Jean Gabin

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Jean Gabin

Description de cette image, également commentée ci-après

Jean Gabin dans Touchez pas au grisbi, de Jacques Becker (1954).

Nom de naissance Jean-Alexis-Gabin Moncorgé
Naissance
Paris, France
Nationalité Drapeau de France Français
Décès (à 72 ans)
Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine, France)
Profession Acteur
Films notables voir filmographie
Site internet Musée Gabin.com

Jean Moncorgé, dit Jean Gabin, est un acteur français, né le à Paris (9e arr.) et mort le à Neuilly-sur-Seine.

Bien qu'ayant commencé sa carrière comme chanteur de revue et d'opérette, c'est à l'écran qu'il va s'imposer, devenant une figure incontournable du cinéma français. « Gueule d'amour » tournant avec les réalisateurs importants de l'entre-deux-guerres comme Julien Duvivier ou Jean Renoir, il devient après la guerre (où il s'est engagé comme marin, puis chef de char au sein du régiment blindé des fusiliers-marins des Forces françaises libres) un « pacha » au physique imposant et au regard sombre incarnant la plupart du temps des rôles de truands ou de policiers, toujours avec la même droiture, dans des films bien souvent dialogués par Michel Audiard.

Sa filmographie, dénombrant 95 films, compte un nombre important de classiques, parmi lesquels Gueule d'amour, La Bête humaine, Pépé le Moko, Le Quai des brumes, La Grande Illusion, Touchez pas au grisbi, Un singe en hiver, Le Chat, Le Pacha ou La Traversée de Paris. Il tourne avec la plupart des grands acteurs du cinéma français de l'époque dont certains, comme Lino Ventura, Bernard Blier, Jean-Paul Belmondo ou Alain Delon, sont ses amis. Acteur populaire, il a attiré plus de 161 millions de spectateurs dans les salles au cours de sa carrière d’après-guerre[1], auxquels il faut ajouter ses nombreux succès parmi sa trentaine de films d'avant-guerre.

Sa vie sentimentale est souvent liée à son métier : il a des liaisons connues avec les actrices Mireille Balin, Michèle Morgan et Marlène Dietrich, est l'époux de l'actrice Gaby Basset (de 1925 à 1933), de la meneuse de revue Jeanne Mauchain (de 1933 à 1943), puis Marie Camilleri en Algérie pendant la Seconde Guerre mondiale (de 1943 à 1945), puis enfin d'un ancien mannequin, Catherine dite Dominique Fournier (1918-2002), avec qui il a trois enfants : Florence (née en 1949), Valérie (née en 1952) et Mathias (né en 1956).

Biographie[modifier | modifier le code]

Timbre poste allemand représentant Jean Gabin.

Enfance[modifier | modifier le code]

Jean-Alexis-Gabin Moncorgé[2] nait à Paris le , 23 boulevard Rochechouart (9e). Fils de Ferdinand Joseph Moncorgé (1868-1933), tenancier de café et comédien d'opérette sous le nom de scène de Gabin, et d'Hélène Petit (1865-1918), chanteuse de café-concert, il a six frères et sœurs aînés dont Ferdinand-Henri (1888-1939), Madeleine (1890-1970) et Reine (1893-1952).

Il passe son enfance et son adolescence à la campagne pour laquelle il gardera toute sa vie un profond attachement. Loin de la vie parisienne de spectacle de ses parents, il est élevé par sa sœur aînée Madeleine, dans le petit bourg campagnard de Mériel dans le Val-d'Oise (alors Seine-et-Oise) , à l'actuel 63 Grande rue, dans une maison à l’étroite façade dont le pignon arrière où se trouve la fenêtre de sa chambre offre une vue imprenable sur la gare[3].

Jean Gabin, élève au lycée Janson-de-Sailly en 1918.

