Paul Verhoeven

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Page d'aide sur l'homonymie Cet article concerne le réalisateur néerlandais (né en 1938). Pour le réalisateur allemand (1901-1975), voir Paul Verhoeven (réalisateur allemand).
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Paul Verhoeven
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Paul Verhoeven en 2016.

Naissance (79 ans)
Amsterdam
Pays-Bas
Nationalité Drapeau des Pays-Bas Néerlandais
Profession Réalisateur
Scénariste
Films notables La Chair et le Sang
RoboCop
Total Recall
Basic Instinct
Showgirls
Starship Troopers
Elle

Paul Verhoeven (API: [ˈpʌu̯l vərˈɦuvə(n)]) est un réalisateur néerlandais, né le à Amsterdam. Sa carrière se divise en trois grandes périodes : il obtient d'abord ses premiers succès chez lui, aux Pays-Bas, puis il accepte l'invitation d'Hollywood et s'installe aux États-Unis ; enfin il rentre en Europe, sur le tard, pour y retrouver la liberté de tourner des films plus personnels.

Formé pour l'essentiel durant son service militaire au département audiovisuel de la Marine néerlandaise, pour laquelle il tourne des documentaires propagandistes dès 1964, il réalise ses premiers films à domicile, où il obtient rapidement des succès majeurs comme Turkish Délices (1973), record d'entrées dans son pays encore aujourd'hui. Mais après le très rude Spetters (1980), la censure de plus en plus forte le conduit à migrer ses projets vers les États-Unis. Il y découvre un tout autre monde, mais c'est bien là qu'il obtient ses plus gros succès à l'international : RoboCop (1987), Total Recall (1990), Basic Instinct (1992), avant les controversés Showgirls (1995) et Starship Troopers (1997). Mais progressivement, le côté dérangeant et provocateur de sa production lui mettent les studios de nouveau à dos, et le manque croissant de liberté le décide à rentrer en Europe pour tourner Black Book (2006). Il revient en 2016 avec le film francophone Elle, nommé pour la Palme d'or par le jury du Festival de Cannes.

Toute la filmographie de Verhoeven est traversée par les thèmes du sexe, de la violence et de la religion, qu'il considère comme « les trois principaux éléments sur Terre ». Fidèle à ses origines néerlandaises, il se pose en observateur froid et lucide, quitte à choquer pour mieux montrer la stricte réalité. C'est ainsi qu'il a parfois été surnommé durant sa période américaine « le Hollandais violent ». Il livre un cinéma ouvertement amoral, ambigüe, mais aussi extrêmement appliqué, et finalement fondamentalement humaniste derrière les effets qu'il emploie.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et période néerlandaise[modifier | modifier le code]

Paul Verhoeven en 1980.

1938-1966 : Apprentissage[modifier | modifier le code]

Paul Verhoeven est né le à Amsterdam, d'un père instituteur et d'une mère au foyer[1]. Très marqué par la Seconde Guerre mondiale, dont il est un témoin direct dans son pays occupé par les Allemands, il garde le souvenir de scènes terribles[2]. Mais il se souvient également d'une enfance joueuse, qui détournait ce décor sordide pour en faire comme une cour de récréation[1]. Après la libération, les films américains se propagent aux Pays-Bas, et son père l'emmène souvent au cinéma[3]. Il fréquente alors le Gymnasium Haganum à La Haye, où il s'oriente vers des cours de physique et de mathématiques.

En 1955, toujours à l'initiative de son père, francophile, ses parents l'envoient passer une année en France, au lycée Henri-Martin de Saint-Quentin (Aisne) puis en pension à l'Alliance française Paris Île-de-France. Il y rencontre un professeur de français qui lui fait découvrir les grands classiques du cinéma, dans le cadre de son ciné-club. Il avoue que la naissance de sa vocation de metteur en scène remonte à cette époque ; il veut intégrer l'IDHEC, mais sa démarche est trop tardive et il rentre aux Pays-Bas[4],[5].

