Roman Polanski

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Roman Polanski
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Roman Polanski au festival de Cannes 2013.

Nom de naissance Raymond Thierry Liebling
Naissance (84 ans)
Paris
Nationalité Drapeau de Pologne Polonais
Drapeau de France Français
Profession Réalisateur
Scénariste
Producteur de cinéma
Metteur en scène
Acteur
Films notables Répulsion
Le Bal des vampires
Rosemary's Baby
Chinatown
Le Locataire
Tess
Le Pianiste

Roman Polanski, né Rajmund Roman Thierry Polański le dans le 12e arrondissement de Paris[1], est un réalisateur, producteur et scénariste franco-polonais, également comédien, ainsi que metteur en scène de théâtre et d'opéra[2],[3].

Il a notamment réalisé Répulsion, Cul de sac, Le Bal des vampires, Rosemary's Baby, Chinatown, Le Locataire, Tess, Le Pianiste, Oliver Twist, The Ghost Writer ou encore Carnage. Il a reçu quatre fois le César du meilleur réalisateur entre 1980 et 2014, et l'Oscar du meilleur réalisateur en 2003.

Sa vie privée est connue pour plusieurs faits marquants : son enfance dans le ghetto de Cracovie, l’assassinat de sa deuxième femme, Sharon Tate, par des membres d’une secte en 1969 ainsi que sa condamnation dans une affaire de crime sexuel sur mineur en 1977.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance : de Paris au ghetto de Cracovie[modifier | modifier le code]

Raymond (ou Rajmund) Thierry[4] Liebling[5],[6] est né le à Paris[4], d'un père juif polonais, peintre de son état, Ryszard Liebling, et d'une mère d'origine russe, Bula Katz Przedborska.

Son père fait changer le nom de la famille en « Polański ». Le jeune Raymond, par facilité de prononciation, est rapidement appelé « Roman (ou Romek) » Polański[7],[8]. Il vit en France jusqu'à l'âge de trois ans avant que sa famille ne reparte pour la Pologne. Il passe alors son enfance à Cracovie, un endroit jusqu'alors sûr, d'où son père était originaire. Sa sœur Annette, née d'une précédente union de sa mère, lui fait découvrir le cinéma[8].

Après l'invasion de l’ouest de la Pologne par les troupes allemandes en septembre 1939, il est contraint de vivre dans le ghetto de Cracovie. Il échappe à la déportation, contrairement à ses parents et à sa sœur. Sa mère, enceinte, meurt à Auschwitz. Échappé du ghetto, il se réfugie à la campagne chez des fermiers avant de revenir à Cracovie où, devenu vagabond, il trompe la vigilance allemande et survit grâce à l'entraide clandestine d'habitants et d'autres enfants, et grâce au marché noir. Il a alors dix ans. Il ne revoit son père qu'en 1945, lors du retour de celui-ci du camp de concentration de Mauthausen[8].

Il commence à s'intéresser au cinéma dès sa jeunesse, même dans le ghetto, avec un ami qui possède un projecteur à manivelle et des films des frères Lumière. À 8 ans, enfui du ghetto et recueilli par une famille à la campagne, il fréquente beaucoup le cinéma, ne pouvant aller à l'école interdite aux juifs. Il raconte : « Aller au cinéma n'était pas considéré comme un acte patriotique : la façade du bâtiment était régulièrement recouverte de graffitis comme « Seuls les porcs vont au cinéma ». Je me retrouvais donc souvent dans des salles vides, à regarder des films allemands, les seuls à être projetés : des comédies stupides, des opérettes nullissimes ou des drames de propagande. Je savais que c'était nul, mais être dans la salle me plaisait »[9].

Débuts artistiques (1946-1961)[modifier | modifier le code]

Après la guerre, dans les camps de scouts, il découvre, adolescent, sa vocation d'artiste et de comédien, prise peu au sérieux par son père. Polanski explique que son goût pour « les blagues et les farces [l'a] beaucoup aidé dans les moments difficiles[10] ». En 1946, il intègre la troupe de la Joyeuse Bande, destinée à enregistrer des spectacles radiophoniques à coloration communiste pour les enfants. Deux ans plus tard, après une audition, il est choisi pour le rôle principal du Fils du régiment. Il y interprète un jeune paysan, coqueluche de l'Armée rouge et prisonnier des Allemands durant la guerre. La pièce devient, au fil des représentations, un triomphe national[8].

Ce succès lui ouvre les portes d'une carrière de comédien. En 1949, il rate son Certificat de maturité (bac polonais), mais entre à l’École des beaux-arts grâce à ses talents de dessinateur. Il en est renvoyé un an plus tard[8]. En 1953, il rencontre Andrzej Wajda, jeune auteur encore méconnu, qui le dirige dans Génération et devient son ami[8]. Il considère alors Wajda comme « le premier metteur en scène polonais » ayant réussi à réaliser des films qui s'éloignent de la « grande hypocrisie » du cinéma d'État de l'époque[11].

En 1955, Polański est reçu au concours de l'École nationale de cinéma de Łódź où il réalise huit courts métrages remarqués à l'international. À cette époque, naît son amitié avec Jerzy Skolimowski, lui aussi étudiant à Łódź, ainsi qu'avec le jazzman Krzysztof Komeda qui compose la musique de la plupart de ses films jusqu'à sa mort en 1969[11]. Le jazz est très important pour le groupe de jeunes dont il fait partie car il constitue une sorte de « rébellion » en Pologne. Il leur permet de se sentir plus modernes et « éloignés de la culture officielle[11] ». Il commence à faire l'acteur dans ses films d'école, parce que les budgets en sont très faibles et qu'il pense pouvoir « faire mieux que certains acteurs[11] ».

En 1958, il obtient plusieurs récompenses pour Deux hommes et une armoire. À cette période, il épouse l'actrice principale de la majorité de ses films courts : Barbara Kwiatkowska dont il divorce en 1961.

Révélation critique (1962-1967)[modifier | modifier le code]

En 1962, il réalise son premier long métrage, le seul tourné dans sa langue maternelle : Le Couteau dans l'eau, coécrit avec Jerzy Skolimowski. Il y met en scène les rapports de forces entre un journaliste sportif brutal et un étudiant arrogant sur un voilier. Le film est mal accueilli en Pologne bien qu'il ne soit pas un réquisitoire explicite du mode de vie socialiste[12]. Mais il fait planer un climat d'insécurité et laisse en suspens l'idée de tension sociale et de lutte de classes que les régimes communistes prétendent avoir abolie[13]. On reproche au metteur en scène de ne pas faire un cinéma au service de l'État et de signer ainsi son passeport pour l'Occident[12]. Le film lui ouvre en effet les portes de l'Ouest : après un succès international et un prix obtenu à la Mostra de Venise, Le Couteau dans l'eau est projeté officiellement au Festival de New York, fait la une du Time magazine et reçoit une nomination à l'Oscar du meilleur film étranger, qui lui échappe au profit de 8 1/2 de Federico Fellini[12].

Polanski s'installe à Paris où il rencontre son ami Gérard Brach. À ses côtés, il écrit plusieurs scénarios qu'il tente de vendre, sans succès. C'est une époque qu'il qualifie par la suite de « vaches maigres »[11],[14]. Il s'établit ensuite à Londres où il connait « une des périodes les plus heureuses de [sa] vie », réjoui de découvrir l'industrie du cinéma britannique qu'il intègre facilement, nonobstant sa méconnaissance d'alors de la langue anglaise[11].

Il met finalement en scène son second long métrage, un thriller produit par Gene Gutowski et coécrit avec Brach, ayant pour thème la schizophrénie : Répulsion, avec Catherine Deneuve. L'année suivante, il se rend en Irlande afin d'y tourner une comédie noire et misanthrope, proche du théâtre de l'absurde : Cul-de-sac, interprétée par Donald Pleasence et Françoise Dorléac. Ces deux œuvres lui permettent de remporter respectivement un Ours d’argent et un Ours d’or au Festival de Berlin en 1965 et 1966.

En 1967, le réalisateur retrouve Gutowski, Brach et Komeda pour écrire, produire et réaliser la comédie horrifique Le Bal des vampires, son premier film en couleur et en CinémaScope. Cette réalisation se veut une parodie burlesque des productions de la Hammer[15]. Polanski y tient le haut de l'affiche avec la comédienne américaine Sharon Tate qu'il épouse le .

Reconnaissance hollywoodienne (1968-1970)[modifier | modifier le code]

Roman Polanski est repéré par le jeune producteur américain Robert Evans[NB 1] qui lui confie la réalisation de son premier film hollywoodien, produit par Paramount : le thriller fantastique Rosemary's Baby adapté du best-seller éponyme d'Ira Levin. L'histoire est celle d'une jeune femme victime d'une secte de sorciers octogénaires adorateurs de Satan qui fait d'elle la mère de l’Antéchrist. Le livre est, selon Polanski, un « thriller remarquablement construit ». Le réalisateur est cependant agnostique et décide lors de l'écriture du scénario de ne pas garder l'aspect surnaturel de l'histoire, « Pour la crédibilité, je décidai donc de préserver une équivoque : la possibilité que les expériences surnaturelles de Rosemary soient un pur produit de son imagination enfiévrée. Voilà pourquoi une ambiguïté court délibérément tout le long du film »[L1 1]. Le rôle principal est confié à Mia Farrow alors que celui de son mari est attribué à John Cassavetes.

Produit pour un budget de deux millions de dollars, Rosemary's Baby se hisse au sommet du box-office de 1968, lance la mode des thrillers sataniques (L'Exorciste, La Malédiction…) et est reconnu par la critique comme l'un des grands chefs-d'œuvre du cinéma fantastique dans sa manière de suggérer l'horreur et de jouer de l'angoisse surnaturelle dans la banalité quotidienne[16]. Deux fois nommé aux Oscars en 1969, le film vaut à Ruth Gordon, la voisine maléfique, la statuette du meilleur second rôle féminin. Polanski se voit quant à lui remettre le David di Donatello du meilleur réalisateur étranger. En 2014, Rosemary's Baby est sélectionné dans le National Film Registry de la Bibliothèque du Congrès pour être préservé comme étant « culturellement, historiquement ou esthétiquement signifiant »[17].

