Macbeth (Shakespeare)

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Macbeth
Image illustrative de l'article Macbeth (Shakespeare)
La première page de The Tragedie of Macbeth dans le Premier Folio de 1623.

Auteur William Shakespeare
Pays Drapeau de l'Angleterre Royaume d'Angleterre
Genre tragédie
Version originale
Langue anglais moderne naissant
Titre The Tragedie of Macbeth
Éditeur Edward Blount, William et Isaac Jaggard
Lieu de parution Londres
Date de parution 1623 (Premier Folio)
Date de la 1re représentation 20 avril 1611 ?
Lieu de la 1re représentation Théâtre du Globe

Macbeth est une tragédie de William Shakespeare. Elle prend place dans l'Écosse médiévale et retrace de manière très romancée le règne de Macbeth (1040-1057), en s'inspirant de près du récit qu'en fait Raphael Holinshed dans ses Chroniques, parues en 1587. Dévoré d'ambition, le général Macbeth commet le crime de régicide pour s'emparer du pouvoir, poussé par son épouse Lady Macbeth, mais la culpabilité et la paranoïa les font peu à peu sombrer dans la folie.

La date de rédaction de Macbeth est inconnue, mais elle pourrait se situer entre 1599 et 1606 si l'on tente de la lire à la lumière des événements contemporains, en particulier l'avènement du roi écossais Jacques VI sur le trône d'Angleterre en 1603 et la Conspiration des poudres en 1605. Elle est publiée pour la première fois dans le Premier Folio en 1623.

Macbeth est la plus courte des tragédies de Shakespeare et l'une de ses plus populaires : de nombreux acteurs de renom ont interprété les rôles de Macbeth et Lady Macbeth, et ses adaptations dans d'autres médias sont nombreuses. Une superstition théâtrale veut qu'elle soit maudite et qu'il faille plutôt l'appeler « la pièce écossaise » que prononcer son nom sur scène.

Personnages[modifier | modifier le code]

  • Duncan, roi d'Écosse (inspiré de Duncan Ier) ;
  • Malcolm, fils ainé de Duncan (inspiré de Malcolm III) ;
  • Donalbain, fils cadet de Duncan (inspiré de Donald III) ;
  • Macbeth, général dans l'armée de Duncan, il est successivement thane de Glamis, thane de Cawdor et roi d'Écosse (inspiré de Macbeth) ;
  • Lady Macbeth, épouse de Macbeth ;
  • Banquo, ami de Macbeth et général dans l'armée de Duncan ;
  • Fleance, le fils de Banquo ;
  • Macduff, thane de Fife ;
  • Lady Macduff, l'épouse de Macduff ;
  • le fils de Macduff
  • Lennox, Ross, Menteith, Angus et Caithness, thanes écossais ;
  • Siward, général des forces anglaises (inspiré de Siward de Northumbrie) ;
  • le jeune Siward, fils de Siward ;
  • Seyton, lieutenant de Macbeth ;
  • Hécate, reine des sorcières ;
  • trois sorcières ;
  • trois assassins engagés par Macbeth ;
  • le médecin et la dame de compagnie, au chevet de Lady Macbeth ;
  • le portier, gardien de l'entrée de la demeure de Macbeth ;
  • le vieil homme, discute avec Ross et Macduff du meurtre de Duncan ;
  • apparitions, spectres, visions de Macbeth ;
  • nobles écossais ;
  • messagers ;
  • servantes, serviteurs.

Intrigue[modifier | modifier le code]

Acte I[modifier | modifier le code]

Macbeth, Banquo et les sorcières, par John Martin.

La pièce débute alors que l'orage gronde sur la lande. Les trois sorcières annoncent leur prochaine rencontre avec Macbeth. Dans la scène suivante, un capitaine blessé rapporte au roi Duncan la bravoure de Macbeth et Banquo contre les armées norvégiennes et celles de leurs alliés irlandais. Duncan décide de conférer les titres du thane de Cawdor, coupable de traîtrise, à Macbeth.