Il reprend ses études à l'université de Leyde (Leiden) où, fasciné par le surréalisme, et de plus en plus tenté par un mode d'expression plus créatif, il prend quelques cours de peinture, et tourne en parallèle ses premiers courts-métrages[5],[6]. Son premier, Un lézard de trop (Een hagedis teveel), se veut un croisement entre Hiroshima mon amour et le cinéma d'Ingmar Bergman. Le deuxième, Rien de particulier (Niets bijzonders), s'inspire plutôt de la Nouvelle Vague. Il obtient son diplôme en mathématiques et physique en 1960[7].

En 1964, il effectue son service militaire dans la Marine néerlandaise, où il est chargé de calculer la forme des projectiles. Mais, toujours plus animé par son attrait pour l'art, il profite de divers rencontres pour rejoindre le département audiovisuel. Là, il commence à tourner des documentaires, notamment un film pour fêter le tricentenaire de l'institution, pour lequel il reçoit un prix au Festival du film militaire de Versailles. Outre de le familiariser avec la technique sur pellicule, l'expérience lui apporte ainsi un début de visibilité. C'est là qu'il décide d'abandonner la carrière de professeur de mathématiques promise à ses camarades. Il dira en riant : « en fait, je dois tout à l’armée »[6],[8].

1967-1975 : Premiers succès[modifier | modifier le code]

À son retour dans le civil, il est engagé par la télévision du pays. Son dernier documentaire, paru en 1967, porte sur Anton Mussert, le chef du parti fasciste local. Désireux de laisser chacun donner son avis, quel que soit son degré de désaccord avec les propos formulés, il interviewe d'anciens SS, qu'on voit ainsi s'exprimer pour la première fois à la télévision, ce qui était interdit jusque là[8].

Son premier succès vient en 1969 avec la série télévisée Floris (en), qui lui permet de faire la connaissance de Rutger Hauer, avec qui il collaborera durant toute sa période néerlandaise[6]. Il rencontre le scénariste Gerard Soeteman (en) et ensemble ils entament une série de films qui ne cessera là aussi qu'avec le départ du cinéaste pour les États-Unis[9].

Repéré pour ses premiers travaux, Verhoeven est approché par le jeune producteur néerlandais Rob Houwer (en), familier du nouveau cinéma allemand, pour adapter un roman d'Albert Mol (en) en le transposant dans le quartier rouge d'Amsterdam[10]. Verhoeven et Soeteman se montrent réticents, le script proposé se révélant tendre à une suite de sketchs sans réelle trame narrative[11], mais ils acceptent quand Houwer leur promet le film qu'ils voudront si celui-ci est une réussite. Business is Business (Wat Zien Ik?) sort en 1971. Il s'agit d'une comédie légère centrée sur deux prostituées aux visions opposées sur la profession, et où chaque client est tourné en dérision. Ce premier long-métrage, qui réunit diverses vedettes locales du théâtre et de la télévision[10], remporte un immense succès aux Pays-Bas. Avec 2 359 000 entrées dans les salles nationales, il réussit ce qui reste en mars 2016 la quatrième plus grosse performance de leur histoire[12]. Mais Verhoeven avoue ne pas se reconnaître dans le film, et se souvient surtout de n'avoir pas pu en faire ce qu'il souhaitait vraiment[13]. L'expérience le met toutefois en position de force pour son projet suivant, le sulfureux Turkish Délices (Turks Fruit)[5]. Tiré d'un roman célèbre dans son pays, Loukoum, de Jan Wolkers, il met en scène une histoire d'amour empreinte de libération sexuelle, sur fond de bourgeoisie hollandaise égoïste et figée[2],[14]. Inspiré de nouveau par la Nouvelle Vague[5], Verhoeven s'y attaque férocement aux codes de la bienséance et de la religion[14]. Le film sort en 1973, et marque un plus gros succès encore que son prédécesseur, puisqu'en attirant 3 338 000 de spectateurs dans les cinémas néerlandais, il détient toujours en 2016 leur record d'entrées[12].