Au faîte de sa gloire, Polanski est néanmoins ébranlé par un nouveau drame dans sa vie : alors qu'il est en pleine préparation d'un film au Royaume-Uni, une adaptation du roman d'anticipation de Robert Merle Un animal doué de raison, sa femme Sharon Tate, enceinte de huit mois, trois de leurs amis proches, et un ami du jeune gardien de la propriété sont assassinés dans la demeure du couple, à Los Angeles sur Cielo Drive, par des proches de Charles Manson, gourou d'une secte appelée « la Famille » et tueur en série notoire.

Période européenne, puis retour à Hollywood (1971-1976)[modifier | modifier le code]

Malgré la dépression qu'il traverse, Roman Polanski se plonge dans le travail et développe une adaptation du roman d'Henri Charrière intitulé Papillon[L1 2]. Le projet est néanmoins abandonné, malgré la présence de Warren Beatty au générique, faute de financement[L1 3]. Après la mort de Sharon Tate, Polanski se voit proposer de nombreux scénarii horrifiques qu'il refuse jusqu'au dernier, « Bien peu de sujets me paraissaient dignes d'efforts. Je croyais savoir, en outre, que mon prochain film serait examiné plus pour son sujet que pour sa qualité. Un récit d'aventure comme Papillon eût été acceptable ; une comédie, un film d'horreur ou un policier étaient hors de question »[L1 4].

Passionné depuis l'enfance par l’œuvre de William Shakespeare, il finit par choisir de tourner une adaptation de la tragédie Macbeth. Le film est en partie produit par Hugh Hefner et la filiale de production du groupe Playboy après les refus successifs des studios hollywoodiens[L2 1]. Le tournage, avec Jon Finch et Francesca Annis dans les rôles principaux, a lieu au pays de Galles et est continuellement retardé retardé à cause des pluies abondantes. Lors de sa sortie en 1971, Macbeth est considéré par la critique comme une réaction de Polanski après le meurtre de sa femme. Selon lui, « la plupart des critiques américains estimèrent que j'avais utilisé ce film dans un but cathartique. La vérité est que j'avais choisi Macbeth parce que j'espérais que Shakespeare au moins me mettrait au-dessus de tout soupçon »[L1 5]. La violence du film lui est également reproché mais, d'après Polanski, « Macbeth est une pièce violente. On doit la montrer telle qu'elle est. Ne pas la montrer telle qu'elle est. Ne pas la décrire de façon réaliste, c'est immoral et nuisible. Si l'on ne dérange pas les gens, c'est de l'obscénité »[L2 2]. Malgré l'échec commercial du film, Roman Polanski souhaite en réaliser un autre immédiatement afin de « prouver que j'en étais encore capable »[L1 6].

Il tourne alors en Italie une comédie grinçante à l'humour absurde avec Marcello Mastroianni, Quoi ?, sortie en 1972. Le film est pour le réalisateur « un produit de son époque. La production s'est déroulée dans le bref intervalle qui a séparé l'invention de la pilule de l'apparition du sida. Une époque bénie où le sexe était encore un plaisir et non pas quelque chose de dangereux »[L2 3]. Polanski ajoute, « Sur le film lui même, il n'y a peu à dire. Il eu du succès en Italie, connut une modeste carrière dans le reste de l'Europe et fut un échec complet aux États-Unis »[L2 4].

Alors qu'il souhaite s'installer définitivement à Rome, Roman Polanski se laisse convaincre par Jack Nicholson et le producteur Robert Evans de revenir aux États-Unis afin de travailler sur un projet de film noir intitulé Chinatown[L1 7]. Selon le réalisateur, le scénario original écrit par Robert Evans « débordait d'idées, de dialogues remarquables et de personnages magistralement campés mais souffrait de l'excessive complication d'une intrigue qui partait un peu dans tous les sens. Il n'était pas filmable en l'état, mais, enfoui dans ses cent quatre-vingts et quelques pages, se cachait un film merveilleux »[L1 7]. Malgré un tournage prévu à Los Angeles qui lui rappelle le drame de 1969, Roman Polanski est fasciné par le projet et réécrit pendant huit semaines le scénario avec Evans[L1 8],[L1 9]. L'objectif du réalisateur est de « créer une atmosphère à la Philip Marlowe, ce que je n'avais pas trouvé dans les films comme je le trouvais dans les romans de Dashiell Hammett ou Raymond Chandler »[L2 5]. Il souhaite également faire un film réaliste et « recréer le style de l'époque grâce à une reconstitution scrupuleuse du décor, des costumes et du langage — et non pas une imitation délibérée, en 1973, des techniques des films des années trente »[L2 6].

Le rôle du détective privé, J.J. Gittes, est confié à Nicholson et celui de la femme fatale à Faye Dunaway. Les relations du réalisateur avec cette dernière sont désastreuses pendant le tournage, Polanski reprochant à l'actrice l'attention obsessionnelle qu'elle apporte à son interprétation, sa coiffure et à son maquillage, mais reconnaît néanmoins n'avoir jamais rencontré une actrice prenant son travail avec autant de sérieux[L2 7],[18]. Lors de sa sortie en 1974, Chinatown connaît un grand succès public et critique. Produit pour un budget de six millions de dollars, le film en rapporte près de trente rien qu'aux États-Unis. Il est également récompensé par quatre Golden Globes, dont celui du meilleur film dramatique et du meilleur réalisateur pour Polanski, et reçoit onze nominations aux Oscars, Robert Towne remportant le trophée du meilleur scénario original. En 1991, Chinatown est sélectionné dans le National Film Registry de la Bibliothèque du Congrès pour être préservé comme étant « culturellement, historiquement ou esthétiquement signifiant »[19]. Le film est également considéré comme l'un des meilleurs films réalisé par Roman Polanski et, plus généralement, comme l'un des plus grands films de l'histoire du cinéma[20].

Après avoir mis en scène l'opéra d'Alban Berg, Lulu, pour le festival de Spolète en Italie en 1974[L1 10], Roman Polanski revient à Paris où il concrétise un projet d'adaptation du roman de Roland Topor, Le Locataire chimérique[L1 11]. Le Locataire, qu'il fait éclairer par Sven Nykvist, chef opérateur attitré d'Ingmar Bergman, puis qu'il réalise et joue aux côtés d'Isabelle Adjani et de Shelley Winters, voit le jour en 1976. Cependant, même si l'étrangeté paranoïaque et cauchemardesque du récit séduit aujourd'hui les critiques qui considèrent cette œuvre comme l'une de ses plus abouties, cette fable sur l'aliénation urbaine et l'anomie, d'une fantaisie noire proche du délire, est mal reçue lors de sa présentation en compétition au 29e Festival de Cannes et ne rencontre pas le succès commercial escompté[L1 12]. Selon Polanski, le film « reste une expérience ratée mais intéressante, admirée par certains étudiants des écoles de cinéma et considérée par d'autres comme un film culte »[L2 8]. La même année, le réalisateur assure la direction scénique du Rigoletto de Giuseppe Verdi pour l'Opéra de Munich[L1 13].

Années parisiennes (1979-1999)[modifier | modifier le code]

Définitivement établi en France à partir de 1978 suite à une affaire de crime sexuel sur une mineure, Roman Polanski s'engage dans une entreprise de grande ampleur dont Claude Berri est le principal producteur : en mémoire de sa défunte épouse Sharon Tate, il réalise un mélodrame rural et romantique, Tess, qu'il considère comme « le film de ma maturité »[L2 9]. Il s'agit de l'adaptation du roman de Thomas Hardy, Tess d'Urberville, qui évoque les malheurs d'une jeune paysanne sous l'ère victorienne. « Ce qui m'a attiré dans le personnage de Tess, c'est ce mélange d'incroyable honnêteté, de soumission et de fatalisme. Elle ne se plaint jamais. Des choses terribles lui arrivent, et elle ne se plaint jamais, jusqu'à la fin »[L2 10]. Le rôle-titre est confié à Nastassja Kinski[NB 2],[21],[22],[23]. Le tournage s'étale sur une période de neuf mois sur quatre saisons et quarante lieux différents. Pour Polanski, « Tess a exigé beaucoup d'efforts, de temps et d'énergie. Et pourtant, la plupart des acteurs et techniciens se souviennent de ce tournage comme de l'un des plus heureux de leur vie. Une partie de l'atmosphère idyllique a dû se refléter dans le film »[L2 11].

La post-production du film est cependant difficile pour le réalisateur qui va jusqu'à parler de l'une des pires expériences de sa carrière[L2 10]. Afin de respecter les délais de sortie, il doit utiliser simultanément cinq salles de montage afin de trier une quarantaine d'heures de pellicules. Le montage du film s'étale sur une période d'un an où se succèdent deux monteurs différents[L2 10]. Un conflit éclate alors entre Polanski et Berri, le producteur voulant amputer le film de trente minutes pour faciliter son exploitation, Polanski refusant les coupes et ayant beaucoup de mal à trouver un montage adéquat. Hervé de Luze est finalement engagé pour finaliser le montage et devient dès alors le monteur attitré de Polanski[24]. Tess est un grand succès, à la fois critique et commercial, lors de sa sortie en 1979, et permet à Roman Polanski de remporter deux César, celui du meilleur film et du meilleur réalisateur[25],[26]. Le film reçoit également le Golden Globe du meilleur film en langue étrangère ainsi que trois Oscars sur six nominations. Malgré la réception du film, Polanski envisage de mettre un terme à sa carrière de réalisateur, désabusé par sa post-production[L1 14].

