Alain Resnais
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| Alain Resnais | |
| Naissance | 3 juin 1922 |
|---|---|
| Nationalité(s) | |
| Profession(s) | Réalisateur et scénariste |
| Film(s) notable(s) | Nuit et brouillard Hiroshima mon amour L'Année dernière à Marienbad Muriel L'Amour à mort Mélo Smoking / No Smoking On connaît la chanson |
Alain Resnais est un réalisateur français, également scénariste, et monteur, né le 3 juin 1922 à Vannes (Morbihan).
Sommaire |
[modifier] Biographie
[modifier] Apprentissage
Alain Resnais naît en 1922 à Vannes. À l'âge de quatorze ans, il tourne ses premiers courts-métrages, dont une adaptation de Fantomas. Outre le cinéma, il se passionne pour la photographie, la peinture, la bande dessinée, et la littérature, il affectionne particulièrement les œuvres d'Harry Dickson, Marcel Proust, et André Breton. En 1942, il tient un petit rôle dans Les Visiteurs du soir. Il imagine un moment devenir libraire mais passe finalement le concours de l'IDHEC (aujourd'hui La Fémis) où il est admis en 1943 dans la section montage. En 1946, en Allemagne, il participe au Théâtre aux Armées sous la direction d'André Voisin. La même année il est assistant-réalisateur et monteur sur le long-métrage documentaire Paris 1900.
Sa carrière de réalisateur commence avec Van Gogh, en 1948, un court-métrage documentaire produit par Pierre Braunberger, puis, il tourne des documentaires pendant une dizaine d'années. Les thèmes abordés sont très variés : la guerre d'Espagne vue par Picasso ou l'usine Pechiney. En 1956, il obtient le prix Jean-Vigo pour Nuit et brouillard, devenu depuis, grâce à Henri Michel, qui en avait pris l'initiative et en était le conseiller historique, un film de référence sur les camps de déportation.
[modifier] Les longs métrages
En 1959, Alain Resnais réalise son premier long métrage de fiction, écrit par Marguerite Duras : Hiroshima mon amour. Le film a beaucoup de retentissement ; il est apprécié à la fois par la critique et le public. Selon Louis Malle, « ce film a fait faire un bond dans l'histoire du cinéma ».
Resnais enchaîne avec L'Année dernière à Marienbad, en 1961, cinéroman créé avec Alain Robbe-Grillet. Il commence à définir son style, teinté de surréalisme, de distanciation et de déconstruction de la narration linéaire. Dans ses films, on retrouve souvent un engagement social et politique. Outre Hiroshima mon amour (évoquant non seulement la bombe, mais aussi la collaboration) et L'Année dernière à Marienbad (ou c'est plus abstrait), on peut citer par exemple Muriel, ou le Temps d'un retour en 1963, qui traite de la torture pendant la guerre d'Algérie, La guerre est finie (dont le scénario est signé Jorge Semprún), en 1966, qui raconte l'histoire d'un militant communiste sur fond de guerre d'Espagne et d'anti-franquisme ou encore Stavisky en 1974, qui évoque un scandale financier de la Troisième République. Les thèmes abordés même s'ils sont variés tournent toujours autour des mécanismes psychologiques, de la question du libre arbitre (voire de son pendant, le conditionnement dans Mon oncle d'Amérique où il illustre les recherches d'Henri Laborit). Dans les années 1990, Alain Resnais s'ouvre à de nouvelles collaborations, notamment avec le duo de scénaristes-acteurs Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui puis touche un plus large public, développant l'aspect ludique et fantaisiste de son cinéma. Il explore entre autres le théâtre filmé avec Smoking / No Smoking en 1993, diptyque sur les possibles de l'existence, où les comédiens Sabine Azéma et Pierre Arditi jouent chacun cinq rôles, la comédie burlesque avec On connaît la chanson en 1997, qui fait intervenir dans les dialogues et les situations quotidiennes le répertoire de la chanson populaire ou encore l'opérette en 2003, avec Pas sur la bouche au mécanisme vaudevillesque. Trois fois lauréat du Prix Louis-Delluc (en 1966, 1993 et 1997), Alain Resnais est le metteur en scène le plus souvent nommé au César du meilleur réalisateur : huit fois au total. Il a d'ailleurs obtenu la récompense à deux reprises : en 1978 et en 1994. Il est également le seul cinéaste à avoir vu trois de ses œuvres couronnées par le César du meilleur film : Providence en 1978 , Smoking / No Smoking en 1994 et On connaît la chanson en 1998.