Le cinéaste continue de bâtir sa renommée avec Katie Tippel (1975), où il retrouve le couple principal de Turkish Délices, Rutger Hauer et Monique van de Ven. Adapté de l'autobiographie de la Néerlandaise Neel Doff Jours de famine et de détresse, il raconte l'ascension sociale d'une jeune fille pauvre à la fin du XIXe siècle, des années de prostitution[N 1] à son accès à la haute société. Alors plus gros budget dans l'histoire du cinéma néerlandais[15], le film marque aussi la première incursion de Verhoeven dans le genre historique[14]. Il enregistre un nouveau bon score au box-office local, avec 1 829 000 entrées, lui assurant toujours en 2016 le neuvième meilleur résultat en salles aux Pays-Bas[12].

1976-1985 : Ouverture à l'international[modifier | modifier le code]

Avec Jeroen Krabbé et Renée Soutendijk, durant la première du Quatrième Homme le .

Le premier succès international arrive en 1977 avec Soldier of Orange (Soldaat van Oranje), nominé notamment au Golden Globe du meilleur film en langue étrangère[16]. Tourné sous le parrainage de la reine, présente à l'avant-première[N 2], et avec l'appui de l'armée néerlandaise, il est basé sur les mémoires d'Erik Hazelhoff Roelfzema (en), légende de la résistance néerlandaise, et annonce en partie le Black Book de 2006[18]. C'est à nouveau le film le plus cher de l'histoire des Pays-Bas[17]. Il met en scène des étudiants de l'Université de Leyde, que Verhoeven a lui même fréquentée, et apparaît assagi, conçu pour un plus large public qu'à l'accoutumé[5],[19]. Malgré des critiques réservées[20], Soldier of Orange totalise plus d'un million et demi de places vendues aux Pays-Bas[12], et surtout réussit à attirer l’œil au-delà des frontières du royaume[16]. Le réalisateur raconte avoir été félicité pour ce film par Steven Spielberg, qui lui recommande alors de venir s'installer aux États-Unis, où il rencontrerait moins de difficultés à financer ses projets[19]. Il se fait même approcher par la 20th Century Fox pour diriger ce qui deviendra L'Empire contre-attaque, mais le projet est avorté quand le studio découvre son film suivant, le sulfureux Spetters (1980)[21].

Ce dernier est pour Verhoeven une manière de faire contrepoint avec Soldier of Orange, articulé autour du milieu intellectuel néerlandais, en montrant cette fois la part ouvrière de la société. Le script s'inspire également d'une pièce représentée à l'époque, C'est ma vie, après tout ! (en)[N 3], qu'appréciait particulièrement le scénariste Gerard Soeteman. Spetters est aussi le premier film du cinéaste à ne pas être tiré d'un livre, et notamment d'une biographie comme c'était jusque là souvent le cas. Il se veut le témoin de la réalité présente, plus particulièrement celle des petits villages de son pays[19]. Prenant pour décor le milieu de la moto-cross, un choix motivé par son impact visuel, le film marque le retour de Verhoeven à un cinéma très cru, qui sera perçu comme « un sommet de la décadence » selon ses dires[8]. Malgré une presse accablante quand il sort[20], Spetters réalise un bon score dans son pays, avec 1 124 000 tickets écoulés[12]. Mais le réalisateur racontera combien il a peiné pour s'assurer des subventions de son gouvernement, osant même envoyer une version factice du script pour obtenir l'approbation. En lui mettant ainsi à dos critique et establishment, l'expérience est douloureuse à Verhoeven[19]. Les années 1980 marquent à ses yeux un tournant dans le cinéma hollandais, en ce sens que le comité public chargé de le financer, qui allouait jusque là entre 40 et 60 % des budgets nécessaires, s'est progressivement radicalisé vers la gauche, imposant aux films de « témoigner d’un intérêt culturel ou intellectuel ». Et il estime qu'à ce titre, son succès auprès du public local jouait nettement en sa défaveur[6].

