Jacques Demy

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Jacques Demy
Image associée à la personnalité
Naissance 5 juin 1931
Pont-Château, Loire-Atlantique, France
Nationalité(s) Drapeau de la France Française
Décès 27 octobre 1990
Paris, Île-de-France, France
Profession(s) Réalisateur
Film(s) notable(s) Lola
La Baie des Anges
Les Parapluies de Cherbourg
Les Demoiselles de Rochefort
Model Shop
Peau d'Âne
Une chambre en ville
Conjoint(e) Agnès Varda (1962-1990)
Enfant(s) Mathieu Demy
Distinction(s) Palme d'or au Festival de Cannes 1964 pour Les Parapluies de Cherbourg

Jacques Demy, né le 5 juin 1931 à Pontchâteau (Loire-Atlantique), mort le 27 octobre 1990 à Paris est un cinéaste français, principalement connu comme réalisateur, mais également scénariste, dialoguiste, parolier, producteur et acteur.

Sommaire

[modifier] Éléments biographiques

[modifier] L'enfance

La famille paternelle de Jacques Demy est de Pontchâteau, lieu de sa naissance, où sa grand-mère tient un café encore pendant son enfance et où est enterré son grand-père, Jacques Demy, mort en 1934[1]. Son père, Raymond Demy, est garagiste[2] ; le garage se trouvait Allée des Tanneurs, qui est une contre-allée du cours des Cinquante Otages, entre la place du Port Communau (où se trouve actuellement le monuments aux Cinquante Otages) et la place du Cirque (Tour Bretagne) ; jusqu’au début des années 1940, c’était un quai[3] sur la rive droite de l’Erdre alors en cours de comblement. Sa mère, Marie-Louise, est coiffeuse, mais n'exerce plus, en général. Pour l’été, ils louent pour quelques semaines une maison à la Chebuette (commune de La Chapelle-Basse-Mer). Jacques a un frère cadet, Yvon, assez proche par l'âge, et une soeur plus jeune, Hélène[4].

Les parents de Jacques Demy sont grands amateurs de spectacles : cinéma (au Katorza, à l’Apollo[5]), opérettes ou opéras (au théâtre Graslin), et leur fils le devient aussi très tôt, fréquentant de plus le théâtre de marionnettes[6] installé en permanence à Nantes à partir de 1932. A partir de 14 ans, à la fin de la guerre, il deviendra un véritable cinéphile, lisant la revue L’Ecran français et fréquentant le ciné-club de Nantes.

[modifier] Un praticien précoce des arts du spectacles

Il est aussi très tôt devenu un praticien des arts du spectacle : dès 4 ans avec son propre théâtre de marionnettes, et, à partir de 9 ans, avec un petit projecteur de cinéma. Un peu plus tard, il réalise quelques films d'animation par la technique de la peinture sur pellicule. Il a aussi reçu un enseignement musical (violon) entre 1939 et 1943.

De septembre 1943 à août 1944, en raison des risques liés aux bombardements de Nantes, il est réfugié chez un sabotier de la Pierre Percée[7], non loin de la Chebuette. A ce moment ou un peu plus tard[8], il réalise notamment un film sur une attaque aérienne contre le pont de Mauves. Fin 1944, il achète sa première caméra, et il en aura une plus perfectionnée à la fin de 1946. Il réalise d'abord quelques films avec acteurs, ainsi que des documentaires, en particulier, en 1947, Le Sabot, suite de son séjour à La Chapelle-Basse-Mer et première ébauche de son film Le Sabotier du Val de Loire (1955). Mais surtout, de 1946 à 1948, il se consacre à l'animation de personnages miniatures, réalisant des films de quelques minutes, La Ballerine puis Attaque nocturne[9] ; en novembre 1948, il présente ce dernier au cinéaste Christian-Jaque, de passage à Nantes, et en reçoit des encouragements.

[modifier] Etudes secondaires et Beaux-Arts de Nantes

Durant cette période d'après-guerre, il fait ses études secondaires au Collège technique Launay[10]. Lui-même, qui envisageait déjà de devenir cinéaste, aurait préféré faire des études classiques au lycée Clemenceau, mais il s'est heurté à un refus de la part de son père, pour les études classiques comme pour le cinéma. Malgré cela, il réussit bien dans toutes les matières, alors qu'il ne s'intéresse qu'aux Lettres et au Dessin. Sur son temps libre (le jeudi, le dimanche matin, certains soirs), il suit des cours à l'école des Beaux-Arts de Nantes[11] ; il y rencontre des gens importants dans la suite de sa carrière : Bernard Evein, de Saint-Nazaire et Jacqueline Moreau, d'Ancenis (future costumière) ou à un moindre degré, André Guérin et Jean Porcher.

