Georges Simenon

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Georges Simenon

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Georges Simenon en 1963

Nom de naissance Georges Joseph Christian Simenon
Autres noms G. Sim
Activités Romancier
Naissance 13 février 1903
Liège, Drapeau de la Belgique Belgique
Décès 4 septembre 1989 (à 86 ans)
Lausanne, Drapeau de la Suisse Suisse
Langue d'écriture Français
Mouvement Roman français du XXe siècle
Genres Nombreux genres commerciaux sous pseudonymes, roman policier, romans psychologiques et sociaux qui sont autant de pièces mosaïques d'un roman total, formant une grande œuvre sur son siècle.
Distinctions Académie royale de Belgique (1952)

Œuvres principales

Georges Simenon est un écrivain belge francophone né à Liège (Belgique), officiellement, le 13 février 1903[1] et mort à Lausanne (Suisse) le 4 septembre 1989.

L'abondance et le succès de ses romans policiers (notamment les « Maigret ») éclipsent en partie le reste d'une œuvre beaucoup plus riche.

Simenon est en effet un romancier d’une fécondité exceptionnelle : on lui doit 193 romans, 158 nouvelles, plusieurs œuvres autobiographiques et de nombreux articles et reportages publiés sous son propre nom et 176 romans, des dizaines de nouvelles, contes galants et articles parus sous 27 pseudonymes. Il est l'auteur belge le plus lu dans le monde.

Les tirages cumulés de ses livres atteignent 550 millions d’exemplaires. Georges Simenon est, selon l'Index Translationum de l'UNESCO de 2013, le dix-septième auteur toutes nationalités confondues, le troisième auteur de langue française après Jules Verne et Alexandre Dumas, et l'auteur belge le plus traduit dans le monde (3 500 traductions en 47 langues)[2].

Il a été choisi comme un des « Cent Wallons du siècle », par l'Institut Jules Destrée, en 1995.

André Gide, André Thérive et Robert Brasillach sont parmi les premiers hommes de lettres à le reconnaître comme un grand écrivain. André Gide, fasciné par la créativité de Georges Simenon qu'il avait souhaité rencontrer dès son succès policier, le questionna à maintes reprises, échangea une correspondance quasi-hebdomadaire pour poursuivre les méandres créatifs de cet écrivain populaire et prit la surprenante manie d'annoter en marge tous ces romans pour conclure en 1941 : « Simenon est un romancier de génie et le plus vraiment romancier que nous ayons dans notre littérature d'aujourd'hui ». Menant une enquête encore plus intense, mais plus courte en convoquant l'auteur à Darmstadt pour trois jours et nuits de questions ininterrompues, le philosophe allemand Hermann von Keyserling déclarait péremptoirement : « C'est un imbécile de génie. »

Biographie[modifier | modifier le code]

Georges Joseph Christian Simenon est né au 2e étage du « 26 (aujourd'hui 24) rue Léopold » à Liège[3]. Il est le premier fils de Désiré Simenon, comptable dans un bureau d’assurances et fils d'un chapelier, et d’Henriette Brüll, employée dans le magasin L'Innovation, treizième enfant issue d’une famille aisée, mariés le 22 avril 1902[4]. Fin avril 1905, la famille déménage au « 3, rue Pasteur » (aujourd'hui 25, rue Georges Simenon) dans le quartier d’Outremeuse. On retrouve l’histoire de sa naissance au début de son roman Pedigree.

La famille Simenon est originaire du Limbourg belge, une région de basses terres proches de la Meuse, carrefour entre la Flandre, la Wallonie et les Pays-Bas (voir aussi Euregio Meuse-Rhin). La famille de sa mère est aussi originaire du Limbourg, mais du côté hollandais ; plat pays de terres humides et de brumes, de canaux et de fermes. Du côté de sa mère, il descend de Gabriel Brüll (paysan et criminel de la bande des verts-boucs qui, à partir de 1726, sous le régime autrichien, écuma le Limbourg, rapinant fermes et églises, et qui finit pendu en septembre 1743 au gibet de Waubach). Cette ascendance explique peut-être l'intérêt particulier que porta le commissaire Maigret aux gens simples devenus assassins. Le Limbourg apparaît aussi. Simenon a logé quelques semaines à Neeroeteren, notamment dans une maison qui lui inspira le roman La Maison du canal.

Sa jeunesse à Liège[modifier | modifier le code]

Le 21 septembre 1906 naît son frère Christian qui sera l’enfant préféré de sa mère, ce qui marquera profondément Georges. Ce malaise se retrouve dans des romans comme Pietr-le-Letton et Le Fond de la bouteille. Il apprend à lire et à écrire dès l’âge de trois ans à l’école Sainte-Julienne pour les petits. À partir de septembre 1908, il suit ses études primaires à l’Institut Saint-André où durant les six années qu’il y passera jusqu’en juillet 1914, il se classera toujours dans les trois premiers.

En février 1911, la famille s’installe dans une grande maison au « 53, rue de la Loi » où la mère va pouvoir louer des chambres à des locataires, étudiants ou stagiaires, de toutes confessions et origines (russe, polonaise ou belge). Ce fut pour le jeune Georges une extraordinaire ouverture au monde que l’on retrouvera dans nombre de ses romans comme Pedigree, Le Locataire ou Crime impuni. À peu près à cette époque, il devient enfant de chœur, expérience que l’on retrouvera dans L’Affaire Saint-Fiacre et dans Le Témoignage de l’enfant de chœur.

En classe de sixième, en septembre 1914, il entre au collège Saint-Louis, et dès l'âge de douze ans, il décide de vouer sa vie au roman. Lors de l’été 1915, il connaît sa première expérience sexuelle avec une « grande fille » de quinze ans, ce qui sera pour lui une véritable révélation, à l’encontre des préceptes de chasteté promus par les pères jésuites. Cependant il poursuivra sa scolarité dans un autre collège jésuite de Liège, le Collège Saint-Servais, qui prépare aux sciences et aux lettres et où il passera trois années de sa scolarité. Cependant le futur écrivain est toujours mis un peu à l’écart par ses camarades plus fortunés, et s'il s’était éloigné de la religion malgré l'enseignement reçu à Saint-Louis, il trouve au collège Saint-Servais maintes raisons de haïr les riches qui lui font sentir son infériorité sociale.

Un jour de l'année 1916, le médecin de la famille Simenon fit appeler le jeune Georges pour lui dire que son père n'avait pas plus d'une année à vivre et qu'il lui fallait travailler. Cette révélation bouleverse le jeune Georges. En février 1917, la famille déménage pour s’installer dans un ancien bureau de poste désaffecté du quartier d’Amercœur. En juin 1918, prétextant les problèmes cardiaques de son père, il décide d’arrêter définitivement ses études, sans même participer aux examens de fin d'année ; s'ensuivent plusieurs petits boulots sans lendemain (apprenti-pâtissier, commis de librairie).

