Femme fatale

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Mata Hari, une célèbre danseuse accusée d'espionnage, a rendu son nom synonyme de « femme fatale » pendant la Première Guerre mondiale.

Une femme fatale est un personnage type qui utilise le pouvoir de la sexualité pour piéger le héros malchanceux. La femme fatale est généralement décrite comme une femme sexuellement insatiable.

Elle séduit, sans se « donner », et est souvent caractérisée physiquement comme une femme très féminine et moralement comme une femme séductrice (dans la littérature décadente, puis au cinéma). Dans certaines situations, elle use du mensonge et de la contrainte plus que du charme.

Elle peut aussi être (ou prétendre être) une victime, aux prises avec une situation à laquelle elle ne peut échapper ; le personnage de Rita Hayworth dans La Dame de Shanghai, un film noir, en donne un tel exemple. Son arme de prédilection est souvent le poison, qui sert aussi de métaphore pour ses charmes.

Bien que typiquement dans le camp du mal, les femmes fatales ont aussi incarné des antihéroïnes dans certaines histoires, ou se repentent pour devenir des héroïnes à la fin du récit. Dans la vie sociale, la femme fatale torture son amant dans une relation déséquilibrée, en ne formulant jamais la confirmation de ses sentiments. Elle le pousse tellement à bout qu'il devient incapable de prendre des décisions rationnelles.

Histoire[modifier | modifier le code]

Mythologie[modifier | modifier le code]

Salomé - Tableau de Franz von Stuck (1906).

L'archétype de la femme fatale existe dans les mythes et le folklore de nombreuses cultures à tous les âges[1]. Les premiers exemples sont Ishtar, la déesse sumérienne, et Ève, Dalila, et Salomé dans la Bible judéo-chrétienne. Dans la littérature de la Grèce antique, la femme fatale est incarnée par Aphrodite, la sirène, le Sphinx, Scylla, Circé, Lamia, Hélène de Troie, et Clytemnestre. Puis vient la figure historique Cléopâtre, reine d'Égypte, avec sa capacité à séduire les hommes puissants de Rome. La propagande romaine attaqua Cléopâtre, considérée comme une femme fatale ; de fait, elle devint l'archétype de légende des dangers inhérents à la femme puissante et exotique.

La femme fatale est également un personnage présent dans la culture asiatique. Dans la mythologie chinoise, certaines concubines (telle l'historique Yang Guifei) ont été accusées d'être partiellement responsables de l'affaiblissement et de la chute des dynasties, en séduisant des hommes de pouvoir amenés à négliger leurs devoirs et à modifier leur testament à leur bénéfice.

Des récits médiévaux au XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Au Moyen Âge, l'idée de la dangerosité de la sexualité féminine, originellement incarnée par Ève, était courante dans les récits médiévaux sous les traits de l'enchanteresse séduisante et maléfique, comme la Fée Morgane.

Une autre icône du glamour, de la séduction et de l'immoralité est Mata Hari, 1876 - 1917, une danseuse orientale qui fut accusée d'espionnage pour l'Allemagne et fusillée par la France. Sa légende naquit aussitôt, faisant d'elle l'héroïne de récits apocryphes. Elle fut maintes fois mise en scène au cinéma et dans des romans.

Dans l'imagerie du XXe siècle[modifier | modifier le code]

L'actrice Theda Bara définit le mot « Vamp » dans le film Embrasse-moi, idiot (1915).

La femme fatale a été représentée comme un vampire sexuel ; ses charmes consommant la virilité et l'esprit d'indépendance de leurs amants, ne laissant que leurs enveloppes charnelles vides. Rudyard Kipling fut inspiré par la peinture d'une vampire de Philip Burne-Jones, une image typique de l'époque (1897), pour écrire son poème The Vampire. À l'instar des autres œuvres de Kipling, le poème fut très populaire et son refrain : « A fool there was… », décrivant un homme séduit, devint le titre original du film Embrasse-moi, idiot (A Fool There Was) de 1915 qui fit de Theda Bara une grande star. Le poème servit pour la promotion du film. À partir de là, dans l'argot américain, la femme fatale est appelée « vamp », abréviation de « vampiress »[2].

Pour le public américain, la femme fatale venait souvent de l'étranger, avec des ancêtres d'un pays indéterminé de l'Europe de l'Est ou de l'Asie. Elle incarnait l'antithèse sexuelle des actrices comme Lillian Gish ou Mary Pickford. Hormis Theda Bara, les plus célèbres vamps du cinéma muet étaient Helen Gardner, Louise Glaum, Musidora, Nita Naldi, Pola Negri, et dans ses premiers rôles, Myrna Loy. La chanson définitive sur ce thème est Femme Fatale du Velvet Underground interprétée par Nico et écrite Lou Reed.

Des études sur le genre sexuel concernant le cas de Maria Popescu ont révélé la relation entre une société masculinocentrée et des erreurs judiciaires à l'époque où les relations entre femmes et hommes n'était pas encore un objet d'étude scientifique.

La place de Marlene Dietrich[modifier | modifier le code]

La collaboration artistique entre le cinéaste Josef von Sternberg et l'actrice allemande Marlene Dietrich entre 1929 et 1935, et notamment les rôles de cette dernière dans l'Ange bleu, Shanghaï Express et la Femme et le Pantin (le titre est on ne peut plus clair), illustrent une forme d'apogée de la femme fatale, transcendée par le mythe Marlene que ces films contribuent à construire et que l'actrice va s'atteler à entretenir tout au long de sa vie.