Comme le montre bien Jacquot de Nantes, le cinéma a été une véritable vocation pour Jacques Demy. Lorsqu'il arrive au terme de ses études secondaires[12], son père a mis fin à son opposition antérieure.

[modifier] Etudes supérieures et débuts professionnels

En 1949, Jacques Demy part donc à Paris suivre les cours de l'ETPC (Ecole technique de photographie et de cinématographie), située rue de Vaugirard. Il retrouve ses condisciples des Beaux-Arts de Nantes, entrés à l'IDHEC ou aux Beaux-Arts de Paris, ainsi qu'un nouveau venu, sorti de l'école d'architecture de Nantes, Bernard Toublanc-Michel. Pour son épreuve de sortie, il réalise un court-métrage de dix minutes, Les Horizons morts.

Il accomplit ensuite son service militaire.

A son retour, il envisage de travailler dans le cinéma d'animation et se met au service de Paul Grimault, avec lequel il réalise des parties de films publicitaires, animant notamment des boîtes de pâtes Lustucru. En même temps, il a plusieurs projets personnels qui n'aboutissent pas : Les Très Riches Heures d'une enfant sage (sur un scénario personnel) ; Le Faux Nez (sur un scénario de Jean-Paul Sartre). Cependant, il est remarqué par une firme de publicité qui va lui procurer plusieurs mois de travail, en collaboration avec Bernard Evein. C'est aussi l'époque où il se lance dans un roman, qu'il abandonne rapidement, mais qui est la première ébauche du scénario d'Une chambre en ville[13].

Il se réoriente vers le cinéma documentaire et, en 1953, écrit le scénario du Sabotier du Val de Loire. Il prend contact avec le documentariste Georges Rouquier qui apprécie ce travail et prend Jacques Demy comme assistant pour un documentaire sur Lourdes et pour un autre sur Arthur Honegger, tournés en 1954-1955. Georges Rouquier réussit à mettre sur pied la production du Sabotier avec Pathé-Cinéma[14] ; le film est tourné en octobre 1955, obtenant un grand succès critique en 1956.

Il est ensuite engagé par Jean Masson[15] pour un film d'actualité, Le Mariage de Monaco, une commande de la principauté, sur le mariage de Grace Kelly[16] et de Rainier de Monaco. A la fin de l'année 1956, il est de nouveau assistant de Georges Rouquier pour le film S.O.S. Noronha.

[modifier] Les courts métrages de la fin des années 1950

Le Bel Indifférent (1957)
  • Scénario : Jacques Demy, d'après la pièce de Jean Cocteau
  • Musique : Maurice Jarre
  • Décors : Bernard Evein
  • Costumes : Jacqueline Moreau

Sur le tournage de S.O.S. Noronha, il a fait connaissance avec Jean Marais qui lui permettra ensuite de contacter Jean Cocteau ; celui-ci donne à Jacques Demy les droits cinématographiques du Bel Indifférent. Ce court-métrage est aussi produit par Pathé-Cinéma, compte tenu du succès du Sabotier, bien que les acteurs d'abord envisagés (Edith Piaf et Paul Meurisse) aient dû être remplacés par Jeanne Allard, une actrice moins connue et Angelo Bellini, un non professionnel recruté sur son apparence pour un rôle totalement muet.

Musée Grévin (1958)

En 1958, Jacques Demy met au point le scénario d'un long-métrage, Un billet pour Johannesbourg (le futur Lola), mais dans l'immédiat doit continuer avec des courts métrages. Il est de nouveau le collaborateur de Jean Masson pour Musée Grévin, un film dont il ne se montre pas très satisfait par la suite.

La Mère et l'enfant (1959)

C'est une commande du Ministère de la Santé sur l'éducation des jeunes enfants de la naissance à l'âge de deux ans. Passés les conseils prodigués aux jeunes mamans, ce film a une tonalité propre à Jacques Demy dans la mesure où est valorisée l'idée de la prise d'autonomie de l'enfant par rapport à sa mère.