Verhoeven revient malgré tout en 1983 avec Le Quatrième Homme (De vierde man), où il semble répondre aux critiques reçues pour ses derniers travaux, notamment par l'auteur reconnu qu'il adapte, le Néerlandais Gerard Reve, et par son symbolisme omniprésent, supposément apprécié des cercles intellectuels. Le cinéaste réussit son pari sur ce point : les retours sont effectivement bien plus flatteurs. Mais le film, dont le thème de la veuve noire possiblement fantasmée annonce en partie Basic Instinct près de dix ans plus tard[20], est le premier à rester sous la barre du million d'entrées aux Pays-Bas[12]. Verhoeven, qui commence à recevoir de nombreuses propositions d'Hollywood, s'ouvre alors progressivement à l'international. Il se lance dans une grosse production financée par le studio américain Orion Pictures, basée en Espagne et tournée en anglais, La Chair et le Sang (1985). Il s'agit d'une vaste fresque d'aventures moyenâgeuse, brutale et sans concession. Si le script n'hésite par à céder aux anachronismes, il s'appuie en revanche sur une documentation dense et sérieuse pour dépeindre les rapports humains alors en vigueur[22],[23]. Verhoeven et son scénariste Gerard Soeteman se réfèrent notamment à un essai lu à l'époque de Floris : L’Automne du Moyen Âge, où l’historien Johan Huizinga parle d'une période qui, à l'approche de la Renaissance, sent à la fois « la rose et la merde »[23]. Le tournage est difficile, multipliant les aléas et initiant une brouille durable entre le réalisateur et Rutger Hauer, inquiet pour son image après un tel rôle. Le film sera du reste critiqué pour ses excès à sa sortie[22], et Verhoeven s'en avoue lui-même peu satisfait, le qualifiant d'« à moitié réussi et à moitié de transition »[23]. Il trouve en particulier le couple d'Hauer et de la toute jeune Jennifer Jason Leigh mal assorti[24], mais aussi que les dialogues se ressentent de ses lacunes d'alors pour la langue anglaise. S'il a depuis accédé au rang de chef-d’œuvre pour nombre de spectateurs[22],[23], La Chair et le Sang essuie à sa sortie un nouveau revers au box-office, qui achève de convaincre le cinéaste d'appliquer le conseil de Spielberg, et vers 1985 il part émigrer outre-Atlantique[25].

Période américaine[modifier | modifier le code]

1985-1989 : Arrivée et premier succès presque d'emblée[modifier | modifier le code]

Aux États-Unis, c'est encore Spielberg qui introduit Verhoeven dans le milieu hollywoodien. Il débute en tournant un épisode de la série télévisée Le Voyageur, anthologie fantastique alors dans sa troisième saison. Intitulé La Dernière scène, il s'agit d'un exercice de style, qui ouvre sur une scène de sexe et joue ensuite sur les mises en abyme[26]. Ainsi mieux familiarisé à la direction d'une équipe américaine, le cinéaste n'en garde pas moins des difficultés avec la langue anglaise, allant jusqu'à se méprendre sur certains dialogues qu'on lui donnait à lire[6] :

« Un personnage disait à un ami « Come on, brother », et moi je cherchais en amont où il était écrit que ces deux là étaient frères ! (rires)[6] »