En janvier 1919, en conflit ouvert avec sa mère, il entre comme reporter à la rubrique « faits divers » du journal très conservateur La Gazette de Liège dirigée par Joseph Demarteau, troisième du nom. Cette période journalistique fut pour le jeune Simenon, juste âgé de seize ans, une extraordinaire expérience qui lui permet d’explorer les dessous de la vie d’une grande ville, les dessous de la politique, mais aussi de la criminalité, de fréquenter et de pénétrer la vie nocturne réelle, de connaître les dérives dans les bars et les maisons de passe ; elle lui permet aussi d’apprendre à rédiger de façon efficace. Il écrira plus d'un millier d'articles sous plusieurs pseudonymes dont 150 sous le pseudonyme « G. Sim ». Durant cette période, il s’intéresse particulièrement aux enquêtes policières et assiste aux conférences sur la police scientifique données par le criminaliste français, Edmond Locard. Outre ces thèmes que l'on retrouvera plus tard dans ses romans, l'influence catholique et « réactionnaire » de La Gazette de Liège l'ont conduit à signer, sous le titre « Le Péril juif », une série de 17 articles pugnaces, radicalement et fortement antisémites[5]. Simenon méprisait également les grévistes, le mouvement Dada, et manifestait « un antisocialisme radical à relents populistes, un anticommunisme caustique [et] un anti-maçonnisme de circonstance »[6].

En juin 1919, la famille déménage à nouveau pour revenir dans le quartier d’Outremeuse, dans la rue de l’Enseignement. Simenon y rédige son premier roman « Au pont des Arches », publié en 1921 sous son pseudonyme de journaliste. À partir de novembre 1919, il publie les premiers de ses 800 billets d’humeur, sous le nom de Monsieur Le Coq (jusqu’en décembre 1922). Durant cette période, il approfondit sa connaissance du milieu de la nuit, des prostituées, de l’ivresse d’alcool, des garçonnières en ville. Parmi ses fréquentations, il rencontre des anarchistes, des artistes bohèmes, et même deux futurs assassins, qu’on retrouvera dans son roman Les Trois Crimes de mes amis (1938). Il fréquente aussi un groupe artistique, dénommé « La Caque » mais sans réellement s'investir ; cependant, c’est dans ce milieu qu’il rencontre l'éditeur Robert Denoël et une étudiante en Beaux-Arts, Régine Renchon, qu’il épousera en mars 1923. Dans Quand j'étais vieux, Simenon (Presses de la Cité p. 132) évoque (4 janvier 1961) l'influence qu'a eue sur lui le journal de la FGTB liégeoise La Wallonie, nomme André Renard, et auparavant (30 décembre 1960), la grève de 1960-1961 dont les images le font souffrir et lui donnent envie d'envoyer un télégramme « à la Wallonie qui est à la tête de la révolte du peuple belge », sans qu'on puisse dire s'il s'agit du journal La Wallonie, du pays ou des deux.

Simenon à Paris[modifier | modifier le code]

Durant toute cette période, lors de laquelle il fréquente des bohèmes et des marginaux, Georges commence à caresser l’idée d’une véritable rupture, qu’il concrétise après la mort de son père sur la suggestion répétée de sa fiancée artiste-peintre Régine Renchon, dénommée affectueusement Tigy. Le 11 décembre 1922, il débarque à Paris pour s’installer et préparer la venue de Tigy qu'il prévoit d'épouser au printemps. Ce grand jeune homme blond sûr de lui, confiant dans son avenir et plein d'une vitalité effrontée sous des apparences prudentes et timides, n'a pas choisi la vie d'artiste, puisqu'il bénéficie par l'intermédiaire de Georges Plumier, hommes d'affaires, de solides recommandations auprès d'un réseau politique animant la droite française, auréolée de sa représentation à la chambre bleu-horizon. En particulier, Binet-Valmer, écrivain mondain, animateur de la Ligue des chefs de sections et des anciens combattants s'est engagé à le prendre sous son aile. Las, Simenon découvre que cette protection ne comporte que des menus services de portefaix et de manutention sommaires mal rétribués, même si son protecteur présomptueux s'est engagé à le présenter à des cercles littéraires. Aussi, vite remis de cette première désillusion, le jeune homme encore pauvre reporte son enthousiasme sur la Ville Lumière, la grande capitale des arts, découvre avec avidité ses multiples charmes et apprend à aimer ses délires, ses désordres et ses délices.

Le jeune homme n'abandonne pas ses projets et se marie à Liège avec Tigy le 24 mars 1923. Disposant des meubles de l'épousée qui a d'ailleurs plus de ressources financières que le mari, le couple emménage à Paris. Active, Tigy installe un atelier et peint beaucoup de portraits qu'elle expose à Montmartre. Simenon, hâbleur, sait faire la « chasse aux femmes », qui constituent les plus importants modèles de Tigy. Avec son épouse, Georges Simenon approfondit sa connaissance des arts. Il est attiré par la gravure et la sculpture, il poursuit inlassablement sa découverte de la peinture impressionniste commencée à Liège. Jeune poète sensuel, il voudrait en plus donner une troisième dimension à l'expression écrite, exalter par l'écriture une sorte de « matière des mots », donner du poids et de la consistance aux choses écrites. Dans cette quête littéraire solitaire, ce manuel qui aime toucher, sentir physiquement ce qu'il accomplit retient surtout comme maître d'écriture Gogol et ses héritiers, à commencer par Dostoïevski et le courant psychologique né des écrivains russes jusqu'à Tchekhov.

Le couple aux revenus très modestes fréquente le petit cercle des expatriés liégeois. Enfin, la recommandation au réseau parisien lui permet de s'extirper de l'obscur travail à la Ligue. Le marquis Jacques de Tracy, jeune héritier récemment marié, l'un des grands bienfaiteurs de la Ligue, le prend pendant plus d'une année en tant que secrétaire et homme de confiance. Un revenu et un statut plus confortable extirpent Simenon de sa dépendance associative.

Alors que le jeune homme intelligent pénètre les arcanes de l'aristocratie française en déclin, tant en campagne qu'à Paris, ces premières tentatives littéraires l'amènent à fréquenter le milieu des lettres et des journalistes littéraires. Il place, racontera-t-il plus tard, beaucoup d'espérances en des contes et nouvelles, qu'il apporte à Colette, directrice littéraire du très puissant quotidien parisien, Le Matin. Et l'écrivain des années cinquante de suggérer tacitement la sévérité et la cruauté de la patronne Colette, refusant fermement toute chance d'édition au jeune écrivain raté. La femme mûre vivant dans la haute société luxueuse proche du pouvoir lui impose des conseils de rigueur française afin d'éviter la préciosité d'un style empâté ou pastiché : Écrivez des histoires simples, surtout pas de littérature. Et lorsqu'il récidive, elle lui rend le manuscrit, dépitée : « Encore trop littéraire ! » Vis-à-vis de la presse de l'après-guerre, Simenon qui n'ignore pas la popularité de l'écrivain, immortelle égérie de la littérature française, l'appelle l'« adorable Colette » et lui fait endosser mythiquement la paternité de son style et de son œuvre. En réalité, les faits démentent cette histoire pour journalistes : nullement insensible à la beauté du jeune homme à l'accent liégeois – qu'elle appelle « mon petit Sim » – et qui, sous des airs narquois, paraît encore si timide, Colette a finalement accepté au moins deux manuscrits, nécessairement concis, pour des impératifs de publications dans la rubrique Les mille et un matins, et dont l'un fut publié le 27 septembre 1923. Ce qui est plus probable est le rôle à longue échéance de la mondaine Madame Colette, introductrice surtout de l'écrivain reconnu auprès de la belle société.

