Samuel Beckett

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Samuel Beckett
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Samuel Beckett en 1977.

Nom de naissance Samuel Beckett
Naissance
Foxrock, Dublin, Drapeau du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande Royaume-Uni
Décès (à 83 ans)
Paris, Drapeau de la France France
Activité principale
Écrivain, dramaturge, poète.
Distinctions
Auteur
Langue d’écriture français, anglais, allemand

Œuvres principales

Samuel Barclay Beckett né à Foxrock, Dublin, le et mort à Paris le , est un écrivain, poète et dramaturge irlandais d'expression française et anglaise, prix Nobel de littérature en 1969. Il est l'auteur de romans, tels que Molloy, Malone meurt et L'Innommable et de poésies en prose, mais il est surtout connu pour son œuvre théâtrale. Son œuvre est austère et minimaliste, ce qui est généralement interprété comme l'expression d'un profond pessimisme face à la condition humaine. Ce pessimisme n'exclut cependant pas l'usage d'humour omniprésent chez l'auteur, l'un étant au service de l'autre, pris dans le cadre plus large d'une immense entreprise de dérision[1]. Avec le temps, il traite ces thèmes dans un style de plus en plus lapidaire, tendant à rendre sa langue de plus en plus concise et sèche. En 1969, il reçoit le prix Nobel de littérature pour « son œuvre, qui à travers un renouvellement des formes du roman et du théâtre, prend toute son élévation dans la destitution de l'homme moderne »[n 1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance[modifier | modifier le code]

Samuel Barclay Beckett est né le 13 avril 1906[n 2]. dans une famille bourgeoise irlandaise protestante : l'événement fut signalé dans la rubrique mondaine du The Irish Times daté du 16 avril. La demeure familiale, Cooldrinagh, située dans une banlieue aisée de Dublin – Foxrock – était une grande maison. La maison, le jardin, la campagne environnante où Samuel grandit, le champ de courses voisin de Leopardstown, la gare de Foxrock sont autant d'éléments qui participent au cadre de nombre de ses romans et pièces de théâtre. Il est le deuxième fils de William Frank Beckett, métreur, et May Barclay Roe, infirmière. Beckett et son frère aîné Franck sont d'abord élèves à la Earlsford House School, dans le centre de Dublin, avant d'entrer à la Portora Royal School d'Enniskillen, dans le comté de Fermanagh – lycée qui avait auparavant été fréquenté par Oscar Wilde[2]. Le 31 mars 2006 une de ses « plaques bleues », dédiée à Beckett, a été dévoilée par le Ulster History Circle à l’École Portora.

Formation[modifier | modifier le code]

Samuel Beckett étudie ensuite le français, l'italien et l'anglais au Trinity College de Dublin, entre 1923 et 1927. Il suit notamment les cours de A. A. Luce, professeur de philosophie et spécialiste de George Berkeley. Il obtient son Bachelor of Arts et, après avoir enseigné quelque temps au Campbell College de Belfast, est nommé au poste de lecteur d'anglais à l'École normale supérieure de Paris sur les recommandations de son professeur de lettres françaises et mentor Thomas Rudmose-Brown[3]. C'est là qu'il est présenté à James Joyce par le poète Thomas MacGreevy, un de ses plus proches amis, qui y travaillait aussi depuis 1926 mais avait décidé de quitter son poste pour se consacrer entièrement à la littérature. Cette rencontre devait avoir une profonde influence sur Beckett, qui devint garçon de courses puis « secrétaire » de James Joyce qui souffrait des yeux, l'aidant notamment dans ses recherches pendant la rédaction de Finnegans Wake[4].

Débuts littéraires[modifier | modifier le code]

C'est en 1929 que Samuel Beckett publie son premier ouvrage, un essai critique intitulé Dante... Bruno. Vico.. Joyce, dans lequel il défend la méthode et l'œuvre de James Joyce dont certains critiquent le style obscur. Les liens étroits entre les deux hommes se relâchèrent cependant lorsque Samuel repoussa les avances de Lucia, la fille de Joyce, dont il s'est rendu compte qu'elle était atteinte de schizophrénie, maladie que refusait de voir son père[5]. C'est aussi au cours de cette période que la première nouvelle de Beckett, Assumption, fut publiée par l'influente revue littéraire parisienne d'Eugène Jolas, Transition. L'année suivante, il est le lauréat d'un petit prix littéraire pour son poème Whoroscope, composé à la hâte en 1929, et inspiré par une biographie de Descartes que Beckett lisait alors[6].

En 1930, il revient au Trinity College en tant que lecteur et écrit en 1931 un deuxième essai en anglais intitulé Proust. En 1932, pour la revue This Quarter, il traduit un poème d'André Breton, Le Grand Secours meurtrier, paru en France dans le recueil Le Revolver à cheveux blanc et ayant pour thèmes les convulsionnaires de Saint-Médard et Lautréamont[7]. Il se lasse assez vite de la vie universitaire, et exprime ses désillusions d'une manière originale : il mystifie la Modern Language Society de Dublin en y portant un article érudit au sujet d'un auteur toulousain nommé Jean du Chas, fondateur d'un mouvement littéraire appelé « concentrisme » ; ni du Chas ni le « concentrisme » n'ont jamais existé, sinon dans l'imagination de Beckett, mais cela lui permet de se moquer du pédantisme littéraire. Pour marquer ce tournant important de sa vie, inspiré par la lecture des Années d'apprentissage de Wilhelm Meister, de Goethe, il écrit le poème Gnome, que publie le Dublin Magazine en 1934.

Après plusieurs voyages en Europe, notamment en Allemagne, Samuel Beckett se fixe en janvier 1938 définitivement à Paris, et emménage en avril rue des Favorites, dans le 15e arrondissement[8], peu avant la Seconde Guerre mondiale. Son premier roman, Murphy, fit l'objet de trente-six refus avant d'être finalement publié par les éditions Bordas en 1947[9].

Suzanne Dechevaux-Dumesnil et Samuel Beckett.

Le 7 janvier 1938, Beckett est poignardé dans la poitrine par un proxénète notoire dont il a refusé les sollicitations. Gravement blessé, il est transporté d'urgence à l'hôpital Broussais. La publicité entourant l'agression attire l'attention de Suzanne Dechevaux-Dumesnil, femme curieuse de théâtre et de littérature qui a rencontré Beckett au cours d'une partie de tennis quelques mois auparavant. Il entame avec elle une liaison (« Il y a aussi une jeune fille que j'aime bien, sans passion, et qui me fait beaucoup de bien[B 1] ») qui ne s'achèvera qu'à leur mort[10].

Seconde Guerre mondiale et résistance[modifier | modifier le code]

Le 18 avril 1939, il écrivait : « En cas de guerre, et je crains qu'il y en ait une bientôt, je me tiendrai à la disposition de ce pays[B 1] » Lors de la déclaration de la guerre, il se trouve en Irlande et regagne précipitamment Paris, qu'il quitte juste avant l'entrée des troupes allemandes pour Vichy puis Arcachon. Il est ensuite recruté au sein du réseau Gloria SMH[11] par son ami, le Normalien Alfred Péron pour rassembler les informations sur les mouvements de troupes allemandes. Quand le réseau est dénoncé, Samuel Beckett, prévenu par la femme de son ami Péron, échappe de peu à la police allemande. Il se réfugie d'abord dans la capitale chez l'écrivain Nathalie Sarraute, puis de 1942 à avril 1945 à Roussillon, dans le midi de la France[n 3]. Beckett apprend en 1945 qu'Alfred Péron est mort après la libération du camp de Mauthausen. Le 30 mars 1945, il se voit décerner la Croix de Guerre avec étoile d'or[12]. Selon son biographe James Knowlson, l'œuvre de l'écrivain est profondément marquée par les récits de déportation des camarades de Péron et par la guerre.