En 1914, à l'âge de 10 ans, un coup appuyé lors d'un combat de boxe lui écrase le nez. Le 18 septembre 1918, alors qu'il a 14 ans, sa mère meurt. Il obtient son certificat d'études primaires à l'école rue de Clignancourt mais est mauvais élève et délaisse le lycée Janson-de-Sailly à Paris, où il est inscrit et enchaîne les petits métiers, garçon de bureau à la Compagnie parisienne de distribution d'électricité, cimentier à la gare de la Chapelle, manœuvre dans une fonderie, magasinier aux magasins d'automobiles de Drancy, vendeur de journaux[4]. À 17 ans il veut, comme son grand-père maternel, devenir conducteur de locomotive à vapeur dont il peut voir les évolutions depuis sa chambre. Bourru, il osait se plaindre de ce qui lui déplaisait mais son œil bleu « magique » participait avec ses amis à la joie de vivre.

Music-hall[modifier | modifier le code]

En 1922, à 18 ans, Gabin est forcé par son père d'entrer dans le monde du spectacle aux Folies-Bergère d'abord comme figurant, le directeur, Fréjol, étant un de ses amis à qui il aurait dit : « Tiens, voici mon fiston. Il aimerait faire du théâtre. Peux-tu l'aider ? Si tu arrives à en tirer quelque chose, tu auras bien du mérite. Moi, j'y renonce… » Il est placé sous la bienveillance du comique troupier Bach.

De 1924 à 1925, Jean Gabin effectue son service militaire dans la marine nationale à Cherbourg, et pendant une permission du début de l'année 1925, il épouse une admiratrice, la future actrice Marie-Louise Basset, dite Gaby, avec qui il n'aura pas d'enfant.

Buste de Jean Gabin, à Mériel,
sur la place du musée qui lui est consacré.

En 1926, âgé de 22 ans, il devient un véritable artiste de music-hall et chanteur d'opérette. Il fait monter sur scène La Goulue auprès de Mistinguett, et il imite Maurice Chevalier. Il entame un tour de chant avec succès pendant deux ans dans toute la France et en Amérique du Sud. En chantant Julie c'est Julie et La Java de Doudoune de Jose Padilla en 1928, il devient partenaire de Mistinguett, qui vient de rompre avec Maurice Chevalier, au Moulin-Rouge et aux Bouffes-Parisiens dont le directeur est le célèbre auteur de l'époque Albert Willemetz.

À partir de 1929, il joue les jeunes premiers dans des opérettes comme Flossie ou Les Aventures du Roi Pausole, toutes deux sur des paroles d'Albert Willemetz. Il vit une amourette avec Jacqueline Francell, sa partenaire de Flossie, et divorce de Gaby.

Cinéma[modifier | modifier le code]

Débuts et consécration[modifier | modifier le code]

En 1928, il fait ses débuts au cinéma dans deux courts-métrages avec le comique Raymond Dandy, Ohé! les valises et On demande un dompteur[5].

Ce n'est que deux ans après l'arrivée du cinéma parlant en Europe que Jean Gabin, après avoir refusé de tourner dans Les Chemins du paradis[6], fait ses véritables débuts cinématographiques en tournant en 1930 Chacun sa chance, un des premiers films parlant du cinéma français, dans lequel il joue au côté de son ex-épouse Gaby Basset et le chanteur Jean Sablon.

Par la suite, il enchaîne les tournages : étant tour à tour policier dans Méphisto, cambrioleur dans Paris Béguin, vendeur de TSF dans Tout ça ne vaut pas l'amour, mécanicien dans Gloria, soldat récalcitrant dans Les Gaietés de l'escadron, capitaine de péniche dans La Belle Marinière, que Gabin considère comme son premier grand rôle à l'écran[6] et ingénieur dans Le Tunnel et Adieu les beaux jours.

Son père meurt le . Trois jours plus tard, Gabin épouse à la mairie du 16e Jeanne Mauchain, meneuse de revue et danseuse nue du Casino de Paris, connue sous le nom de Doriane Mauchain.