En parallèle il travaille à son premier film outre-Atlantique, RoboCop (1987), qui fait figure de test pour sa femme et lui : ils ne resteront aux États-Unis que si l'expérience est un succès[19]. RoboCop marque une évolution dans le style de Paul Verhoeven. Pour la première fois, il ne collabore plus avec Gerard Soeteman, mais avec deux scénaristes locaux débutants, Edward Neumeier et Michael Miner. Ces derniers s'associent au producteur Jon Davison (en), et au studio indépendant Orion Pictures, pour qui le succès surprise de Terminator a ouvert la voie aux films de cyborgs. Ils approchent différents réalisateurs, comme Alex Cox ou David Cronenberg, mais tous refusent[27]. Sur une idée de Barbara Boyle, sous-directrice à l'époque d'Orion et qui avait aimé La Chair et le Sang[28], ils se tournent alors vers Paul Verhoeven, qui confiera détester le script proposé. Alors qu'il s'apprête à son tour à décliner l'offre, son épouse lit elle-même le texte, et parvient à le convaincre de mieux l'étudier. C'est ainsi qu'il reprend le script, et réussit petit à petit à en extraire les aspects intéressants[27]. Plus particulièrement, il entrevoie dans le personnage central la figure de Jésus, envisageant l'histoire comme une parabole parlant « de crucifixion, de résurrection, et du paradis perdu »[19].

Pour le rôle principal, on lui propose Arnold Schwarzenegger, mais il le juge trop imposant. D'autres noms circulent comme Rutger Hauer, Tom Berenger, Armand Assante ou Michael Ironside, mais c'est finalement Peter Weller qui obtient le rôle, pour « son menton parfait »[27]. La mise en scène de RoboCop s'inspire de l'univers de Fritz Lang, et de l'esthétique tranchée de la peinture géométrique de Piet Mondrian. Le récit est entrecoupé de scènes de propagande télévisuelle, qui visent à marquer une distance au récit. Bien que présentes dans le scénario d'origine, elles apparaissent à l'écran bien plus nettes, se télescopant brutalement avec la fiction, comme les formes tout en angles droits du peintre néerlandais[29]. Présenté à l'été 1987 aux États-Unis, le film remporte un grand succès, et obtient plusieurs récompenses, notamment le Saturn Award de la meilleure réalisation et celui du meilleur film de science-fiction. Verhoeven confiera beaucoup plus tard qu'il le considère encore comme son film le plus abouti, « tant dans son scénario que dans sa dimension politique »[24].

Le cinéaste se lance ensuite dans le projet Dinosaur, pour Disney. Il devait s'agir d'un film muet écrit par Walon Green, scénariste de La Horde sauvage et Le Convoi de la peur, et produit par Jon Davison, déjà à l’œuvre sur RoboCop. Le studio, inquiet du résultat, préfère mettre un terme au projet ; pourtant celui-ci renaîtra douze ans plus tard, sous la forme beaucoup plus familiale d'un film d'animation[30].

1990-1994 : Période faste[modifier | modifier le code]

Arnold Schwarzenegger, qui a adoré RoboCop[31], propose alors au réalisateur d'adapter la nouvelle de Philip K. Dick Souvenirs à vendre, dont il détient les droits[5]. Le scénario qu'il lui transmet, qui deviendra Total Recall (1990), en est déjà à sa 41e version. D'abord aux mains de Disney, puis du producteur Dino De Laurentiis, il appartient désormais au studio Carolco Pictures grâce à l'entremise de Schwarzenegger. Avant Verhoeven, plusieurs réalisateurs ont été approchés, comme Richard Rush, Bruce Beresford, et surtout David Cronenberg, qui ne quittera le projet qu'au bout d'un an de travail. Quand vient le tour du Néerlandais, celui-ci, qui n'a jamais lu Dick auparavant, est séduit par l'idée de double réalité, et accepte de rejoindre le tournage. Fidèle à lui-même, il tire le récit vers plus de satire et de critique, et force à l'écran sa violence graphique. Doté d'un budget conséquent de 65 millions de dollars, soit l'équivalent de celui d'Abyss (1989), articulé sur plusieurs sites et équipes, et pouvant compter sur une quarantaine de décors, le tournage est difficile et nécessite la présence permanente du cinéaste, qui s'attèle à la tâche énergiquement. Plus encore que RoboCop, Total Recall multiplie les effets spéciaux coûteux[32], mais toujours au service d'un mélange de divertissement violent et de critique acerbe des dérives de la société contemporaine, plus particulièrement américaine. Verhoeven explique ce second point par le choc ressenti à son arrivée dans cette civilisation, notamment par la vente libre d'armes, ou par la peine de mort en public pratiquée dans certains États[3].