Pendant ce temps, les trois sorcières apparaissent devant Macbeth et Banquo et leur prédisent leur avenir avant de s'évaporer : le premier, déjà thane de Glamis, va devenir thane de Cawdor et enfin roi, tandis que le second, qui ne sera pas lui-même roi, aura des descendants qui le seront. Alors que les deux hommes s'interrogent sur la réalité de la scène, le thane de Ross les rejoint et annonce à Macbeth que le roi l'a nommé thane de Cawdor.

Après avoir annoncé la promotion de Macbeth, Duncan proclame héritier son fils Malcolm et indique son intention de passer la nuit chez Macbeth, à Inverness. Informée de la prophétie des sorcières par son mari, Lady Macbeth le presse de tuer le roi le soir même. Il se laisse convaincre. Leur plan consiste à saouler les chambellans du roi pour les neutraliser, puis de les accuser du meurtre le lendemain matin.

Acte II[modifier | modifier le code]

En proie au doute et à des hallucinations, Macbeth parvient tout de même à poignarder le roi endormi. Le choc est tel que Lady Macbeth doit prendre en main la suite des opérations et barbouiller de sang les chambellans ivres. Le lendemain matin, deux thanes, Lennox et Macduff, arrivent au château de Macbeth. Le portier les introduit, et Macduff découvre le corps du roi. Macbeth tue rapidement les chambellans avant qu'ils n'aient le temps de protester de leur innocence. Craignant d'être les prochaines victimes de l'assassin, les deux fils de Duncan, Malcolm et Donalbain, s'enfuient en Angleterre et en Irlande respectivement. Cette fuite les rend suspects, et Macbeth monte sur le trône, tandis que Banquo se rappelle la prophétie des sorcières.

Acte III[modifier | modifier le code]

Macbeth apercevant le spectre de Banquo, par Théodore Chassériau.

Macbeth aussi se souvient de ce qu'ont prédit les sorcières à Banquo. La perspective d'être démasqué par lui ne lui sourit guère, tout comme l'idée de n'avoir commis un crime qu'au bénéfice de ses descendants à lui. Il décide de faire d'une pierre deux coups en envoyant des assassins contre Banquo et son fils Fleance, mais si le père succombe, le fils parvient à leur échapper, pour la plus grande colère du roi. Lors du banquet qu'il organise ensuite, il voit le fantôme de son ami s'asseoir à sa place et se lance dans une diatribe insensée qui laisse les convives stupéfaits. Lady Macbeth prétexte un délire du roi et leur fait quitter la salle.

Acte IV[modifier | modifier le code]

Macbeth se rend auprès des trois sorcières et leur demande la vérité. Elles invoquent d'effroyables apparitions pour lui répondre : une tête casquée lui dit de se méfier de Macduff, un enfant ensanglanté lui annonce que nul homme né d'une femme ne pourra le blesser, et un enfant couronné tenant un arbre dans la main lui prédit que rien de mal ne peut lui arriver tant que la forêt de Birnam ne s'est pas mise en marche vers la colline de Dunsinane (en).

Ces prophéties apparemment irréalisables rassurent Macbeth, mais lorsqu'il demande si les descendants de Banquo règneront sur l'Écosse, il est horrifié de voir une procession de huit rois qui ressemblent à son ami assassiné. Les sorcières disparaissent ensuite. Lennox entre et annonce à Macbeth que Macduff s'est enfui en Angleterre. Le roi ordonne de saisir ses biens et fait assassiner sa femme et son fils.

Acte V[modifier | modifier le code]

Le somnambulisme de Lady Macbeth, par Johann Heinrich Füssli.

Dévorée par la culpabilité, Lady Macbeth est sujette à des crises de somnambulisme auxquelles assistent sa dame de compagnie et son médecin. Elle cherche inlassablement à laver les taches de sang qu'elle imagine voir sur ses mains en déplorant les meurtres commis à son instigation et à celle de son mari.

