Arthur Miller

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Arthur Miller

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Arthur Miller

Activités Dramaturge, romancier, nouvelliste, essayiste
Naissance 17 octobre 1915
New York
Drapeau des États-Unis États-Unis
Décès 10 février 2005 (à 89 ans)
Roxbury, Connecticut
Drapeau des États-Unis États-Unis
Langue d'écriture Anglais américain
Distinctions Prix Pulitzer
Prix Prince des Asturies

Œuvres principales

Arthur Asher Miller (New York, États-Unis, 17 octobre 1915 - Roxbury, États-Unis, 10 février 2005) est un dramaturge, écrivain et essayiste américain.

Miller est une figure importante de la littérature et du cinéma américain du XXe siècle. Il a écrit un nombre important de pièces de théâtre dont les plus connues sont Les Sorcières de Salem (The Crucible) et Mort d'un commis voyageur (Death of a Salesman) qui sont toujours abondamment jouées. Miller est aussi connu pour son court mariage avec Marilyn Monroe.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Arthur Miller naît dans une famille d’immigrants polonais juifs de la classe moyenne, à Brooklyn (New York, États-Unis). Son père, Isadore Miller, illettré, a du succès dans son métier de tailleur d’habits féminins. Sa mère, Augusta, est institutrice. Arthur a un frère ainé et une petite sœur: Kermit, qu’il admire beaucoup, et Joan. Toute la famille vit à Manhattan, près de Central Park jusqu’en 1929. La Grande Dépression ruine son père, ce qui amène la famille à déménager pour Harlem. Son écriture est fortement influencée par cet événement.

Arthur Miller est scolarisé à la Public School #24 de Harlem, de 1920 à 1928. Il voit sa première pièce (un mélodrame) jouée au Schubert Theatre en 1923. À la Lincoln High School de Brooklyn, Miller est un élève médiocre mais un athlète confirmé. Il apparait généralement comme un non-intellectuel. Il dit lui-même que : "si j'avais une idéologie, c'est ce que j'avais appris des journaux Hearst".

Arthur Miller - l'artiste Ladgrad

Étant refusé à l'université du Michigan et à l'Université Cornell, il commence à travailler dans un entrepôt de pièces détachées pour automobiles, où Miller est confronté à l’antisémitisme, ce qui influencera aussi ses œuvres.

À cette époque, il lit les œuvres de Charles Dickens et de Fiodor Dostoïevski. Il économise une grande partie de son salaire pour pouvoir en 1934 postuler de nouveau à l’Université du Michigan où il est cette fois reçu.

Études[modifier | modifier le code]

À l’Université de Michigan, Miller étudie le journalisme et le théâtre, s’intéressant particulièrement au théâtre grec antique et aux œuvres d’Henrik Ibsen. Pendant les vacances du printemps 1936, il écrit pour l’Avery Hopwood Award (qu’il remporte) sa première vraie pièce : Honors at Dawn. La pièce a comme sujet une grève et l’incapacité du héros de s’exprimer.

En 1938, Miller est diplômé en anglais. Il garde de ses études outre les bases qu’il lui faut pour devenir le dramaturge qu’on connaît, une blessure de football américain qui lui vaudra d’être exempté de service militaire pendant la Seconde Guerre mondiale.

De plus, l’université l’honorera par la suite, en lui décernant un Doctorat honoraire de Humane Letters en 1956.

Après l’université[modifier | modifier le code]

En 1940, il épouse Mary Slattery. Il en divorcera en 1956.

En 1949, Mort d'un commis voyageur gagne le prix Pulitzer (catégorie drame), six Tony Awards et le New York Drama Critics Circle Award. C’est la première pièce à avoir jamais gagné les trois. Sa pièce suivante, Les Sorcières de Salem, est jouée pour la première fois à Broadway le 22 janvier 1953.