Buste d'Ibn Khaldoun à Béjaïa, en Algérie.

Durant le tournage, il discute avec Schwarzenegger d'un nouveau projet centré sur les croisades, Crusade, et le propose à Walon Green. Le scénariste en fait une grande fresque historique et religieuse, où il aborde différents thèmes comme les rapprochements entre l'Église et la Seigneurie, les conflits avec le monde musulman, ou la naissance des premiers pogroms à l'encontre des Juifs. L'interprète de Total Recall y apparaît en petit escroc qui s'invente un destin mythologique, avant de finalement littéralement le vivre. Inspiré par l'Histoire, et par des livres aussi divers que Al Muqaddimah d'Ibn Khaldoun, La Papesse Jeanne d'Emmanuel Roïdis ou le classique du IIe siècle L’Âne d'or ou Les Métamorphoses d'Apulée, Walon Green compose un récit à la fois symbolique, mystique et politique qui convainc Verhoeven et Schwarzenegger. Le projet ira jusqu'à la pré-production, le cinéaste partant effectuer ses premiers repérages en Espagne, tandis que pour le casting, les noms de John Turturro, Jennifer Connelly et même Irène Jacob et Richard Anconina commençaient à circuler. Mais le producteur Mario Kassar et son studio Carolco mettent le projet entre parenthèses pour se consacrer à L'Île aux pirates, de Renny Harlin. Le film est un tel échec financier qu'il ne leur est plus possible d'investir les plus de 100 millions de dollars que réclame Crusade, lequel est alors définitivement enterré[30],[33].

Le succès revient pour Verhoeven avec Basic Instinct (1992), à nouveau sous l'impulsion de Mario Kassar[19]. Présenté en ouverture du Festival de Cannes, il clôt ce que le cinéaste appelle sa « trilogie psychotique ». En effet, ses trois derniers films creusent chacun à leur manière la thématique du double : le policier mi-homme mi-robot de RoboCop, l'agent double amnésique de Total Recall, et cette fois une auteure de polar suspectée de meurtre[2]. Basic Instinct fait scandale à sa sortie, et déclenche notamment l'ire des ligues féministes et homosexuelles, pour son personnage ambivalent, ses scènes d'amour explicites, et surtout sa séquence où Sharon Stone décroise les jambes sans culotte[34]. L'actrice a déclaré s'être fait piéger par le réalisateur, qui lui aurait promis que rien n'apparaîtrait à l'écran, mais celui-ci assure avoir reçu son accord, et même avec enthousiasme[35]. Quoi qu'il en soit, le film permet à Sharon Stone d'accéder à la célébrité. À en croire le metteur en scène, elle « est arrivée à Cannes inconnue et en deux, trois heures, c'était une star ! »[13]

Durant toute cette période, Verhoeven reçoit beaucoup de propositions qu'il refuse, parmi lesquelles certaines donneront lieu à des classiques comme Seven (1995), Le Silence des agneaux (1992) ou L'insoutenable Légèreté de l'être (1988). Il confiera regretter beaucoup moins le premier que les deux autres, pour lesquels il parle d'« erreur considérable » de sa part[36].