Succès[modifier | modifier le code]

Se consacrant entièrement à la littérature depuis les années 1930, Samuel Beckett entre dans une période de créativité intense de 1945 à 1950, période qu'un critique a appelé « le siège dans la chambre[13] ».

Au début des années 1950, Jérôme Lindon, directeur des éditions de Minuit, publie la première trilogie beckettienne de romans à clef : Molloy, Malone meurt, L'Innommable[14].

Les années 1960 représentent une période de profonds changements pour Beckett, dans sa vie personnelle comme dans sa vie d'écrivain. En 1961, au cours d'une cérémonie civile discrète en Angleterre, il épouse sa compagne Suzanne Déchevaux-Dumesnil, principalement pour des raisons liées aux lois successorales françaises. Le triomphe que rencontrent ses œuvres théâtrales l'amène à voyager dans le monde entier pour assister à de nombreuses représentations, mais aussi participer dans une large mesure à leur mise en scène. En 1956, la BBC lui propose de diffuser une pièce radiophonique : ce sera All That Fall (« Tous ceux qui tombent »). Il continue à écrire de temps à autre pour la radio, mais aussi pour le cinéma (Film, avec Buster Keaton) et la télévision. Il recommence à écrire en anglais, sans abandonner pour autant le français qui reste sa langue principale d'écriture.

Dans les années 50, il habite un hameau de Molien dans la commune de Ussy-sur-Marne et chaque matin il ramenait à l'école André The Giant, son voisin, il avait 12 ans et mesurait 1,90 et pesait 110 kilos. La rue principale du hameau porte son nom.

Le prix Nobel de littérature lui est attribué en 1969 : il considère cela comme une « catastrophe »[15] ; en fait, il rejette par là une certaine industrie beckettienne, au sens où cette récompense accroît considérablement l'intérêt de la recherche universitaire pour son œuvre[15]. D'autres écrivains s'intéressent à lui, et un flot constant de romanciers et de dramaturges, de critiques littéraires et de professeurs passent par Paris pour le rencontrer. Son désarroi de recevoir le prix Nobel s'explique aussi par son dégoût des mondanités et des devoirs qui y sont liés ; son éditeur Jérôme Lindon ira tout de même chercher le prix[15]. Emil Cioran, ami et admirateur de Beckett, écrira dans ses Cahiers : « Samuel Beckett. Prix Nobel. Quelle humiliation pour un homme si orgueilleux ! La tristesse d'être compris ! »[16].

Les années 1980 sont marquées par l'écriture de sa seconde trilogie : Compagnie (en), Mal vu mal dit, Cap au pire[17].

Fin de vie[modifier | modifier le code]

« Le vacarme dans son esprit soi-disant jusqu'à plus rien depuis ses tréfonds qu'à peine à peine de loin en loin oh finir. N'importe comment n'importe où. Temps et peine et soi soi-disant. Oh tout finir.[B 2] »

— Beckett, Soubresauts (1989)

Allée Samuel Beckett à Paris.
Tombe de Samuel Beckett au cimetière du Montparnasse, à Paris.

Suzanne Beckett, son épouse, décède le . Samuel Beckett, atteint d'emphysème et de la maladie de Parkinson, part dans une modeste maison de retraite où il meurt le 22 décembre de la même année. Il est enterré le 26 décembre au cimetière du Montparnasse[18] (12e division[19]), dans une tombe aux côtés de son épouse, « Inclinée comme de vieilles pierres tombales tendre mémoire s'inclinent. Dans ce ce vieux cimetière. Noms effacés et de quand à quand. Inclinées muettes sur les tombes de nuls êtres[B 3] ».

Domiciles[modifier | modifier le code]

Analyse de l'œuvre[modifier | modifier le code]

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« J'estime [...] qu'être un artiste est échouer comme nul autre n'ose échouer, que l'échec constitue son univers et son refus désertion, arts et métiers, ménage bien tenu, vivre[B 5] »

— Beckett, Bram van Velde

Toute l'œuvre de Beckett est traversée par une appréhension aiguë de la tragédie qu'est la naissance : « Vous êtes sur terre, c'est sans remède ! » dit Hamm, le protagoniste principal de Fin de partie. Cette vie doit tout de même être vécue. Car, ainsi qu'il est écrit à la fin de L'Innommable, « il faut continuer, je ne peux pas continuer, je vais continuer ».

L'œuvre est un témoignage sur la fin d'un monde. Témoin perspicace de son époque, Samuel Beckett a annoncé la fin de l'art (En attendant Godot) et la fin d'une époque marquée par la prééminence, en Europe, de la culture française (Fin de partie), bien avant que ces thèmes ne deviennent à la mode. L'art ne peut plus chercher à embellir le monde comme dans le passé. Une certaine idée de l'art arrive à sa fin. Beckett souligne cette hypocrisie dans Oh les beaux jours. Winnie s'enchante d'un monde qui connaît chaque jour un « enrichissement du savoir », tandis que, dans sa main, son compagnon Willie tient une carte postale pornographique.

La vie d'écrivain de Beckett peut être schématiquement divisée en trois parties : la première, les premières œuvres, jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale ; la deuxième, de 1945 à 1960, au cours de laquelle il écrit ses pièces les plus connues ; et enfin, de 1960 à sa mort, période qui voit la fréquence de ses publications diminuer, et son style devenir de plus en plus minimaliste.

Premières œuvres[modifier | modifier le code]

Les premières œuvres de Samuel Beckett traduisent notamment l'influence capitale qu'a à cette époque James Joyce sur le travail de son compatriote. Très érudites, elles relèvent en grande partie d'une volonté d'exhiber des connaissances et un savoir-faire d'auteur déjà indéniable. Cela les rend souvent difficilement accessibles. Peuvent être citées, à titre d'exemple de son style d'alors, les premières lignes de More Pricks than Kicks (1934) :

« C'était le matin et Belacqua se trouvait coincé dans la lune aux premiers chants de celle-ci. Il était tellement enlisé qu'il ne pouvait ni reculer ni avancer. La bienheureuse Béatrice était là, Dante aussi, et elle lui expliquait les taches de la lune. D'abord elle lui démontrait en quoi il se trompait, puis elle exposait sa version personnelle. Elle tenait celle-ci de Dieu, il pouvait donc tabler sur son exactitude en tous points.[B 6] »

Le passage fait abondamment référence à la Divine Comédie de Dante, ce qui déstabilise tout lecteur qui n'en aurait pas une connaissance approfondie. Cependant certaines caractéristiques futures de l'œuvre de Beckett pointent : l'inaction de Belacqua, l'un des personnages du Purgatoire, récurrent dans toute l'œuvre de Beckett ; son immersion dans ses propres pensées ; l'irrévérence à visée comique de la dernière phrase.

Des éléments semblables sont présents dans le premier roman publié par Beckett, Murphy (1938) : il y explore le thème de la folie et celui des échecs, qui reviendront souvent par la suite. La première phrase du roman révèle le ton pessimiste et l'humour noir qui animent nombre de ses œuvres : « Le soleil brillait, n'ayant pas d'alternative, sur le rien de neuf[B 7] ». Watt, écrit alors que Beckett se cachait à Roussillon, pendant la Seconde Guerre mondiale, traite des mêmes thèmes, dans un style moins exubérant.

C'est aussi pendant cette période que Beckett se lance dans la création littéraire en langue française. À la fin des années 1930, il écrit un certain nombre de poèmes courts dans cette langue, ainsi que les Nouvelles et Textes pour rien; l'économie de moyens qui y est visible - surtout comparée aux poèmes en anglais qu'il compose à la même époque, dans le recueil Echo's Bones and Other Precipitates (1935) - semble prouver que le passage par une autre langue fut avant tout un procédé lui ayant permis de simplifier son style en le purifiant des automatismes de la langue maternelle ; évolution que vient confirmer quelques années plus tard Watt.