Ars (1959)
  • Commentaire : Jacques Demy, d'après des textes du curé d'Ars
  • Musique : Elsa Barraine
  • Assistant : Bernard Toublanc-Michel

Un peu plus tard, il a une proposition d'une maison de production catholique, les Productions du Parvis, qui avait financé le film sur Lourdes ; il s'agit cette fois d'un sujet sur la vie du curé d'Ars. Jacques Demy est d'abord réticent, puis accepte après être allé à Ars. C'est avec ce film que commence sa collaboration avec Philippe Dussart, un des dirigeants des Productions du Parvis, qui sera directeur de production de plusieurs de ses films ultérieurs.

[modifier] Les films des années 1960

Lola
  • Scénario : Jacques Demy
  • Musique : Michel Legrand
  • Décors et costumes : Bernard Evein
  • Assistant : Bernard Toublanc-Michel

En 1959, il réussit à intéresser à son scénario de long métrage Georges de Beauregard, producteur d’A bout de souffle, de Jean-Luc Godard, mais le budget qu'il obtient est assez restreint (38 millions de francs 1959), de sorte qu'il est obligé de revoir son projet initial à la baisse : noir et blanc au lieu de couleur, moins de chorégraphie, moins de décors. Le film, rebaptisé Lola, est marqué par sa première collaboration avec Michel Legrand pour la musique.

Les Sept Péchés capitaux (sketch La luxure)
  • Scénario : Jacques Demy (crédit à Roger Peyrefitte)
  • Musique : Michel Legrand
  • Décors : Bernard Evein

Après la sortie de Lola, qui n'en fait pas encore un cinéaste de premier plan, Jacques Demy est invité à participer au film à sketch Les Sept Péchés capitaux dans lequel il tourne le sketch La luxure.

En même temps, il met au point le scénario des Parapluies de Cherbourg et travaille déjà sur la musique de ce film avec Michel Legrand. Cette fois, il réussit à intéresser à ce projet la productrice Mag Bodard, mais il se passera pas mal de temps avant qu'elle rassemble les financements nécessaires.

La Baie des Anges
  • Scénario : Jacques Demy
  • Musique : Michel Legrand
  • Décors : Bernard Evein

Au cours d'un passage à Cannes lors du festival, Jacques Demy entrevoit la possibilité d'un film sur le jeu, film qui va être rapidement mis en route et réalisé grâce à l'appui de Jeanne Moreau, sous le titre La Baie des Anges.

Les Parapluies de Cherbourg
  • Scénario: Jacques Demy
  • Musique : Michel Legrand (édition musicale : Michel Legrand et Francis Lemarque)
  • Décors : Bernard Evein
  • Costumes : Jacqueline Moreau

Le budget finalement réuni par Mag Bodard est de 1 300 000 francs, avec un participation de la 20th-Century-Fox. Le film, tourné dans des conditions satisfaisantes, obtient immédiatement un succès critique : le prix Louis-Delluc dès janvier 1964, avant la Palme d'Or à Cannes. Il va aussi avoir un grand succès public en France et à l’étranger (notamment au Japon) qui donne à Jacques Demy et aux autres protagonistes : Mag Bodard, Michel Legrand et Catherine Deneuve, une immense notoriété internationale.

Les Parapluies de Cherbourg est relié à Lola par le personnage de Roland Cassard, qui évoque son ancien amour pour Lola sur une vue du Passage Pommeraye désert, mais aussi par celui de Cécile Desnoyers, venue de Nantes à Cherbourg, à laquelle Geneviève fait allusion en passant.

Les Demoiselles de Rochefort
  • Scénario : Jacques Demy
  • Musique : Michel Legrand (édition musicale : Michel Legrand et Francis Lemarque)
  • Décors : Bernard Evein
  • Costumes : Jacqueline Moreau

Malgré le succès des Parapluies de Cherbourg, le financement des Demoiselles de Rochefort n'a pas été très facile parce que le budget nécessaire est énorme pour l'époque. Une coproduction franco-britannique est d'abord envisagée, mais n'aboutit pas ; en revanche, Mag Bodard parvient à obtenir la participation de Warner-7 Arts, qui permet de doubler le budget (atteignant 6 000 000 de francs 1966) et d'amener dans la distribution les acteurs américains Gene Kelly et George Chakiris.

Après Les Demoiselles de Rochefort, Jacques Demy part aux Etats-Unis, où il est déjà allé deux fois : en 1965, alors que Les Parapluies de Cherbourg avait été sélectionné pour les Oscars ; il a alors fait la connaissance d'un cadre de Columbia, Jerry Ayres ; en 1966, lors du recrutement de Gene Kelly. Cette fois il est invité par le Festival de San Francisco, mais il va rester plus de deux ans aux Etats-Unis.