En 1934, il tourne pour la première fois sous la direction de Julien Duvivier dans Maria Chapdelaine et Golgotha, dans lequel il prête ses traits à Ponce Pilate.

À partir de 1935, il devient une star du cinéma grâce à son « charisme exceptionnel » et à Julien Duvivier qui lui offre les personnages principaux de La Bandera avec Annabella, qui est son premier succès[7], La Belle Équipe avec Charles Vanel, dans lequel il chante la chanson Quand on s'promène au bord de l'eau, et Pépé le Moko. Il incarne des héros tragiques et romantiques d'origine populaire. Puis il enchaîne film sur film au sommet du box-office français tout au long de sa longue carrière, quatre-vingt-quinze au total.

Jean Renoir l'impose dans Les Bas-Fonds avec Louis Jouvet puis, en 1937, dans le film de guerre La Grande Illusion avec Pierre Fresnay, Marcel Dalio et Erich von Stroheim, qui obtient un énorme succès public et critique, devenant au fil des années un classique du cinéma français.

La même année, il tourne Gueule d'amour, de Jean Grémillon, où il retrouve Mireille Balin, sa partenaire de Pépé le Moko et le méconnu Le Messager, de Raymond Rouleau.

En 1938, il joue le rôle d'un déserteur dans Le Quai des brumes aux côtés de Michel Simon et la jeune Michèle Morgan, à laquelle il murmure le célèbre « T'as d'beaux yeux tu sais ». C'est sa première collaboration avec Marcel Carné et Jacques Prévert[8]. Il campe ensuite le personnage de Trott toujours face à Morgan dans Le Récif de corail de Maurice Gleize (sorti en 1939), puis un conducteur de locomotive dans La Bête humaine de Jean Renoir.

En 1939, il tourne à nouveau sous la direction de Marcel Carné dans Le Jour se lève, drame dans lequel il partage la vedette avec Jules Berry, Arletty et Bernard Blier.

Le , il est mobilisé dans la marine nationale à Cherbourg. C'est encore la drôle de guerre et il obtient une permission exceptionnelle pour terminer le film Remorques, avec Michèle Morgan. Ils ont une brève idylle.

Avec les Forces françaises libres[modifier | modifier le code]

Le , refusant de tourner pour les Allemands pendant l'occupation, il s'expatrie à Hollywood aux États-Unis où il va retrouver les Français Jean Renoir, Julien Duvivier, Charles Boyer, Jean-Pierre Aumont

Là-bas, il tourne deux films, La Péniche de l'amour avec Ida Lupino, et L'Imposteur, de Julien Duvivier, long-métrage de propagande gaulliste saluant aussi la bénéfique entrée en guerre des États-Unis. Ce film est produit par le service de propagande américain. Au générique seulement deux français : Julien Duvivier et Jean Gabin.

Durant cette période, il fréquente Ginger Rogers brièvement, puis Marlène Dietrich pendant l'été 1941 jusqu'en février 1947, emménageant avec elle en Californie dans une villa que Greta Garbo leur loue. Le , le tribunal d'Aix prononce le jugement de divorce avec sa deuxième épouse Jeanne Mauchain, à ses torts entiers et reconnus[9].

Déjà très célèbre, il pourrait tenter une carrière d'acteur aux États-Unis, mais tourne peu malgré son contrat avec la Fox. Par patriotisme, il s'engage en avril 1943 dans les Forces navales françaises libres[10] du général de Gaulle pour libérer son pays. Embarqué comme canonnier chef de pièce sur le pétrolier militaire Elorn, il traverse l'Atlantique en convoi à destination de Casablanca, attaqué au large par les sous-marins et par les avions allemands aux approches de la Méditerranée. Puis sous les ordres de l'enseigne de vaisseau et futur vice-amiral André Gélinet, le second maître Jean Moncorgé sert comme chef du char Souffleur II du 2e escadron du régiment blindé de fusiliers-marins qui appartient à la célèbre 2e division blindée du général Leclerc.