Roman Polanski connaît ensuite un accueil triomphal pour son retour au théâtre avec la pièce de Peter Shaffer, Amadeus, qu'il met en scène et interprète au côté de François Périer en 1981[L2 12]. Trois ans plus tard, il publie son autobiographie, Roman par Polanski, aux éditions Robert Laffont.

Il fait son retour au cinéma avec le film d'aventure Pirates, en hommage aux films d'aventures hollywoodiens des années 1930 qui ont bercé son enfance : ceux entre autres de Michael Curtiz avec Errol Flynn. Le tournage en Tunisie se révèle cauchemardesque. Selon le producteur exécutif Thom Mount, « Pirates fut un exemple classique de manque de préparation, de développement incomplet et d'échec à la mise en œuvre. Tout est allé de travers »[L2 13]. En plus des différents problèmes météorologiques et financiers — le budget passa de treize millions et demi de dollars à trente-trois millions et demi, les acteurs Walter Matthau et Cris Campion ne sont pas à la hauteur des espérances de Polanski[L2 14]. Ce dernier considère Pirates comme son projet le plus difficile, « J'ai dû consentir à trop de compromis. J'ai dû tailler à vif dans le script et me résigner à un casting qui ne me convenait pas. Travailler comme un fou pendant vingt-huit semaines sur la Méditerranée et en Tunisie avec une équipe internationale dont les membres ne se comprenaient pas entre eux, avec un budget insuffisant et toutes sortes d'obstacles naturels... Pour chaque plan, j'avais l'impression d'arracher un poisson de la gueule d'un requin »[L2 14]. Présenté hors-compétition lors du 39e Festival de Cannes en 1986, Pirates est un désastre critique et commercial, rapportant seulement un peu plus de six millions de dollars de recettes à l'échelle mondiale.

Roman Polanski accepte ensuite une commande d'un studio hollywoodien, la Warner, qui lui laisse une entière liberté sur le sujet et le scénario. Il écrit alors avec Gérard Brach le thriller hitchcockien Frantic dans lequel un cardiologue américain, joué par Harrison Ford, se retrouve confronté à la disparition de sa femme. Le tournage a lieu à Paris, le réalisateur souhaitant tourner dans sa ville après deux années passées en Tunisie. « L'idée était de tourner un film sur les choses que je connais, de montrer mon Paris. Je voulais me débarrasser de tout ce qui était trop pittoresquement parisien, montrer la ville telle qu'elle se présente aujourd'hui. C'était la ville comme je la vois et non pas telle que l'imaginent les Américains »[L2 15]. C'est cette occasion qu'il rencontre sa future femme, de trente-trois ans sa cadette, Emmanuelle Seigner, qu'il épouse en 1988, l'année de la sortie du film. Le film est un succès critique et commercial modéré.

Polanski souhaite ensuite changer radicalement de sujet afin de pouvoir explorer la traîtrise des relations humaines. Il signe alors Lunes de fiel, libre adaptation du roman éponyme de Pascal Bruckner, sur une histoire d'amour tortueuse et perverse qui voit un couple se consumer tout en entraînant un couple d'Anglais rangés dans un maelström érotique autodestructeur. Les rôles principaux sont confiés à Emmanuelle Seigner, Hugh Grant, Kristin Scott Thomas et Peter Coyote. Bien que suggéré dans la presse, le réalisateur nie que ce film soit représentatif de sa relation avec sa nouvelle épouse, alors âgée de vingt-cinq ans, ou présente un quelconque caractère autobiographique[L2 16]. Le film n'est pas un grand succès lors de sa sortie en 1992 mais, selon Polanski, « le budget n'était pas considérable, aussi avons-nous travaillé dur et sous une terrible pression, mais j'ai fait ce que je voulais, et personne n'a contesté le résultat »[L2 16]. Toujours en 1992, il dirige pour la scène de l'Opéra Bastille une nouvelle version des Contes d'Hoffmann d'Offenbach avec José van Dam et Natalie Dessay.

Le dramaturge chilien Ariel Dorfman accepte parmi plusieurs propositions celle de Polanski d'adapter pour le cinéma sa pièce à succès, La Jeune Fille et la Mort, racontant les traumatismes subis par les victimes des tortures dans les dictatures d'Amérique latine. Selon Dorfman, « je savais qu'avec lui, j'avais un réalisateur qui comprendrait le sens profond de l'histoire sans que j'aie besoin de lui expliquer. Il avait connu ce genre de répression plusieurs fois dans sa vie. J'avais besoin d'un réalisateur capable d'interpréter La Jeune Fille et la Mort à partir de sa propre expérience »[L2 17]. Polanski avoue être fasciné par le fait de raconter une même histoires par différents personnages, « de mettre en lumière ces points de vue qui ne concordent pas »[L2 18]. Le film, tourné dans l'ordre chronologique de façon à maintenir l'évolution émotionnelle des acteurs — Sigourney Weaver, Ben Kingsley et Stuart Wilson, est un succès critique mais un échec commercial lors de sa sortie en 1994[L2 19]. La même année, Roman Polanski joue face à Gérard Depardieu l'un des rôles principaux du film de Giuseppe Tornatore, Une pure formalité.

Il débute en 1996 le tournage d'une production ambitieuse intitulée The Double, librement inspirée d'une nouvelle de Fiodor Dostoïevski, avec John Travolta et Isabelle Adjani dans les rôles principaux. Mais, à la suite de différends avec Travolta concernant des modifications du script, le projet est abandonné alors que les contrats des techniciens sont signés et les décors construits aux studios de Boulogne[27]. Polanski se tourne alors vers le théâtre et met en scène en 1997 Fanny Ardant dans la pièce de Terrence McNally, Maria Callas, la leçon de chant, qui lui vaut une nomination aux Molières[28]. La même année, il supervise la création d'une comédie musicale adaptée du Bal des vampires qui démarre à Vienne et entame une tournée triomphale de Stuttgart à Hambourg. En 1998, il est élu membre de l'Académie des Beaux-Arts dans la catégorie Création artistique pour le cinéma et l'audiovisuel (créée en 1985).

Il revient au cinéma avec une adaptation du roman d'Arturo Pérez-Reverte, Le Club Dumas, qu'il intitule La Neuvième Porte, avec Johnny Depp et Emmanuelle Seigner dans les rôles principaux. Selon le réalisateur, le livre est « un superbe divertissement, un roman baroque, ludique, foisonnant, ouvrant sans cesse de nouvelles pistes, vraies ou fausses. J'y ai pris un grand plaisir, mais il m'a semblé que sa transposition exigeait des choix précis et rigoureux. Le cinéma, dans mon esprit, demande des constructions plus cohérentes, plus rigides. Il fallait aussi faire un tri pour aboutir à un film d'une durée normale. C'est pourquoi j'ai seulement retenu ce que j'aimais le plus dans ce récit. C'est un défi d'adapter un roman aussi complexe, mais j'aime ce genre de travail. J'aborde cela comme un jeu de patience, comme l'assemblage d'un vaste puzzle, et j'y trouve de grandes satisfactions »[29]. Le film comporte quelque deux cents effets spéciaux, certains plus convaincants que d'autres selon le propre aveu de Polanski[L2 20]. Ce dernier considère La Neuvième Porte comme un échec artistique, « Je voulais que le film soit une comédie, une parodie du genre. Mais il semble que personne n'ait vraiment saisi mon propos. Je crois aussi que Johnny n'a pas saisi le côté humoristique de son personnage. C'est un très bon acteur et son interprétation est excellente, mais ce n'est pas tout à fait le ton que je souhaitais »[L2 21]. Lors de sa sortie, le film rencontre un succès critique et commercial modéré.

Consécration internationale (années 2000)[modifier | modifier le code]

« Le Pianiste est un film que j'aurais pu tourner les yeux fermés, ayant moi-même vécu ces événements et en les gardant très présents en moi[L2 22]. »

— Roman Polanski

Roman Polanski avec Adrien Brody au Festival de Cannes 2002

Au début des années 1990, connaissant le passé de Roman Polanski et son désir de réaliser un jour un film sur l'Holocauste, Steven Spielberg lui propose de mettre en scène La Liste de Schindler. Polanski refuse, le sujet étant trop proche de son vécu, « Cela parlait de gens que je connaissais personnellement. Je ne pouvais pas tourner cette histoire »[L2 23]. Le but du réalisateur n'est pas de faire un film autobiographique mais d'utiliser son expérience dans un film de fiction sur le sujet. Lorsqu'il découvre quelques années plus tard les mémoires du pianiste polonais Wladyslaw Szpilman racontant sa survie pendant la Seconde Guerre mondiale, Polanski est convaincu que « le moment était venu. On ne trouve pas souvent des récits de ce genre »[L2 23]. Le réalisateur est particulièrement sensible à ce qu'il appelle « la précision et la distance que le survivant porte en lui » et confie le rôle de Szpilman à Adrien Brody, « Je n'ai jamais cherché la ressemblance physique. Je voulais un acteur qui puisse se glisser dans la peau du personnage tel que je l'avais imaginé en travaillant sur le scénario. Il était important que ce soit quelqu'un de peu connu. Le film étant tourné en anglais, il nous fallait un acteur qui parle la langue. Quand j'ai vu quelques-uns des films d'Adrien Brody, je n'ai plus hésité : il était Le Pianiste »[30].