C'est mu par ses expériences que Georges Simenon simplifie radicalement son écriture, et observe avec rigueur le fonctionnement de l'écriture commerciale selon les genres : littérature enfantine d'aventures et de combats, écrits de cœur pour midinettes, histoires sensuelles pour dactylos, drames effrayants pour concierges, historiettes de gare pour voyageurs, écrits érotiques ou licences pornographiques... Il commence à écrire sous des pseudonymes de plus en plus nombreux, visite maintenant les éditeurs et diffuseurs industriels pour collecter des demandes concrètes, fréquente de moins en moins et en tous cas sans plus rien en attendre l'oisive et futile coterie littéraire parisienne. Les jours de relâche ou de fatigue, il part encore plus souvent à la découverte des bistrots, bougnats, meublés, hôtels minables, brasseries et petits restaurants, qui lui offrent le beaujolais, l’andouillette et les petits plats mitonnés.

Il rencontre avec plus d'attention le petit peuple parisien d’artisans besogneux, de concierges acariâtres et de pauvres types à la double vie d'autant plus que dès l'été 1924, le fructueux labeur du couple lui donne accès à un bel appartement Place des Vosges.

Sa créativité stimulée par rencontres, voyages et séjours au-delà de la ville éditrice lui assure un succès financier rapide en trois années. Passé vingt-deux ans, il abat directement avec sa machine à écrire deux écrits de genre populaires par semaine à raison de 8 heures et 80 pages par jour. À la maturité, commençant toujours à partir de 4 heures du matin, il avoue rédiger vingt pages fermes par d'intenses matinées, et écrire invariablement un roman en onze journées, nécessairement continues.

En 1928, il entreprend un long voyage en bateau (un canot de cinq mètres équipé d’un petit moteur)[7] dont il tire des reportages. Il y découvre l’eau et la navigation, qui deviendra un fil rouge tout au long de son œuvre. Il décide en 1929 d’entreprendre un tour de France des canaux et fait construire un bateau, l’Ostrogoth, sur lequel il vivra jusqu’en 1931. En 1930, dans une série de nouvelles pour Détective, écrites à la demande de Joseph Kessel, apparaît pour la première fois le personnage du commissaire Maigret.

En 1932, Simenon part pour une série de voyages et de reportages en Afrique, en Europe de l’Est, en Union soviétique et en Turquie. Après une longue croisière en Méditerranée, il s’embarque pour un tour du monde en 1934 et 1935. Lors de ses escales, il effectue des reportages, rencontre de nombreux personnages, et fait beaucoup de photos. Il en profite aussi pour découvrir le plaisir auprès des femmes sous toutes les latitudes.

1933 : l'inspiration de Simenon à Charleroi[modifier | modifier le code]

Au cours des années 1930, Simenon voyage et effectue de nombreux reportages dans le monde entier : l’Afrique en 1932, l’Europe de la Crise, les pays de l’Est, la Turquie et la Russie en 1933 et le tour du monde en 1934-35. C’est ainsi que lors de son enquête sur l’Europe de la Crise, il se rend à Charleroi, ville industrielle du Hainaut. Ce n’est pas le premier contact de Simenon avec Charleroi : en 1920, Le Rappel a publié deux de ses contes et en 1921, le jeune reporter qu’il était y a suivi une course d’automobiles. Par contre, en février 1933, l’écrivain prend le temps d’observer, d’enregistrer les lieux et d’entrer en contact avec les habitants. À ce propos, il préfère parler avec ce qu’il appelle « les petites gens », c’est-à-dire, les ouvriers. L’un de ces ouvriers l’invite au Palais du Peuple, qui concentre toutes les organisations syndicales socialistes, et Simenon l’interroge sur leur situation sociale, leur manière de vivre et sur les grèves de 1932. Charleroi est touché par la crise économique, le chômage, la fermeture de charbonnages, de verreries et d’industries métallurgiques. De plus, Simenon enregistre les décors de la ville : les corons où habitent les ouvriers, les rues, les maisons salies par la pollution industrielle, les trams, le paysage industriel ... et le Palais du Peuple. Il profite de ses trajets dans la ville pour prendre de nombreuses photos. Elles lui serviront pour illustrer le reportage Europe 33 que publiera l’année suivante la revue parisienne Voilà. À Charleroi, Simenon va faire ce qu’il fera toujours au cours de sa carrière de romancier : mettre en mémoire un décor, dramatique ou paisible, qu’il réutilisera, peut-être des années plus tard, comme cadre spatial d’un roman. Ici, il va se cadrer dans le site de Charleroi pour imaginer à l’automne de la même année son roman Le Locataire, adapté à l’écran en 1982 par Pierre Granier-Deferre sous le titre L’Étoile du Nord, avec Philippe Noiret et Simone Signoret. Le héros du roman, Elie, est un homme en crise qui arrive dans un Charleroi en crise. Meurtrier, il vient se cacher dans une sorte de pension de famille à Charleroi. Pour rendre vrai son roman, Simenon va introduire son personnage dans les décors qu’il a vu, photographié et mémorisé dans la ville belge. Il fera de même pour toute son œuvre, que le roman se situe à New York, à Paris, à Papeete, à Istanbul ou dans les 1800 lieux différents qu’il a connus en voyageant[8],[9],[10].

Simenon et la région de La Rochelle[modifier | modifier le code]

Dans l'œuvre de Simenon, trente-quatre romans et nouvelles se situent ou évoquent la ville de La Rochelle. Parmi les romans, dans lesquels apparaît cette ville et sa région, on peut citer : Le Testament Donadieu (1936), Le Voyageur de la Toussaint (1941) et Les Fantômes du chapelier.

« La ville ce matin-là, ressemblait au La Rochelle de certaines gravures anciennes de Mme Brun. La marée était basse, le bassin presque vide de son eau. Les barques de pêche s’étaient peu à peu couchées dans la vase qu’on voyait, épaisse, sillonnée de minces ruisseaux…
(…) Chaque jour, les lampes s'allumaient un peu plus tôt et la seconde vie de la ville commençait, celle des bonnes femmes de la campagne ou de La Rochelle, allant, silhouettes noires, se heurter comme des phalènes aux vitrines illuminées, celle des bureaux silencieux où, de la rue, on voyait des employés courbés sous des abat-jour verts, vie d’hiver plus animée dans les rues commerçantes, plus mystérieuse dans les ruelles où les becs de gaz servent de point de rendez-vous et où l’on s’étreint sous les porches.