1995-2000 : Phase de doutes et départ[modifier | modifier le code]

La fortune cesse brutalement de sourire à Verhoeven avec Showgirls (1995), critique des États-Unis à travers Las Vegas, « ce temple du kitsch et du mauvais goût », qui est un fiasco au box-office. Il se voit remettre le Razzie Award du pire réalisateur, en mains propres puisqu'il va lui-même récupérer son prix durant la cérémonie, fait très rare dans l'histoire de cette manifestation[7]. Le film suffit à ruiner la carrière de son actrice principale Elizabeth Berkley, alors célèbre pour son rôle dans la série Sauvés par le gong, et préférée à une toute jeune Charlize Theron jugée encore trop peu connue[N 4]. Vingt ans plus tard, le cinéaste admettra la chance de cette dernière, qui s'épargnait ainsi « vingt horribles années pour elle »[38]. Showgirls sera toutefois réhabilité par une partie du public quelques années après, inspirant notamment dès 1998 une critique élogieuse de Jacques Rivette, pilier de la Nouvelle Vague, qui dira y voir le « film le plus personnel » de Verhoeven, « l'un des plus grands films américains de ces dernières années »[29]. Suivront dans les années 2000 les louanges de célébrités américaines comme Quentin Tarantino ou John Waters ; puis c'est au tour de Jean-François Rauger, critique au Monde, qui dans ses colonnes avait éreinté le film à sa sortie, d'admettre en 2015 s'être « planté ». Avec le recul, il regrette son article, qu'il juge trop indécis et peu clairvoyant. Mais si le réalisateur s'amuse de voir ainsi Showgirls passer « de la crucifixion à la résurrection »[39], il admet aussi lui-même être allé sans doute trop loin sur ce tournage, en le prenant trop personnellement, et en négligeant ainsi la ligne de conduite qu'il se fixe habituellement[5].

Une arachnide, créature de Starship Troopers.

Verhoeven revient ensuite à la violence crue de ses débuts avec Starship Troopers (1997), lancé sous l'égide de Mike Medavoy (en), alors directeur de TriStar et transfuge d'Orion Pictures, chez qui il avait financé La Chair et le Sang et RoboCop[19]. Il y renoue avec son esprit provocateur et iconoclaste à l'intérieur du cinéma hollywoodien. L'idée naît durant la fin du tournage de RoboCop, lors d'une discussion entre lui et le scénariste Edward Neumeier. Les deux films sont très liés : ils partagent plusieurs membres importants de leurs équipes, et Neumeier ira jusqu'à dire que l'un est en quelque sorte une suite de l'autre. Tiré d'un roman de Robert A. Heinlein, un des piliers de ce qui deviendra l'Initiative de défense stratégique, Starship Troopers est immédiatement pensé comme une satire[28]. Il s'attaque au culte du militarisme, décortique les mécanismes de manipulation des masses et force la caricature. Verhoven avoue avoir profité d'une grande liberté durant le tournage, du fait d'un turnover permanent à la tête de TriStar et sa maison mère Sony Pictures. S'inspirant de films de Leni Riefenstahl, comme Le Triomphe de la volonté, et de documentaires de propagande nazi, il donne à Starship Troopers un style outrancier, qui emprunte à l'imagerie fasciste pour mieux la ridiculiser. Une partie de la critique américaine, notamment le Wall Street Journal, ne perçoit pas l'ironie et prend le message fascisant au premier degré. Le film est mieux accueilli à l'international, et sa critique de l'impérialisme américain finit par être mieux admise aux États-Unis après les attentats du 11 septembre 2001[13],[29].