Polanski estime qu'il s'agit de son film le plus personnel et les recherches préalables sont pour lui plus douloureuses que le tournage, « Cependant, pendant les six mois de tournage, il y eut des moments qui me rappelaient les événements passés avec une telle intensité que j'en avais le souffle coupé »[L2 24]. Les ruines de Varsovie sont reconstituées aux studios de Babelsberg, le réalisateur refusant de recourir aux images de synthèse. Le Pianiste est présenté en compétition lors du 55e Festival de Cannes en 2002 où le jury présidé par David Lynch lui décerne la Palme d'or. Le film est un triomphe aussi bien critique que commercial et reçoit sept Césars l'année suivante dont ceux du meilleur film[31], du meilleur réalisateur[32] et du meilleur acteur pour Brody[33]. Le Pianiste est également nommé pour sept Oscars dont celle du meilleur film et remporte trois statuettes lors de la 75e Cérémonie : meilleur réalisateur pour Polanski, meilleur acteur pour Brody et meilleure adaptation pour Ronald Harwood. Malgré les demandes, le cinéaste ne se rend pas à Los Angeles où l'annonce de sa victoire provoque une ovation debout dans l'assistance[34]. Remettant le prix, Harrison Ford, acteur de Frantic, s'engage à lui transmettre personnellement le trophée, ce qu'il fait publiquement, cinq mois plus tard, au Festival du cinéma américain de Deauville[35]. Roman Polanski considère Le Pianiste comme sa meilleure oeuvre et déclare, « En vérité, pendant le tournage, j'ai eu l'impression que tout ce que j'avais fait jusqu'alors n'était qu'une répétition en vue de ce tournage »[L2 25].

Après Le Pianiste, Roman Polanski joue dans le film Zemsta (2002) réalisé par son compatriote Andrzej Wajda. L'année suivante, il met en scène Hedda Gabler, le drame d'Henrik Ibsen, avec Emmanuelle Seigner dans le rôle-titre, au Théâtre Marigny. Puis il supervise à Stuttgart en 2004 et à Berlin en 2005 une nouvelle version de la comédie musicale tirée de son classique Le Bal des vampires[36].

Roman Polanski en 2007

Alors qu'il souhaite tourner un film que ses enfants puissent voir, Roman Polanski, au cours d'une conversation avec sa femme, se remémore la comédie musicale de Carol Reed, Oliver ! (1968), tirée du roman de Dickens et choisit de proposer une nouvelle version d'Oliver Twist. « J'ai relu le livre, et ce fut un véritable bonheur — l'humour, l'ironie, le sarcasme sont irrésistibles. Les personnages sont superbement décrits. C'était un défi, et j'ai pensé qu'il y avait là une histoire remarquable, un trésor d'idées, de situations, d'atmosphères, bref un excellent prétexte pour recréer un monde disparu. Tous ces éléments étaient captivants. Reconstituer le Londres du XIXe siècle dans un studio, voilà un exploit digne d'un réalisateur »[L2 26]. Oliver Twist est tourné principalement aux Studios Barrandov de Prague en République tchèque, avec les acteurs Barney Clark dans le rôle titre et Ben Kingsley, pour un budget de 50 millions d'euros, le plus important dont Polanski ait jamais disposé[L2 27]. Le film est présenté pour la première fois lors du 30e Festival international du film de Toronto en 2005 et reçoit des critiques positives mais n'obtient pas le succès commercial escompté.

En 2006, Roman Polanski dirige Thierry Frémont au Théâtre Hébertot dans Doute, écrit par John Patrick Shanley[37]. L'année suivante, il entreprend de réaliser une adaptation du roman Pompéi de Robert Harris[38]. Ce dernier est engagé pour l'écriture du scénario qui relate la destruction de Pompéi et ses villes environnantes par l'éruption du Vésuve en 79. Le tournage est prévu pour durer cinq mois en Italie, avec Orlando Bloom et Scarlett Johansson dans les rôles principaux, pour un budget de 130 millions de dollars[39]. Polanski abandonne cependant le projet à la suite de problèmes d'emploi du temps, de financement et de retards de production dus à la grève des scénaristes à Hollywood, entamée à l'été 2007 et terminée en 2008[40].

En 2007, il dirige Denis Podalydès, Sara Forestier et Michel Vuillermoz dans Cinéma érotique, l'un des segments du film à sketches Chacun son cinéma, œuvre collective en l'honneur des soixante ans du Festival de Cannes. Lors de la conférence de presse réunissant les différents réalisateurs, dont les frères Coen, les frères Dardenne, David Cronenberg, David Lynch, Pedro Almodóvar, Jane Campion ou encore Alejandro González Iñárritu, Polanski évoque "une occasion unique d'avoir une assemblée de metteurs en scène importants" et déplore la pauvreté des questions qui leurs sont posées, avant de partir brutalement[41]. En 2009, il réalise Greed, une fausse publicité sur commande de l'artiste plasticien Francesco Vezzoli, avec Natalie Portman et Michelle Williams, dans laquelle il parodie la stratégie et l’esthétique publicitaires lors d'un lancement de parfum [42].

Adaptations à succès (années 2010)[modifier | modifier le code]

Le projet Pompéii n'ayant pas abouti, Robert Harris envoie au réalisateur un exemplaire de son roman L'Homme de l'ombre avant même qu'il ne soit publié[43]. Polanski décide immédiatement de signer l'adaptation de l'ouvrage sur grand écran. L'histoire, qui rappelle au cinéaste les romans de Raymond Chandler, est celle d'un écrivain fantôme engagé pour réécrire les mémoires de l'ancien chef du gouvernement britannique, lui-même inspiré par Tony Blair. Le tournage de The Ghost Writer a lieu en Allemagne avec un casting composé d'Ewan McGregor, Pierce Brosnan, Olivia Williams, Kim Cattrall ainsi qu'Eli Wallach. La post-production du film est marquée par l'arrestation à Zurich de Polanski le , rattrapé par l'affaire de 1978. Il achève le film de sa cellule puis de son chalet de Gstaad où il est astreint à résidence durant plusieurs mois avant sa libération par les autorités suisses le [L2 28]. La première de The Ghost Writer a lieu lors du 60e festival du film de Berlin où Polanski se voit décerner l'Ours d'argent de la meilleure mise en scène[44]. Le film est acclamé aussi bien par la presse que le public et Polanski obtient l'année suivante les Césars du meilleur réalisateur[45] et de la meilleure adaptation[46].

Roman Polanski en 2011

Durant son assignation à résidence, Roman Polanski développe une adaptation de la pièce Le Dieu du carnage de Yasmina Reza en collaboration avec son auteure. L'histoire est celle de deux couples réglant leurs comptent après une bagarre entre leurs enfants respectifs. La pièce est pour Polanski une « une satire des valeurs bourgeoises conventionnelles, du politiquement correct et de l'hypocrisie des politesses mondaines avec ses sourires factices » et représente pour lui un défi artistique, à savoir celui de faire un film en temps réel et dans un lieu restreint[47]. Le tournage, précédé de deux semaines de répétitions intensives, a lieu au studios de Bry-sur-Marne et met en scène les comédiens Jodie Foster, Kate Winslet, Christoph Waltz et John C. Reilly. Rebaptisé Carnage, le film est présenté en compétition lors de la 68e Mostra de Venise en 2011 où il reçoit un accueil favorable de la presse et du public et permet à Roman Polanski de remporter l'année suivante le César de la meilleure adaptation, pour la deuxième année consécutive[48],[49].

En 2012, Roman Polanski se rend au Festival de Cannes afin de présenter une version restaurée de Tess dans la section Cannes Classics, ainsi qu'un spot publicitaire intitulé A Therapy, réalisé pour Prada avec Ben Kingsley et Helena Bonham Carter, qu'il définit comme « une espèce d'antipublicité »[50]. Son agent américain, Jeff Berg, lui fait alors découvrir le texte de la pièce de théâtre La Vénus à la fourrure du dramaturge américain David Ives, inspirée du roman homonyme de Leopold von Sacher Masoch. Le réalisateur est séduit par l'humour — "Le texte était tellement drôle que je riais tout seul – ce qui est quand même rare. L’ironie de la pièce, qui frôle parfois le sarcasme, était irrésistible", et par l'idée d'offrir un beau rôle à sa femme[51]. Ce huis clos à deux personnages se déroule intégralement dans un théâtre et met en scène l'inversion du rapport de forces entre un metteur en scène hautain et une comédienne apparemment stupide. Le tournage, censé débuter au mois de novembre 2012 au théâtre Récamier avec Emmanuelle Seigner et Louis Garrel dans les rôles principaux, est finalement reporté en janvier 2013 suite au remplacement de Garrel par l'acteur Mathieu Amalric[52]. Présenté la même année en compétition au 66e Festival de Cannes, La Vénus à la fourrure est plébiscité par la presse et permet à Roman Polanski de remporter un quatrième César de la meilleure réalisation[53].

Lors de la promotion de La Vénus à la fourrure, Roman Polanski dévoile travailler sur une nouvelle adaptation d'un roman de Robert Harris, D., à propos de l'affaire Dreyfus et dans laquelle il voit un parallèle entre l'acharnement médiatique et judiciaire envers le capitaine Dreyfus et ses propres déboires avec la presse[54]. Le projet est repoussé à plusieurs reprises, suite à de nombreuses difficultés de production et de casting, et n'a à ce jour pas été réalisé[55]. En 2014, Roman Polanski réalise le clip du single You think you're a man de sa femme, Emmanuelle Seigner, reprise d'une chanson de Divine du même titre[56]. La même année, il met en scène une nouvelle version de la comédie musicale tirée de son classique Le Bal des vampires, dont les représentations ont lieu entre octobre 2014 et juin 2015 au Théâtre Mogador à Paris[36]. En 2016, son autobiographie Roman par Polanski est rééditée, enrichie d'un épilogue où le réalisateur revient sur les trois décennies qui ont passé depuis la première publication, notamment sur les récents rebondissements concernant l'affaire de 1978[57].