Dans le port, l’eau sentait plus fort, les bateaux se soulevaient davantage au rythme de la marée, les poulies grinçaient et tous les petits bistrots d’alentour étaient saturés de l’odeur du rhum chaud et de la laine mouillée. »

— Extrait du Testament Donnadieu

Il découvre La Rochelle en 1927 alors qu’il passe ses vacances à l’île d'Aix, fuyant l'attraction de Joséphine Baker dont il était l’amant. Cette année-là il découvre aussi une passion pour la navigation, et c’est lors d’une course en bateau qu’il débarque sur les quais de La Rochelle et va prendre un verre au café de la Paix qui va devenir, plus tard, son quartier général et qui sera le lieu central de son roman Le Testament Donnadieu. C'est dans ce café, en 1939, qu’il apprend en écoutant la TSF la déclaration de guerre ; il commande alors une bouteille de champagne, et faisant face à l’incompréhension des présents, il dit : « Au moins, celle-là, on est sûr qu’elle ne sera pas bue par les Allemands ! ».

D'avril 1932 à 1936, il s’installe avec son épouse Tigy à La Richardière, une gentilhommière du XVIe siècle, sise à Marsilly, qu’il utilise comme décor du château des Donnadieu : « ce bâtiment de pierre grise avec sa tour coiffée d’ardoises, autour duquel une allée de marronniers, un petit parc, puis, serré, touffu, humide, coincé entre de vieux murs, un bois en miniature, deux hectares de chênes, domaine des araignées et des serpents ».

De 1936 à 1938, il emménage à Paris, boulevard Richard-Wallace. Il livre notamment des reportages pour Voilà, le Courrier Royal ou France-Soir.

Début 1938, il loue la villa Agnès, à La Rochelle, avant d’acheter en août 1938 « une simple maison des champs » à Nieul-sur-Mer. Son premier fils, Marc Simenon, y naquit en 1939. Dans Le Haut Mal (publié en 1933), l'intrigue se déroule principalement à Nieul[11].

Pendant toute la guerre, entre 1940 et 1945, Simenon a continué à vivre en Vendée et Charente-Maritime, mais cette période, assez mal connue, est sujette à de multiples soupçons. Représentant de l'état belge auprès des Belges réfugiés, il refuse d'aider ceux d'entre eux qui sont juifs. Non seulement son frère fut volontaire auprès de la Waffen-SS Wallonie, mais de plus, selon certaines personnes, lors de cette période cruciale de sa vie et de son œuvre, l'écrivain aurait été un collaborateur — comme le dit ambigument Pierre Assouline dans sa biographie consacrée à Simenon. Alors que Michel Carly dans Simenon, les années secrètes – d'après son enquête et les témoignages recueillis – affirme que Simenon n'a pas été un « collabo », mais que, comme beaucoup à cette époque, il a été un peu lâche (il n'est pas revenu en Belgique afin d'échapper au service militaire), un peu rusé, et opportuniste, sans aucun sens de l'histoire avec un grand « H ». Il a commis d'« énormes imprudences » en écrivant dans des journaux contrôlés par les Allemands, mais Simenon ne dénonce pas, ne s'engage pas, pas de politique, seulement de la fiction. En 1944, une dépêche de l'AFP, retrouvée à Poitiers, mentionne sa dénonciation pour « intelligence avec l'ennemi » par « certains villageois vendéens exaspérés par la conduite égoïste de cet écrivain affichant l'opulence de son train de vie, à l'époque des tickets d'alimentation ». D'autre part, la « Gestapo a soupçonné Simenon d'être juif, tablant sur une confusion entre Simenon et Simon, patronyme d'origine israélite ».

Lors de cette période, Simenon, qui n'est plus libre de ses mouvements, écrit énormément, vingt romans dont seulement trois Maigret. Parmi eux de nombreux chefs-d'œuvre et paradoxalement, dans l'intrigue de ses romans, la grande présente c'est la Charente-Maritime, décrite comme « une région lumineuse, impressionniste, où la mer rejoint la terre. Un plat pays » comme une lointaine nostalgie de son Limbourg familial.

La vision ambiguë que Simenon avait de la région et de la bourgeoisie locale a quelquefois offusqué ses habitants. Toutefois en 1989, la ville lui a rendu hommage, de son vivant, en baptisant du nom de Georges-Simenon le quai situé en face du bassin des Grands Yachts. Déjà très malade, il n'a pu faire alors le déplacement. En 2003, un autre hommage a eu lieu en présence de ses fils, Pierre et John Simenon.

Simenon après la guerre[modifier | modifier le code]

Georges Simenon en 1963.

Simenon passe donc la Seconde Guerre mondiale en Vendée et entretient une correspondance avec André Gide. Son dernier roman écrit en Vendée Le Cercle des Mahé a pour thème la crise de la quarantaine. En 1945, au sortir de la guerre, il fuit la justice française, le Comité national d’épuration des gens de lettres à Paris enquêtant sur ses succès littéraires et cinématographiques sous l'Occupation[12]. Il part s’installer au Canada, dans la contrée Laurentienne, au nord de Montréal. Avant de partir, il confie les droits d'édition de tous ses livres à Sven Nielsen, fondateur des Presses de la Cité, quittant les Éditions Gallimard, afin de pouvoir mieux gérer son œuvre, notamment au niveau de la promotion et des droits d'auteur pour l'adaptation de ses romans au cinéma. Lors de son séjour au Domaine L'Estérel (Sainte-Marguerite du Lac-Masson), développement immobilier de style art déco réalisé grâce aux investissements du Baron Belge Louis Empain, il travaillera dans une des Log Cabin (LC5). Il y écrit trois romans dont Trois chambres à Manhattan[13]. C'est lors d'un séjour à New-York en novembre 1945 qu'il engage en qualité de secrétaire bilingue Denise Ouimet, qu'il épousera le 22 juin 1950 à Reno dans le Nevada (ville réputée pour ses procédures de mariage et de divorce rapide), un jour après avoir obtenu le divorce avec Régine Renchon[14]. Il quitte en 1946 le Canada pour les États-Unis et Hollywood qui lui faisait des appels d'offre pour l'adaptation de ses œuvres à l'écran depuis de nombreuses années. Il s'installe d'abord en Californie, puis en Floride et dans l'Arizona en 1947, à Carmel-by-the-Sea en Californie en 1949 avant de s'établir en juillet 1950 à Lakeville dans le Connecticut, dans une propriété nommée Shadow Rock Farm dont la grande maison de dix-huit pièces comportant huit chambres à coucher et six salles de bains. Pendant dix années, il parcourt cet immense continent en voiture. Afin d’assouvir sa curiosité et son appétit de vivre, il visite intensément New York, la Floride, l’Arizona, la Californie et toute la côte est, des milliers de miles, de motels, de routes et de paysages grandioses[15].