Au printemps 1945, il participe à la libération de la poche de Royan puis à la campagne d'Allemagne qui le conduira au Nid d'aigle d'Hitler à Berchtesgaden. À la fin de la guerre, il est décoré de la Médaille militaire et de la Croix de guerre. En juillet 1945, âgé de 41 ans, le « plus vieux chef de char de la France Libre » est démobilisé et revient au monde du spectacle avec des cheveux blancs[11]. Toute sa vie, il restera très attaché à la marine nationale et proche de celui qui fut son chef, le vice-amiral Gélinet et sa famille.

De retour en France, il veut reprendre sa carrière d'acteur mais il a changé physiquement et moralement et de nouveaux acteurs romantiques sont apparus, tels Jean Marais, Gérard Philippe ou Daniel Gélin. Il renonce à jouer Les Portes de la nuit, de Marcel Carné, avec sa compagne Marlene Dietrich car cette dernière refuse d'interpréter la fille d'un collaborateur. En 1946, après avoir acheté les droits du roman, il incarne le rôle-titre de Martin Roumagnac, au côté de Marlene Dietrich. Le film, éreinté par la critique, obtient pourtant à l'époque un succès commercial avec deux millions d'entrées[12].

Cependant, ce succès n'est pas réitéré l'année suivante avec le film policier Miroir[13], dans lequel il est un financier et gangster à ses heures. De plus, il a du mal à trouver un rôle à sa mesure.

Le 28 mars 1949, deux mois après leur rencontre, il se marie avec Christiane Fournier (1918-2002), dite Dominique, mannequin chez le couturier Lanvin, déjà mère d'un enfant, Jacki, et avec qui il aura trois enfants : Florence (1949), Valérie (1952) et Mathias (1956)[14].

La même année, il tient le rôle principal du long-métrage Au-delà des grilles, qui obtient un succès honorable en salles[15] et est nommé à l'Oscar du meilleur film étranger et triomphe au théâtre avec la pièce La Soif, d'Henri Bernstein, aux côtés de Madeleine Robinson et Claude Dauphin.

Le retour du succès[modifier | modifier le code]

Changement d'image[modifier | modifier le code]

En 1950, il retrouve Marcel Carné pour le long-métrage La Marie du port, adaptation du roman de Georges Simenon, qui avec 2,6 millions d'entrées[16], permet de confirmer le succès de Gabin après son triomphe théâtral avec La Soif.

En 1951, il est le narrateur de De sac et de cordes, une pièce musicale de Léo Ferré écrite pour la radio, qu'il interprète tandis que Léo Ferré dirige l'orchestre et les chœurs de la radio nationale et sa prestation dans La nuit est mon royaume, pour lequel il incarne un mécanicien de locomotive aveugle, lui permet de rencontrer l'éloge de la critique et un triomphe public avec 2,5 millions d'entrées[17], mais aussi de remporter la Coupe Volpi pour la meilleure interprétation masculine au Festival de Venise.

Son film suivant, La Vérité sur Bébé Donge, dans lequel il est un industriel coureur de jupons, passe inaperçu lors de sa sortie en salles, mais va être considéré au fil des ans comme une œuvre marquante.

Il réalise en juillet 1952 un de ses rêves d'enfant en investissant, jusqu'à ses derniers jours, toute sa fortune dans le domaine de La Pichonnière, situé sur la commune de Bonnefoi, rattachée au canton de Moulins-la-Marche, dans l'Orne, en Normandie, sur lequel il fait construire La Moncorgerie. Il se lance dans l'élevage de près de trois cents bovins et d'une écurie d'une quinzaine de chevaux de course pour assouvir sa passion pour l'élevage de chevaux.