Roman Polanski avec Eva Green et Emmanuelle Seigner lors de la présentation du film D'après une histoire vraie au festival de Cannes 2017

Alors que son projet sur l’affaire Dreyfus est à nouveau repoussé, Roman Polanski se voit soumettre par sa femme la lecture du roman D'après une histoire vraie de Delphine de Vigan, lauréat du Prix Renaudot et du prix Goncourt des lycéens en 2015. Le réalisateur est immédiatement attiré par cette histoire d’une romancière en panne d’inspiration qui se retrouve confrontée à une admiratrice de plus en plus intrusive et toxique, « Le roman renferme des personnages et des situations parfois étranges que j’ai déjà pu aborder dans Cul de sac, Répulsion, Rosemary’s Baby. C’est aussi un livre qui raconte l’histoire d’un livre, et j’aime beaucoup ça. C’était déjà le cas de La Neuvième porte, de The Ghost Writer. Et puis c’était l’occasion de montrer enfin l’affrontement de deux femmes. J’ai souvent traité la confrontation de deux hommes, ou d’un homme et d’une femme, mais jamais de deux femmes »[58]. Polanski contacte alors le producteur Wassim Béji, détenteur des droits pour le cinéma, et décide avec lui de tourner rapidement le film afin de le présenter dès l’année suivante au Festival de Cannes[59]. Le tournage, avec Emmanuelle Seigner dans le rôle de la romancière et Eva Green dans celui de l'admiratrice, est « difficile » pour Polanski, le réalisateur ayant dû renoncer aux répétitions avant de débuter les prises de vues. D'après une histoire vraie est présenté hors-compétition lors du 70e édition Festival de Cannes où il reçoit des critiques plutôt négatives[60]. Roman Polanski dévoile une nouvelle version du film quatre mois plus tard lors du Festival du film de Zurich où il explique dans un entretien qu'il n'avait pas pu « refuser l’offre de Cannes, mais c’était un travail en cours, une première version » et ajoute être « fier » du montage final[61].

Vie privée[modifier | modifier le code]

Roman Polanski épouse en premières noces l'actrice polonaise Barbara Lass qu'il dirige dans plusieurs de ses courts métrages. Leur union dure trois ans, de 1959, année de leur mariage, à 1962, celle de leur divorce[62].

Sharon Tate, la seconde épouse de Polanski, assassinée en 1969.

Le , il épouse à Londres l'actrice américaine Sharon Tate, rencontrée sur le tournage du Le Bal des vampires deux ans plus tôt[63]. Le couple s'installe ensuite à Los Angeles dans une villa construite sur les collines d'Hollywood et précédemment habitée parle producteur de musique Terry Melcher[64]. Le , alors que Roman Polanski se trouve à Londres pour préparer un tournage, Sharon Tate, alors enceinte de huit mois et demi, est assassinée à leur domicile avec quatre de ses amis par des membres de la communauté appelée « la famille » dirigée par le criminel Charles Manson. Elle est notamment poignardée seize fois, alors que son sang est utilisé pour écrire « Pig » (« Porc ») sur la porte d'entrée[64]. Les premières recherches pour identifier et retrouver les meurtriers sont infructueuses. Polanski est alors harcelé par les médias et les paparazzis, certains allant jusqu'à insinuer que les meurtres sont le résultat d'un style de vie dépravé[65]. Le réalisateur tient une brève conférence de presse afin d'honorer la mémoire de sa femme et dénoncer les dérives des journaux, « Ces derniers mois avaient été la seule période de vrai bonheur de toute ma vie. Les faits qui seront dévoilés jour après jour feront honte à beaucoup de journalistes qui, pour des raisons égoïstes, écrivent des choses insupportables sur ma femme »[66],[67]. Une fois les assassins arrêtés, il est révélé que Manson souhaitait se venger de Terry Melcher, ce dernier ayant refusé de produire un disque de ses compositions, sans savoir que celui ci avait déménagé. La perte de Sharon Tate est pour Polanski « la plus grande tragédie de ma vie. Je n'ai pas été moi-même pendant des années »[67]. Dans son autobiographie, le réalisateur écrit que le meurtre de sa femme est « la seule ligne de partage qui ait réellement compté dans ma vie » et explique que sa personnalité optimiste laissa place à un « pessimisme viscéral », une « éternelle insatisfaction de l'existence » et la « certitude que tout bonheur, toute joie se payent un jour »[L1 15].

En 2005, il remporte un procès en diffamation contre Vanity Fair. Le magazine est condamné à lui verser des indemnités de soixante-quinze mille euros pour avoir affirmé dans un article que le réalisateur avait fait des avances à une « beauté suédoise », avant même l'enterrement de Sharon Tate. Polanski déclare lors du procès qu'il s'agit d'un « mensonge épouvantable »[68],[69].

Emmanuelle Seigner et son époux Roman Polanski à la 36e cérémonie des César en 2011

En 1985, Roman Polanski rencontre l'actrice française Emmanuelle Seigner par l'intermédiaire de l'agent artistique Dominique Besnehard. Le couple se marie le dans le 8e arrondissement de Paris. Ils ont deux enfants, Morgane, actrice et réalisatrice née en 1993, et Elvis, musicien né en 1998[70]. Dans un entretien accordé à Paris Match en 2012, Roman Polanski déclare « Ma rencontre avec Emmanuelle est la meilleure chose qui me soit arrivée. C'est quelqu'un avec qui je peux continuer de vivre... et le temps que nous avons passé ensemble prouve que je ne me suis pas trompé »[71].

Il est athée[9].

Style et thèmes[modifier | modifier le code]

Parcours international[modifier | modifier le code]

Par son cosmopolitisme, sa maîtrise des langues[NB 3] et son parcours, Polanski est un réalisateur atypique à l'univers pluriel et cohérent[72]. La critique évoque chez lui une capacité à se renouveler tout en restant fidèle à certaines préoccupations esthétiques et thématiques[15]. La diversité des genres qu'il aborde et qu'il s'amuse parfois à confondre (thriller, film historique, drame psychologique, film noir, comédie, film fantastique), la maîtrise technique de ses films et ses audaces formelles en font une figure majeure du 7e art[15]. Ses courts métrages et Le Couteau dans l'eau sont contemporains du cinéma européen moderne dont il partage certains thèmes et motifs tout en revendiquant un style singulier, marqué par un sens aigu de la narration et une atmosphère malsaine[73]. Polanski apparaît avec l'émergence des nouveaux cinéastes d'Europe centrale dans les années 1960 parmi lesquels Andrzej Wajda et Jerzy Skolimowski, ses collègues et amis de l'école de Łódź[74].

Néanmoins, il outrepasse le cadre du cinéma polonais et prend part à d'autres courants de la cinématographie mondiale : avec Répulsion, Cul-de-sac et Le Bal des vampires, il participe au renouveau de l'industrie britannique[73]. Il devient ensuite l'une des figures de proue du Nouvel Hollywood grâce à Rosemary's Baby et Chinatown[73]. Avec Macbeth, Quoi ? et Le Locataire, il montre son esprit d'indépendance et son attachement au cinéma d'auteur européen[73]. Définitivement établi en France pour raisons judiciaires à partir de Tess, il profite de son prestige international pour collaborer avec plusieurs majors américaines et européennes. Il met sur pied des projets anglophones ambitieux et très coûteux dans lesquels il dirige de grandes stars (Harrison Ford, Sigourney Weaver, Johnny Depp, Jodie Foster...). Polanski bénéficie alors, en toute liberté et à distance, du confort de production d'Hollywood ou de modèles équivalents[73].

Gilles Jacob distingue « deux Polanski », « Le réalisateur audacieux des premiers films et des courts métrages. Et l'autre celui des grands films à vocation populaire [...]. L'un, inventeur de surprises, de formes cinématographiques, de trouvailles bizarres (les pommes de terre qui germent dans le frigo de Répulsion, les œufs de Cul-de-sac), l'autre, plus accompli peut-être, mais plus attendu aussi. »[75].

Œuvre et esthétique[modifier | modifier le code]

Roman Polanski, Emmanuelle Seigner et Mathieu Amalric au Festival de Cannes 2013 lors de la présentation de La Vénus à la fourrure.

Pessimiste et reliée aux traumatismes de l'enfance, son œuvre révèle une profonde unité car elle se veut une exploration du mal sous toutes ses facettes : persécution de l'innocence, corruption de l'homme face au pouvoir, triomphe des personnages machiavéliques, occultisme, agression, régression mentale, ambiguïté sexuelle[76]… Elle illustre les passions excessives et les tréfonds les plus noirs de l'âme humaine ainsi que les méandres de l'oppression psychologique[76]. Le réalisateur crée un univers cérébral et tortueux dans lequel se côtoient un ton absurde, ironique et paranoïaque et plusieurs visions fantastiques[76]. Dans ses fictions marquées par l'inquiétante étrangeté, l'individu, à la fois victime de ses actions, du monde extérieur et de son entourage, peut basculer à tout moment dans la folie, la mort ou l'autodestruction[76]. Dès le début de sa carrière, il alterne adaptations littéraires ou théâtrales et scénarios originaux. Après la disparition de Gérard Brach, son ami et co-scénariste attitré, il ne signe plus que des adaptations. Sa vision du monde est rapprochée de Franz Kafka et son style de la Mitteleuropa pour son mélange de bizarrerie, de bouffonnerie et de noirceur[77]. Toutefois, l'empreinte du cinéma classique hollywoodien et des comédies noires anglaises des années 1950 est également notable[77].

Ses longs métrages se distinguent par un découpage minutieux, une économie des mouvements de caméra et une composition sophistiquée (distorsion des perspectives, cadrages étouffants, lumière stylisée, disproportion entre les objets du décor et la position des acteurs etc.)[73]. La bande sonore se veut plate et s'attache à reconstituer des détails apparemment sans importance au détriment d'une mise en relief plus globale[73]. Ses génériques, souvent confiés à de grands graphistes (Jan Lenica, Maurice Binder, André François, Jean-Michel Folon), réfléchissent la nature administrative, nominative, de ses récits.