Il découvre aussi une autre façon de travailler pour la police et pour la justice. Avec sa seconde épouse Denyse Ouimet, canadienne française originaire d'Ottawa, plus jeune de dix-sept ans que lui, il vit une passion faite de sexe, de jalousie, de disputes et d’alcool, que son épouse évoquera dans le roman Le Phallus d'or publié en 1981 sous le pseudonyme d'Odile Dessane[16]. Pendant les années qu'il passe en Amérique, il écrit 48 livres dont certains ont atteint dans la traduction anglaise des tirages de 500 000 exemplaires : « Je suis bien en Amérique, parce que là-bas il n'y a pas de cafés littéraires où des intellectuels racontent les romans qu'ils n'écriront jamais ». Dès cette époque, les étudiants en langue française des universités américaines commencent à étudier l'œuvre de Simenon. C'est là qu'il rencontre l'avocat Harry Torczyner avec qui il reste en contact[15]. De ce séjour outre-atlantique, il en garde la sensation d'avoir perdu son « pari américain », sa « bataille américaine »[17].

En 1952, il est reçu à l’Académie royale de Belgique, et revient définitivement en Europe le 18 mars 1955. Après une période mouvementée sur la Côte d'Azur à côtoyer la jet-set, il finit par s’installer en Suisse dans le château d'Echandens[18] en 1957[19]. En 1956, il participe à un ballet, La Chambre, pour la Compagnie Roland Petit, et raconte, sur une musique de Georges Auric et dans un décor de Bernard Buffet, une histoire policière. Satisfait du travail accompli, il écrit ensuite, avec son vieil ami Georges Auric, un opéra où il fera chanter des policiers et des mauvais garçons.

En 1958, il est président du jury du Festival du Film de Bruxelles, tenu avec un lustre exceptionnel dans le cadre de l'Exposition Universelle de Bruxelles 1958 durant lequel seront nommés, pour la première fois dans l'histoire du cinéma, « les douze meilleurs films de tous les temps ».

Maison de Simenon à Epalinges, ici à l'abandon en 2013.

En 1960, il préside le festival de Cannes durant lequel fut attribuée la Palme d'Or au film culte La Dolce Vita de Federico Fellini. En 1963 il s'installe à Épalinges au nord de Lausanne, où il se fait construire une gigantesque maison. Sa femme Denise, qui sombre dans l'alcool et la dépression (comme sa fille Marie-Jo), quitte la maison, le laissant seul avec ses enfants[18].

En 1972, Simenon, qui a soixante-neuf ans, renonce au roman, mais n’en a pas fini avec l’écriture et l’exploration des méandres de l’homme, à commencer par lui-même. Il rédige une longue autobiographie de vingt et un volumes, dictant tout sur un petit magnétophone : « Des idées, je n’en ai jamais eu. Je me suis intéressé aux hommes, à l’homme de la rue surtout, j’ai essayé de le comprendre d’une façon fraternelle… Qu'ai-je construit ? Au fond, cela ne me regarde pas. »

En 1974, il quitte Epalinges pour vivre modestement dans la maison rose, avenue des Figuiers à Lausanne, se rapprochant de « l'homme nu » qu'il a toujours cherché à appréhender[18].

En 1978, le suicide de sa fille Marie-Jo d'une balle de revolver dans la poitrine à l'âge de 25 ans, endeuille ses dernières années.

En 1989, à quatre-vingt-six ans, Georges Simenon s'éteint à son domicile lausannois à l'aube du 4 septembre 1989 ; son corps est incinéré le 6. De nuit, Térésa, sa dernière compagne, jette ses cendres sur l'herbe du jardin, dans l'ombre du cèdre du Liban, les mêlant à celles de sa fille.

Analyse[modifier | modifier le code]

À la différence de beaucoup d’auteurs d’aujourd’hui qui essayent de construire une intrigue la plus complexe possible, comme un jeu d’échecs, Simenon propose finalement une intrigue simple, mais un décor et des personnages forts, un héros attachant d’humanité, obligé d’aller au bout de lui-même, de sa logique.

Le message de Simenon est complexe et ambigu : ni coupables, ni innocents, mais des culpabilités qui s’engendrent et se détruisent dans une chaîne sans fin. Les romans de l’écrivain plongent surtout le lecteur dans un monde riche de formes, de couleurs, de senteurs, de bruits, de saveurs et de sensations tactiles ; on y entre dès la première phrase…

« À la gare de Poitiers, où elle avait changé de train, elle n’avait pas pu résister. (…) Il faisait vraiment chaud. On était en août et l’express qui l’avait amenée de Paris était bondé de gens qui partaient en vacances. Furtivement, fouillant son sac pour y chercher de la monnaie, elle avait balbutié :
— Servez-m’en un autre. »

— Extrait de Tante Jeanne

Le critique Robert Poulet avait dit : « Presque tous ses récits commencent par cent pages magistrales, auxquelles on assiste comme à un phénomène naturel, et à l’issue desquelles on se trouve infailliblement devant une certaine quantité de matière vivante dont un autre Simenon s’empare alors pour en tirer des surprises et des drames beaucoup moins habilement. » Il avait aussi précisé que Simenon était meilleur dans la peinture des états que dans celle des actions, définissant son univers comme statique.

Hors commissaire Maigret, ses meilleurs romans sont basés sur des intrigues situées dans des petites villes de province, où évoluent de sombres personnages à l’apparence respectable, mais qui ourdissent de ténébreuses entreprises, dans une atmosphère sournoise et renfermée, dont les meilleurs exemples sont les romans Les Inconnus dans la maison et Le Voyageur de la Toussaint, mais aussi Panique, Les Fiançailles de M. Hire, La Marie du port et La Vérité sur Bébé Donge.

Simenon l'écrivain, en Belgique et en France[modifier | modifier le code]

Simenon en Belgique 1903-1922 : début de carrière[modifier | modifier le code]

Georges Simenon commence une carrière journalistique en Belgique, en rédigeant des billets d'humeur publiés dans la Gazette de Liège ; celle-ci en publiera plus de 800, le premier s'intitule hors du poulailler signé « Monsieur le Coq ».

Georges Simenon écrit et publie en 1920 son premier roman intitulé Au pont des Arches (« roman humoristique des mœurs liégeoises ») tiré à 1 500 exemplaires (Imprimerie Bénard - Liège). Puis en 1921, il écrit son « second roman » humoristico-philosophique : Jehan Pinaguet, histoire d'un homme simple, qui restera inédit jusqu'en 1991. En 1921, il compose et tire lui-même, sur une des presses de la « Gazette », en une douzaine d'exemplaires tout au plus, une plaquette de 24 pages, les Ridicules, portraits, qu'il dédie à sa fiancée (« À ma Régine pour ses étrennes »).

En 1922 : La « Gazette de Liège » publie le 784e et tout dernier billet quotidien (« Causons ») de Georges Sim ; le lendemain paraît son tout dernier article, une chronique théâtrale : « Au Forum, Berthe Bovy, les Liégeois et la Presse ».