La même année, il retrouve Michèle Morgan dans La Minute de vérité, de Jean Delannoy, qui triomphe en salles avec plus de 3 millions d'entrées[18].

Il renoue véritablement avec le succès public grâce à Touchez pas au grisbi, de Jacques Becker, en 1954, qui enregistre 4 millions d'entrées en France[19]. Avec ce film, il retrouve un rôle à sa mesure en changeant son image : l’homme d’expérience, autoritaire et qui impose le respect. C'est durant ce tournage qu'il rencontre celui qui va devenir un de ses amis, Lino Ventura.

La rencontre avec Audiard[modifier | modifier le code]

Son succès se confirme avec L'Air de Paris, de Marcel Carné et French Cancan, de Jean Renoir en 1955. C'est la rencontre avec Michel Audiard, qui deviendra son ami et sera, avec ses dialogues, pour beaucoup dans le succès de ses films à venir, à commencer par Gas-oil et Le rouge est mis de Gilles Grangier. À cette époque, il entretient une liaison adultère avec la comédienne Dora Doll.

Jean Gabin (à gauche) et Jacques Prévert dans le film documentaire Mon frère Jacques (1961) par Pierre Prévert.

Par la suite, il enchaîne films sur films : il est le maréchal Lannes dans la prestigieuse distribution du Napoléon de Sacha Guitry, flic infiltré dans Razzia sur la chnouf, juge pour enfants dans Chiens perdus sans collier, routier dans Des gens sans importance, restaurateur dans Voici le temps des assassins, artiste peintre bourgeois s'encanaillant en transportant avec Bourvil de la viande pour le marché noir dans le classique La Traversée de Paris, dont il partage une scène devenue culte avec Louis de Funès, alors méconnu du grand public et médecin dans Le Cas du docteur Laurent.

En 1958, il prête ses traits au commissaire Jules Maigret dans Maigret tend un piège, rôle qu'il reprendra à deux reprises et connaît le plus grand succès public de sa carrière avec Les Misérables, devenant le Jean Valjean du film aux côtés de Bourvil et de Bernard Blier.

Sa carrière est sur sa lancée, confirmée avec notamment En cas de malheur, avec Brigitte Bardot, Les Grandes Familles, avec Pierre Brasseur, Archimède le clochard (dont il a eu l'idée du film[20]).

En 1960, il reçoit les insignes d'officier de la Légion d'honneur sur le plateau où il tourne Les Vieux de la vieille de Gilles Grangier.

Tout en tournant avec les vedettes du moment, il continue dans les années 1960 sa série d'innombrables succès tels que le drame politique Le Président, la comédie policière Le cave se rebiffe, la comédie dramatique Un singe en hiver, dans laquelle il partage la vedette avec Jean-Paul Belmondo.

Dans la nuit du 27 au , sept cents agriculteurs encerclent son domaine familial normand de La Pichonnière pour protester contre la centralisation des terres, en exigeant la location de certaines fermes à de jeunes éleveurs en difficulté, Gabin ayant acquis 150 ha. Ils se servent d'un conflit ouvert avec le célèbre acteur néorural pour médiatiser les problèmes du monde agricole. Cette situation bouleverse profondément et blesse à vie l'intéressé, qui se sent rejeté par la communauté paysanne normande dont il a tant souhaité faire partie. Annonçant qu'il va vendre ses terres, Gabin accepte finalement de louer deux fermes aux jeunes. Après avoir porté plainte contre X pour « violation de domicile et tentative d'extorsion de signature », il retire sa plainte en pleine audience du procès au palais de justice d'Alençon le 22 avril 1964[21].

Durant cette même période, il connaît son premier revers avec Le Gentleman d'Epsom (1962), dans lequel il joue au côté de Louis de Funès, qui ne rencontre qu'un score inférieur[22], échec vite effacé par le triomphe de Mélodie en sous-sol l'année suivante, avec Alain Delon[23].