Model Shop
  • Scénario : Jacques Demy
  • Musique : The Spirit

Jerry Ayres lui donne la possibilité de tourner un film pour Columbia. Très rapidement Jacques Demy élabore son sujet, autour de sa propre fascination pour San Francisco et le pays en général. Columbia accepte le sujet sous réserve d'une limite budgétaire (1 000 000 $) que le film sera loin d'atteindre (700 000 $). Model Shop reprend le personnage de Lola, mais un certain nombre de difficultés qui apparaissent détourneront par la suite Jacques Demy d'essayer d'établir des liens aussi forts entre ses films. Model Shop n'est pas dans la tonalité des films précédents : Demy examine un bout des Etats-Unis avec une attention quasi documentaire et son histoire est explicitement sombre.

Sorti à New-York, Model Shop est un échec immédiat ; en France, le film n'est pas doublé, il reste donc limité au circuit Art et essai. Malgré tout, ayant été peu coûteux, le film couvre ses dépenses grâce à la télévision et cet échec n'est pas porté au débit de Jacques Demy qui reçoit une nouvelle proposition (Walking in the Spring Rain, avec Ingrid Bergman et Anthony Quinn). Mais il préfère rentrer en France pour son projet personnel de Peau d'Âne, Mag Bodard lui ayant annoncé que le budget en était prêt[17].

[modifier] Les années 1970

Peau d'Âne
  • Scénario : Jacques Demy, d'après Charles Perrault
  • Musique : Michel Legrand
  • Décors : Jim Léon et Jacques Dugied (après le retrait de Bernard Evein)

Jacques Demy a élaboré le scénario et les dialogues, et la musique composée par Michel Legrand au cours de son séjour américain. La production associe Mag Bodard et la Paramount (et sa filiale française Marianne Films). Mais le tournage va être plus difficile que prévu, malgré l'enthousiasme de l'équipe, en raison de l'insuffisance du budget de départ (4 000 000 de francs) obligeant à une très forte limitation du décor et de la figuration. Bernard Evein ayant évalué le coût du décor à 700 000 francs, au lieu de 350 000 envisagés par la production, abandonne le projet. Jacques Demy et Catherine Deneuve mettent leur salaire en participation. Malgré tout, le budget sera dépassé (4 800 000) ce qui implique un certain stress pour la réalisation.

Le Joueur de flûte
  • Scénario : Jacques Demy, Andrew Birkin, Mark Peploe
  • Musique : Donovan
L'événement le plus important depuis que l'homme a marché sur la Lune
  • Scénario : Jacques Demy
  • Musique : Michel Legrand
  • Décors : Bernard Evein
Un passage à vide (1974-1978)

Le scénario d'Une chambre en ville est au point au début de 1973 et la musique est composée en 1973-74, non pas par Michel Legrand qui n'a pas voulu travailler sur ce sujet, mais par Michel Colombier. En 1976, il semble que la réalisation soit très proche, avec Gaumont (Daniel Toscan du Plantier) et Planfilm comme producteurs, mais surviennent un certain nombre d'obstacles. Tout d'abord, le refus de Catherine Deneuve d'utiliser le play-back, puis le refus des producteurs de confier le premier rôle féminin à Dominique Sanda ; et pour terminer, les problèmes de Gaumont dus à l'échec de plusieurs films de cette époque.

Jacques Demy reçoit de Rolf Liebermann à l'Opéra de Paris la proposition de mettre en scène l'opéra de Jean-Philippe Rameau Platée, mais c'est lui qui décline finalement, ne voyant pas ce qu'il pourrait apporter à cette oeuvre [18].

En 1975, alors qu'il cherche des producteurs pour Une chambre en ville, Jacques Demy élabore un scénario pour Yves Montand : Dancing (futur Trois places pour le 26) puis en 1976, celui de Constance, quelquefois (futur projet Kobi), deux projets qui n'aboutissent pas dans l'immédiat.

Autre projet avorté : celui de tourner un film en URSS, dans le cadre des coproductions internationales qui ont abouti par exemple au film d'Akira Kurosawa Dersou Ouzala. Le scénario d'Anouchka, écrit par Jacques Demy en 1975 est fondé sur le tournage d'un film musical d'après le roman de Tolstoï Anna Karénine. Le projet, qui était très avancé, est abandonné en 1978 parce qu'aucun co-producteur français ne veut prendre sa part.

En fin de compte, c'est du Japon qu'il va obtenir la possibilité de réaliser un nouveau film.