La maturité[modifier | modifier le code]

À partir de 1944 et jusqu'à sa mort, Beckett son oeuvre bilingue. La fin des années 1940 est une période d'intense activité, avant tout narrative (Mercier et Camier, Premier Amour, les Nouvelles et Textes pour rien, la « Trilogie » : Molloy, Malone meurt, L'Innommable) ; c'est aussi le moment de l'écriture d'En attendant Godot.

En quinze ans, trois pièces de théâtre connaissent un grand succès : En attendant Godot (1948-1949), Fin de partie (1955-1957) et Oh les beaux jours (1960). Elles sont souvent considérées comme représentatives du « théâtre de l'absurde », terme rejeté par Beckett - qui ne souhaitait pas être assimilé aux existentialistes[réf. nécessaire] – et sujet à débat. Ces pièces traitent du désespoir et de la volonté d'y survivre, tout en étant confronté à un monde incompréhensible. Incompréhensible aussi l'étrange similitude entre Beckett et Balzac. Et pourtant[21] :

« ...qui dira le mystérieux pouvoir des syllabes qui, à plus de cent ans de distance, fait écrire à Samuel Beckett : En attendant Godot, et à Balzac sa pièce Le Faiseur, où, pendant cinq actes, on ne fait qu'attendre Godeau ? « Godeau ! ...Mais Godeau est un mythe ! ... Une fable ! ... Godeau, c'est un fantôme... Vous avez vu Godeau ? ... Allons voir Godeau ! (Balzac), Le Faiseur »

C'est l'œuvre théâtrale qui aura donné la célébrité à l'écrivain : après bien des échecs auprès des éditeurs, c'est Suzanne qui, en 1950, apporte le manuscrit d'En attendant Godot à Roger Blin, qui le met en scène. La première a lieu à Paris en 1953. Elle cause un véritable scandale, qu'il faut sans doute regarder comme une des causes inattendues du succès de Beckett. L'écrivain Stéphane Lambert a consacré son essai Avant Godot à creuser le lien avéré entre En attendant Godot et un petit tableau de Caspar David Friedrich, Deux hommes contemplant la Lune, que Beckett avait vu à Dresde en février 1937, à savoir onze ans avant d'écrire sa pièce.

Ces quatre grandes pièces connues masquent une autre réalité de l'œuvre de Beckett. Au théâtre, elle va plus loin encore, à partir des années 1960, dans de courtes pièces (les Dramaticules, Comédie et Actes divers, par exemple) qui tiennent parfois plus de l'installation et de la chorégraphie que du théâtre traditionnel…

Mais il est encore une autre réalité : celle de l'œuvre « narrative », considérable, tout aussi expérimentale et toujours plus minimale au fil du temps : les excès formels, d'érudition ou d'obscurité, presque délirants dans More Pricks than Kicks (« Bande et Sarabande ») ou Murphy, ont progressivement cédé la place à l'aride sobriété du Dépeupleur ou de Compagnie. Il s'agit toujours de textes qui examinent, d'une manière ou d'une autre, leurs propres conditions de possibilité et les mettent en crise, depuis les mécaniques habituelles de la narration, littéralement pulvérisées dans la « Trilogie», à la fin des années 1940, jusqu'à la possibilité même de « proférer », dans le dernier poème écrit en 1988, intitulé Comment dire.

Le bilinguisme[modifier | modifier le code]

« Beckett, l'exilé, l'étranger, a préféré alterner les langues et demeurer leur invité[22] »

— Chestier, Beckett

Le bilinguisme distingue cette œuvre « monstrueuse, bifide » de toutes les autres[23] et en constitue l'essence même. Le projet d'écrire, avant même d'écrire, prend en compte cette composante[24]. En 1937 déjà Beckett écrivait en allemand à un destinataire germanophone « vous ennuyez-vous autant à lire mes lettres en alleleur invitémand que moi à en composer en anglais ? [...] Cela devient en effet de plus en plus difficile pour moi d'écrire en anglais soigné [B 8] » et Joyce lui avait conseillé de lire Vico : « quiconque désire exceller en tant que poète doit désapprendre la langue de son pays natal, et retourner à la misère primitive des mots[n 4] ». Ces questions sont présentes également chez Barthes ou Blanchot, mais Beckett y apporte une réponse originale avec le bilinguisme. Et Joyce se démarque de l'anglais par le lexique, alors que Beckett choisit de travailler sur la syntaxe.

En 1945, Watt, écrit en anglais, est une œuvre académique, raffinée, et apparaît à Beckett comme une impasse littéraire. Il choisit alors de se détourner de sa langue maternelle, coupable de maintenir l'ancien ordre littéraire[26], et qui représente « un voile à déchirer[B 8] ». Il veut éviter le « moment où, sûr de sa langue, l'écrivain approche le beau, l'accompli et le définitif[27] ». Déjà en 1937 il écrivait des poèmes en français, en 1939 achevait la traduction de son premier roman, Murphy, et il choisit cette langue comme moyen d'expression.

Beckett répond parfois par des boutades (« faire remarquer moi[28] ») lorsqu'on l'interroge sur les raisons de l'écriture en une langue étrangère. Michael Edwards, autre écrivain parfaitement bilingue, remarque cependant qu'au-delà de la recherche vers l'abstraction littéraire, sa véritable motivation, il invoque également le plaisir de l'écrivain « j'en avais envie, voilà » et la joie simplement de travailler le langage « c'était plus passionnant pour moi, d'écrire en français »[29].

Doué d'une extraordinaire faculté à assimiler les secrets d'une langue[30], ses dons linguistiques sont remarqués dès ses années d'étudiant à Trinity College, et il n'éprouve aucune difficulté à s'exprimer en français (ainsi qu'en allemand). Il affecte cependant en français une maladresse fondamentale, un langage voué à manquer l'essentiel, maladroit, faible, simple, familier, hésitant, mais qui se corrige et se moque de son ignorance[23]. Mais de sa langue maternelle, l'irlandais, « l'anglais du roi[n 5] » avec sa faconde, il garde l'humour, parfois de mauvais goût.

L'exercice de décalage linguistique trouve cependant sa limite avec les Foirades, D'un ouvrage abandonné et les Textes pour rien[32]. Mais l'usage du français a permis de déstabiliser la langue maternelle[24], et il peut dès lors revenir parfois à l'anglais comme à une langue étrangère[33]. Ce changement de langue n'est cependant pas un simple changement de tonalité ou de technique (l'anglais langue théâtrale, le français langue narrative...), le bilinguisme libère l'auteur des automatismes propres à chaque langue[23] et Michael Edwards suggère que la meilleure compréhension est celle d'un anglophone lisant la version française[34].

C'est donc à Beckett qu'il revient de faire les traductions de ses textes (mais il considérait Worstward Ho comme intraduisible[35] en particulier du fait de l'absence de pronoms dans la version anglaise). Ces auto-traductions constituent en fait des re-créations, et produisent deux œuvres originales (et même trois pour Godot que Beckett traduit également lui-même en allemand) : s'il en laisse le soin à d'autres (Bowles, Pinget), il doit les reprendre mot à mot[36]. Il travaille beaucoup sur la voix, le rythme des phrases (en particulier à travers les combinaisons et répétitions)[37] mais peut apporter des modifications plus fondamentales, par exemple dans L'Innommable, où il semble poursuivre l'épanorthose de la version française à l'anglaise[n 6], et pour Comment c'est[n 7],[n 8].

Traducteur[modifier | modifier le code]

Samuel Beckett a eu une activité de traduction constante et importante, et Christine Lombez rappelle qu'il est issu d'une nation irlandaise réellement bilingue, avec le gaëlique et l'anglais[41].