Il crée en 1963 avec Fernandel la société de production Gafer pour son film L'Âge ingrat qu'il interprète avec ce dernier.

La fin des années 1960 est marquée par Le Tonnerre de Dieu, Le Pacha, Le Tatoué, avec Louis de Funès et Le Clan des Siciliens, avec Alain Delon et Lino Ventura, qui confirme le statut de l'acteur, qui a atteint les soixante ans.

Les dernières années[modifier | modifier le code]

Dans les années 1970, sa carrière s'enrichit de 7 films supplémentaires mais marque une baisse de régime ; l'acteur rencontre pourtant encore le succès public avec La Horse de Pierre Granier-Deferre et Deux hommes dans la ville de José Giovanni, sa dernière collaboration avec Alain Delon. Il obtient également l'Ours d'argent au Festival de Berlin pour son interprétation dans Le Chat en 1971, œuvre que l'acteur considérait comme son meilleur film de l'après-guerre[24].

En 1974, près de quarante ans après Quand on s'promène au bord de l'eau, Gabin enregistre la chanson Maintenant, je sais, titre écrit par Jean-Loup Dabadie.

Le , il préside la première cérémonie des César. Deux semaines plus tard, il est à l'affiche de L'Année sainte, de Jean Girault. Ce seront ses dernières apparitions en public et sur grand écran.

En octobre 1976, il apprend lors d'une interview télévisée du président de la FNSEA, Michel Debatisse, qu'il ne touchera pas l'indemnisation de l'« impôt sécheresse », comprenant qu'il ne sera jamais accepté par le monde paysan. Il décide alors de vendre son domaine agricole normand de La Pichonnière. Quelques semaines plus tard, le , il meurt à l'âge de 72 ans des suites d'une leucémie à l'Hôpital américain de Neuilly-sur-Seine[25]. Il avait connu quelques problèmes de santé sur le tournage de Deux hommes dans la ville[réf. nécessaire].

Ses obsèques le 17 novembre au columbarium du cimetière Père Lachaise sont retransmises à la télévision, puis, selon ses dernières volontés[26], ses cendres sont dispersées en mer. C'est à Brest, le , qu'en présence de son épouse, d'acteurs et personnalités dont Alain Delon, se déroule une cérémonie simple et solennelle à bord de l'aviso Détroyat, ces honneurs militaires de la Marine nationale n'étant permis que sur autorisation exceptionnelle du président de la République Valéry Giscard d'Estaing. L'urne funéraire est ouverte depuis la plage arrière de l'aviso[27] en mer d'Iroise, à 20 nautiques de Brest, au sud de la chaussée des Pierres-Noires[28].

Un acteur symbole[modifier | modifier le code]

Jean Gabin demeurera à jamais la figure emblématique du petit peuple, du monde ouvrier et des titis parisiens des années 1930, du temps du Front populaire[29] : on le retrouve ainsi successivement chômeur dans La Belle Équipe (1936), légionnaire dans Gueule d’amour (1937), petit truand dans Pépé le Moko (1937), déserteur dans Quai des brumes (1938), cheminot dans La Bête humaine (1938) ou ouvrier dans Le jour se lève (1939).

La figure emblématique de l’acteur s'est parfois confondue avec celle, mythique, de ses personnages qui se sont imposés dans l’imaginaire collectif de la société française au cours du XXe siècle. Les différents personnages de Jean Gabin, archétypes professionnels ou sociaux, sont inscrits dans l’histoire de manière « horizontale» (l’ouvrier gouailleur avant guerre, le patriarche bourru à partir des années 1950)[30].