On retrouve, dans ses films, un goût de la difformité, du grotesque et de l'humour noir[73]. En plus de Kafka, des analogies sont établies avec Samuel Beckett, Witold Gombrowicz, Bruno Schulz, Jérôme Bosch, Pierre Bruegel l'Ancien, Vincent van Gogh, Fritz Lang, Federico Fellini, Orson Welles et Billy Wilder qu'il considère comme des influences majeures[73],[78],[79],[80]. La critique cite également l'empreinte du Limier de Joseph L. Mankiewicz sur La Vénus à la fourrure[NB 4],[81]. Polanski évoque par ailleurs la découverte déterminante, dans sa jeunesse, de Huit heures de sursis de Carol Reed, Hamlet de Laurence Olivier et la peinture de Jan van Eyck[82]. S'il parle d'Orson Welles comme d'un « héros de cinéma »[83], il dit en revanche avoir été peu inspiré par Alfred Hitchcock sauf pour Répulsion car Psychose avait à l'époque lancé la mode des thrillers schizophréniques[84].

À partir de Chinatown, ses mises en scène passent à un classicisme apaisé mais gardent le climat sombre ou inquiétant, le pessimisme fondamental et le perfectionnisme plastique des débuts[72]. Selon lui, Le Pianiste marque une rupture par sa volonté d'abandonner tous les « effets de cinéma » antérieurs[85]. Polanski a alors souhaité raconter une histoire difficile sur ton sobre et épuré, exigeant que « le réalisateur s'efface pour garder la bonne distance. »[85]. Pour les images du film, il a puisé dans ses souvenirs d'enfance et son expérience traumatique du ghetto afin d'être au plus près de la réalité[85]. Aujourd'hui, il considère Le Pianiste comme son film le plus abouti[86]. Pirates et Oliver Twist s'inscrivent, quant à eux, dans un cadre à part comme hommage nostalgique au cinéma hollywoodien d'antan, avec un message presque optimiste[87].

Grand découvreur de talents (Nastassja Kinski, Emmanuelle Seigner, Adrian Brody...), Polanski est également connu pour montrer ses acteurs sous un jour nouveau : le jeu des vedettes qu'il dirige révèle souvent une facette inattendue ou plus opaque[72].

Thématique[modifier | modifier le code]

Parmi les thèmes privilégiés du réalisateur, on retrouve essentiellement :

  • La perversion, le malsain
  • L'étrange, le dissonant
  • L'élégance
  • Le corps et la puissance physique.

La cruauté du destin de ses personnages est mise en œuvre avec un plaisir pervers dans un contexte culturel se voulant relevé, élitaire ou sophistiqué, ce qui accentue précisément l'impression de malaise. Ses films se situent souvent dans un univers clos et théâtralisé dont la représentation est déréalisée par l'intervention de la violence ou de l'irrationnel (l'appartement dans Répulsion, Rosemary's Baby, Le Locataire, Lunes de fiel et Carnage, l'auberge d'Europe centrale et le château médiéval dans Le Bal des vampires, le manoir entre ciel, terre et mer de Cul-de-sac, le voilier du Couteau dans l'eau, la villégiature en haut de falaise dans La Jeune Fille et la mort, le ghetto de Varsovie dans Le Pianiste, la maison insulaire de The Ghost Writer, la salle de théâtre dans La Vénus à la fourrure…). La frontière entre réalité, hallucination, monde quotidien et cauchemar est abolie[73].

Lorsqu'il est amené à filmer la nature, Polanski cherche à lui donner une dimension picturale et fait en sorte qu'elle rappelle la campagne polonaise de son enfance (Tess, Oliver Twist)[72],[73]. Par ses derniers films dans lesquels il réduit ostensiblement ses budgets colossaux (Carnage, La Vénus à la fourrure), il appelle de ses vœux à une nouvelle fusion entre théâtre et cinéma afin de retrouver des histoires plus simples et émouvantes, sans les artifices, la complexité ou l'extrême violence des productions majoritaires[88].

Les principales caractéristiques de son œuvre sont donc[89] :

  • Les intrigues fantastiques
  • Les appartements maléfiques et les huis clos
  • La folie
  • Le cauchemardesque et le délire
  • Le complot
  • La paranoïa
  • L'anomie
  • L'aliénation
  • La barbarie
  • Le point de vue des victimes et des dominés dans l'Histoire
  • La perte de l'innocence
  • L'enfance bafouée
  • La dialectique maître-esclave
  • L'ambiguïté du mal et du rapport entre victime et bourreau
  • La relation au monde extérieur ou à autrui vécue comme une effraction ou une violation
  • L'humour noir
  • Le tragique absurde
  • Un jeu sur les noms ou la manière de nommer
  • Un goût prononcé pour le baroque
  • Le satanisme

Méthodes de travail[modifier | modifier le code]

Polanski est connu pour être un cinéaste très énergique et minutieux, obsessionnellement attentif au moindre détail[73]. Contrairement à plusieurs de ses confrères, il revendique une parfaite connaissance des caméras, de l'optique et du son : ses compétences dépassent souvent celles de ses techniciens dont il serait en mesure d'occuper la fonction[73]. Ses savoirs ont été acquis lors de sa formation en école de cinéma où il dut tourner à tous les postes sur les courts métrages de ses camarades[73]. Il eut également pour exercice d'analyser et de reproduire les plans de classiques du cinéma[73]. Le cinéaste vante régulièrement l'enseignement de ses professeurs de Łódź qui l'encourageaient à approfondir ses compétences pratiques[73]. Par ailleurs, ceux-ci l'incitaient à trouver instinctivement les compositions révélatrices de son style[90]. Polanski explique que certains cours étaient obligatoires sous peine de renvoi et que les leçons de photographie étaient primordiales[85]. L'idée fondamentale qu'il a retenue est que le cinéma, « est une longue série de photos qui défilent au rythme de 24 images par seconde. Ce qu'on voit sur l'écran n'est rien d'autre qu'une photo, suivie d'une autre photo, etc. Ce n'est pas la réalité. Il faut toujours garder ça à l'esprit. »[85]. Revendiquant, en ce sens, une approche extrêmement cadrée de la mise en scène, il a toujours refusé d'être rapproché de la Nouvelle Vague française[NB 5] dont il déplore le manque de professionnalisme et la méconnaissance technique[77],[91],[92].

À l'exception du Pianiste et Oliver Twist qu'il a tout de même supervisés, Polanski a rédigé seul ou co-écrit le scénario de tous ses longs métrages, estimant que la phase d'écriture constitue une partie de la mise en scène[85]. S'il n'est pas crédité comme auteur au générique de Chinatown en raison des accords entre syndicats professionnels américains, il a toutefois décidé des axes dramatiques majeurs du film (la scène d'amour entre les protagonistes, le dénouement tragique), entrant en conflit avec le scénariste attitré Robert Towne[85]. Comme ancien élève des Beaux-Arts, Polanski fonctionne par croquis ou dessins humoristiques pour visualiser scènes et personnages à l'instar de Fellini[84].

Adepte du cinéma de studio, notamment pour l'importance qu'il donne au décor, Polanski utilise plusieurs trucages de pointe et des incrustations numériques dans ses dernières réalisations[72]. Il fait souvent appel aux progrès des industries techniques comme ce fut le cas pour l'utilisation de la Louma sur Le Locataire ou de la technologie Dolby System sur Tess qui n'était pas encore maîtrisée en France[93].

Extrêmement exigeant et désireux de garder le contrôle absolu sur ses films, de l'écriture à la distribution, en passant par le montage et le mixage, Polanski demande à ses comédiens et ses collaborateurs un engagement total : il se démarque par une manière très physique d'occuper le lieu de tournage et par une direction d'acteurs autoritaire qui lui a valu des frictions notables avec John Cassavetes, Jack Nicholson, Faye Dunaway, Johnny Depp ou encore Ewan McGregor[72],[94]. Il évite tant que possible les storyboards[85]. Généralement, il prépare ses interprètes en incarnant devant eux tous les rôles et établit, quand il le peut, son découpage de plans aux répétitions, lorsqu'il les voit évoluer sur le plateau[85],[80]. Emmanuelle Seigner explique qu'il met beaucoup de temps à composer ses plans et règle de manière millimétrique ses cadres, sur le modèle de Fritz Lang et Orson Welles[95]. Elle ajoute qu'il inscrit le corps de l'acteur dans ses images avec « une redoutable précision, déterminant avec fermeté la place de la tête, la courbure du cou ou le positionnement des doigts. Pourtant, dans le même temps, il laisse une liberté absolue dans le jeu. »[95].

Particularités[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Réalisateur[modifier | modifier le code]

Courts métrages[modifier | modifier le code]

Longs métrages[modifier | modifier le code]

Prochainement
  • Prévu pour 2017 : The Dreyfus Affair, qui aura pour sujet l'affaire Dreyfus[99].

Acteur[modifier | modifier le code]

Scénariste[modifier | modifier le code]

Producteur[modifier | modifier le code]

Théâtre[modifier | modifier le code]

Opéra[modifier | modifier le code]

Poursuites judiciaires[modifier | modifier le code]

Un article Roman Polanski sexual abuse case (en) existe en anglais.

Depuis l'année 1977, Roman Polanski (alors âgé de 44 ans) est poursuivi pour une affaire de crime sexuel sur une mineure de 13 ans. L'adolescente a déclaré avoir subi un viol sous l'emprise de l'alcool et de drogue. La victime, Samantha Gailey (future épouse Geimer), a été sélectionnée pour une séance de prise de vues commandée par l'édition française du magazine Vogue. Durant la séance, dans la propriété californienne de Jack Nicholson qui était absent[100], Roman Polanski lui a fait boire du champagne avec un sédatif, le méthaqualone, très utilisé à l'époque comme drogue récréative, avant de la contraindre à un rapport anal[100].

Polanski est alors incarcéré pendant 42 jours. Il a plaidé coupable pour rapports sexuels illégaux avec un mineur[101] en échange de l'abandon des charges plus graves de viol, de sodomie et de fourniture d'alcool et de drogue à un mineur, en accord avec le juge. Polanski part ensuite au Royaume-Uni puis en France, dont il possède la nationalité depuis plus d'un an[102]. Comme d'autres États, la France refuse généralement l'extradition de ses citoyens[103]. Sous le coup d'un mandat d'arrêt américain lancé en 1978, il ne revient jamais sur le sol américain. Certains ont estimé qu'il aurait pu être jugé en France[104],[105], mais la porte-parole du procureur de Los Angeles fait observer que ce n'est pas possible dans la mesure où Polanski a déjà été reconnu coupable des faits par la justice californienne, se heurtant ainsi au principe non bis in idem.

