Laurent Mauvignier, Des hommes[34],[35], et à la mise en scène de Comme il vous plaira, de William Shakespeare, prévue aux Ateliers Berthier de l'Odéon-Théâtre de l'Europe en mars 2014.

Toute sa vie, il sera resté fidèle à ceux qui furent ses plus proches collaborateurs : Caroline de Vivaise et Moidele Bickel (costumes), Richard Peduzzi (décors), André Diot (lumière) et André Serré (son)[5].

Obsèques[modifier | modifier le code]

Patrice Chéreau meurt le 7 octobre 2013 à Clichy des suites de son cancer. Ses obsèques ont lieu le 16 octobre, lors d'une cérémonie à l'église Saint-Sulpice, auxquelles assistent de très nombreuses personnalités des arts, du spectacle, des médias, des lettres et de la politique[36],[37].

Lors de son homélie, Alain-Christian Leraître[38], curé de la paroisse de Saint-André de l'Europe, évoque « l'homme d'Au commencement était le Verbe »[39].

L'organiste Daniel Roth est à la tribune. On entend, au cours de la bénédiction, deux extraits du recueil des Wesendonck-Lieder[40] de Richard Wagner : Im Treibhaus (Dans la serre) et Träume (Rêves)[41], chantés (avec accompagnement de piano) par la soprano Waltraud Meier, avec qui Patrice Chéreau a travaillé à de nombreuses reprises pendant vingt ans, et également pendant l'été 2013. On entend aussi un extrait de la cantate de Bach Ich habe genug (l'aria « Schlummert ein, ihr matten Augen » : « Endormez-vous, yeux affaiblis ») sur un texte d'inspiration luthérienne, interprété par le baryton Stéphane Degout[42], accompagné (dans une réduction au piano) par Bernard Foccroulle, également organiste et directeur du Festival d'art lyrique d'Aix-en-Provence, où Chéreau a créé, l'été 2013, sa dernière mise en scène (Elektra de Richard Strauss)[43].

Plusieurs comédiens sont invités à lire des textes  : Clotilde Hesme un sonnet de Shakespeare sur l'amour  ; Audrey Bonnet, Chant de l'âme (Cantar del alma) de saint Jean de la Croix ; Gérard Desarthe, le psaume 12, Vas-tu m'oublier  (Usquequo Domine) ; Pascal Greggory, un extrait de la Genèse faisant écho au tableau de Delacroix pour la chapelle des Anges de Saint-Sulpice : La Lutte de Jacob avec l'Ange. Chéreau aimait beaucoup ce tableau.

Patrice Chéreau est inhumé au cimetière du Père-Lachaise, chemin de La Bedoyère[44].

Engagement politique[modifier | modifier le code]

En 1962, il participe à la manifestation organisée par la gauche et réprimée à la station de métro Charonne[45]. Aux élections présidentielles de 1981 et 1988, il appelle à voter François Mitterrand, puis Lionel Jospin à celles de 1995 et 2002 et Ségolène Royal en 2007[46]. Lors de la primaire de 2011, en vue de la désignation du candidat socialiste à l'élection présidentielle de 2012, il apporte son soutien à Martine Aubry[47].

Filmographie[modifier | modifier le code]

Réalisateur[modifier | modifier le code]

Scénariste[modifier | modifier le code]

Acteur[modifier | modifier le code]

Mises en scène de théâtre[modifier | modifier le code]

1966-1969 Directeur du théâtre de Sartrouville
1970-1972 Travail au Piccolo Teatro Milan
1972-1981 Codirecteur du TNP Villeurbanne
1982-1990 Codirecteur du Théâtre des Amandiers Nanterre

Mises en scène d'opéra[modifier | modifier le code]

Distinctions[modifier | modifier le code]

Nominations et récompenses[modifier | modifier le code]

Cinéma[modifier | modifier le code]

Césars[modifier | modifier le code]

Festival de Cannes[modifier | modifier le code]

Mostra de Venise[modifier | modifier le code]

Berlinale[modifier | modifier le code]

Autres[modifier | modifier le code]

Théâtre[modifier | modifier le code]

Molières[modifier | modifier le code]