Dans les années 60, les films qui mettent en scène Jean Gabin témoignent aussi d'un rejet, au cinéma, des grands ensembles en construction. Et Jean Gabin en est un personnage majeur. Il apparaît dans un certain nombre de films dans lesquels les grands ensembles sont construits et détruisent le monde dans lequel il vivait[31]. Dans Rue des prairies de Denys de La Patellière, Gabin qui habite une rue parisienne faubourienne et populaire à Paris, est contremaître sur le chantier des sablons, à Sarcelles. Il est ainsi amené à construire les structures de ce qui va détruire le monde ancien dans lequel il vit, dans le XXe arrondissement de Paris. C'est aussi le cas de Mélodie en sous-sol en 1963, où il ne retrouve pas son pavillon au milieu des barres d'immeubles de Sarcelles nouvellement construites, ou du film Le Chat en 1970, où il vit dans un pavillon qui a vocation à être détruit, entouré de grands ensembles en construction[31].

Filmographie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Filmographie de Jean Gabin.

Avec Fernandel, Louis de Funès et Bourvil, Jean Gabin fait partie des acteurs français ayant attiré le plus grand nombre de spectateurs dans les salles de cinéma : environ 161 millions entre 1946 et 1976[32]. Dans ce total, 32 films entre 1930 et 1945 sont non comptabilisés sur 95 au total (soit 34 %), dont de nombreux succès comme Les Gaietés de l'escadron, La Bandera, La Belle Équipe, Pépé le Moko, La Grande Illusion, Gueule d'amour, Le Quai des brumes, La Bête humaine, Le jour se lève...

Ses films ayant eu la plus grosse audience sont (par ordre décroissant)[33] :

Théâtre[modifier | modifier le code]

L'interprète[modifier | modifier le code]

En 1936 il chante Quand on se promène au bord de l'eau pour le film La Belle Équipe et en 1974 Maintenant, je sais .

Distinctions[modifier | modifier le code]

Décorations[modifier | modifier le code]

Récompenses[modifier | modifier le code]

Hommages[modifier | modifier le code]