En Angleterre, Macduff apprend la mort des siens et jure de se venger. Il rallie l'armée levée par Malcolm pour marcher contre Macbeth. La noblesse écossaise, épouvantée par la tyrannie et la violence de Macbeth, apporte son soutien au prétendant, de même que le comte de Northumberland Siward et son fils, également nommé Siward. Les soldats, qui marchent vers le château de Dunsinane, se dissimulent sous des branches d'arbres coupées dans le bois de Birnam.

Macbeth apprend que sa femme s'est suicidée. Il sombre dans un profond désespoir et médite sur le caractère éphémère et dénué de sens de l'existence. Cela ne l'empêche pas de fortifier Dunsinane, car il garde foi dans les prophéties des sorcières et reste persuadé de son invincibilité. En apprenant que l'armée anglaise approche sous le couvert des branchages du bois de Birnham, la peur s'empare de lui. Durant la bataille qui s'ensuit, Macbeth tue le jeune Siward et se retrouve face à face avec Macduff. Ce dernier lui apprend qu'il satisfait à la prophétie des sorcières, car il est né par césarienne : ayant été arraché avant terme du ventre de sa mère, il n'est donc pas « né d'une femme ». Macbeth comprend qu'il est condamné, mais il lutte jusqu'à la mort.

Macduff remonte sur scène avec la tête de Macbeth à la main. Malcolm annonce le rétablissement de l'ordre avec son avènement et invite l'assemblée à assister à son couronnement à Scone.

Sources[modifier | modifier le code]

Macbeth et Banquo rencontrent les sorcières dans les Chroniques de Raphael Holinshed.

Pour écrire Macbeth, Shakespeare s'est inspiré de plusieurs passages des Chroniques de Raphael Holinshed, une histoire des îles Britanniques dont la seconde édition, parue en 1587, lui a également fourni le matériau de la plupart de ses pièces historiques. Le Rerum Scoticarum Historia de George Buchanan a également pu lui servir de source.

Les changements apportés par Shakespeare au récit de Holinshed ont des motifs aussi bien politiques que dramatiques. Par exemple, dans les Chroniques, Banquo est complice du meurtre du roi Duncan, mais Shakespeare choisit d'en faire un innocent qui rend par contraste le crime de Macbeth encore plus odieux. Son assassinat sur l'ordre du même Macbeth acquiert également davantage de poids auprès du public. En outre, Banquo est censé être l'ancêtre de la maison Stuart, qui règne sur l'Angleterre et l'Écosse en la personne de Jacques Ier : le présenter comme un criminel serait risqué pour le dramaturge.

L'actualité a également pu inspirer Shakespeare, en particulier la Conspiration des poudres, démasquée en 1605. Plusieurs passages de la pièce peuvent être lus comme des références obliques à la Conspiration et aux procès des conjurés. En particulier, le discours du portier renverrait à la défense du prêtre Henry Garnet, exécuté pour complicité en mai 1606.

Postérité[modifier | modifier le code]

La première représentation connue de Macbeth est celle décrite par Simon Forman (en), en 1610 ou 1611 au Théâtre du Globe. Le récit qu'il en fait présente plusieurs différences par rapport au texte du Premier Folio. Ce texte pourrait être en réalité une version abrégée de la pièce, conçue pour être donnée en intérieur, sur la scène du théâtre des Blackfriars (en).

La Restauration de 1660 voit la réouverture des théâtres, fermés par le gouvernement puritain en 1642. Macbeth fait partie du répertoire de la Duke's Company, l'une des deux compagnies de théâtre patenté fondées à cette occasion. William Davenant, le fondateur de la Duke's Company, adapte la pièce aux goûts de ses contemporains, notamment en développant le rôle des sorcières, qui se voient attribuer de nouvelles chansons et danses, ainsi que celui de Lady Macduff, qui sert de faire-valoir à Lady Macbeth.

