Place Dauphine

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1er arrt
Place Dauphine
Vue de la place Dauphine, en regardant vers la rue Henri-Robert.
Vue de la place Dauphine, en regardant vers la rue Henri-Robert.
Situation
Arrondissement 1er
Quartier Saint-Germain-l'Auxerrois
Début 2-20, rue de Harlay
Fin 28-29, rue Henri-Robert
Morphologie
Longueur 102 m
Largeur 12 à 67 m
Historique
Création 1580 à 1611
Dénomination 1580-1792 puis depuis 1814
Ancien(s) nom(s) Place de Thionville (1792-1814)
Géocodification
Ville de Paris 2591
DGI 2594

Géolocalisation sur la carte : Paris

(Voir situation sur carte : Paris)
Place Dauphine

48° 51′ 24″ N 2° 20′ 33″ E / 48.856539, 2.342428

La place Dauphine est une place du 1er arrondissement de Paris, en France.

Située à l'ouest de l'île de la Cité, la place Dauphine constitue la seconde place royale parisienne du XVIIe siècle, après la place des Vosges.

Localisation[modifier | modifier le code]

La place Dauphine occupe un espace triangulaire, dans l'ouest de l'île de la Cité. Elle constitue, avec le Palais, la partie de l'île appartenant au 1er arrondissement de Paris. La pointe du triangle débouche au milieu du pont Neuf, sur la place du Pont-Neuf, via la courte rue Henri-Robert (considéré autrefois comme faisant partie de la place). L'est de la place est séparé du palais de justice par la rue de Harlay. Sur chacun des deux autres côtés de la place, une rangée d'immeubles la sépare du quai de l'Horloge au nord et du quai des Orfèvres au sud.

La place Dauphine est située à proximité de la station Pont Neuf, rive droite, desservie par la ligne 7.

Nom[modifier | modifier le code]

Lors de sa création, la place est nommée en l'honneur du dauphin, le futur roi Louis XIII.

Entre 1792 et 1814, elle porte le nom de place de Thionville.

Histoire[modifier | modifier le code]

La place Dauphine sous le règne d'Henri IV, par Chastillon.
La place Dauphine et le pont Neuf en 1615, plan de Mérian

La place est aménagée sur l'emplacement de trois îlots alluvionnaires à fleur d'eau, l'îlot du Passeur-aux-Vaches (ou « île aux Bœufs »), l'île du Patriarche (appelée aussi « îlot de la Gourdaine ») et l'île aux Juifs. C'est sur cette dernière qu'a été brûlé le 11 mars 1314 Jacques de Molay, grand maître des Templiers. La construction du pont Neuf de 1578 à 1607 entraîne la réunification des îlots et leur rattachement à l'île de la Cité. Elle donne l'idée au roi Henri IV de faire aménager une place résidentielle, à l'emplacement des îlots et du verger du roi, devenu alors jardin du bailliage du palais.

Place Dauphine : passage ouest, le seul qui subsiste

En l'an 1607, après le début des travaux de la place Royale (actuelle place des Vosges) et l’inauguration du Pont Neuf (le plus vieux pont de Paris), le roi Henri IV décida de faire aménager la pointe ouest de l’île de la Cité entre le Palais et le Pont Neuf.

Par un bail à cens et à rentes du 10 mars 1607, le roi fit don à son fidèle et vieux serviteur Achille Ier de Harlay, premier président à mortier du parlement de Paris, des terrains formant l'extrémité occidentale de l'île, en récompense de ses loyaux services pendant la Ligue. Il reçoit l'autorisation de créer une place triangulaire, la seconde place royale de Paris aménagée au XVIIe siècle. À charge pour lui de construire ces nouveaux bâtiments dans l'esprit de la Place Royale et conformes au plan imposé par le roi et le Grand Voyer Sully : un « promenoir » entouré de maisons « d’un même ordre », comprenant deux étages, dont les trumeaux seraient décorés de tables de pierre se détachant sur la brique, et dont les arcades du rez-de-chaussée abriteraient les boutiques.

De Harlay, après s'être acquitté d'une modique redevance, fit commencer les travaux (ainsi que celles des constructions attenantes) en mai 1607, sur une superficie de 3120 toises, ainsi que le portent ses lettres-patentes. La deuxième place royale de Paris fut baptisée ainsi par le roi lui-même, en l'honneur du dauphin né en 1601, le futur Louis XIII. Comme convenu, Achille de Harlay fit ainsi bâtir originellement trente-deux maisons identiques en chainage de pierre blanche, briques et combles en ardoise, de deux étages, avec un rez-de-chaussée à arcades pleines (comportant un rez-de-chaussée à galerie, deux étages carrés et un étage de comble), autour d'une place triangulaire fermée. Il distribua des lots privés, mais fixa des règles de construction communes, ce qui fut un bel exemple d'urbanisme concerté. À charge pour lui de les vendre selon les conditions suivantes : "Les acheteurs s'engagent à construire sur les lots bordant « une place de change ou de Bourse» - notre place Dauphine". Proche du Louvre, la place Dauphine devint en effet une place de change et de bourse, attirant orfèvres, lunetiers ou graveurs.