La justice américaine va alors tenter de mettre la main sur Polanski lors de ses déplacements à l'étranger. Des demandes d'extraditions sont adressées aux pays avec lesquels les États-Unis ont signé une convention d'extradition : en mai 1978 au Royaume-Uni, en décembre 1986 au Canada, en 1988 en Allemagne, au Brésil, au Danemark et en Suède, en octobre 2005 en Thaïlande et en 2007 en Israël. Cependant toutes ces tentatives ont été vaines[106].

En 1993, Roman Polanski se serait engagé à verser à Samantha Geimer une indemnité de 500 000 dollars dans un délai de deux ans. Polanski ne tient pas cet engagement dans le délai convenu[107] et la somme qu'il a finalement versée à Samantha Geimer demeure inconnue[108]. La victime souhaite alors retourner à l'anonymat et exprime son désir d'abandonner les poursuites contre le cinéaste, ce qui semble indiquer que le différend portant sur l'indemnisation a été résolu[109]. Celle-ci est sortie du silence à deux reprises : en 2003 pour écrire à l'Académie des Oscars et dire aux votants qu'il fallait juger l'artiste et non l'homme en lui-même[110] à propos du film Le Pianiste et en 2008 en apparaissant à la première du documentaire de Maria Zenovich, Roman Polanski: Wanted and Desired, réitérant pour l'occasion son souhait de délaisser toute procédure à l'encontre du réalisateur pour éviter de revivre ce traumatisme et pour protéger ses enfants[111]. Polanski ne lui a jamais adressé de message public en retour[111]. Samantha Geimer révèle en 2013 que le réalisateur lui a envoyé une lettre d'excuses privée depuis déjà plusieurs années[112].

Le , alors qu'il se rend au festival de film de Zurich en Suisse afin d'y recevoir un prix pour l'ensemble de sa carrière, il est arrêté par la police à Zurich dans le cadre d'un traité d’entraide judiciaire pénale que la Suisse a signé avec les États-Unis, par lequel les deux parties s’engagent à se livrer réciproquement les personnes poursuivies pour des faits d’une certaine gravité[113],[114]. Très rapidement, il reçoit le soutien personnel d'une centaine de représentants du monde politique, dont Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture[115], et artistique[116],[117] (notamment en France et en Pologne, les deux pays dont il a la nationalité), puis aux États-Unis[116].

La plupart des grands journaux américains approuvent cette arrestation[118], s'étonnant du soutien manifesté au réalisateur, étonnement partagé par une partie de la population américaine[119]. Ces soutiens soulèvent également des oppositions et indignations dans l'opinion publique et la presse française[120],[121], certains commentateurs soulignant la fracture que révèle l'affaire entre l'opinion du peuple et celle des élites[122]. Un journal américain s'interroge sur le coût de cette arrestation. Ainsi, dans son édition du , le Los Angeles Times juge-t-il curieux que le district attorney du comté de Los Angeles, alors que l'État de Californie est en proie à des difficultés financières et à une surpopulation carcérale, cherche à boucler Polanski pour une affaire vieille de 32 ans et alors même que la victime a exprimé le souhait que les poursuites cessent[123],[124]. Néanmoins, dans l'ensemble, les journaux américains rappellent que la pédophilie est un crime grave et que Polanski a fui la justice[118]. La conseillère fédérale suisse responsable du département de Justice et Police Eveline Widmer-Schlumpf défend quant à elle l'arrestation comme conforme au traité d'extradition helvético-américain[125] et comme manifestation de l'égalité devant la loi. Elle affirme par ailleurs que l'arrestation ne résulte d'aucune pression politique américaine[126]. Dans l'ensemble, la classe politique suisse approuve l'arrestation de Polanski[127].

Les États-Unis et la Suisse ont signé ensemble une convention d'extradition en 1990 qui est entrée en vigueur en 1997[128]. Roman Polanski s'oppose à son extradition. L'article 22 du traité d'extradition prévoit qu'il « s'applique pour tous les faits commis avant ou après son entrée en vigueur » sauf lorsque la procédure d'extradition a été lancée avant son entrée en vigueur, auquel cas un traité de 1900 doit être appliqué[129].

Le , le Tribunal pénal fédéral accepte sa libération conditionnelle contre une caution de 4,5 millions de francs suisses (environ 3 millions d'euros) et une assignation à résidence avec port d'un bracelet électronique à son chalet de Gstaad en Suisse[130].

Le , la cour d’appel du 2e district de Californie a rejeté sa demande de pouvoir être jugé par contumace, ouvrant la voie à son extradition vers les États-Unis. La demande d’abandon des poursuites présentée par la victime a également été rejetée[131].

Le , Roman Polanski sort de son silence dans une lettre ouverte publiée sur le site de Bernard-Henri Lévy, La règle du jeu, intitulée, « Je ne peux plus me taire »[132].

Le , l'actrice britannique Charlotte Lewis, que Polanski avait dirigée dans Pirates, accuse également le cinéaste d'avoir abusé d'elle « de la pire des façons » lorsqu'elle avait 16 ans[133]. Un des avocats de Roman Polanski, Me Georges Kiejman, a menacé de poursuivre Charlotte Lewis en justice pour ses allégations[134].

Le , La règle du jeu, le site de Bernard-Henri Lévy, rend publique une liste de noms de signataires de la pétition en soutien à Roman Polanski lancée au lendemain de l'arrestation du cinéaste en Suisse. Parmi plus de 400 noms, figurent Isabelle Adjani, Paul Auster, Pascal Bruckner, Patrice Duhamel, Isabelle Huppert, Milan Kundera, Yann Moix, Salman Rushdie, Barbet Schroeder, Mathilde Seigner, Jean-Pierre Thiollet, Danièle Thompson et Henri Tisot[135].

Le , Dominique Sels, favorable à la libération du cinéaste, et qui avait réagi dans Libération dès le 6 octobre 2009[136], publie San Fernando Valley, impressions[137], dans lequel elle écarte l’outil d’analyse habituel connu sous le nom de domination masculine, pour interroger « l’emprise maternelle, qui a l’antériorité biologique et qui n’est parfois pas plus enviable »[NB 6], par exemple quand il s’agit de prendre les filles pour des objets[138]. Elle replace aussi ce fait divers ancien, donc enveloppé d’incertitudes, dans le contexte des années 1970, libertaires et xénophobes[NB 7].

Roman Polanski en 2011, au Festival du film de Zurich : le cinéaste recevait à cette occasion le prix pour l'ensemble de sa carrière qui aurait dû lui être décerné à l'époque de son arrestation deux ans plus tôt[139].

Le , la ministre suisse de la Justice Eveline Widmer-Schlumpf annonce que le cinéaste « ne sera pas extradé vers les États-Unis et les mesures de restriction de sa liberté sont levées » en raison d'un possible vice de procédure dans la demande d’extradition américaine. Polanski retrouve la liberté[140],[141]. Les autorités américaines ont fait appel de la décision. Elles avaient auparavant refusé de faire parvenir aux autorités suisses un procès-verbal d'une audition du procureur de l'époque, arguant du caractère confidentiel de la pièce, et amenant l'Office fédéral de la justice à refuser l'extradition.

Interpol rappelle aux États membres de l'organisation qu'une notice rouge concernant Roman Polanski est toujours en vigueur, et qu'il est toujours considéré comme fugitif[142],[143]. Désormais, les trois pays où Polanski peut circuler librement sont donc la France, la Pologne et la Suisse.

En octobre 2013 alors que sort en salles La Vénus à la fourrure, Samantha Geimer, qui souhaite que toute poursuite judiciaire soit abandonnée, assure en France la promotion de son livre La Fille[112]. Elle y revient sur la traque dont elle a fait l'objet après les faits et dit correspondre ponctuellement par mail avec le cinéaste depuis 2009[144],[145]. Elle affirme par ailleurs lui avoir pardonné[112].

Le tribunal de Los Angeles a refusé de réexaminer le dossier de son affaire[146].

En 2017, l'Académie française des arts et techniques du cinéma le désigne comme président de la prochaine cérémonie des César. Il décide cependant de décliner cet honneur[147], des associations féministes ayant vivement protesté contre sa désignation, en raison de sa situation judiciaire. Une pétition a circulé, en faveur de sa destitution ainsi qu'un appel au boycott de l'évènement[148]. Samantha Geimer prend une nouvelle fois publiquement la défense de Roman Polanski, s'insurgeant contre les associations féministes qu'elle accuse d'utiliser son nom et son histoire sans son consentement afin de servir leurs propres intérêts[149].

En août 2017, une femme identifiée sous le nom de « Robin » accuse Roman Polanski de l'avoir agressée sexuelle en 1973, alors qu'elle avait 16 ans. En octobre de la même année, il est accusé pour la quatrième fois d'agression sexuelle sur mineure. L'ancienne actrice allemande Renate Langer affirme en effet que Roman Polanski l'a violée en 1972, alors qu'elle avait 15 ans. La police suisse annonce alors ouvrir une enquête[150].

Distinctions[modifier | modifier le code]

Roman Polanski a reçu plusieurs récompenses au cours de sa carrière, dont un Oscar, trois Golden Globes, une Palme d'or au Festival de Cannes, trois Bafta, un Ours d'or au Festival de Berlin et huit Césars. Il est également commandeur de l'Ordre des Arts et des Lettres.

