Mineurs westphaliens

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Westphalien.
Photographie d'une famille de mineurs westphaliens installée dans sa maison dite « demi-lune » de la cité Beaurepaire, près de la fosse De Sessevalle de la Cie d'Aniche à Somain.

Les mineurs westphaliens sont des mineurs venus de Pologne qui se sont installés en Westphalie, dans les mines de charbon de la Ruhr allemande, puis dans différents bassins miniers français tel que celui du Nord-Pas-de-Calais ou de Ronchamp. Cette vague d'émigrations a fortement influencé les traditions minières et culturelles dans les villes et villages de ces bassins.

Histoire[modifier | modifier le code]

Carte de la Westphalie en 1905.

Les mineurs westphaliens sont arrivés en Allemagne à partir des années 1890, au moment où la production de charbon connaît une très forte croissance. Leur nombre ne cesse d'augmenter et Narodowiec, quotidien en langue polonaise, est fondé par Michał Franciszek Kwiatkowski en 1909 à Herne en Westphalie. Un premier groupe de 620 mineurs westphaliens arrive en 1909 et 1910, recrutés par la Compagnie des mines d'Anzin, sur les communes de Barlin, Lallaing, Guesnain et Wallers[1], sur une suggestion du prince polonais Witold Czartoryski, actionnaire de la Compagnie des mines d'Anzin. À la veille de la Première Guerre mondiale, ils étaient 2 000, femmes et enfants inclus[2]. Mais en 1914, les autorités les évacuent vers les houillères du Massif central, pour prévenir l'hostilité contre ces prétendus « ennemis prussiens »[1].

Lorsque la France occupe Düsseldorf et Duisbourg, de nombreux mineurs polonais s'installent en Westphalie avec leur famille, mouvement qui s’amplifie en janvier 1923[3]. Les mineurs allemands font alors grève, contrairement aux polonais qui poursuivent le travail. Les autorités françaises et polonaises conseillent alors aux mineurs de se faire embaucher dans les mines françaises[3].

Environ 50 000 d'entre deux sont ensuite partis en France au début des années 1920, dont près des deux-tiers dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais. Le journal Narodowiec les accompagne. Son siège est transféré à Lens en 1922. D'autres journaux, d'origine syndicale, sont fondés au même moment, et au même endroit : Prawo Ludu et Robotnik Polski. Une partie de ces mineurs westphaliens, beaucoup moins nombreuse, se dirigent dans d'autres bassins miniers en Alsace, Moselle, Loire ou encore Haute-Saône[4],[3],[5].

Dans le Nord, ils viennent massivement dans les années 1920 sur la partie occidentale du bassin minier, alors que les premiers « mineurs westphaliens » d'origine polonaise étaient arrivés avant-guerre plutôt dans la partie orientale. Les mineurs westphaliens importent dans la région Nord-Pas-de-Calais les techniques de production de la Ruhr allemande[6] comme le marteau-piqueur[7], qui permet une plus forte productivité, sous réserve d'un bon approvisionnement en électricité. Les industriels du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais avaient déjà l'expérience d'avant-guerre de polonais westphaliens considérés comme de bons mineurs, mais il faut les convaincre de venir en France car une partie d'entre eux sont tentés par un retour en Pologne après la guerre, malgré les destructions.

Après la conférence gouvernementale franco-polonaise du [7], consacrée aux « mineurs westphaliens », la Compagnie de Bruay bâtit pour eux 1 600 maisons en trois ans, permettant de venir avec femmes et enfants. Exigeants sur la qualité de l'habitat, ils créent une quarantaine de sociétés polonaises à Bruay, ville où leur part dans la population culmine à 43 %.

Influence culturelle[modifier | modifier le code]

Costumes traditionnels de mineurs polonais.

L'immigration polonaise a fortement influencé les traditions minières et culturelles en France[8]. Dans tous les bassins miniers, des mesures sont prises pour favoriser les liens sociaux entre les immigrés afin de favoriser leur productivité. C'est ainsi que des cités minières sont construites pour les familles d'immigrés, un enseignement et un encadrement religieux spécifiques sont mis en place[9].

Plus compétents dans leur métier et plus instruits, les Polonais de Westphalie jouent aussi un rôle important dans le syndicalisme et la vie associative, comme ils l'avaient fait en Allemagne dans les années 1890[4], car ils ont réfléchi depuis plus longtemps sur leur condition de salarié, mais ils sont parfois jalousés par les autres mineurs, comme en témoignent les articles du leader syndical Thomas Olszanski dans la presse des années 1920.

Certaines associations créées en Westphalie ont été transférées en France avec parfois les mêmes personnes. L'instituteur et le curé venaient avec les mineurs Le logement était important car ils arrivaient en famille: à Marles-les-mines, 3 000 maisons ont été bâties pour permettre à des « Westphaliens » de devenir Marlésiens, par la Compagnie des mines de Marles[10].

À Lapugnoy, commune voisine, d'autres polonais sont arrivés de Pologne, sans famille ni mobilier, en bateau puis en train, par la gare de Chocques, pour être installés cette fois dans des baraquements. Certains sont repartis en raison de ces mauvaises conditions d'accueil, d'autres après une période d'essai d'un an[10].

Chronologie[modifier | modifier le code]

Chronologie des différents événement concernant les mineurs westphaliens :

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « "Ahmed, Wladislaw, Dario… tous gueules noires: Histoire de l’immigration dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais" », Centre historique minier de Lewarde
  2. « Mémoire de la mine : le brassage humain », La Voix du Nord,
  3. a, b et c Jean-Philippe Thiriet 2001, p. 27
  4. a et b Frey 2003, p. 220
  5. Statistique générale de la France, Résultats des recensements quinquennaux. Cités dans Janine Ponty, Polonais méconnus,op. cit., p. 426.
  6. « Ces Polonais du Pas-de-Calais. De la Petite Pologne à l’intégration », sur http://www.echo62.com/, L’Écho du 62 (consulté le 11 octobre 2013)
  7. a et b Ponty 2005, p. 62
  8. Jean-Philippe Thiriet 2001, p. 71
  9. Jean-Philippe Thiriet 2001, p. 52
  10. a et b « "De la discrimination à l’intégration" », Echo62,
  11. a et b Gazeto Beskid, « L'immigration polonaise des années 20 en France »
  12. a et b Ponty 2005, p. 170
  13. « Biographie de Jan Brejski (1863 - 1934) », Jeanne Ponty
  14. Pierre Genevey, « Le désarmement après le traité de Versailles », Politique étrangère, vol. 32, no 1,‎ , p. 87-112 (lire en ligne)
  15. Ponty 2005, p. 123
  16. « Les mineurs polonais dans l’histoire de la France du XXe siècle : jalons, originalités, figures », Diana Cooper-Richet, Institut d’études culturelles, dans Synergies Pologne
  17. Ponty 2005, p. 171

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Yves Frey, Polonais d'Alsace : Pratiques patronales et mineurs polonais dans le bassin potassique de Haute-Alsace, 1918-1948, Presses Universitaires de Franche-Comté, , 598 p. (lire en ligne), p. 220. 
  • Janine Ponty, Polonais méconnus : Histoire des travailleurs immigrés en France dans l'entre-deux-guerres, Paris, Publications de la Sorbonne, , 474 p. (ISBN 2-85944-536-6, ISSN 0768-1984, lire en ligne), p. 62. 
  • Jean-Philippe Thiriet, Les Polonais dans les houillères de Ronchamp, 1919-1939, Salins-les-Bains, coll. « Regard sur un passé » (no 1), , 77 p. (ISBN 2-911484-05-3).