[modifier] Principales caractéristiques de son œuvre
L'œuvre de Resnais dénote une profonde unité, remettant en cause les codes de la narration cinématographique traditionnelle, « trop soumis aux péripéties », selon le cinéaste André Delvaux. Le metteur en scène abolit, dans ses premiers films de fiction, le récit à intrigue et explore une réalité aléatoire, construite sur des hasards, des obsessions, des moments incompréhensibles et non-linéaires. Ces situations font généralement s'entrecroiser différents personnages ou différentes époques dans un même lieu (comme dans La vie est un roman), ou dans un univers volontairement artificiel et théâtral. Cette fusion du théâtre et du cinéma permet de produire des « expériences », au sens scientifique du terme (procédé défini explicitement par le biais du témoignage du professeur Laborit dans Mon oncle d'Amérique). Elles révèlent, en ce sens, une vérité indicible sur les êtres humains, enfermés comme des animaux dans une cage. Ceux-ci font de leur mieux pour « se débattre dans cette toile d'araignée qu'est l'existence » selon l'expression du comédien André Dussolier. À cette recherche, s'ajoute le travail minutieux de montage qui juxtapose différents espaces et temps pour sonder la mémoire collective et individuelle. Cette technique permet au réalisateur d'illustrer le chaos de l'existence fait d'images contradictoires, de mélange de souvenirs, d'événements vécus, de moments imaginés et de fantasmes, tous plus proches de la réalité de l'esprit, consciente ou non, que l'ordre et la régularité voulus par une fiction classique. Cette construction régit le « temps sensible », cher à Marcel Proust (auteur fétiche de Resnais), en une composition filmique proprement musicale, voire symphonique (très évidente dans des films tels que Hiroshima mon amour, Je t'aime, je t'aime et Providence). La polyphonie est un ressort central du cinéma de Resnais et prend plusieurs tonalités : grotesque, comique et dramatique. Jugé cérébral et austère, le cinéaste prend pourtant plaisir à développer une forme iconoclaste, personnelle et ironique de comédie musicale notamment dans ses œuvres tardives comme On connaît la chanson et Pas sur la bouche. Son film Cœurs (2006), écrit par l'homme de théâtre Jean-Michel Ribes, se veut une sorte de synthèse de ses préoccupations artistiques. Présenté au Festival de Cannes 2009, son nouveau film Les Herbes folles souligne son inspiration surréaliste et son goût du décalage absurde, de la légèreté et de la fantaisie débridée.
« Je souhaite approcher par le film la complexité de la pensée, son mécanisme interne. Dès qu'on descend dans l'inconscient, l'émotion naît. Et le cinéma ne devrait être qu'un montage d'émotions. »
[modifier] Méthodes
Que ce soit dans ses films documentaires ou de fiction, Alain Resnais est réputé pour son travail de documentation méticuleux. « Je commence en général par repérer tout seul les lieux de tournage. Quand je suis arrivé à Hiroshima pour la première fois, j'ai quitté l'hôtel à trois heures du matin et je suis parti au hasard à travers la ville... Dans ces moments-là, le Leica est bien commode. Je m'en sers comme d'un bloc-notes où j'inscris pêle-mêle les images les plus diverses. Elles me serviront ensuite à matérialiser l'histoire, à fabriquer une autre réalité avec des matériaux pris un peu partout. C'est toujours le problème de l'assemblage... ». Resnais colle ensuite ces photos directement sur le découpage pour que décorateurs et producteurs sachent exactement ce qu'il désire[1]. Il exige aussi de ses scénaristes qu'ils établissent une fiche biographique complète de tous les personnages, pour leur donner une certaine profondeur. Il est également réputé pour sa fidélité dans le travail : on retrouve régulièrement dans ses films les acteurs Sabine Azéma, André Dussolier, Pierre Arditi.
[modifier] Vie privée
Alain Resnais n'accorde pas souvent d'interview aux journaux.
Il a épousé en 1969 son assistante de l'époque, Florence Malraux, la fille d'André Malraux, qui travaillait avec lui depuis La guerre est finie et qui l'a accompagné jusqu'à Mélo, en 1986. Depuis la fin des années 1980, il partage la vie de Sabine Azéma qu'il a épousée en 1998.
[modifier] Notes et références
- ↑ Dans un entretien avec Bernard Pingaud in « Jouer avec le temps », L'Arc, n°31, 1967. Les photos de répérages de Resnais ont par ailleurs fait l'objet d'un recueil : Alain Resnais & Jorge Semprun, Repérages, Paris, Chêne, 1974.