Le Macbeth de Davenant domine le théâtre jusqu'au milieu du XVIIIe siècle. En 1744, David Garrick en offre une nouvelle version. Bien qu'elle soit vendue comme le texte authentique de Shakespeare, elle retient en réalité plusieurs des ajouts de Davenant, et Garrick lui-même introduit un long monologue de Macbeth au moment de sa mort tout en coupant plusieurs passages de l'original. Aux côtés de Garrick, qui joue le rôle-titre, Hannah Pritchard (en) offre une Lady Macbeth sauvage et démoniaque qui fait date, au point que Garrick choisit d'arrêter de jouer cette pièce lorsqu'elle prend sa retraite. Quelques décennies plus tard, le duo composé de John Philip Kemble et sa sœur Sarah Siddons offre une nouvelle interprétation remarquée des deux rôles principaux, avec une Lady Macbeth plus aimante que celle de Pritchard.

La première moitié du XIXe siècle est marquée par le Macbeth de William Charles Macready, qui interprète le rôle pendant plus de trente ans, de 1820 à 1851. À New York, en 1849, une véritable émeute éclate lorsqu'il joue Macbeth à l'Astor Place Opera House, quelques jours après Edwin Forrest (en) au Broadway Theatre. Au Royaume-Uni, le monopole des compagnies patentées disparaît en 1843, et le théâtre londonien de la seconde moitié du siècle se caractérise par des mises en scène complexes, avec des acteurs nombreux aux costumes élaborés et des effets spéciaux. Charles Kean choisit ainsi de jouer un Macbeth qui se veut historiquement exact. Tous ces Macbeth ne rencontrent pas le même succès : celui de Henry Irving, avec Ellen Terry en Lady Macbeth, ne convainc pas le public.

Canada Lee (Banquo) dans le Voodoo Macbeth (en) d'Orson Welles en 1936.

L'histoire scénique de Macbeth au XXe siècle est marquée par les développements de l'art théâtral, mais aussi par l'histoire politique troublée de l'époque : le personnage principal est parfois relu comme un dictateur au sens moderne du terme. Les trois grands Macbeth de cette période sont Laurence Olivier à partir de 1955, Ian McKellen à partir de 1976 et Antony Sher (en) à partir de 1999. L'une des mises en scène les plus remarquées est celle d'Orson Welles, en 1936, avec sa distribution entièrement afro-américaine et sa substitution du vaudou à la magie des sorcières.

Traduction[modifier | modifier le code]

Adaptations[modifier | modifier le code]

Au cinéma[modifier | modifier le code]

Parmi les nombreuses adaptations cinématographiques ou télévisées, on pourra citer :

En musique[modifier | modifier le code]

  • Giuseppe Verdi a composé un Macbeth (opéra) sur un livret de Francesco Maria Piave, dont la première représentation a eu lieu le 14 mars 1847 au Teatro della Pergola à Florence[7].
  • Ernest Bloch a composé un Macbeth (opéra) sur une traduction française de la pièce de Shakespeare par Edmond Fleg, dont la première représentation a eu lieu en 1910 à l'Opéra-Comique[8].
  • Richard Strauss compose un poème symphonique homonyme entre 1887 et 1888. Composé pour un "orchestre par trois", c'est-à-dire un orchestre relativement massif, très utilisé sur la fin de la période romantique (ici plutôt post-romantique), cette pièce maîtresse du compositeur allemand s'inscrit dans la l'évolution des poèmes symphoniques de Franz Liszt, dont Strauss était un fervent admirateur.
  • Emile Goué a composé une musique de scène pour Macbeth, dont la première représentation a eu lieu en octobre 1944 à l'Oflag XB de Nienburg an der Weser[9].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Macbeth (Shakespeare) sur l’Internet Movie Database
  2. (en) Macbeth (Shakespeare) sur l’Internet Movie Database
  3. (en) Macbeth (Shakespeare) sur l’Internet Movie Database
  4. (en) Macbeth (Shakespeare) sur l’Internet Movie Database
  5. (en) Macbeth (Shakespeare) sur l’Internet Movie Database
  6. (en) Macbeth (Shakespeare) sur l’Internet Movie Database
  7. « Macbeth », sur Opera Stanford
  8. « Macbeth, Opéra », sur Claude Torres
  9. Jean-Marc Warszawski, « Goué Émile », sur Musicologie.org

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Speaker Icon.svg (fr) Livre audio mp3 gratuit Macbeth dans la traduction de François-Victor Hugo