Si des motivations prosaïques sont mises en avant, cette activité fait cependant partie intégrante de son œuvre. L'auto-traduction est de fait une re-création, et il travaillera ainsi plusieurs versions de Malone meurt[42]. Traduire d'autres auteurs est également « un défi de création [...] un acte de création total, mûri dans l'entre-deux fécond des cultures[43] », cette activité a un impact sur sa conception de la littérature, et ces influences (en particulier celle d'Apollinaire, sur sa poésie[43]) fournissent des éléments permettant de mieux comprendre son œuvre déroutante[41].

De l'anglais vers le français, Beckett participe surtout, en collaboration avec Alfred Péron, à une traduction d'Anna Livia Plurabelle que Joyce ne retiendra finalement pas[44]. Depuis le français, il réalise l'auto-traduction d'une grande partie de son œuvre, traduit des poètes modernes (Rimbaud, Apollinaire, Éluard) qu'il a « toujours plaisir à traduire[B 9] », des surréalistes (Breton, Tzara, Crevel) sans pour autant se sentir proche de ce mouvement[45], mais aussi des œuvres classiques (Chamfort). Il envisage également de traduire Sade qui « le remplit d'une espèce d'extase métaphysique » dont il admire le style, mais y renonce par crainte de l'impact sur sa réputation littéraire[B 4].

Il réalise également des traductions vers l'anglais d'auteurs italiens[44] (Montale), allemands (Rilke[46]) et espagnols (anthologie mexicaine réunie par Octavio Paz[47])

Influencé par...[modifier | modifier le code]

Dante Alighieri, James Joyce, Buster Keaton, Seán O'Casey, Marcel Proust, Jean Racine, Arthur Schopenhauer, John Millington Synge, W. B. Yeats

  • Arnold Geulincx. Beckett utilise de nombreux thèmes de la pensée de Geulincx : l'impuissance, résultat de l'ignorance humaine ; l'absence de Dieu dans Godot, qui laisse sans espoir ; l'effort minimaliste, à l'opposé de Joyce. Il reprend également certaines phrases de Geulincx dans Paroles et musiques, Godot, Fin de partie[48].

A influencé...[modifier | modifier le code]

  • Paul Auster admirait jusqu'à l'idolâtrie Beckett, qui fut le héros littéraire de sa jeunesse et, par ses lettres d'encouragement, sa planche de salut dans les phases de doute qu'il éprouva[49].

Edward Albee,John Banville,Eqrem Basha,William S. Burroughs, Marina Carr (en), Philip K. Dick, J. M. Coetzee, Gilles Deleuze, Rodrigo García, Václav Havel, Sarah Kane, Barry McCrea, David Mamet, Maguy Marin, Bruce Nauman, Edna O'Brien, Damian Pettigrew, Harold Pinter, Roman Polanski, Alberto Ruy-Sánchez, Sam Shepard, Tom Stoppard, David Warrilow

Relations avec les autres arts[modifier | modifier le code]

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Peinture[modifier | modifier le code]

« Qu'est-ce en effet que cette surface colorée qui n'était pas là avant ? Je ne sais pas, n'ayant jamais rien vu de tel, en tout cas si mes souvenirs de l'art sont exacts[B 10] »

— Beckett - Trois dialogues

Samuel Beckett dispose d'une mémoire visuelle stupéfiante, gardant la mémoire de chaque exposition et des tableaux, leur composition, leur couleur et leur impact[50]. Cette disposition naturelle favorise la prise en compte constante de la peinture dans sa conception littéraire et dans ses œuvres. Il entretient, tout au long de sa vie, des relations profondes et durables avec le monde des arts plastiques. Ses écrits critiques sur la peinture, « entre création et empêchement » éclairent son œuvre littéraire[51].

Une culture étendue

Avant la guerre, il court les musées et les galeries[52] à Dublin, pendant ses voyages en Allemagne qu'il décrit comme un « périple de musée en musée »[53], et à Paris. Thomas MacGreevy puis Georges Duthuit l'initient à l'histoire de l'art. Il admire la peinture allemande des années 1920 et 1930, s'intéresse surtout à la peinture moderne et d'avant-garde, et rejette le courant surréaliste. Sa culture comprend une variété de genres, la peinture à l'huile traditionnelle, la sculpture, la gravure, les collages et les dessins de la tapisserie moderne[53]. Au cours de cette exploration de la peinture, il se lie d'amitié avec de nombreux artistes, leur achète des toiles (souvent pour les aider financièrement), publie des articles critiques et il restera en relation avec eux jusqu'à la fin : Jack Butler Yeats de ses années d'étudiant à Dublin[53], Bram et Geer van Velde avant la guerre[52], Henri Hayden compagnon d'exil en 1943[54], Alberto Giacometti, Marcel Duchamp, Avigdor Arikha[n 9]. Il est en relation également avec des collectionneurs et galeristes : Aimé Maeght, Peggy Guggenheim avec qui il a une relation amoureuse et qui lui présente Suzanne, sa future femme, Thomas McGreevy, Georges Duthuit.

La littérature doit-elle être la seule à être laissée en arrière sur cette vieille route puante abandonnée depuis longtemps par la musique et la peinture ? Y a-t-il quelque chose de sacré au charme paralysant contenu dans la littérature dénaturée du mot, qui n'appartient pas aux éléments des autres arts[B 8] ?
Beckett, Lettre à Axel Kaun - 9 juillet 1937.

La peinture réalisait des recherches formelles considérables depuis les années 1930, et comme d'autres écrivains de cette époque (Apollinaire, Gertrude Stein et ses logogrammes...), Beckett travaille à la remise en cause des présupposés littéraires en s'inspirant des travaux des peintres « Il y a des Braque qui ressemblent à des méditations plastiques sur les moyens mis en œuvre[B 11] ». Il écrit des articles critiques dans la revue transition dès 1929 avec quelques textes, puis à partir de 1947 par des traductions d'études sur la peinture et participe aux discussions de groupes d'artistes réunis autour de Georges Duthuit[55] qui dirige cette revue. Il traduit pour cette revue des textes de René Char sur Gustave Courbet, de Paul Eluard sur Picasso, de Francis Ponge sur Braque, mais ne parvient pas à traduire les Phares de Baudelaire, qui le « paralysent »[56].

Ses rares essais critiques sont pratiquement, avec sa correspondance, les seuls témoignages dont nous disposions sur ses conceptions artistiques[52].

En 1937, Geer et Bram van Velde font la rencontre de Beckett. En 1990, Elisabeth, la veuve de Geer, se souvient : « nombreux contacts, féconds échanges, d'autant que l'auteur de Godot avait une connaissance approfondie de la peinture italienne, flamande et allemande[57] ».

Vers l'iconoclasme avec Bram van Velde

« La seule beauté de l'effort et de l'échec [...] ça reste une peinture sans précédent et où je trouve mon compte comme dans nulle autre[B 12] »

— Beckett - Lettre à Georges Duthuit

Plus je m'enferme et plus je me sens à ses côtés [aux côtés de Bram] et combien, malgré les différences, nos aventures se rejoignent dans l'insensé et le navrant. Et s'il devait y avoir pour moi une issue je me flatte que ce serait bien la sienne et nulle autre [...] Bram est mon grand familier dans le travail et dans l'impossibilité de travailler, et ce pour toujours ainsi[n 10].
Beckett, Lettre à Marthe Renaud et Bram van Velde.

C'est avec la peinture de Bram van Velde que Beckett éprouve le plus d'affinités pour ses propres recherches littéraires, il y voit « la volonté d'une œuvre qui, ayant abandonné tout rapport de prétention entre l'artiste et le monde, s'offre plus comme un désir, une proposition sur la latence du sens, que comme une expression, une fin en soi[58] ». Cette peinture Bram van Velde rompt avec les évidences de la représentation, et les problèmes qu'elle soulève correspondent aux questions littéraires que Beckett se pose lui-même[52] : « qu'est-ce en effet que cette surface colorée qui n'était pas là avant ? Je ne sais pas, n'ayant jamais rien vu de tel, en tout cas si mes souvenirs de l'art sont exacts[B 10] ». Jean Frémon lui ayant proposé en 1974 de faire illustrer par une lithographie de Bram l'un de ses textes, Beckett choisit le Texte pour rien XIII (extrait en encadré ci-contre)[59] correspondant, selon Frémon, à la personnalité du peintre.