« Après Lola-Lola, Marlene restera l'image parfaite de la femme fatale : mystérieuse et indomptable, sculptée par la lumière, dans le nuage irréel de la fumée de sa cigarette. On la suivrait au bout du monde... Dans son sillage, les personnes les plus sérieuses et les plus dignes deviennent des petits enfants. »

— Vincent Pinel[3]

« Avec son profond regard mélancolique, ses cils longs de trois centimètres, le nimbe doux de ses cheveux, ses traits classiques, son air mystique et son corps de panthère, elle n'aurait pas pu entrer dans une église sans aussitôt troubler le sermon. »

— Josef von Sternberg[4]

Marlene Dietrich dans le Grand Alibi (1950).

« Il est exact que cette actrice à fait de la vamp la reine des écrans, il est exact qu'elle incarne la féminité, il est exact que le sex-appeal n'a jamais de représentante plus brillante, plus attirante, plus persuasive qu'elle. »

— Sydney W. Carroll dans The Times en 1933[5]

« La Femme et le Pantin est une superbe adaptation de Pierre Louÿs et l'apogée du mythe de la femme fatale symbolisée par Marlene. »

— Jean Tulard[6]

La fille de l'actrice, Maria Riva, raconte une soirée avec sa mère à l'Opéra Garnier en cette même année 1933, et notamment l'entracte : « Tout le monde buvait du champagne et essayait de se rapprocher de ma mère, qui se comportait à son habitude, comme si elle était seule sur une île déserte, et fumait tranquillement sa cigarette pendant que les dames et les messieurs la dévoraient des yeux, comme si de rien n'était. »[7] Même en dehors de ses films, Marlene Dietrich fascinait les foules.

Dans l'imagerie du XXIe siècle[modifier | modifier le code]

Au XXIe siècle, l'image de la femme fatale est largement présente dans le cinéma et la publicité, notamment parce qu'elle fait vendre. En effet, de nombreuses femmes aimeraient lui ressembler, les adolescentes désireraient devenir comme elle et les hommes sont séduits par cette représentation.[réf. nécessaire]

On retrouve aussi cette image de la femme séductrice dans la musique, par exemple, dans le septième album studio de la chanteuse américaine Britney Spears intitulé Femme Fatale.

L'homme fatal[modifier | modifier le code]

Les hommes aux qualités similaires pourraient être Don Juan, Heathcliff dans Les Hauts de Hurlevent, la plupart des héros des livres de Lord Byron, aussi bien que les personnages suivants : Billy Budd, le Comte Dracula, Tadzio dans La Mort à Venise, Harthouse dans Les Temps difficiles de Charles Dickens, Georges Querelle dans Querelle de Brest de Jean Genet, James Bond de Ian Fleming, Tom Ripley dans les romans de Patricia Highsmith[8], ainsi que Georges Duroy dans le roman Bel-Ami (1885) de Guy de Maupassant.

Dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

Films[modifier | modifier le code]

Films de Marlene Dietrich[modifier | modifier le code]

Les titres de certains de ces films sont par eux-mêmes évocateurs de la présence d'une femme fatale.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Mario Praz (1951) The Romantic Agony: 199
  2. D'après le Oxford English Dictionary, le mot vamp vient de l'auteur anglais G. K. Chesterton, et fut popularisé par le film muet américain The Vamp, avec Enid Bennett.
  3. Vincent Pinel, le siècle du cinéma, éditions Bordas, 1994, p. 138.
  4. Musée Galliera, Marlene Dietrich : Création d'un mythe, éditions Paris Musées, 2003, p. 40
  5. Homer Dickens, Marlene Dietrich, traduit de l'anglais par Henri Daussy, éditions Henri Veyrier, 1974, p. 111.
  6. Jean Tulard, Guide des films, Robert Laffont, collection Bouquins, 2002, tome 2, p. 1147.
  7. Maria Riva, Marlene Dietrich par sa fille, traduit de l'anglais par Anna Gibson, Anouk Neuhoff et Yveline Paume, éditions Flammarion, 1993, p. 250
  8. Mario Praz (1951), The Romantic Agony, p. 53-95
  9. (en) Gordon Gates, « THE BLACKBOARD : NOTW - Kiss her Goodbye - 1959 », sur www.members.boardhost.com,‎ (consulté le 4 juin 2015)

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Giuseppe Scaraffia, La donna fatale, Palermo, Sellerio, 1987.
  • Bram Dijkstra, Idoles de la perversité. Figures de la femme fatale dans la culture fin-de-siècle, Paris, Seuil, 1992, 475 p.
  • Mireille Dottin-Orsini, Cette femme qu'ils disent fatale. Textes et images de la misogynie fin-de-siècle, Paris, Grasset et Fasquelle, 1993, 373 p.
  • Giuseppe Scaraffia, Femme Fatale, Firenze, Vallecchi, 2009.
  • Paul-André Claudel, Salomé. Destinées imaginaires d'une figure biblique, Paris, Ellipses, 2013, 264 p.

Articles connexes[modifier | modifier le code]