Simenon en France dès 1922 : une production littéraire abondante[modifier | modifier le code]

Fin de l'année 1922, Georges Simenon, âgé de 19 ans, quitte la Belgique pour s'établir en France, à Paris (plus tard en province), et commence une production littéraire abondante ; il écrit environ un millier de contes légers destinés à des publications galantes ou humoristiques et quelque 200 romans pour collections à bon marché, le tout sous 17 pseudonymes. Le plus connu, Georges Sim, l'impose dès 1928 dans le genre policier en même temps que dans les faveurs d'un large public.

En 1930, toute première apparition du commissaire Maigret dans « l'œuvre », début d'un roman-feuilleton, La Maison de l'inquiétude, signé Georges Sim, puis il crée « le personnage de Maigret » qui le rendit universellement célèbre.

Il parcourt l'Europe et l'Afrique, et produit des reportages pour la grande presse. De 1945 à 1955, il vit en Amérique (Canada, États-Unis). De retour en Europe, il se fixe définitivement en Suisse romande : à Échandens, à Épalinges, puis à Lausanne (1957).

La consécration institutionnelle à Paris puis à Liège[modifier | modifier le code]

Pour Jean-Louis Dumortier, directeur du centre d'études Georges Simenon

La consécration lui viendra (…) notamment de l'université de Liège, aux alentours des années 1970. Et cette reconnaissance académique est manière d'appropriation. Les travaux que l'écrivain suscite en Belgique à cette époque et depuis lors sont autant d'actes de revendications, de récupération : la Wallonie se rattache au fils prodige (…) loin de résister à la manœuvre, Simenon (…) l'a encouragée par un geste dont la signification est évidente. En 1977, il fait don de ses archives littéraires à l'université de Liège où le professeur Maurice Piron, avec ses assistants Jacques Dubois et Jean-Marie Klinkenberg, crée un Fonds et un Centre d'études Georges Simenon consacré à l'écrivain[20].

Des raisons plus fondamentales[modifier | modifier le code]

On sait que Pedigree (publié en 1945 mais rédigé en 1943), représente une sorte d'autobiographie de Simenon, « le plus grand roman que Liège ait jamais inspiré » a écrit Maurice Piron[21]. Simenon écrivit ce livre sous le choc d'un diagnostic d'un médecin en 1941 qui lui prédisait n'avoir plus que deux ans à vivre comme Maurice Piron le précisa[22] Maurice Piron retient que plusieurs romans de Simenon comme Le Pendu de Saint-Pholien, La Danseuse du Gai-Moulin, Les Trois Crimes de mes amis sont explicitement liégeois, mais qu'il y a aussi des anomalies dans la description d'autres villes françaises qui s'expliquent par le fait que Simenon décrit en réalité sa ville natale à travers ces localités. Au-delà même des notations concernant les lieux, il y a toute une sociologie qui se relie à la ville natale du romancier. Ce qui amène Piron à conclure

Il y a, ainsi, plus qu'une empreinte qu'on parviendrait à localiser, une imprégnation liégeoise subtilement diffuse à travers toute l'œuvre. On peut en trouver l'origine dans l'œuvre elle-même, et à un point précis : c'est de nouveau vers Pedigree qu'il faut se tourner. Bien qu'il arrive loin dans la chronologie des écrits de l'auteur, Pedigree est réellement la matrice du roman simenonien[23].

Simenon dans la Pléiade[modifier | modifier le code]

Note : Cette entrée de Simenon dans la célèbre collection est une consécration de son œuvre, présentée notamment par l'un de ses meilleurs spécialistes, le professeur liégeois Jacques Dubois.

Autre reconnaissance[modifier | modifier le code]

  • En 2005 il est nommé pour le titre du Belg der Belgen (le plus grand Belge). Dans la version flamande, il finit à la 77e position. Dans la version francophone, il finit en 10e position.

Simenon en chiffres[modifier | modifier le code]

Ses romans font référence à 1 800 lieux du monde entier, et donnent vie à plus de 9 000 personnages, mais ce sont d'abord :

  • 103 épisodes de Maigret (75 romans et 28 nouvelles) ;
  • 117 romans représentants 25 000 pages ;
  • les œuvres complètes publiées sous son patronyme sur 27 volumes [24];
  • plus de 500 millions de livres vendus ;
  • traduit en 55 langues,
  • et publié dans 44 pays ;
  • 187 films basés sur son œuvre, par le cinéma français ;
  • des milliers d’articles dans différents journaux ;
  • un millier de reportages autour du monde.

Les pseudonymes de Simenon[modifier | modifier le code]

  • Aramis
  • Bobette
  • Christian Brulls
  • Georges Caraman
  • J.-K. Charles
  • Germain d’Antibes
  • Jacques Dersonne
  • Georges d'Isly
  • La Déshabilleuse
  • Luc Dorsan
  • Jean Dorsage, Jean Dossage
  • Jean du Perry
  • Gemis
  • Gom Gut
  • Kim
  • Georges-Martin Georges, Georges Martin-Georges, Georges-Martin-Georges, George Martin-George[25]
  • Miquette
  • Misti
  • Pan
  • Maurice Pertuis
  • Plick et Plock
  • Poum et Zette
  • Sandor, Jean Sandor
  • G. Sim, Georges Sim, Georges Simm
  • Le Vieux Suiveur
  • Gaston Vialis, Gaston Viallis, G. Vialio
  • G. Violis
  • G. Legros Jaques

On a longtemps cru que Max-André Dazergues était un pseudonyme de Simenon.

Série des Commissaire Maigret[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Série des Commissaire Maigret.

Le personnage du commissaire Maigret fait une première apparition en 1929, Simenon publie alors son œuvre dans la maison de l'inquiétude, dans une série de nouvelles pour Détective, écrites à la demande de Joseph Kessel.

Mais l'un des six premiers romans de la série qu'il propose à l'éditeur Fayard est Pietr-le-Letton (1931), écrit à bord de son yacht l’Ostrogoth. Le commissaire Maigret, silhouette massive, col de velours, chapeau mou et pipe à la bouche, attend un escroc international dans le hall de la gare du Nord. Voici comment Simenon le décrit :

« La charpente était plébéienne. Il était énorme et osseux. Des muscles durs se dessinaient sous le veston, déformaient vite ses pantalons les plus neufs. Il avait surtout une façon bien à lui de se camper quelque part qui n'était pas sans avoir déplu à maints de ses collègues eux-mêmes. C'était plus que de l'assurance, et pourtant ce n'était pas de l'orgueil. Il arrivait, d'un seul bloc, et dès lors il semblait que tout dût se briser contre ce bloc soit qu'il avançât, soit qu'il restât planté sur ses jambes un peu écartées. La pipe était rivée dans la mâchoire. Il ne la retirait pas parce qu'il était au Majestic. Peut-être, au fond, était-ce un parti pris de vulgarité, de confiance en soi ? »

— Extrait de Pietr-le-Letton

Pour lancer ses premiers Maigret, Simenon organise le fameux Bal anthropométrique à l'entrée duquel les empreintes digitales des invités ont été prises.