Lady Oscar (1978)
  • Scénario : Patricia Knop, d'après Rose of Versailles de Riyoko Ikeda
  • Adaptation : Jacques Demy et Patricia Knop
  • Musique : Michel Legrand
  • Décors : Bernard Evein
  • Costumes : Jacqueline Moreau, assistée par Rosalie Varda

Dans la filmographie de Jacques Demy, la présence de ce film japonais, qui n'a pour ainsi dire pas été exploité en France (et en Europe en général), mais qui a été un succès au Japon et en Asie, repose sur le souvenir que le Japon a gardé des Parapluies de Cherbourg. Le sujet est issu d’un roman historique japonais sur la Révolution française Le film est tourné en France, avec une distribution principalement anglaise, où apparaissent quelques Français : Georges et Lambert Wilson, par exemple.

La Naissance du jour (1980)

En 1979, Jacques Demy reçoit la proposition de tourner pour la télévision (FR3) une adaptation du livre de Colette. Il refuse d'abord, mais devant l'insistance de plusieurs protagonistes, notamment la fille de Colette, il finit par accepter.

[modifier] Les années 1980

Durant cette période, Jacques Demy a tourné quelques films publicitaires, notamment en 1981, des spots de promotion de la lecture et en 1986, une commande du Ministère des Affaires étrangères sur les succès de la recherche française (spots dans lesquels apparaît Mathieu Demy).

Une chambre en ville (1982)
  • Scénario : Jacques Demy
  • Musique : Michel Colombier
  • Décors : Bernard Evein
  • Costumes : Rosalie Varda
  • Assistant décorateur Nantes : André Guérin

La situation de Une chambre en ville se résout en quelque sorte à la suite de la victoire de François Mitterrand en 1981. Grâce à Dominique Sanda, une des actrice de La Naissance du jour, il est mis en contact avec Christine Gouze-Rênal, qui accepte le projet, en partie dit-elle dans l'euphorie de l'après mai 81.

Le film renoue avec de plus anciens : entièrement chanté comme Les Parapluies de Cherbourg, situé à Nantes, comme Lola (un des personnages de Lola est d'ailleurs évoqué dans le film, par le biais d'une note de réparation de téléviseur) mais présente plusieurs traits originaux : l'intervention explicite du conflit social, puisque l'action se déroule en 1955 pendant les grèves de la construction navale de Nantes et Saint-Nazaire ; l'explicitation de la relation sexuelle ; la radicalisation de la passion amoureuse, qui débouche sur la mort.

L'affaire Une chambre en ville

A sa sortie, Une chambre en ville n’est pas un succès commercial. Cet échec est aggravé par l'affaire Une chambre en ville : un certain nombre de critiques de cinéma dénoncent dans la presse cet insuccès de Jacques Demy en semblant mettre en cause le succès de films plus grand public sortis en même temps, tel Le Gendarme et les gendarmettes. Ils s'attirent une réplique de Jean-Paul Belmondo. Jacques Demy, qui n'est pour rien dans l'affaire, exprime simplement ses remerciements aux critiques qui l’ont soutenu.

Collaboration avec Paul Grimault

Durant les années 1983-84, Jacques Demy assiste Paul Grimault pour la réalisation d'un film de rétrospective de ses dessins animés de court métrage. Il s'agit de présenter ces courts-métrages (ou des extraits) en les liant par une trame dans laquelle Paul Grimault dialogue avec un clown animé. Au cours de cette présentation intervient aussi Anouk Aimée, la voix de la bergère dans La Bergère et le ramoneur (1949).

Parking (1985)
  • Scénario : Jacques Demy
  • Musique : Michel Legrand
  • Décors : Patrice Mercier (après renoncement de Bernard Evein)
  • Costumes : Rosalie Varda

Le scénario des années 1970 sur Orphée trouve un producteur à cette époque, mais avec la condition de pouvoir présenter le film au festival de Cannes suivant, soit quelques mois après seulement . Le résultat est une précipitation qui ajoutée à une certaine insuffisance budgétaire fait que le film est largement raté, notamment du point de vue de Jacques Demy lui-même qui l'a déclaré exclu de sa filmographie. Sur le plan commercial, c'est un échec.

Trois places pour le 26
  • Scénario : Jacques Demy
  • Musique : Michel Legrand
  • Décors : Bernard Evein

En 1986, Jacques Demy propose à Yves Montand son scénario Kobi, que Montand refuse, mais il intéresse Claude Berri (on est peu de temps après la sortie de Jean de Florette) à un autre projet de Demy, qui va être retravaillé pour se fonder pour une part importante sur la biographie authentique de Montand. Claude Berri accorde à Jacques Demy des conditions de préparation et tournage tout à fait satisfaisantes. Ce film sera pourtant un demi échec sur le plan commercial.