Autres[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Le faire-part de Chéreau disait “Patrice aimait les fleurs blanches” », Rue89, 16 octobre 2013.
  2. a, b et c Who's Who in France, édition 2008, p. 546.
  3. Georges Friedenkraft, Article « Patrice avant Chéreau », Nouvelles Rive Gauche, 1990, 154, pp. 16-17.
  4. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m et n (fr) Article de l'encyclopédie Larousse sur Patrice Chéreau, consulté le 25 octobre 2012.
  5. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j « Le roi Chéreau », Libération,‎ 7 octobre 2013 (lire en ligne)
  6. Comme le note l'encyclopédie Larousse
  7. Article sur Patrice Chéreau dans l'Encyclopædia Universalis
  8. Article sur le théâtre occidental contemporain dans l'Encyclopædia Universalis
  9. a et b Site du ciné-club de Caen : article sur Patrice Chéreau
  10. a et b « Patrice Chéreau : "Mon travail se confond souvent avec la vie" », Les Inrocks,‎ 7 octobre 2013 (lire en ligne)
  11. Biographie de Dominique Blanc sur Allocine.fr, consultée sur le 26 octobre 2012.
  12. Patrice Chéreau, Molière du meilleur metteur en scène 1989 sur Ina.fr, consulté le 20 octobre 2013.
  13. (en) « Patrice Chéreau: 'It's OK to be hated' » dans The Guardian du 25 avril 2011.
  14. Patrice Chéreau Molière du meilleur spectacle subventionné pour Le Temps et la chambre en 1992 Ina.fr, consulté le 20 octobre 2013.
  15. a, b, c, d, e, f et g Anecdotes de tournage de La Reine Margot sur AlloCiné.fr, consulté le 20 octobre 2013.
  16. La Reine Margot sur JP Box Office, consulté le 20 octobre 2013.
  17. Le palmarès de Cannes 1994 sur Ina.fr, consulté le 20 octobre 2013.
  18. Les Cannes 1995 sur Ina.fr, consulté le 20 octobre 2013.
  19. Armelle Héliot, « Chéreau, pleuré en Allemagne, presque ignoré aux Etats-Unis », Le Monde,‎ 9 octobre 2013 (lire en ligne)
  20. Patrice Chéreau, absent, Molière du meilleur metteur en scène 1996 sur Ina.fr, consulté le 20 octobre 2013.
  21. Les Césars 1999 sur Ina.fr, consulté le 20 octobre 2013.
  22. Brève : Les Molières 2003 sur Ina.fr, consulté le 20 octobre 2013.
  23. Patrice Chéreau, Molière du spectacle du théâtre public 2003 pour Phèdre sur Ina.fr, consulté le 20 octobre 2013.
  24. Clap de fin du 56e Festival de Cannes sur Ina.fr, consulté le 20 octobre 2013.
  25. Christian Merlin, Wagner mode d'emploi, L'Avant-Scène Opéra, p. 165
  26. Vidéo INA : Interview de Patrice Chéreau le 27-8-1980 / 85 minutes d'applaudissements, 101 levers de rideau le 26-8-1980
  27. « À Aix, l’incandescence des grands soirs pour Elektra », Les Échos, 12 juillet 2013.
  28. « Elektra de Richard Strauss au Festival d’Aix-en-Provence », Arte, 19 juillet 2013.
  29. [vidéo] Youtube « Interview de Patrice Chéreau par Olivier Bombarda », consulté le 31 octobre 2013.
  30. Voir sur tf1.lci.fr.
  31. [vidéo] Dailymotion « La Douleur : interview de Patrice Chéreau », consulté le 26 octobre 2012.
  32. Chéreau au Louvre.
  33. Fabienne Darge, « La Comédie-Française et Feydeau triomphent aux 25e Molières », Le Monde,‎ 18 avril 2011 (lire en ligne)
  34. Le Magazine Littéraire
  35. « Mort de Patrice Chéreau », sur Libération,‎ 7 octobre 2013 (consulté le 7 octobre 2013)
  36. dont, entre autres, le Président de la République François Hollande, la ministre de la Culture Aurélie Filippetti, le ministre des Affaires Étrangères Laurent Fabius, le maire de Paris Bertrand Delanoë et le Président du Sénat Jean-Pierre Bel.
  37. Ludovic Perrin, « Patrice Chéreau, dernier acte », Le JDD,‎ 16 octobre 2013 (lire en ligne)
  38. Assisté du père Jean-Loup Lacroix, curé de Saint-Sulpice.
  39. Mots par lesquels la Bible débute.
  40. Voir texte complet et traduction française de ces poèmes chantés, avec une introduction.
  41. Lieder où l'on chante : « Même entourés de lumière et de splendeur, / Notre demeure n'est pas ici », puis : les « rêves ... fleurissent ... Et disparaissent dans le tombeau ».
  42. Il a chanté le rôle de Guglielmo dans Cosi fan tutte, mis en scène par Chéreau en 2005.
  43. Armelle Héliot, « Patrice Chéreau, l'adieu de Saint-Sulpice », Le Figaro,‎ 16 octobre 2013 (lire en ligne)
  44. « Le dernier hommage à Patrice Chéreau », La Croix, 16 octobre 2013.
  45. René Solis, « Jouer à se faire peur », Libération, 21 novembre 1998.
  46. « Avant qu'il ne soit trop tard », Le Nouvel Observateur, 1er mars 2007.
  47. Sylvie Santini, « "Sarkozy” votera François Hollande », Paris Match,‎ 7 octobre 2011 (lire en ligne)
  48. (de) Patrice Chéreau - Seit 2003 Mitglied der Akademie der Künste, Berlin, Sektion Darstellende Kunst

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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