Son éditeur après avoir lu les tapuscrits des premiers Maigret simule la catastrophe, tout en soutenant la proposition du jeune auteur intimidé dont il doute pourtant du succès :

« 1° Vos romans policiers ne sont pas de vrais romans policiers. Ils ne sont pas scientifiques. Ils ne jouent pas la règle du jeu.

2° Il n'y a pas d'amour, tout au moins d'amour comme on le conçoit dans le roman policier.

3° Il n'y a pas de personnages franchement sympathiques ou de personnages franchement antipathiques. Vos romans ne finissent ni bien ni mal. C'est désastreux. »

« Ce ne sont pas des romans policiers. Ce n'est pas scientifique. Il n'y a pas de jeune premier ni d'héroïne. Pas de personnage sympathique et cela finit mal puisqu'on ne se marie jamais. Vous n'aurez pas mille lecteurs. »

Lorsque l'écrivain arrête sa production, son éditeur consterné n'eut de cesse de lui en réclamer d'autres[26].

Romans étapes vers le Roman total ( Les « romans durs »[27])[modifier | modifier le code]

Recueils de nouvelles[modifier | modifier le code]

Autres publications (nouvelles, essais, articles, conférences, mémoires)[modifier | modifier le code]

  • Œuvres de jeunesse (Jehan Pinaguet, Au pont des Arches, Les Ridicules [1920-21]), 1991
  • Simenon avant Simenon: Yves Jarry détective aventurier [1928-29], 2004
  • Maigret entre en scène (Train de nuit, La Jeune Fille aux perles , La Femme rousse, La Maison de l'inquiétude, L'Homme à la cigarette [1930-33]), 1999
  • Mes apprentissages (À la découverte de la France, À la recherche de l'homme nu, À la rencontre des autres [1931-58]), 1976-89 - reportages
  • Lettre à ma mère, 1974 - voir Archive vidéo
  • Mémoires et Dictées
    • Je me souviens... (1945) - écrit à partir de Pedigree (rédigé de 1941 à 1943) en 1945, édité aux Presses de la Cité, en tirage de tête, puis en 1978.
    • Quand j’étais vieux (1970)
    • Des traces de pas (1975)
    • Un homme comme un autre (1975)
    • Les Petits Hommes (1976)
    • Vent du nord, vent du sud (1976)
    • À l'abri de notre arbre (1977)
    • De la cave au grenier (1977)
    • Un banc au soleil (1977)
    • Au-delà de ma porte-fenêtre (1978)
    • La Main dans la main (1978)
    • Tant que je suis vivant (1978)
    • Vacances obligatoires (1978)
    • Je suis resté un enfant de chœur (1979)
    • À quoi bon jurer ? (1979)
    • Point-virgule (1979)
    • Le prix d'un homme (1980)
    • Les Libertés qu'il nous reste (1980)
    • On dit que j'ai soixante-quinze ans (1980)
    • Quand vient le froid (1980)
    • Destinées (1981)
    • Jour et Nuit (1981)
    • La Femme endormie (1981)
  • Le Roman de l'homme, édition de l'Aire, Lausanne, 1980, 128 pages
  • Mémoires intimes (1981) - contenant le Livre de Marie-Jo
  • Portrait-souvenir de Balzac (1991) - textes sur des auteurs qu'il admirait

Simenon au cinéma[modifier | modifier le code]

L’univers de Simenon est relativement statique, mais cela n’a jamais découragé les réalisateurs de cinéma, pourtant « art du mouvement », à porter sur grand écran son œuvre. Plus de cinquante films ont été tournés par le cinéma en France à partir d’une œuvre de Georges Simenon. Des dizaines d’autres ont été tournés par d'autres industries cinématographiques à travers le monde.

Il fut le premier romancier contemporain à être adapté dès le début du parlant avec La Nuit du carrefour et Le Chien jaune, parus en 1931 et portés à l’écran dès 1932.

Mais finalement, les réussites sont assez rares, car entre la fidélité décevante et la trahison féconde, la ligne de partage est étroite, de nombreux réalisateurs (et des plus prestigieux : Jean Renoir, Maurice Tourneur, Marcel Carné, Henri Verneuil, Henry Hathaway, Claude Autant-Lara, Jean-Pierre Melville, Bertrand Tavernier, Claude Chabrol…) s’y sont essayés avec plus ou moins de succès. Finalement, le choix de l’interprète s’est toujours avéré primordial, surtout pour le célèbre commissaire Maigret, car c’est autour de lui que va se structurer le film, sa personnalité, son humanité et sa présence, devant être aussi fortes que l’intrigue.

Les acteurs qui ont interprété, au cinéma, le célèbre commissaire sont : Pierre Renoir, Abel Tarride, Harry Baur, Albert Préjean, Charles Laughton, Michel Simon, Maurice Manson, Jean Gabin, Gino Cervi et Heinz Rühmann.

Jean Gabin et Simenon étaient très amis et l’acteur a tourné un total de dix films adaptés de Simenon, dans lesquels il a su presque faire oublier son passé cinématographique et ses très nombreux rôles de mauvais garçon.

Adaptations pour le cinéma (liste non exhaustive)[modifier | modifier le code]

Simenon à la télévision[modifier | modifier le code]

Maigret[modifier | modifier le code]

Il existe plusieurs séries de téléfilms liées au commissaire Maigret dans plusieurs pays :

  • En France, une mini-série et deux grandes séries ont été tournées :
    • une première série de trois épisodes a été tournée au début des années 1950 avec Maurice Manson dans le rôle de Maigret. En réalité ces épisodes ont été regroupés et retravaillés, et sont sortis au cinéma sous le titre Maigret dirige l'enquête. En 1960, un téléfilm dramatique, Liberty-Bar, a aussi été réalisé avec Louis Arbessier dans le rôle.
    • la première grande série est celle réalisée, à partir de 1967 avec Jean Richard dans le rôle titre, rôle qu’il jouera 88 fois en 24 ans, voir [2] ;
    • la seconde, à partir de 1991 avec Bruno Cremer, magistral dans le rôle titre, rôle qu’il jouera 54 fois en 14 ans[28].
  • En Angleterre, trois séries ont été réalisées :
    • une série de 52 épisodes a été réalisée entre 1960 et 1964 avec Rupert Davies dans le rôle de Maigret ;
    • une deuxième série, entre 1964 et 1968 avec Kees Brusse dans le rôle titre ;
    • une troisième réalisée en 1991 avec Michael Gambon sous l'intitulé « Inspector Maigret et Bohler».
  • En Italie, une série a été réalisée avec Gino Cervi.
  • Enfin, aux États-Unis, quelques titres ont été adaptés en téléfilms dès mai 1950 sur CBS avec un certain Herbert Berghof dans le rôle titre et en 1952 avec Eli Wallach.