La reprise du projet Kobi et Jacquot de Nantes

Le tournage de Trois places pour le 26 a été marqué par deux hospitalisations de Jacques Demy et celles-ci vont devenir plus fréquentes. Il reprend le scénario de Kobi et un travail de préparation est lancé, mais finalement abandonné compte tenu de l'état de santé du cinéaste.

Il consacre dès lors ses loisirs forcés à la rédaction de ses souvenirs d'enfance, qu'il communique au fur et à mesure à Agnès Varda ; en mars 1990, celle-ci décide d'en faire un film, qui est tourné dès le printemps et l'été de 1990 ; après une interruption à la mort de Jacques Demy, ce film est achevé au début de 1991.

[modifier] Jacques Demy et Agnès Varda

Jacques Demy et Agnès Varda se sont rencontrés au festival du court métrage de Tours pendant les années 1950 et se sont mariés en 1962 ; ils ont eu un fils, Mathieu Demy, né en 1973 ; Jacques Demy a adopté la fille d'Agnès Varda, Rosalie[19].

Ils avaient une demeure à Paris et une propriété (un ancien moulin) dans l'île de Noirmoutier en Vendée ; c'est à Noirmoutier qu'ont été tournées les plans de Jacques Demy sur une plage dans Jacquot de Nantes.

Pendant ses études, il n'avait pas appris de langue étrangère ; il a appris l'anglais durant les années 1960, en suivant des cours et des stages, pas seulement en séjournant aux Etats-Unis. A l'époque du projet Anouchka, qui a duré plusieurs années, il a aussi appris le russe[20].

Agnès Varda lui a rendu hommage dans ses films Jacquot de Nantes (1991), Les Demoiselles ont eu 25 ans (1993), L'Univers de Jacques Demy (1995).

Jacques Demy est mort du SIDA[21]. Il est enterré au cimetière du Montparnasse (9e division).

[modifier] Le cinéma de Jacques Demy

Les films de Jacques Demy accordent une grande place à la musique. Il a souvent fait appel à Michel Legrand pour composer les musiques, lui-même s'attelant aux textes, et allant même à deux occasions jusqu'à réaliser des films entièrement chantés : Les Parapluies de Cherbourg et Une chambre en ville. Ces deux films du reste se démarquent paradoxalement de son univers féerique pour explorer le sentimental dans une description sociale méticuleuse. Il est probablement le seul réalisateur en dehors des États-Unis à avoir obtenu un succès international dans le domaine du film musical avec Les Parapluies de Cherbourg (Palme d'Or au festival de Cannes) et de la comédie musicale avec Les Demoiselles de Rochefort.

Les contes, les légendes, voire le féerique, sont très présents dans ses films : Peau d'Âne d'après Charles Perrault, Le joueur de flûte dans la légende du joueur de flûte de Hamelin, Parking d'après le mythe d'Orphée ; dans les Demoiselles de Rochefort, il joue avec les artifices du conte, en le modernisant pour mieux le servir.

La frontière entre réalité et conte se retrouve également dans la localisation de ses films. Enfant du bord de mer, Jacques Demy plaça l'action de nombre de ceux-ci dans une cité portuaire, lieu frontière entre terre et mer, entre réalité et rêve, entre quotidien et évasion, et espace de rencontre entre plusieurs horizons : Lola et Une chambre en ville à Nantes ; Les Parapluies de Cherbourg ; Les Demoiselles de Rochefort ; La Baie des Anges à Nice ; Trois places pour le 26 à Marseille. Dans ce dernier film, il offre à Yves Montand son seul rôle chantant et dansant au cinéma.

Jacques Demy insère des clins d'œil à ses films précédents dans certains longs métrages, comme s'ils formaient ensemble une longue histoire découpée. Par exemple Roland Cassard, diamantaire amoureux de Lola épouse Geneviève dans Les Parapluies de Cherbourg, après avoir fait fortune aux États-Unis. De même, la mère et ancienne danseuse qu'il rencontre à Nantes, avant qu'elle ne parte retrouver sa fille à Cherbourg chez son beau-frère coiffeur, est découpée en morceaux dans Les Demoiselles de Rochefort. En examinant ses films, on s'aperçoit qu'aucune rencontre n'est insignifiante.