La place est alors presque close, ne s'ouvrant que par deux passages à ses extrémités, dont seul celui situé à l'ouest subsiste encore de nos jours, et qui débouche sur la statue équestre d'Henri IV. En l'absence de servitudes royales, les propriétaires successifs défigurèrent la place, ne respectant pas l'uniformité d'origine, les maisons étant des immeubles de rapport.[non neutre] Durant la Révolution française et le Premier Empire, elle fut débaptisée, et de 1792 à 1814 porta le nom de place de Thionville. De 1803 à 1874, s'y trouvait la fontaine Desaix, érigée en l'honneur du général Desaix, mort à la bataille de Marengo en 1800.

Des trente-deux maisons uniformes d'origine, il ne reste intacts que les deux pavillons d'angle sur le Pont Neuf qui relie les deux rives de seine en traversant l'île de la Cité. Les autres bâtiments furent, soit modifiés, démolis, reconstruits, ou rehaussés, à partir du XVIIIe siècle. En face de ces deux pavillons originels, se trouve une statue de bronze du roi Henri IV (inaugurée le 25 août 1818, la première ayant été fondue pendant la révolution) et le square du Vert Galant. En 1874, à l'initiative de Viollet-le-Duc, soit 267 ans après sa construction, on fit démolir le côté pair de la rue De Harlay (La base du triangle de la place) pour dégager la façade arrière du palais de Justice construite à partir de 1854. Des arbres sont aujourd'hui plantés à l'espace qu'ils occupaient jadis. La place Dauphine fut donc dénaturée davantage, car amputée de l'un des côtés de son triangle.[non neutre]

Description[modifier | modifier le code]

Aujourd'hui, même si cette place de l'île de la Cité n'a pas retrouvé son unité architecturale d'origine, le réaménagement sur un parc de stationnement souterrain de son terre-plein central a permis de corriger la déclivité du terrain, et son côté est a été d'une certaine façon refermé à l'aide de grands arbres, afin de reconstituer partiellement de façon harmonieuse son aspect clos. Le calme de cette place reste, lui, inchangé, les murs épais inclinés de façon triangulaire étant des remparts très efficaces contre les nuisances sonores proches. La place Dauphine accueille de nos jours de nombreuses galeries d'art et petits restaurants-cafés, ce qui lui assure une relative fréquentation, mais sans la foule.

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Culture[modifier | modifier le code]

Avant la Révolution, elle faisait l'objet le jour de la Fête-Dieu de l'exposition de peinture des peintres non inscrits à l'Académie sous le nom de Salon de la jeunesse[1]

Le square de la Place-Dauphine de nos jours.

La place Dauphine est citée en littérature dans La Main enchantée de Gérard de Nerval, puis par Anatole France dans Les dieux ont soif. Il y a aussi une petite référence à elle dans le célèbre Kaputt de Curzio Malaparte. André Breton, en raison essentiellement de sa forme triangulaire évoquant un pubis féminin, la considérait de manière surréaliste comme le sexe de Paris. La place Dauphine joue en effet un rôle magique et puissamment attractif dans le récit Nadja (1927). Ce n'est que plus tard, dans la Clé des champs, que Breton la comparera de manière explicite et détaillée à un sexe féminin : il y évoque sa configuration triangulaire, d'ailleurs légèrement curviligne, et (...) la fente qui la bissexte en deux espaces boisés . Dans l'imaginaire de Breton, ce sont alors les deux bras de la Seine longeant la place qui dessinent les jambes de Paris.

La place Dauphine est aussi un lieu de tournage célèbre pour films et séries.

Dans le domaine musical, Jacques Dutronc la cite dans la chanson de Jacques Lanzmann, Il est cinq heures, Paris s'éveille, extraite de l'album de 1968. Il semble d'ailleurs y faire écho à l'œuvre de Breton, par les paroles : je suis le dauphin de la place Dauphine rappelant la polysémie du mot dauphin/dauphine, sur laquelle joue également André Breton dans Nadja. Yves Simon, auteur demeurant à cet endroit, la mentionne également dans sa chanson Nous nous sommes tant aimés (album Macadam).