En 1946, Beckett publie dans une revue d'art un texte (ensuite publié sous le titre Le monde et le pantalon), consacré à l’œuvre des frères van Velde : c'est un questionnement profond sur la représentation et l'origine de l'image. Pour Beckett, Bram représente l'espoir d'un grand bouleversement général de la peinture, révélant la seule vérité, c'est-à-dire « l'impossibilité d'un mouvement de projection extatique, glorieuse, de l'intériorité subjective vers le dehors [...] l'impossibilité de toute relation réconfortante de l’œuvre au monde », et Beckett condamne l'image et le « faire-oeuvre »[60].

Je pense beaucoup à ses dernières peintures [de Bram], miracles d'impuissance forcenée, ruisselantes de beauté et de splendeurs comme un naufrage de phosphorescences - on est littéraire décidément pour la vie -, avec d'énormes voies par où tout fuit et tout rentre, et le calme écrasé des très grands fonds[B 14].
Beckett, Lettre à Georges Duthuit.

En 1955, son article sur Henri Hayden ne parle plus de l’œuvre : il témoigne seulement d'une amitié, et correspond à une renonciation, à ses exigences éthiques. Il chemine vers l'iconoclasme, faisant écho au logoclasme qu'il appelait de ses voeux dès 1937[61]. Cette évolution (« Nous nous passerons de trésors [...] Tout effort est l'histoire d'un écroulement [...] Le silence viendra bien assez tôt, non par orgueil, mais de langue lasse[B 15] ») se produit dans le cadre de discussions entre Beckett et Duthuit, que les deux hommes ont à propos surtout de la peinture de Bram van Velde. Il tente de convaincre Bram de ce qui est devenu clair pour lui, « il n'y a rien à exprimer, rien avec quoi exprimer, rien à partir de quoi exprimer, aucun désir d'exprimer, et, tout à la fois, l'obligation d'exprimer[B 5] », réflexion à dessein ironique et paradoxale mais qui paralyse son ami en lui faisant penser que peindre est un acte impossible[62].

Beckett prend conscience, à partir de 1949, de l'influence qu'il a pu avoir sur l'art de Bram, contaminant sa peinture avec ses propres catégories littéraires, et lui faisant porter la charge fantasmatique d'une peinture à côté de la tradition occidentale, entraînant le peintre dans une dérive que sa vulnérabilité psychique ne lui permettait pas d'assumer[63]. Il choisit de ne plus écrire sur la peinture.

Giacometti, autre ami proche de Beckett, parle lui aussi de son propre travail toujours en termes d'échec à saisir sa vision, à représenter une figure, poursuivant l'inaccessible. Bram, Giacometti et Beckett ont en commun le mystère de la représentation et de la présence dans l'image, l'infatigable recommencement et l'économie de moyens, une probité à toute épreuve et le profond dédain de la carrière[59].

Des échanges et des influences nombreux

Au-delà des réflexions sur les conceptions esthétiques, les influences réciproques et les échanges entre Beckett et les peintres sont nombreux dans la réalisation de son œuvre. Ses premiers romans contiennent de nombreuses allusions à la peinture. Pas moi lui est inspiré par La décollation de Saint Jean le Baptiste, du Le Caravage[64]. Godot lui est inspiré d'un tableau de Caspar David Friedrich, Deux hommes contemplant la lune[n 11], il dispose ses comédiens en conséquence[50], et en 1961 demande à Giacometti d'en dessiner l'arbre[65]. Par contre, il repousse la proposition de Nicolas de Stael d'un décor réalisé par un peintre, ce qui serait de l'esthétisme, un simple « agrément »[66] qui détournerait l'attention du spectateur : « crois-tu vraiment qu'on puisse écouter devant un décor de Bram, ou voir autre chose que lui ?[B 16] ». En 1972, il demande à Arikha d'illustrer une édition des Nouvelles et textes pour rien, et Sean Scully intitule l'un de ses tableaux Molloy. Et l'accent de Bram van Velde, son vocabulaire, se retrouvent dans le Texte pour rien XIII...[59]

Musique[modifier | modifier le code]

« Hiatus pour lorsque les mots disparus.[B 17] »

— Beckett - Cap au pire[n 12]

La musique est présente au quotidien pour Beckett qui possédait une solide formation musicale[68], il écoute surtout Mozart, Beethoven, les quatuors de Haydn et Schubert, Suzanne, sa femme, donne des cours de piano, et lui-même en joue.[69]. Ludovic Janvier estime en fait que sa vie était « adossée » à la musique, obsédé par la voix et n'aimant rien tant, métaphoriquement, que la musique dans la langue, par exemple chez Racine ou Apollinaire[37].

folie -
folie que de -
que de -
comment dire -
folie que de ce -
depuis -
folie depuis ce -
donné -
folie donné ce que de
vu -
folie vu ce -
ce -
comment dire - [...][B 18]

— Samuel Beckett, Comment dire

Plus encore que la peinture, la musique accroît l'écart entre le sensible et l'intelligible et s'éloigne encore plus du réel qu'elle ne peut, contrairement au texte et à la peinture, représenter. Elle correspond ainsi à la réflexion de Beckett sur le langage et la structure du récit et lui fournit des modèles pour une abstraction du texte. Par l'usage de formes utilisant la répétition (reprises, variations, réexposition d'un thème, sérialisme...), la musique « dé-linéarise » le récit. Beckett y trouve des modèles pour donner une « narrativité musicale » au texte, une « forme dans le mouvement[68] » au théâtre, ou rendre possible, par une syntaxe dominée par les modèles musicaux, la suspension du narratif[70].

Cette influence est particulièrement sensible dans les derniers textes de Beckett tels que Soubresauts ou Comment dire (voir encadré), échappant au récit linéaire, donnant forme au murmure, vers une « littérature du non-mot », faisant entendre l'« insondable gouffre de silence » qui est au fond de tout[71] : « Y a-t-il une raison pour que cette matérialité épouvantablement arbitraire de la surface du mot, ne soit pas dissoute comme par exemple la surface sonore de la Septième Symphonie de Beethoven est dévorée par d'énormes pauses noires[B 8] ».

La recherche littéraire de Beckett vers l'abstraction a produit de nombreux textes dont se sont ensuite inspirés des compositeurs contemporains, et certains de ces textes Sans ou Bing sont aussi ultra-radicaux et modernistes que le système de composition musicale dodécaphonique de l'École de Vienne. Ainsi Dutilleux, son neveu John Beckett[72], Heinz Holliger pour Va-et-vient et Quoi où[73], Philip Glass pour Comédie et Compagnie, Luciano Berio pour l'Innommable. Morton Feldman compose à la demande de Beckett, pour Ni l'un ni l'autre (texte en encadré) une pièce musicale pour soprano solo, dans un registre aigu, égrainant les vers du poème, à peine intelligibles, fragments d'un monde perdu[74]. L'effort de recherche littéraire de Beckett culmine avec sa collaboration à la composition d'un opéra par Marcel Mihalovici, Krapp d'après La dernière bande : Beckett envisage l'idée, avant d'y renoncer, d'« un rythme sémantique et syntaxique produit par le texte lui-même et qui serait l'une des voies d'accès à l'autonomie absolue, à l'abstraction littéraire »[68].

va-et-vient dans l'ombre, de l'ombre intérieure à l'ombre extérieure
   du soi impénétrable au non-soi impénétrable en passant par ni l'un ni l'autre,
   comme entre deux refuges éclairés dont les portes sitôt qu'on approche se ferment doucement, sitôt qu'on se dérobe s'entrouvent doucement encore
   revenir repartir appelé et repoussé
   sans percevoir le lieu de passage, obnubilé par cette lueur ou par l'autre
   seul bruit des pas que nul n'entend
   jusqu'à s'arrêter pour de bon enfin, pour de bon absent de soi et d'autre
   alors nul bruit
   alors doucement lumière sans déclin sur ce ni l'un ni l'autre non perçu
   cette demeure indicible[B 19]

— Samuel Beckett, Ni l'un ni l'autre

Beckett désapprouve violemment Endgame mis en musique par Philip Glass, lors de sa représentation à l'American Repertory Theatre de Cambridge, Massachusetts, sous la direction de JoAnne Akalaitis. Toutefois, il finit par accepter, de la musique composée pour Company, quatre pièces courtes et intimes pour quatuor à cordes qui sont jouées entre les phases dramatiques. Cette dernière composition était originellement vue par Philip Glass comme une musique de fond. Par la suite, Company fut publié en tant que Quatuor à cordes no 2 de Glass.