Sous le couvert de films en apparence colorés et chantants, l’univers de Demy est extrêmement sombre. La figure du père y est montrée très négativement (La Baie des Anges), ou purement et simplement absente (Lola, Trois places pour le 26). Lorsqu’il revient chercher sa femme et son fils (Lola), c’est pour repartir plus tard (Model Shop). Dans la majeure partie des films, il est décédé et la mère vit seule avec sa fille (Lola, Les Parapluies de Cherbourg, Les Demoiselles de Rochefort, Une chambre en ville où le couple veuve-fille est présent deux fois). On relève aussi une fascination pour l’aristocratie, même déchue, de la part d’un fils d’ouvrier : les mères veuves sont parfois baronnes (Une chambre en ville, Trois places pour le 26). Enfin, le cinéma de Demy est hanté par l’idée de l’inceste (Peau d’Âne, Parking, Une chambre en ville, Trois places pour le 26) et par la bisexualité (ambigüe dans Lady Oscar, la jeune femme élevée en garçon par son père ; montrée dans Parking, où Orphée, marié, est amoureux d’un homme, où Eurydice porte des vêtements masculins ; évoquée sous forme de comédie : l’homme enceint de L'Événement le plus important depuis que l'homme a marché sur la Lune). Par ailleurs, Demy a été, à ses débuts, un documentariste sensible et rigoureux s’exprimant dans des courts-métrages en noir et blanc (Le Sabotier du Val-de-Loire, Ars…)[22].

Créateur d'une œuvre ayant marqué plusieurs générations de spectateurs, il ne s'est trouvé personne pour poursuivre sa voie, hormis des hommages, parfois parodiques. Néanmoins, Jeanne et le garçon formidable en 1998 en reprend les fondements en les adaptant à l'époque. En 1991, Agnès Varda réalise : Jacquot de Nantes, film biographique sur la vie du jeune Jacques Demy, son futur mari.

[modifier] Filmographie

La filmographie de Jacques Demy est disponible dans un coffret intittulé Intégrale Jacques Demy (comprenant 12 DVD, un CD audio [23] et un livret de photos), Arte France Développement et Ciné-Tamaris, 2008.

[modifier] Courts métrages

[modifier] Longs métrages

[modifier] Téléfilm

[modifier] Références

Bibliographie
  • Jean-Pierre Berthomé, Jacques Demy et les racines du rêve, Editions L'Atalante, Nantes, 1982 (première édition) et 1996 (édition augmentée). Préface de Paul Guimard. [ISBN 2-84172-042-X].
    Jean-Pierre Berthomé, né en 1944 ou 1945, est professeur à l'université Rennes 2, Département Arts Lettres Communication, Spécialité Arts. Il a écrit plusieurs livres sur l'art et la technique du cinéma.
    En ce qui concerne Jacques Demy, Jean-Pierre Berthomé est dès son adolescence un cinéphile assidu au ciné-club de Nantes. Il assiste au tournage du film Lola et suit avec intérêt la carrière ultérieure de Jacques Demy. En 1976, il commence une série d'entretiens avec le cinéaste, puis décide d'écrire un livre sur lui. Il élabore d'une part une thèse de 3° cycle soutenue en 1981 à l'université Paris-1 sous le titre L'Oeuvre de Jacques Demy[24], d'autre part la version grand public publiée en 1982 par la librairie L'Atalante. En 1996, il ajoute les chapitres finaux, mais ne change pratiquement pas ceux de la version d'origine.
  • Camille Taboulay, Le Cinéma enchanté de Jacques Demy, Cahiers du Cinéma, Paris, 1996.
  • Jacques Demy, Chansons et textes chantés, Editions Léo Scheer, 2004.
Filmographie
  • 1991 : Jacquot de Nantes d'Agnès Varda.
  • 1995 : L'Univers de Jacques Demy d'Agnès Varda.
    Agnès Varda retrace la carrière de son mari en passant de film en film sans suivre l'ordre chronologique. Elle fait intervenir de nombreux témoins : acteurs (Catherine Deneuve, Dominique Sanda, Jeanne Moreau, Harrison Ford[25]...), collaborateurs (Bernard Evein, Michel Legrand...), producteurs (Mag Bodard, Gerald Ayres, Claude Berri...), proches et familiers. Les témoignages corroborent souvent l'ouvrage de Jean-Pierre Berthomé (qui est en général antérieur au film), mais présentent parfois des angles différents (sur Parking par exemple). Au total, une source essentielle sur le cinéaste.