En juin 1956, en plein maccarthysme, il est convoqué pour s’expliquer devant la commission des activités non-américaines. Il a en effet été nommé par Elia Kazan comme ayant assisté à des meetings du parti communiste des États-Unis d'Amérique. Il admet être allé à certaines réunions mais nie être communiste. Il a en effet assisté à quatre ou cinq réunions d'auteurs organisées par le parti communiste en 1947. Il a aussi apporté son soutien à une conférence pour la paix au Waldorf-Astoria de New York et a signé de nombreux appels et pétitions. Il refuse cependant de citer d'autres personnes associées à des groupes gauchistes ou supposés communistes.

Le 31 mai 1957, Miller est déclaré coupable d’outrage au Congrès pour avoir refusé de révéler les noms de membres d’un cercle littéraire suspecté d’affiliation communiste. Sa condamnation sera annulée le 8 août 1958 par la cour d’appel américaine.

C’est aussi en 1958 que Miller publie un recueil de ses pièces, intitulé Collected Plays.

Marilyn et Inge[modifier | modifier le code]

Le 29 juin 1956, il épouse Marilyn Monroe que Kazan lui avait présentée huit ans auparavant. Le 24 janvier 1961, ils divorcent. C’est un an plus tard, le 17 février 1962, qu’Arthur Miller épouse Inge Morath. Ils s’étaient rencontrés lorsqu'elle et d’autres photographes de l’agence Magnum faisaient un reportage sur The Misfits. Ils auront deux enfants : Rebecca et Daniel. D’après le biographe Martin Gottfried, Daniel est né en novembre 1966 atteint de trisomie 21. Miller l’a placé dans une institution à Roxbury et ne lui a jamais rendu visite (contrairement à Inge Morath). Miller ne parle pas de Daniel dans Timebends, son autobiographie de 1987.

Actions autres que l’écriture de pièces[modifier | modifier le code]

Miller est politiquement actif tout au long de sa vie. À la convention démocrate de 1968 il sera même délégué pour Eugene McCarthy.

Miller est l’un des fondateurs du International PEN’s Writers in Prison Committee. En 1965 il en est élu président, une fonction qu’il occupera quatre ans.

En 1985, il visite la Turquie et y est honoré à l’ambassade des États-Unis. Mais il quitte le pays plus tôt que prévu, pour protester contre l'expulsion d'Harold Pinter qui avait fait allusion à la torture.

La fin de sa vie[modifier | modifier le code]

Le 30 janvier 2002, Inge Morath meurt.

Le 1er mai 2002, Miller reçoit le Prix Prince des Asturies en tant que maître indiscuté du théâtre moderne. Entre autres lauréats de ce prix, on compte : Doris Lessing, Günter Grass, Carlos Fuentes et Philip Roth.

En décembre 2004, Miller (alors âgé de 89 ans) annonce qu’il vit avec Agnes Barley, une artiste de 34 ans, depuis 2002 et qu’ils comptent se marier. Cependant, Miller meurt chez lui le 10 février 2005 d’une insuffisance cardiaque.

Œuvre[modifier | modifier le code]

Arthur Miller est sans conteste le pionnier du développement d'une nouvelle forme du théâtre américain.

Style[modifier | modifier le code]

Arthur Miller a toujours eu une grande admiration pour les dramaturges grecs. Cela se voit beaucoup dans ses pièces, surtout dans ses premières œuvres.

Mais on peut dire que son style est réaliste dans les dialogues, expressioniste dans la présentation.

En effet, la majorité de ses pièces correspondent aux sept caractéristiques du réalisme :

  • Elles décrivent la réalité d'une manière très détaillée.
  • Les personnages sont plus importants que l'histoire ou l'action.
  • Des choix éthiques complexes sont souvent au sujet.
  • La nature, les relation interpersonnelles, la classe sociale et le passé des personnages sont très importants pour eux. Cela complexifie grandement leur tempérament et les mobiles de leurs actions.
  • La classe sociale est importante pour l'histoire. En général les personnages sont de la classe moyenne.
  • Les évènements sont généralement vraisemblables.
  • L'usage de la convention du quatrième mur : les personnages ne s'adressent jamais directement au public. Le quatrième mur sépare les personnages/acteurs du public, créant une plus forte séparation du monde de la pièce. Une fois cette convention brisée, la pièce devient expressionniste.