Le compositeur français Pascal Dusapin écrit, en 1994, un concerto pour trombone intitulé Watt, inspiré du roman de Beckett. En tête de l'ouvrage, une citation du roman fait référence au caractère indicible, innommable des choses du monde, et des états dans lesquels se trouve le narrateur. Le musicologue Harry Halbreich parle, à propos de ce concerto, d'un « voyage autistique destiné à s'achever dans le désespoir complet »[75].

La musique est présente sous différentes formes dans de nombreuses œuvres de Beckett : le Trio du fantôme reprend des thèmes d'une œuvre de Beethoven en« soulignant un art des dissonances, un accent donné par ce qui s'ouvrharvsp ». Dans Cascando et Paroles et musique, la musique intervient comme un personnage. Les grandes pièces (Godot, Oh les beaux jours, Fin de partie) contiennent des chansons.

Filmographie[modifier | modifier le code]

Chorégraphie[modifier | modifier le code]

  • La chorégraphe Maguy Marin a travaillé sur les œuvres de Beckett pour les retranscrire dans la pièce May B.

Les œuvres[modifier | modifier le code]

Bilingue et auto-traducteur, Beckett a écrit et traduit en anglais ou en français. Le bilinguisme est une caractéristique constitutive, essentielle, de son œuvre, produisant deux œuvres originales et deux traditions critiques. Pour chacun de ses textes, le choix de la langue originale et, lorsqu'il ne traduisait pas lui-même, du traducteur, sont significatifs.

Les informations reportées dans le tableau et la bibliographie des œuvres de Beckett proviennent de la biographie par Knowlson[76], du Cahier de l'Herne[77], de la bibliographie réunie par Bruno Clément[78], et du catalogue des Éditions de Minuit.

Le premier livre de Samuel Beckett à être publié en français, Murphy, a été publié par les éditions Bordas en 1947. Ensuite, les œuvres de Samuel Beckett sont toutes publiées aux Éditions de Minuit. Elles sont publiées en anglais chez Faber & Faber (théâtre) ou chez Calder Publishing (en) (romans) et chez Grove Press aux États-Unis.

Œuvres créées en français et traduites en anglais ou inversement
Version originale Texte original Traduction Texte traduit
1929 anglais Dante... Bruno. Vico.. Joyce Bernard Hoepffner 1983 Dante... Bruno. Vico.. Joyce, Essai sur le Work in Progress de Joyce
1930 - 1976 anglais Whoroscope Edith Fournier 2012 Peste soit de l'horoscope et autres poèmes
1931 anglais Proust Edith Fournier 1990 Proust, Étude de À la recherche du temps perdu
1934 anglais More Pricks than Kicks
Dante and the lobster - Fingal - Ding-dong - A Wet Night - Love and Lethe - Walking Out - What a Misfortune - The Smeraldina’s Billet Doux - Yellow - Draff
Edith Fournier 1994 Bande et Sarabande, nouvelles
Dante et le homard - Fingal - Ding-dong - Rincée nocturne - Amour et Léthé - Promenade - Quelle calamité - Le Billet Doux de la Smeraldina - Blême - Résidu
1935 anglais Echo's Bones and Other Precipitates
The Vulture - Euneg I - Euneg II - alba - Dortmunder - Sanies I - Sanies II - Serena I - Serena II - Serena III - Malacoda - tagte es - Echo's Bones
Edith Fournier 2002 Les Os d'Écho et autres précipités, poèmes
Le Vautour - Enueg I - Enueg II - Alba - Dortmunder - Sanies I - Sanies II - Serena I - Serena II - Serean III - Malacoda - Dat Tagte Es - Les Os d'Écho
1936 anglais Notes on Geulincx Beckett 1967 Douley 2012 Notes sur Geulincx, traduction du latin
1938 anglais Murphy Beckett et Alfred Péron Murphy, roman
1942-1945 anglais Watt Beckett 1968 Watt, roman
1945 français Premier amour Beckett 1972 First love
1946 anglais The Capital of the Ruins Édih Fournier 1993 Capitale des ruines, article
1948 anglais Three Dialogs with Georges Duthuit Beckett Trois dialogues avec Georges Duthuit, trois essais sur la peinture
1949 français Le monde et le pantalon, essai sur la peinture des frères van Velde
1949 français Eleutheria, pièce en trois actes Beckett 1986 Eleutheria
1951 français Molloy, roman Patrick Bowles puis[79] Beckett 1955 Molloy
1952 français Henri Hayden, homme-peintre, texte Beckett 1952 Henri Hayden, Painter-Man
1952 français Malone meurt, roman Beckett 1958 Malone dies
1952 français En attendant Godot, pièce en deux actes Beckett 1956 Waiting for Godot
1953 français L'Innommable, roman Beckett 1959 The Unnamable
1955 français Nouvelles et textes pour rien, nouvelles
L'Expulsé - Le Calmant - La Fin - Textes pour rien
Beckett et Richard Seaver 1967 No's Knife
The Expelled - The Calmative - The End - Texts for Nothing
1956 anglais From an abandoned work Beckett et Ludovic et Agnès Janvier 1967 d'un ouvrage abandonné, fragment de prose
1956 français Acte sans paroles, mime en un acte Beckett 1958 Act without words
1957 anglais All That Fall Robert Pinget puis Beckett 1957 Tous ceux qui tombent, pièce radiophonique
1957 français Fin de partie, pièce en un acte Beckett 1957 Endgame
1959 anglais Knapp's Last Tape Beckett 1959 La Dernière Bande, collection de pièces
1959 anglais Embers Beckett 1959 Cendres pièce radiophonique en un acte
1959 français L'image, fragment de prose
1961 français Comment c'est, roman Beckett 1964 How It Is
1962 anglais Happy Days Beckett 1963 Oh les beaux jours, pièce en deux actes
1962 anglais Words and Music Beckett 1970 Paroles et musique, pièce radiophonique avec musique
1963 français Acte sans paroles II, mime Beckett 1967 Act Without words II
1963 français Cascando, pièce radiophonique pour musique et voix Beckett 1964 Cascando
1963 anglais All Strange Away non traduit
1964 anglais Play Beckett 1970 Comédie, pièce
1965 français Imagination morte imaginez, texte Beckett 1965 Imagination Dead Imagine
1966 français Assez, texte Beckett 1967 Enough
1966 français Bing, texte Beckett 1967 Ping
1967 anglais Come and Go Beckett 1970 Va-et-vient, dramaticule
1967 anglais Eh Joe Beckett 1970 Dis Joe pièce pour la télévision
1967 anglais Film Beckett 1970 Film, scénario
1968 français Poèmes
1969 français Sans, texte en prose Beckett 1970 Lessness
1969 anglais Breath Beckett 1970 Souffle, invention dramatique pour souffle et lumière
1970 français Mercier et Camier, roman Beckett 1974 Mercier an Camier
1970 français Le dépeupleur, texte en prose Beckett 1972 The Lost Ones
1970 français Permier amour, nouvelle Beckett 1973 First Loves
1973 anglais Not I Beckett 1975 Pas moi, pièce en un acte pour une bouche
1976 français Pour finir encore et autres foirades, textes en prose
Pour finir encore ; Au loin un oiseau ; Se Voir ; Immobile ; Un soir ; La Falaise
Beckett 1976 For To End Yet Again and Other Fizzles
1977 anglais Footfalls - Sketch for radio play
Rough for Radio I ; Rough for Radio II ; Theater I ; Theater II
Beckett 1978 Pas, pièces radiophoniques
Pas ; Fragment de théâtre I ; Fragment de théâtre II ; Pochade radiophonique; Esquisse radiophonique
1979 anglais Company Beckett 1980 Compagnie
1981 français Mal vu mal dit Beckett 1982 Ill Seen Ill Said
1982 anglais Catastrophe
A Piece of Monologue ; Rockaby ; Ohio Impromptu ; What Where
Beckett 1982 Catastrophe
Cette fois ; Solo ; Berceuse ; Impromptu d'Ohio ; Quoi où
1983 anglais Worstward Ho Édith Fournier 1991 Cap au pire
1984 anglais Quad Édith Fournier 1992 Quad, scénarios de films pour la télévision
Trio du Fantôme, ... que nuages... ; Nacht und Träume
1989 anglais Stirrings Still Beckett 1988 Soubresauts
1989 français Comment dire