[modifier] Notes

  1. La tombe de "Jacques Demy" apparaît dans la première scène de Jacquot de Nantes
  2. En 1939, il sera mobilisé comme ouvrier de l'armement à l'usine nantaise de la Société des Batignolles (Cf. Jacquot de Nantes).
  3. Dans Jacquot de Nantes, l'adresse donnée est Garage de l'Hôtel de Ville, Quai des Tanneurs
  4. Cf. L'Univers de Jacques Demy
  5. Le cinéma Katorza fonctionne encore près du théâtre Graslin ; l'Apollo a été fermé en 2000.
  6. Théâtre de la famille Créteur, qui a encore fonctionné longtemps après la guerre
  7. Commune de La Chapelle-Basse-Mer
  8. La chronologie dans Jacquot de Nantes est parfois différente de celle proposée par Jean-Pierre Berthomé.
  9. Les extraits qui apparaissent dans Jacquot de Nantes sont des reconstitutions. Au moment du tournage de ce film, Agnès Varda a retrouvé dans le grenier du garage des pellicules 9,5 mm désséchées et deux personnages de carton de Attaque nocturne. Le décor et les autres personnages de ce film d'animation ont été reconstitués de mémoire par Jacques Demy, aucun élément de pellicule ne subsistant, et le film a été de nouveau photographié image par image. Le Pont de Mauves et La Ballerine ont aussi été refaits, en copiant les pellicultes disponibles (voir la présentation des trois films d'animation dans le coffret Intégrale Jacques Demy).
  10. A l'origine Ecole Launay ; la dénomination Launay est encore couramment utilisée ; l'établissement s'appelle en fait Collège Leloup-Bouhier depuis 1935, actuellement Lycée professionnel Leloup-Bouhier, 11, boulevard de Launay, Nantes.
  11. Ces études de Jacques Demy aux Beaux-Arts de Nantes nne sont pas du tout évoquées dans Jacquot de Nantes alors qu'il comporte plusieurs scènes concernant le collège Launay.
  12. Jean-Pierre Berthomé n'indique pas quel diplôme de l'enseignement technique il a obtenu.
  13. Jean-Pierre Berthomé, Jacques Demy et les racines du rêve, chapitre 1, pour les paragraphes précédents.
  14. Budget de 4 millions de francs 1955, 25 % venant de Georges Rouquier, 75 % de Pathé.
  15. Un relevé rapide sur le web indique que la notoriété de ce Jean Masson est fortement sinon exclusivement liée aux deux films auxquels Jacques Demy a participé : Le Mariage de Monaco (1956) et Musée Grévin.
  16. Jacques Demy dira par la suite avoir été le dernier cinéaste à avoir dirigé Grace Kelly, dans la scène de la visite de la galerie des ancêtres. Il évoquera aussi l'agrément de tourner avec de gros moyens financiers.
  17. Source des deux parties précédentes : Jean-Pierre Berthomé, Jacques Demy.... Les extraits de fiche technique indiquent des interventions notables du point de vue de la biographie de Jacques Demy.
  18. en 1972, il avait mis en scène Le Rossignol de Stravinski
  19. Les films de Jacques Demy enfin édités en DVD, Mathilde Blottière, Télérama, 15 novembre 2008
  20. Témoignage d'Hélène Demy dans L'Univers de Jacques Demy ; il admirait sa soeur parce qu'elle était devenue professeur d'anglais.
  21. Les films de Jacques Demy enfin édités en DVD, Mathilde Blottière, Télérama, 15 novembre 2008
  22. Ces points ont été développés par les deux biographes du cinéaste, Jean-Pierre Berthomé (Jacques Demy et les racines du rêve, L'Atalante, 1982 ; édition revue et complétée, L'Atalante, 1996) et Camille Taboulay (Le Cinéma enchanté de Jacques Demy, Cahiers du Cinéma, 1996)
  23. Ce CD contient une introduction par Michel Legrand, puis les versions de travail de plusieurs airs des Parapluies de Cherbourg (Sur le quai, Chez Dubourg, La gare), des Demoiselles de Rochefort (Chansons des jumelles, de La femme coupée en morceau, de Simon, de Solange) et de Trois places pour le 26 (L'interview, Ensemble) ; de Peau d'âne (une version différente de Amour, amour).
  24. Source : Catalogue du SUDOC
  25. Harrison Ford avait été pressenti de façon très sérieuse pour Model Shop, mais c'est Gary Lockwood (Frank Poole dans 2001, l'Odyssée de l'espace) qui a finalement eu le rôle.

[modifier] Liens externes

Ce document provient de « http://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Demy ».
Créer un livre