Henrik Ibsen est considéré comme le père du réalisme en théâtre américan.

Éléments de ses pièces[modifier | modifier le code]

Les pièces d'Arthur Miller se passent dans des cadres familiaux. Il met en scène des hommes et des femmes ordinaires en souffrance. Ils sont en effet habités par une lutte intérieure entre leur morale, leurs envies, et les valeurs de la société (souvent le rêve américain pour Miller). Miller montre comment pour satisfaire la société ou leurs envies, certains vont contre leur morale et comment d'autres luttent jusqu'au bout et refusent tout compromis, si petit soit il. Miller disait : « il y avait tant de Joe là-dehors, non seulement pendant la guerre, mais aussi dans la vie de tous les jours, tentant de maintenir le rêve américain, ou au moins utilisant cette justification. Il y a toujours un homme là-dehors prêt à vendre son âme pour se créer une vie et justifier qu'il l'a fait pour sa famille, mais c'était plus une question de son honneur et de ce qu'il voulait. »

Dans « All My Sons » et « Mort d'un commis voyageur », Miller condamne l'idéal américain de prospérité en montrant que peu peuvent le poursuivre sans effectuer de compromis moraux dangereux. « Mort d'un commis voyageur » (Death of a Salesman) est l'histoire tragique d'un commis voyageur qui fait semblant d'avoir réussi dans sa vie à ses amis et à sa famille. Willy Loman (Low man signifie "homme de basse extraction" en anglais) s'est trompé de rêve et s'est soumis aux exigences de la société de consommation. Il a de fréquentes hallucinations mettant en scène son passé, et finit par se faire licencier. Il décide finalement qu'il vaut plus mort que vivant. Il se suicide et espère que l'argent de l'assurance aidera sa femme et ses fils pour un nouveau départ. Il vend la dernière chose qui lui reste: sa vie. Les critiques sont partagés sur la signification de cet acte. Certains le voient comme un acte de lâcheté. D'autres comme le dernier sacrifice sur l'autel du rêve américain. C'est le dernier compromis douteux qu'il fait avec cette valeur pour que sa famille puisse continuer à la suivre.

« A View From the Bridge » questionne les lois sur l'immigration aux États-Unis.

Ensuite, deux pièces d'un acte chacune : « Incident at Vichy » et « The Price », traitent de l'universalité de la responsabilité humaine et de la culpabilité qui souvent accompagne la survie et la réussite.

Pour « les Sorcières de Salem », Miller reçut une Antoinette Perry Award. Cette pièce a été décrite comme une allégorie du maccarthisme et de l'hystérie collective. L'apogée du maccarthisme arrivera trois ans après. Bien que sa première production à Broadway n'eut aucun succès, elle est devenue l'une des pièces les plus jouées du dramaturge. Dans cette pièce, la conscience devient non plus une affaire privée mais d'administration de l'état. Miller exprime aussi dans cette pièce sa croyance en le fait qu'un individu est capable de résister aux pressions conformistes de la société. L'histoire repose sur différents abus de pouvoir et la lutte des abusés pour compenser cet abus. Le clergé abuse de son pouvoir en faisant peur au village pour le contrôler. Les villageois compensent par les rumeurs publiques. John Proctor a abusé d'Abigail. Elle compense sa perte d'innocence et de dignité en entraînant les autres filles dans le jeu dangereux de rester unies ensemble, quoi qu'il arrive. Mais les thèmes principaux de la pièce sont ceux chers à Miller. Il y parle de trois en particulier :

  • comment les gens utilisent des boucs émissaires pour gagner dans leur propre vie
  • comment l'individu fait avec sa morale face à celle d'un groupe entier
  • comment ceux possédant le pouvoir sacrifient ce qui est juste uniquement pour protéger leur pouvoir

Il montre comment les gens utilisent la chasse aux sorcières, qui est tout-à-fait louable pour la morale des villageois, surtout pour régler leurs comptes avec leurs ennemis. Les fausses valeurs de la société sont surtout une manière pour eux d'accomplir des actions immorales qu'ils ne pourraient pas accomplir sinon. Il y a cependant une note d'espoir lorsque Miller montre qu'il est toujours possible de refuser l'inacceptable.