Bibliographie[modifier | modifier le code]

L’œuvre en français[modifier | modifier le code]

Essais - Critiques - Articles
  • « Dante... Bruno. Vico.. Joyce », Objet Beckett, imec éditeur,‎ , pages 99-108
  • Proust (trad. Édith Fournier) (essai), Les Éditions de Minuit (ISBN 9782707313577)
  • Samuel Beckett et Arnold Geulincx (trad. Samuel Beckett et Nicolas Doutey, préf. Nicolas Doutey), Notes de Beckett sur Geulincx (essai), Les Solitaires Intempestifs, coll. « Expériences philosophiques » (ISBN 9782846813501)
  • Capitale des ruines (trad. Édith Fournier), revue Europe (no 770-771), (ISBN 9782209067466), pages 8-12
  • « Bram van Velde », dans Cahier de l'Herne, pages 66-67
  • Le monde et le pantalon, Les Éditions de Minuit (ISBN 9782707313348)
  • Peintres de l'empêchement, pages 49-60
  • Trois dialogues (préf. Edith Fournier) (essais sur la peinture), Les Éditions de Minuit (ISBN 9782707316400)
  • Hayden (texte), Fragments éditions (ISBN 9782912964847), pages 6-11
Correspondance
  • Lettres I : 1929-1940 (trad. André Topia, préface et chronologie Georges Craig et al.), Gallimard, coll. « nrf », (ISBN 9782070139743)
  • Lettres II : Les années Godot 1941-1956 (trad. André Topia, préface et chronologie Georges Craig et al.), Gallimard, coll. « nrf », (ISBN 9782070129959)
Romans - Poésie - Théâtre - Textes
  • d'un ouvrage abandonné (trad. Beckett et Ludovic et Agnès Janvier) (fragment de prose), pages 9-30
  • assez, pages 33-47
  • imagination morte imaginez (texte), pages 51-57
  • bing (texte), pages 61-66
  • « Bing dix versions jusqu'au texte final », dans Cahier de l'Herne, pages 24-43
  • sans (texte en prose), pages 69-77
  • Comment dire, pages 26-27
  • Mirlitonnades, pages 76-78
  • Va-et-vient (trad. Samuel Beckett) (dramaticule), pages 39-44
  • Cascando (pièce radiophonique pour musique et voix), pages 47-60
  • Paroles et musique (trad. Samuel Beckett) (pièce radiophonique), pages 63-76
  • Dis Joe (trad. Samuel Beckett) (pièce pour la télévision), pages 81-91
  • Actes sans paroles I, pages 95-101
  • Actes sans paroles II, pages 105-109
  • Film, pages 113-134
  • Souffle (intermède), page 137
  • La dernière bande (trad. Samuel Beckett), Les Éditions de Minuit (ISBN 9782707301772)
  • Cendres (trad. Samuel Beckett et Robert Pinget) (pièce radiophonique), pages 37-72
  • Pas moi, pages 81-95

Études - Essais - Témoignages[modifier | modifier le code]

Ouvrages
Ouvrages collectifs
  • Rainer Michael Mason (dir.) et Sylvie Ramond (dir.), Musée des Beaux-Arts de Lyon, Bram et Geer van Velde : Deux peintres - Un nom, Hazan (ISBN 9782754104845)
  • Rémi Labrusse, Samuel Beckett, Georges Duthuit, Bram van Velde, la peinture, pages 306-319
  • Steven Jaron, Bram van Velde et Samuel Beckett : contradictio in terminis, pages 320-324
  • Germain Viatte, Deux plus un, pages 325-330
  • Charles Juliet, Notes sur Bram suivie de Trois rencontres avec Elisabeth van Velde, pages 336-341
  • Rainer Michael Mason, Existences liées, esthétiques irréductibles, pages 342-356
  • Jean Frémon, Samuel Beckett dans les petits souliers de James Joyce, pages 93-96
  • André Derval, Entendre Nowhow on, pages 93-96
  • Jean Demélier, La première fois, pages 99-108
  • Pascale Casanova, et blanc, pages 109-112
  • Stacy Doris, Comment c'est en anglais, pages 143-144
  • Lionel Verdier, Words and Music : structures musicales, schémas phrastiques et dispositifs textuels dans les récits de Samuel Beckett, Allia, p 245-256
  • Erika Ostrovsky, Le silence de Babel, pages 206-211
  • John Fletcher, Ecrivain bilingue, pages 212-218
  • Olga Bernal, Le glissement hors du langage, pages 219-228
Revues
  • « Beckett », Critique, Les Éditions de Minuit, no 519-520,‎ (ISBN 9782707313485)
  • Robert Pinget, Notre ami Sam, pages 638-640
  • Rémi Labrusse, Beckett et la peinture, pages 670-680
  • Éric Eigenmann, Mise en scène de l'effacement, pages 681-689
  • Keiko Kirishma, Le théâtre de Beckett et le théâtre Nô, pages 690-691
  • « Samuel Beckett », europe, no 770-771,‎ (ISBN 9782209067466)
  • John Pilling, Le territoire de l'écrivain, pages 3-7
  • Anthony Rudolf, Le génie des lieux, pages 19-20
  • Bruno Clément, Double, écho, gigogne, pages 60-68
  • Dougald McMillan, L'embarras de l'allégorie, pages 69-85
  • Andrew Renton, L'angoisse d'auto-régénération de Samuel Beckett, pages 153-160
  • « Beckett raconté par les siens », magazine littéraire, no 372,‎ (ISBN 9792899113725)
  • James Knowlson, Un saint qui aimait le whisky, pages 31-33
  • Ludovic Janvier, propos recueillis, pages 34-36

Notes et références[modifier | modifier le code]

Citations de Beckett[modifier | modifier le code]

  1. a et b Lettres I, à Thomas McGreevy, 18 avril 1939, p. 692-694
  2. Soubresauts, p. 28
  3. Cap au pire, p. 60-61
  4. a et b Lettres I, à Thomas McGreevy du 20 février 1938, p. 644-647
  5. a et b Trois dialogues, Bram van Velde, p. 29-30
  6. Bande et sarabande, p. 9
  7. Murphy, chapitre I, p. 5
  8. a, b, c et d Lettres I, à Axel Kaun le 9 juillet 1937 (dite « lettre allemande »), p. 562-563
  9. Lettres I, à George Reavey du 18 octobre 1932, p. 224
  10. a et b Bram van Velde, p. 30
  11. Beckett l'abstracteur, Cité par D. Casanova, p. 124
  12. Lettres II, à Georges Duthuit le 2 mars 1952, p. 208
  13. Lettre, à Marthe Renaud et Bram van Velde du 25 mars 1952
  14. Lettres II, à Georges Duthuit du 10 septembre 1951, p. 323
  15. Lettres II, à Georges Duthuit - mars ou avril 1950, p. 254
  16. Lettres II, à Georges Duthuit le 3 janvier 1951
  17. Cap au pire, p. 53
  18. Poèmes, Comment dire, p. 26
  19. Foirades, Ni l'un ni l'autre, p. 79