En guest star des séries françaises, on peut retrouver de grands acteurs tels que :

Autres œuvres[modifier | modifier le code]

Simenon au théâtre[modifier | modifier le code]

Archives radiophoniques et vidéos[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Alain Bertrand : Georges Simenon, La Manufacture, 1998.
  • Jean-Christophe Camus, Simenon avant Simenon. Les Années de journalisme (1919-1922), Bruxelles, Didier-Hatier, 1989.
  • Jean-Christophe Camus, Les Années parisiennes (1923-1931). Simenon avant Simenon, Bruxelles, Didier Hatier, 1990.
  • Michel Carly : Simenon et les secrets de La Rochelle, préface de Denys de La Patellière, Éditions Omnibus, 144 pages (épuisé)
  • Michel Carly : Simenon, les années secrètes (Vendée 1940-1945), éd. d'Orbestier, 2005 - 180 pages. (épuisé)
  • Patrick Chastenet et Philippe Chastenet : Simenon, album de famille « Les années Tigy », éd. Presses de la Cité, Paris, 125 pages. (épuisé)
  • Claude Menguy: De Georges Sim à Simenon, Bibliographie, Éditions Omnibus, Paris, 2004.
  • Centre d’études Georges Simenon : Simenon, l’homme, l’univers, la création éd. Complexe, Bruxelles, 1993 (réédition novembre 2002).
  • Stanley Eskin, Simenon, une biographie, Presses de la Cité, 1990. (épuisé). ISBN 2-258-03175-3 traduction française par Christian Mari de Simenon : a critical biography, Mac Farland and Company, Inc., Publishers, Jefferson, N.C., USA. 1987.
  • Claudine Gothot-Mersch : Lire Simenon : réalité, fiction, écriture, éd. Nathan/Labor, Bruxelles, 1980.
  • Michel Lemoine : L’Autre Univers de Simenon éd. CLPCF, Liège, 1991.
  • Claude Gauteur : D'après Simenon. Simenon et le cinéma, Éditions Omnibus, Paris, 2001, 250 pages. (épuisé)
  • Maurizio Testa : Maigret et l'affaire Simenon éd. Via Valeriano, Marseille, 2000.
  • Patrick Marnham : Simenon - L'Homme qui n'était pas Maigret éd. Presses de la Cité, Paris, 2003 (avec 2 livrets de photos).(épuisé).
  • Paris chez Simenon, éd. Encrage, collection travaux no 37.
  • Jean Jour, Simenon, collection "Qui suis-je?", Pardès, 2005. ISBN 978-2-86714-367-0.
  • Anne Richter : Simenon sous le masque, préface d'Eric-Emmanuel Schmitt, éd. Racine, 2007.
  • Denis Tillinac : Le Mystère Simenon
  • Serge Toubiana et Michel Schepens : Simenon au cinéma, Les éditions Textuel, 2002
  • Collectif, Georges Simenon, de la Vendée aux quatre coins du monde, Somogy éds d'art, 2011, catalogue de l'exposition à l'Historial de la Vendée.
  • Laurent Demoulin (dir.) : Cahier de L'Herne Simenon, L'Herne, 2013

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Sa vie commence par un mystère, il serait né le vendredi 13 février à 0h10, mais déclaré du 12 par superstition de sa mère. Voir (Bernard Alavoine, biographie en ligne
  2. Unesco, « Top 50 Auteurs » (consulté le 16 juillet 2013)
  3. Les immeubles des numéros 18 et 20 ont été détruits par une explosion de gaz meurtrière le 27 janvier 2010 Explosion à Liège : l’immeuble s’est effondré - Le Soir, 27 janvier 2010.
  4. Chronologie du volume III Pedigree et autres romans dans la Bibliothèque de la Pléiade, éditions Gallimard, p. XXV-XXVII, 2009, (ISBN 978-2-07-0110798-7[à vérifier : isbn invalide]).
  5. Jacques-Charles Lemaire, Simenon, jeune journaliste, Complexe, 240 pp., 2003.
  6. La consécration de Georges Simenon ?, sur rfi.fr.
  7. Et non une péniche comme le dit la légende [1].
  8. Carly Michel, Le pays Noir de Simenon, édition du CEFAL, Liège, 1996.
  9. Georges Simenon, reportage Europe 33, paru dans l'hebdomadaire Voilà, 1933, réédité dans Simenon, Mes apprentissages, Reportages 1931-46, pp.766-769, Omnibus, Paris 2001.
  10. Carly Michel, Simenon, une vie, une œuvre, nouvelle chronologie p.1533, in Tout Simenon, tome 27, Omnibus, Paris, 2004.
  11. (fr) « Le haut mal », sur Repérages (consulté en 24 février 2010).
  12. Pierre Assouline, Simenon, op. cit., p. 370
  13. (fr) « Le baron Louis Empain au Canada : un destin contrarié », sur Histoire-généalogie (consulté en 24 février 2010).
  14. Alain Bertrand, Georges Simenon : de Maigret aux romans de la destinée, Éditions du CEFAL,‎ 1994, p. 225
  15. a et b Laurent Demoulin, « Georges Simenon en Amérique », émission La Marche de l'Histoire sur France Inter, 7 mai 2013
  16. Alain Bertrand, op. cité, p. 229
  17. Michel Carly, « Un Simenon hors légende : Simenon, romancier de l'Amérique (1945-1955) », Bulletin de l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, no 3-4,‎ 2002, p. 38
  18. a, b et c Marie-Christine Gambart, « Georges Simenon l'écrivain voyageur », documentaire Une maison, un écrivain, 2012
  19. Pour éviter de payer des impôts en Suisse, il localise alors ses romans comme écrits à Noland.
  20. Jean-Louis Dumortier, Georges Simenon, Éditions Labor, Bruxelles, 1990, page 79. (ISBN 2-8040-0579-8).
  21. Maurice Piron, Aspects et profils de la culture romane en Belgique, Liège, Mardaga, 1978.
  22. Maurice Piron, « Georges Simenon et son pays natal », dans La Wallonie, le Pays et les Hommes, tome 3, Bruxelles, 1975, p. 85-96, p. 90.
  23. Maurice Piron, op. cit., p. 92.
  24. http://www.omnibus.tm.fr/fiche_auteur.php?id_aut=7513 ; http://www.toutsimenon.com/oeuvre/tout-simenon.html
  25. (fr) « pseudonymes de Simenon », sur Source : BnF (consulté en 24 février 2010).
  26. Le Romancier, conférence en 1945 à l'Institut culturel de New-York in Le roman de l'Homme, option cité.
  27. http://www.simenonnumerique.com/rechercher.php?TITRE=&COL=59921
  28. Bienvenue sur le site du commissaire Maigret !.
  29. "TOUT SIMENON" A LIEGE LA LITTERATURE EN TROIS DIMENSIONS un article de Pierre Maury le 13 mai 1993 http://archives.lesoir.be/-tout-simenon-a-liege-la-litterature-en-trois-dimension_t-19930513-Z06R5G.html

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]