Bâtiments d'intérêt[modifier | modifier le code]

  • no  15 : Un couple célèbre de comédiens habita dans cet immeuble: Simone Signoret et Yves Montand.
  • no  23 : Galerie des Orfèvres, galerie d'art
  • no  24 : Ici se trouvait la maison d'édition de Madame Jeanne Mayer-Odin, libraire breveté le 16 janvier 1851 qui a édité 8 ouvrages de L. Tripier dont : Code de Justice militaire pour l'armée de terre en 1857 en 2 parties en 1 volume et ouvrage de médecine de Auguste Tripier et Jean-Baptiste François Mallez en 1867[2].
  • no  28 : Ici demeura de 1912 à 1934 André Antoine (1858-1943) comédien français, créateur du Théâtre-Libre. Une plaque en rappelle le souvenir. Au même numéro la papeterie Gaubert fondée en 1830 et toujours en activité

Protection[modifier | modifier le code]

Le sol de la place Dauphine est inscrit au titre des monuments historiques en 1950[3].

De nombreux immeubles qui bordent la place sont également inscrits ou classés. Du côté impair (au sud), cela concerne les numéros 13[4], 15[5], 17[6], 19-21[7], 23[8], 25[9], 27[10], 29[11] et 31[12], et du côté pair (au nord) les numéros 12[13], 14[14], 16[15], 24[16], 26[17] et 28[18].

Projets d'aménagement au XVIIIe siècle[modifier | modifier le code]

Au XVIIIe siècle, des architectes proposèrent de transformer la place Dauphine en vue d'y réaliser des projets à la gloire du roi régnant[19].

  • En 1748, Germain Boffrand proposa d'ériger la place Louis XV à l'emplacement de la place Dauphine, qu'il aurait rasée et sur laquelle il aurait aménagé une colonne ludovise surmontée de la statue pédestre du roi. Derrière cette nouvelle colonne Trajane, se serait étendue une place semi-circulaire, bordée d'une balustrade, rythmée de colonnes et de pilastres corinthiens, avec en son centre un arc de triomphe.
  • En 1787, l'architecte Jacques-Pierre Gisors, proposa à Louis XVI un projet qui consistait à célébrer les vertus de Louis XVI sur le terre-plein du pont neuf. À l'emplacement des deux maisons qui marquent l'entrée du pont-neuf, un arc de triomphe, décoré d'un grand nombre de colonnes corinthiennes, aurait servi d'arrière-plan à la statue équestre du roi régnant, placée face à celle de son ancêtre.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Laetitia Levrat, Martin Drolling thèse publication en ligne CNRS 2009-201, p. 16.
  2. Roméo Arbour, Dictionnaire des femmes libraires en France entre 1470 et 1870, Librairie Droz, Paris 2003, 750 p.
  3. « Place Dauphine : le sol », base Mérimée, ministère français de la Culture
  4. « Immeuble, 13 place Dauphine ; 50 quai des Orfèvres », base Mérimée, ministère français de la Culture
  5. « Immeuble, 15 place Dauphine ; 52, 54 quai des Orfèvres », base Mérimée, ministère français de la Culture
  6. « Immeuble, 17 place Dauphine ; 56 quai des Orfèvres », base Mérimée, ministère français de la Culture
  7. « Immeuble, 19, 21 place Dauphine », base Mérimée, ministère français de la Culture
  8. « Immeuble, 23 place Dauphine », base Mérimée, ministère français de la Culture
  9. « Immeuble, 25 place Dauphine », base Mérimée, ministère français de la Culture
  10. « Immeuble, 27 place Dauphine », base Mérimée, ministère français de la Culture
  11. « Immeuble, 29 place Dauphine ; 74 quai des Orfèvres », base Mérimée, ministère français de la Culture
  12. « Immeuble, 31 place Dauphine ; 15 place du Pont-Neuf ; 76 quai des Orfèvres », base Mérimée, ministère français de la Culture
  13. « Immeuble, 12 place Dauphine ; 25 quai de l'Horloge », base Mérimée, ministère français de la Culture
  14. « Immeuble, 14 place Dauphine ; 27 quai de l'Horloge », base Mérimée, ministère français de la Culture
  15. « Immeuble, 16 place Dauphine ; 29 quai de l'Horloge », base Mérimée, ministère français de la Culture
  16. « Immeuble, 24 place Dauphine ; 37 quai de l'Horloge », base Mérimée, ministère français de la Culture
  17. « Immeuble, 26 place Dauphine ; 39 quai de l'Horloge », base Mérimée, ministère français de la Culture
  18. « Immeuble, 28 place Dauphine », base Mérimée, ministère français de la Culture
  19. Yvan Christ, Paris des Utopies, éd. Balland, Paris, 1977, p. 35.