Récompenses[modifier | modifier le code]

Cinéma[modifier | modifier le code]

Théâtre[modifier | modifier le code]

Nominations[modifier | modifier le code]

Cinéma[modifier | modifier le code]

Théâtre[modifier | modifier le code]

Honneurs[modifier | modifier le code]

Box-office[modifier | modifier le code]

Box-office des films réalisés par Roman Polanski
Film Budget Drapeau des États-Unis États-Unis Drapeau de la France France Monde Monde
Le Couteau dans l'eau (1962) NC NC 107 266 entrées NC
Répulsion (1965) 300 000 $ NC 520 361 entrées NC
Cul-de-sac (1966) NC NC 312 099 entrées NC
Le Bal des vampires (1967) 2 000 000 $ NC 3 411 078 entrées NC
Rosemary’s Baby (1968) 3 200 000 $ 33 400 000 $ 1 320 288 entrées NC
Macbeth (1971) 3 100 000 $ NC 164 729 entrées NC
Quoi ? (1972) NC NC 395 040 entrées NC
Chinatown (1974) 6 000 000 $ 23 169 837 $ 1 822 631 entrées NC
Le Locataire (1976) NC 1 924 733 $ 534 637 entrées NC
Tess (1979) 11 000 000 $ 20 093 330 $ 1 912 948 entrées NC
Pirates (1986) 40 000 000 $ 1 641 825 $ 1 939 268 entrées NC
Frantic (1988) 20 000 000 $ 17 637 950 $ 1 293 721 entrées NC
Lunes de fiel (1992) 5 000 000 $ 1 862 805 $ 764 956 entrées NC
La Jeune Fille et la Mort (1994) 12 000 000 $ 2 104 000 $ 408 628 entrées NC
La Neuvième Porte (1999) 38 000 000 $ 18 531 411 $ 1 425 170 entrées 58 271 973 $
Le Pianiste (2003) 35 000 000 $ 32 572 577 $ 1 594 548 entrées 120 066 587 $
Oliver Twist (2005) 60 000 000 $ 2 080 321 $ 1 513 871 entrées 42 487 287 $
The Ghost Writer (2010) 45 000 000 $ 15 541 549 $ 1 081 016 entrées 60 222 298 $
Carnage (2011) 25 000 000 $ 2 547 047 $ 437 278 entrées 27 603 069 $
La Vénus à la fourrure (2013) 9 200 000 $ 373 605 $ 264 029 entrées 4 872 082 $
  • Sources : JPBox-Office.com[151] et BoxOfficeMojo.com [152]
  • Légendes : Budget (entre 1 et 10 M$, entre 10 et 100 M$ et plus de 100 M$), États-Unis (entre 1 et 50 M$, entre 50 et 100 M$ et plus de 100 M$), France (entre 100 000 et 1 M d'entrées, entre 1 et 2 M d'entrées et plus de 2 M d'entrées) et Monde (entre 1 et 100 M$, entre 100 et 200 M$ et plus de 200 M$).

Publications[modifier | modifier le code]

  • (en) Roman Polanski, Roman Polanski's What?, Londres, Lorrimer. 106 pages, 1973 (ISBN 978-0-85647-033-2) et What?, New York, Third Press, 91 pages, 1973 (ISBN 978-0-89388-121-4)
  • (en) Three Film Scripts, Cul-de-sac [scénario original de Roman Polanski et Gérard Brach], Repulsion [scénario original de Roman Polanski et de Gérard Brach], Knife in the Water [Le Couteau dans l'eau, scénario original de Jerzy Skolimowski, Jakub Goldberg et Roman Polanski], introduction et traduction par Boleslaw Sulik, New York, Fitzhenry and Whiteside, 1975. 275 pages (ISBN 978-0-06-430062-9)
  • Le Locataire (scénario adapté par Gérard Brach et Roman Polanski, d'après le roman de Roland Topor : Le Locataire chimérique), Paris, L'Avant-Scène, 1976.
  • Roman Polanski, Roman par Polanski, Paris, Robert Laffont, , 502 p. (ISBN 2-221-00803-0)

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Robert Evans marque les années triomphales de la Paramount dans les années 1970 grâce au premier opus de la saga des Parrain réalisée par Francis Ford Coppola ou à Love Story d'Arthur Hiller, qu'il a tous deux financés. Un documentaire sorti en salles en 2005 lui a d'ailleurs été consacré : The Kid stays in the picture (en). Le travail d'Evans consistait à laisser une très grande liberté au metteur en scène, contrairement à l'ensemble des majors américaines. Polanski s'en est expliqué dans plusieurs entretiens, notamment dans celui accordé à la chaîne franco-allemande Arte en décembre 2006. Evans a d'ailleurs supporté ses colères sur le plateau, l'a soutenu dans ses altercations avec John Cassavetes et a accepté des prolongations de tournage jusqu'à se brouiller personnellement avec Mia Farrow, engagée sur un autre projet avec son mari de l'époque Frank Sinatra, projet qu'elle abandonne finalement pour finir le film et qui sera l'une des causes de leur divorce (épisode relaté par Evans lui-même dans The Kid stays in the picture).
  2. Le cinéaste avait entretenu une idylle, à partir de 1976, avec Nastassja Kinski. La comédienne avait alors 15 ans. Tous deux ont un temps démenti leur relation.
  3. Outre le polonais et le français, Polanski parle couramment l'anglais, l'italien, l'espagnol et le russe. Ses courts et son premier long métrage Le Couteau dans l'eau ont été tournés en polonais. Quoi ? a été tourné en italien et La Vénus à la fourrure en français bien que la pièce dont il est adapté soit en langue anglaise. Toutes ses autres réalisations ont été tournées en anglais.
  4. Les deux films sont des adaptations théâtrales et des huis-clos à deux personnages, centrés sur le rapport de forces, le jeu, la duplicité et la manipulation.
  5. Dans ses mémoires, Polanski déclare : « On réalisait des films pour presque rien, et le plus souvent fort mal, sous la responsabilité de jeunes amateurs sans expérience. [...] Le snobisme intellectuel jouait aussi son rôle. Répugnant à passer pour des béotiens, les critiques encensaient des films "cérébraux" qui n’étaient pas seulement mal ficelés et lents, mais encore prétentieux et soporifiques. Je ne fis jamais partie de cette "Nouvelle Vague" et ne désirais pas en être. Je me voulais trop professionnel - et j'étais trop perfectionniste. Si je jugeai charmant Les Quatre Cents Coups de Truffaut et séduisant À bout de souffle de Godard, les autres films, en dehors des premières œuvres de Claude Chabrol, m’effaraient par leur amateurisme et leur pauvreté technique. Assister à leur projection était pour moi une torture insupportable. ». En 2013, il explique aux Inrocks ce qui le sépare de la Nouvelle Vague : « J'ai été formé par un autre modèle, plus hollywoodien. L'école de Łódź était inspirée par le cinéma soviétique, et le cinéma soviétique venait d'Hollywood. Avant de tomber définitivement dans l’absurdité totale, les Soviétiques envoyaient leurs réalisateurs à Hollywood pour apprendre les techniques américaines afin de construire leur propre industrie cinématographique. En apprenant mon métier, j'ai acquis par capillarité des gènes hollywoodiens. Quand je suis venu pour la première fois à Hollywood pour tourner Rosemary's Baby, je me sentais parfaitement à l’aise. ».
  6. Dominique Sels, San Fernando Valley, impressions, éditions de la Chambre au Loup, 2010, p. 48 : « L’emprise maternelle n’est pas plus enviable que la domination sociale masculine. L’emprise maternelle a l’antériorité biologique, elle est prioritaire. Des mères y possèdent leurs filles et leur transmettent un destin périmé. »
  7. Dominique Sels, San Fernando Valley, impressions, éditions de la Chambre au Loup, 2010, p. 97 : « les années soixante-dix cultivent l’amour libre, cette scène s’est refermée aujourd’hui. Le plaisir explose, on l’honore, on s’incline devant lui, on l’admet en des lieux où il n’a pas à se tenir ; comme si une rétroactivité pouvait s’appliquer, on veut se rattraper. Ils sont chantés, célébrés, encouragés, les ébats amoureux des adolescentes mineures ; l’humanité y vit soudain le plaisir par procuration. »
  8. Motivation du jury: Avec son film La Vénus à la fourrure, Roman Polanski atteint le sommet de son art de la mise en scène des duels psychologiques, débuté il y a plus de 50 ans déjà avec « Le Couteau dans l’eau » (Nóż w wodzie). Porté par un duo d’acteurs de talent (Emmanuelle Seigner et Mathieu Amalric), Polanski réussi avec ce film une formidable adaptation des jeux de rôles et de pouvoir du roman de Leopold Sacher-Masoch.

Références[modifier | modifier le code]

Roman par Polanski[modifier | modifier le code]

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Roman Polanski : une rétrospective[modifier | modifier le code]

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  2. p. 99.
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  4. p. 108.
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Autres[modifier | modifier le code]

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Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jacques Belmans, Roman Polanski, coll. Cinéma d'aujourd'hui, Paris, Seghers, 1971.
  • Stéphane Bonnotte, Frédéric Zamochnikoff, Polanski entre deux mondes, Paris, Michel Lafon, 2004.
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  • Florence Colombani, Roman Polanski : vie et destin de l'artiste, Paris, Philippe Rey, 2010.
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  • Dominique Sels, San Fernando Valley, impressions, Éditions de la Chambre au Loup, 2010 ; Kindle, 2011.
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  • Alexandre Tylski, Roman Polanski : l'art de l'adaptation, Paris, L'Harmattan, 2006.
  • Alexandre Tylski, Roman Polanski, Gremese, Rome, 2006.
  • Corinne Vuillaume, L'errance dans le carré du diable in Roman Polanski: l'art de l'adaptation, L'Harmattan, Paris, 2006, p. 169–190.
  • Alexandre Tylski, Roman Polanski, une signature cinématographique, Aléas, 2008.
  • Alexandre Tylski, Rosemary's Baby de Roman Polanski, Séguier, Coll. Carré Ciné, 2010
  • Franck Buioni, Absolute Directors : Rock, cinéma, contre-culture, tome 1, Camion Noir, 2011

Liens externes[modifier | modifier le code]

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