Études et commentaires[modifier | modifier le code]

  1. Présentation de Beckett dans le catalogue de l'Herne
  2. (en) Conversations with and about Beckett, Grove Press, , page 70
  3. (en) Roger Little, « Beckett's Mentor, Rudmore-Brown : Sketch for a Portrait », Irish University Review, vol. 14, no 1,‎ , p. 34-41
  4. Tomas Hunkeler, Échos de l'ego dans l'œuvre de Samuel Beckett, éditions L'Harmattan, , p. 28-29
  5. Monique Liart, Psychanalyse et psychosomatique. Le corps et l'écrit, Éditions L'Harmattan, , p. 175-176
  6. Knowlson, Les années parisiennes, 1928-1930, p. 162
  7. André Breton, Œuvres complètes, t. 2, Paris, éditions Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », , note de José Pierre, page 1347
  8. Knowlson, À demeure, 1937-1939, p. 378
  9. Pierre Bordas, L'Édition est une aventure, éditions de Fallois, p. 186-187
  10. Knowlson, À demeure, 1937-1939, p. 388
  11. Knowlson, Les séquelles de la guerre, 1945-1946, p. 441
  12. Knowlson, Réfugié à Roussillon, 1942-1945, p. 415
  13. Margherita Leoni, Écrire le sensible. Casanova Stendhal Beckett, éditions L'Harmattan, , p. 99
  14. Dina Sherzer, Structure de la trilogie de Beckett, Mouton, , 100 p.
  15. a, b et c Knowlson, L'accident, la maladie, Catastrophe, 1967-1969, p. 720-723
  16. Emil Cioran, Cahiers 1957-1972, p 753
  17. Matthijs Engelberts, Défis du récit scénique : formes et enjeux du mode narratif dans le théâtre de Beckett et de Duras, Librairie Droz, , page 64
  18. Durozoi, Ultimes questions, p. 235
  19. Cimetière du Montparnasse, Ville de Paris. Sa sépulture est dans la 12e division, au bord de l'avenue Transversale.
  20. Demélier, Soif
  21. Félicien Marceau, Balzac et son monde, Gallimard, coll. « Tel », (ISBN 9782070706976), p. 9
  22. Chestier, Beckett, p. 148
  23. a, b et c Clément, Langues, p. 234-237
  24. a et b Clément, Langues, p. 240-243
  25. Léger, Les vies silencieuses, p. 53
  26. Ostrovsky, Le Silence de Babel, p. 207
  27. Clément, Lalangue, le bilinguisme, p. 65
  28. Edwards, Beckett ou le don des langues, p. 9
  29. Edwards, Beckett ou le don des langues, p. 27
  30. Chestier, p. 150
  31. Pinget, Notre ami Sam, p. 638
  32. Durozoi, Pantomimes et radiophonie, p. 134
  33. Juliet, Rencontres avec Samuel Beckett, p. 69
  34. Edwards, Beckett ou le don des langues, p. 10-11
  35. Derval, Entendre Nowhow on, p. 94-96
  36. Juliet, Rencontres avec Samuel Beckett, p. 32
  37. a et b Janvier, Beckett était obsédé par la voix, p. 34
  38. Edwards, Beckett ou le don des langues, p. 37
  39. Doris, Base, p. 37
  40. Chestier, p. 147
  41. a et b Lombez, Une identité linguistique depuis toujours problématique, p. 77-80
  42. Craig, Chronologie 1955, p. 507-508
  43. a et b Lombez, Samuel Beckett dans l'entre-deux des langues, p. 83-95
  44. a et b Craig, Chronologie 1930, p. 109-110
  45. Knowlson, Les années parisiennes 1928-1930, p. 157
  46. Craig, Chronologie 1934, p. 261-262
  47. Craig, Chronologie 1950, p. 241-242
  48. Doutey, Préface
  49. Paul Auster, La pipe d'Oppen, Acte Sud, (ISBN 9782330057886), Samuel Beckett à l'occasion du centenaire de sa naissance et Une vie dans l'art
  50. a et b Atik, Comment c'était, p. 9
  51. Piat et Wahl, Présentation, p. 9
  52. a, b, c et d Casanova, Méditations plastiques, p. 123-126
  53. a, b et c McMillan, Beckett et les arts plastiques, p. 69-70
  54. Durozoi, Les années de guerre
  55. Fournier, Préface, p. 7-8
  56. Labrusse, La peinture, p. 309
  57. Juliet, Trois rencontres avec Elisabeth van Velde, p. 339
  58. Chestier, p. 145
  59. a, b et c Frémon, Chaussures, p. 86-88
  60. Labrusse, La peinture, p. 312
  61. Labrusse, La peinture, p. 306-308
  62. Casanova, Comment parler n'ayant rien à dire, p. 136
  63. Labrusse, La peinture, p. 314
  64. Kowlson, Un saint qui aimait le whisky, p. 33
  65. Rudolf, Le génie des lieux, p. 19
  66. Labrusse, Beckett et la peinture, p. 676
  67. Casanova, Ars combinatoria, p. 16
  68. a, b et c Casanova, le français ou "le bon effet affaiblissant"
  69. Atik, Comment c'était, p. 26
  70. Verdier, Paroles et musique, p. 246-248
  71. Verdier, Paroles et musique, p. 252-256
  72. Atik, Comment c'était, p. 41
  73. Anzieu, Beckett, p. 248
  74. Verdier, Words and music - notes 10 et 11, p. 250
  75. Harry Halbreich, Pascal Dusapin, Concertos[s], livret du disque du même nom, Naïve, 2010
  76. Knowlson, Bibliographie, p. 1045-1050
  77. L'Herne, Bibliographie, p. 353-362
  78. Clément, Bibliographie, p. 427-429
  79. Atik, Comment c'était, p. 14

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « for his writing, which - in new forms for the novel and drama - in the destitution of modern man acquires its elevation », Lauréat du Prix Nobel de littérature 1969 sur le site des Prix Nobel
  2. Sa date de naissance est parfois remise en question car son certificat de naissance mentionne le 13 mai. Par ailleurs, cette année-là, le 13 avril est le jour du Vendredi saint
  3. Sa pièce En attendant Godot s'inspire de certains épisodes de cet exode provençal
  4. Nathalie Léger reprend cette citation de Vico dans son essai[25]
  5. Expression de Beckett rapportée par Robert Pinget[31]
  6. À la fin de L'Innommable, Beckett intercale, dans la version anglaise, je ne peux pas continuer dans la phrase il faut continuer, je vais continuer[38]
  7. Stacy Doris a répertorié, dans la version anglaise de Comment c'est, tous les syntagmes n'apparaissant pas dans la version française[39]
  8. Alain Chestier évoque plutôt une traduction mot à mot[40], mais ce point de vue est cependant démenti par les observations de Michael Edwards et de Stacy Doris
  9. Anne Atik était la compagne du peintre
  10. P. Casanova cite une lettre de Beckett non reprise dans l'édition de sa correspondance[B 13]
  11. Stéphane Lambert, consacre son essai à Friedrich source d'inspiration de Beckett
  12. Deleuze cite cette phrase à propos de la musique chez Beckett. Le mot hiatus traduit ici blank, marquant la distance à parcourir pour atteindre la fin (dans tous les sens de ce mot) du texte[67]

Annexes[modifier | modifier le code]

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