  • En 1981, à l'initiative de Louis de Funès[37], le « monde du cinéma » lui rend hommage en créant le prix Jean-Gabin, récompense décernée tous les ans aux meilleurs espoirs masculins du cinéma français. À la suite d'un désaccord entre l'organisation et la fille de Jean Gabin, le prix a été remplacé depuis 2008 par le prix Patrick-Dewaere ;
  • En 1992, Mériel (Val-d'Oise), la commune de son enfance, a ouvert un musée qui lui est consacré. Jean Marais a sculpté un buste de l'acteur qui se trouve devant le musée ;
  • En 2008, une place Jean-Gabin a été inaugurée dans le 18e arrondissement de Paris ;
  • En 2011, une place Jean-Gabin a été inaugurée dans la ville de Porrentruy (Suisse).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. 84 millions selon « Les Rois du box office », Studio Magazine, novembre 1992, mais 161 millions si on fait le total des entrées dans le tableau récapitulatif du box-office 1945-1976
  2. « Un trait de malice de mon père que de m'avoir donné, en troisième prénom, son nom de théâtre » cité par André-Georges Brunelin in Gabin, Robert Lafont, 1987, p. 46
  3. Cf. Le Patrimoine des communes du Val-d’Oise : Mériel, op. cit., p. 432.
  4. Philippe Barbier, Jacques Moreau, Jean Gabin. Gentleman du cinéma, Éditions Dualpha,‎ 2007, p. 26
  5. « Article de Cinémonde (1968) », sur marcel-carne.com,‎ .
  6. a et b « Jean Gabin », sur Encinémathèque,‎ .
  7. « Article de Ciné-Miroir (1938) », sur marcel-carne.com,‎ .
  8. « Après avoir vu Drôle de drame, [Gabin] a envie de travailler avec Prévert et Carné. Il le fait savoir. En 1938, il est dans Le Quai des brumes. Les deux amis se souviennent avoir attendu ensemble les réactions du public dans un café de la rue des Saints-Pères, Jacques précisant en rigolant : « On avait glissé sur un bouchon de limonade ! ». L’accueil fut plutôt bon. Gabin ajoute avec humour : « Dans le fond, on était la nouvelle vague de l’époque ». On retrouvera l'acteur dans Le jour se lève, Remorques et La Marie du port. Jacques écrit de lui qu’il a « le regard toujours bleu et encore enfantin », qu’il est l’« acteur tragique de Paris/ gentleman du cinéma élisabéthain/ dans la périphérie du film quotidien » et que « Jean Gabin/ c’est l’évidence même/ l’évidence même d’un être humain/ qui joue son rôle publiquement/ devant tant d’autres qui jouent le leur secrètement/ et si mal la plupart du temps ». « Jean Gabin/ Toujours le même jamais pareil/ Toujours Jean Gabin/ Toujours quelqu’un. » Carole Aurouet, Prévert, portrait d'une vie, Ramsay, 2007, p. 216.
  9. Philippe Barbier, Jacques Moreau, Jean Gabin. Gentleman du cinéma, Éditions Dualpha,‎ 2007, p. 63
  10. Philippe de Comes, Michel Marmin, Le Cinéma français : 1930-1960, Éditions Atlas, 1984, 175 pages, p. 63.
  11. Brunelin, p. 325
  12. « Martin Roumagnac », sur Box Office Story,‎ .
  13. « Miroir », sur Box-Office story,‎ .
  14. Philippe Barbier, Jacques Moreau, Jean Gabin. Gentleman du cinéma, Éditions Dualpha,‎ 2007, p. 69
  15. « Au-delà des grilles », sur Box-Office story,‎ .
  16. « La Marie du port », sur Box Office Story,‎ .
  17. « La nuit est mon royaume », sur Box Office Story,‎ .
  18. « La Minute de vérité », sur Box Office Story,‎ .
  19. « Touchez pas au grisbi », sur Box Office Story,‎ .
  20. Pour ce film, il est crédité sous le nom de Jean Moncorgé, qui est son vrai nom de famille.
  21. Jean Vigreux, Croissance et contestations. 1958-1981, Seuil,‎ 2014, p. 207
  22. « Le Gentleman d'Epsom », sur Box Office Story,‎ .
  23. « Méldoie en sous-sol », sur Box Office Story,‎ .
  24. « Jean Moncorgé, la face cachée de Jean Gabin », Un jour, un destin , France 2.
  25. Philippe Barbier, Jacques Moreau, Jean Gabin. Gentleman du cinéma, Éditions Dualpha,‎ 2007, p. 163
  26. « Pas de mise en terre car je ne veux pas qu'on vienne m'emmerder sur ma tombe comme on fait sur celles de Gérard Philippe et d'Édith Piaf » disait-il.
  27. Et non du porte-hélicoptères Jeanne d'Arc qui était alors en escale à Mayport (États-Unis)[réf. nécessaire].
  28. Jean-Jacques Jelot-Blanc, Jean Gabin inconnu, Flammarion,‎ 2014, p. 461
  29. Régis Dubois, Une histoire politique du cinéma,‎
  30. Patrick Glâtre,Olivier Millot, Jean Gabin: la traversée d'un siècle,‎
  31. a et b « Filmer les grands ensembles », documentaire en ligne sur les représentations audiovisuelles des grands-ensembles, CHS (CNRS / Paris1), 2015
  32. http://fr.wikipedia.org/wiki/Box-office_des_acteurs_français
  33. Box-office de Jean Gabin entre 1946 et 1976 sur jpboxoffice.com.
  34. La Dame en décolleté sur le site La Comédie musicale en France
  35. Flossie sur le site La Comédie musicale en France
  36. Jean Gabin et Madeleine Robinson dans La Soif
  37. Florence Moncorgé, Quitte à avoir un père, autant qu'il s'appelle Gabin, Le Cherche midi, 2003, p. 206.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Documentaires et images d'archives[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]