[modifier] Filmographie
[modifier] Réalisateur
[modifier] Monteur
| Année | Titre français | Titre original (si différent) | Remarque |
|---|---|---|---|
| 1947 | Van Gogh | ||
| 1947 | Transfo transforme l'énergie du pyrium | ||
| 1947 | L'alcool tue | ||
| 1947 | Paris 1900 | ||
| 1948 | Van Gogh | ||
| 1948 | Jean Effel | ||
| 1948 | Châteaux de France | ||
| 1950 | Guernica | ||
| 1950 | Gauguin | ||
| 1952 | Saint-Tropez, devoir de vacances |
|
|
| 1953 | Aux frontières de l'homme | ||
| 1955 | Une visite | ||
| 1955 | Nuit et brouillard | ||
| 1956 | Toute la mémoire du monde | ||
| 1956 | La Pointe courte | ||
| 1957 | L'Œil du maître | ||
| 1958 | Le Chant du styrène | ||
| 1958 | Broadway by light | ||
| 1959 | Novembre à Paris |
[modifier] Scénariste
| Année | Titre français | Titre original (si différent) | Remarque |
|---|---|---|---|
| 1948 | Châteaux de France | ||
| 1986 | Mélo |
[modifier] Chef-opérateur
| Année | Titre français | Titre original (si différent) | Remarque |
|---|---|---|---|
| 1947 | Transfo transforme l'énergie du pyrium | ||
| 1947 | L'alcool tue | ||
| 1948 | Jean Effel | ||
| 1948 | Châteaux de France |
[modifier] Acteur
| Année | Titre français | Titre original (si différent) | Remarque |
|---|---|---|---|
| 1942 | Les Visiteurs du soir | ||
| 1997 | Quand le chat sourit |
[modifier] Producteur
| Année | Titre français | Titre original (si différent) | Remarque |
|---|---|---|---|
| 1947 | Paris 1900 |
[modifier] Assistant réalisateur
| Année | Titre français | Titre original (si différent) | Remarque |
|---|---|---|---|
| 1947 | Paris 1900 |
[modifier] Nominations et récompenses
- Prix Jean-Vigo en 1954 pour Les statues meurent aussi
- Prix Jean-Vigo en 1956 pour Nuit et brouillard
- BAFTA spécial en 1960 pour Hiroshima mon amour
- Mostra de Venise 1961 : Lion d'Or pour L'Année dernière à Marienbad
- Mostra de Venise 1963 : Prix de la Critique internationale pour Muriel, ou le Temps d'un retour
- Prix Louis-Delluc 1966 pour La guerre est finie
- César du meilleur film et César du meilleur réalisateur 1978 pour Providence
- Festival de Cannes 1980 : Grand prix du jury et Prix FIPRESCI de la Critique Internationale pour Mon oncle d'Amérique
- Nomination aux Césars 1981 dans les catégories Meilleur film et Meilleur réalisateur pour Mon oncle d'Amérique
- Nomination aux Césars 1985 dans les catégories Meilleur film et Meilleur réalisateur pour L'Amour à mort
- Nomination aux Césars 1987 dans les catégories Meilleur film et Meilleur réalisateur pour Mélo
- Prix Louis-Delluc 1993 pour Smoking / No Smoking
- Festival de Berlin 1994 : Ours d'Argent (meilleure contribution artistique) pour Smoking / No Smoking
- César du meilleur film et César du meilleur réalisateur 1994 pour Smoking / No Smoking
- Prix Louis-Delluc 1997 pour On connaît la chanson
- Festival de Berlin 1998 : Ours d'Argent pour la contribution artistique d'On connaît la chanson et l'ensemble de sa carrière
- César du meilleur film en 1998 pour On connaît la chanson
- Nomination aux Césars 1998 dans la catégorie Meilleur réalisateur pour On connaît la chanson
- Nomination aux Césars en 2004 dans les catégories Meilleur film et Meilleur réalisateur pour Pas sur la bouche
- 63e Mostra de Venise 2006 : Lion d'Argent (meilleure mise en scène) pour Cœurs
- Étoile d'or du réalisateur 2007, pour Cœurs
- Nomination dans la catégorie meilleur réalisateur aux Césars 2007 pour Cœurs
- Prix Henri-Langlois d'honneur 2007
- Festival de Cannes 2009 : Prix exceptionnel du Jury pour Les Herbes folles et l'ensemble de son œuvre
[modifier] Voir aussi
[modifier] Bibliographie
- Alain Resnais (3e édition), de Gaston Bounoure. Paris, Editions Seghers, 1974
- Alain Resnais: The Role of Imagination, James Monaco. Londres: Oxford University Press, 1978
- Resnais, arpenteur de l'imaginaire, de Robert Benayoun. Paris: Édition Ramsay, 1986
- L'atelier d'Alain Resnais, de François Thomas. Paris: Édition Flammarion, 1989
- Hiroshima mon amour, de Marguerite Duras (scénario et dialogues). Paris: Gallimard, 1994
- Hiroshima mon amour : étude critique, de Jean-Louis Leutrat. Paris: Nathan, 1994
- Alain Resnais, compositeur de films, de Thierry Jousse. Paris: Édition Mille et une nuits, 1997
- New Novel, New Wave, New Politics: Fiction and the Representation of History in Postwar France, de Lynn A. Higgins. Londres: University of Nebraska Press, 1998
- Alain Resnais, Positif (revue de cinéma), Éditions Gallimard, 2002
- Alain Resnais, Emma Wilson. Manchester: Manchester University Press, 2006
- Alain Resnais Liaisons secrètes, accords vagabonds, de Suzanne Liandrat-Guigues et Jean-Louis Leutrat, éditions Cahiers du Cinéma, 2006
[modifier] Liens externes
- (fr+en) Alain Resnais sur l’Internet Movie Database.
- Alain Resnais sur AlloCiné.
- (fr) Alain Resnais sur le site d'analyse L'oBservatoire (simple appareil).