« After the Fall » est une pièce très autobiographique. Comme souvent, les questions soulevées sont celles de l'innocence et de la culpabilité. De nombreux critiques considèrent que le personnage principal, Maggie, l'auto-destructive, est modelée sur Marilyn Monroe, mais Arthur Miller l'a toujours nié.

Miller un marxiste ?[modifier | modifier le code]

Miller était clairement un dramaturge social, avec une profonde intelligence des faiblesses personnelles de ses personnages.

Certains critiques l'ont qualifié de marxiste. Ils pensent en effet que son œuvre est un commentaire socialiste de la structure économique des États-Unis. Tom Driver déclare qu'il « irait au-delà de l'évidence que de dire qu'il suit une 'ligne' , qu'elle soit politique ou idéologique, mais la majorité de ses pièces ont des éléments quasi-marxistes et tendent à être une critique sociale partisane. » William Wiegand estime qu'il « emprunte à Clifford Odets ses thèmes marxistes : le martyre d'une classe moyenne opprimée. » Enfin, Eleanor Clark, dans une critique de « Mort d'un commis voyageur » explique : « c'est, bien sûr, le système capitaliste qui a fichu Willy dedans; la scène où il est brutalement licencié après quelque quarante [sic] années avec l'entreprise vient directement de la littérature des années 1930 de la ligne du Parti, et l'idée émerge assez lucidement à travers toutes les motivations confuses de la pièce que c'est la forme particulière de notre économie de l'argent qui a donné naissance aux idéaux absurdement faux de père et fils. »

Cependant, la majorité des critiques, lecteurs et spectateurs ne le catégorisent pas marxiste, bien qu'ils prennent ses pièces pour des critiques des valeurs contemporaines. Harold Cluman trouve que « sa volonté est de rendre un jugement humain ». Paul West pense que Miller souhaite alerter du danger du « dévouement au succès matériel ». Henry Popkin, déclare lui qu'il « accuse le « système » via une parabole libérale du 'mal caché' et de 'responsabilité sociale'. »

En commentant « After the Fall », Miller décare que : « c'est une manière de voir l'homme et sa nature humaine comme la seule source de la violence qui est arrivée de plus en plus près à détruire l'espèce. C'est une manière de voir qui ne se tourne pas vers les idées sociales ou politiques comme les créateurs de la violence mais dans la nature de l'être humain lui-même. »

Ce qui est clair c'est que Miller est un écrivain avec un message. Lui-même dit que la tragédie « nous amène de la connaissance [...] sur la bonne manière de vivre dans le monde. »

Durant la dépression, il avait été impressionné par : « les pouvoirs des crises économiques et impératifs politiques qui tordaient, déchiraient, érodaient et marquaient tout et tous ceux sur lesquels je posais les yeux... Au point que par la force des circonstances je suis arrivé tôt et sans m'en rendre compte à être fasciné par le processus lui-même. Comment les choses étaient liées. Comment la personnalité naturelle d'un homme a été changée par son monde... Vous ne pouvez pas comprendre quelque chose à moins de comprendre sa relation au contexte. »

Une manière de résumer le message qu'il véhicule dans ses pièces serait de dire que : pour arriver à la dignité, permettre de développer leurs talents et éviter la défaite, les individus doivent connaître et s'ajuster à leurs propres limites, plutôt que de tenter de poursuivre des ambitions égoïstes de manière obsessionnelle.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Pièces[modifier | modifier le code]

Romans et nouvelles[modifier | modifier le code]

Scripts[modifier | modifier le code]

Autres œuvres[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Liliane Kerjan, Ce que je sais d'Arthur Miller, Bourin Editeur, 2012

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Histoire du théâtre V, Vito Pandolfi, Marabout Université, Vervier, 1969.