Tandis que les petits studios qui ont suivi ses premiers films américains ferment les uns après les autres[40], Verhoeven dirige ensuite Hollow Man (2000), surtout par amitié pour les membres de l'équipe de tournage[5]. Il admet néanmoins que la question soulevée par le pitch (jusqu'où irait-on si on était invisible) et la perspective de travailler avec d'importants effets spéciaux le tentaient aussi. Le film réussit un excellent démarrage, battant aux États-Unis le dernier record pour le mois d'août établi par Sixième Sens, alors qu'il est classé R (interdit aux moins de 17 ans non accompagnés[N 5]) en pleine période estivale[41],[42], et termine avec près de 100 millions de dollars de bénéfices[43]. Mais s'il a pu glisser certains détails personnels, comme un hommage à Fenêtre sur cour d'Alfred Hitchcock dès la scène d'ouverture[44], Verhoeven raconte n'avoir pu faire ce qu'il souhaitait, obligé par exemple de ne filmer qu'en intérieur pour éviter d'être accusé de plagier L'Homme invisible d'H. G. Wells, ou contraint de couper des scènes jugées trop violentes par ses producteurs[N 6],[24]. Il avouera même plus tard regretter de n'avoir pas abandonné le projet[5]. De plus en plus enclin à quitter les États-Unis, il travaille encore à une biographie de Victoria Woodhull, « féministe avant l'heure, probablement prostituée, qui vivait au 19ème siècle », pour laquelle il espère séduire Nicole Kidman ; mais il doit encore renoncer faute de financements. Comme à l'époque de La Chair et le Sang, ces désaveux coïncident avec une rupture dans sa carrière, puisque il décide de mettre fin à sa période américaine et de retourner en Europe poursuivre son œuvre[13],[45].

Retour en Europe[modifier | modifier le code]

2001-2014 : Une indépendance retrouvée[modifier | modifier le code]

Verhoeven participe au Festival du cinéma nordique de Rouen en 2001[46], puis, en 2002, il revient aux Pays-Bas, où il retrouve son complice scénariste Gerard Soeteman pour relancer un projet envisagé ensemble depuis 1980 : Black Book, son premier film néerlandais après 22 ans à tourner aux États-Unis, sort en 2006. Le réalisateur explique son retour sur ses terres natales par les difficultés qu'il aurait eu outre-Atlantique : les bons acteurs rendus inaccessibles par leurs agents, la censure morale à l'encontre de certaines scènes, et l'obligation probable de tourner en anglais, antithétique avec son souhait de conserver les langues originales de ses acteurs. Très grosse production à l'échelle des Pays-Bas, Black Book s'inspire de faits réels y ayant eu lieu pendant la Seconde Guerre mondiale (comme Soldaat van Oranje quelques années plus tôt)[8],[13]. Très sombre, il bat en brèche un certain nombre d'idées reçues sur le conflit, comme l'antisémitisme existant dans la Résistance, ou l'absolution des responsables nazis qui rejoignaient la lutte anticommuniste. Black Book remporte un net succès, notamment dans son pays où il attire 900 000 spectateurs[47].

En 2007 il fait partie du jury de Zhang Yimou lors du 64e Festival de Venise. Il partage ce rôle de membre du jury pour le Lion d'or avec notamment Catherine Breillat, Jane Campion et Alejandro González Iñárritu. La même année, Verhoeven s'inspire d'une visite au Jesus Seminar aux États-Unis, et plus généralement de son intérêt pour la religion, pour co-écrire avec Rob van Scheers l'essai Jésus de Nazareth. Publié l'année suivante, le livre tente une interprétation réaliste, historique et athée de la vie du Christ[48]. Une adaptation centrée sur ses dix-huit derniers mois est alors envisagée, avec le support de Roger Avary, et Mel Brooks et Chris Hanley (en) à la production, mais elle ne voit pas le jour[4],[36],[49]. Toujours en 2008, le festival International du film Entrevues à Belfort consacre à Verhoeven une rétrospective[50]. Le cinéaste est pressenti un an plus tard pour diriger The Surrogates, un thriller tiré d'un roman de Kathy Mackel (en) réadapté par les scénaristes Bruce et Roderick Taylor (en). L'histoire est celle d'un couple contraint de faire appel à une mère porteuse, et qui comprend que celle-ci fera tout pour garder l'enfant[51]. Le projet est finalement abandonné mais Halle Berry, qui devait y jouer, reste en contact avec Verhoeven pour ses prochains travaux[52].

En 2010, le réalisateur révèle à la télévision néerlandaise son projet d'adapter, avec son complice de toujours Gerard Soeteman, La Force des ténèbres (1990) de Louis Couperus, autour des rébellions contre le colonialisme et de la naissance de l'islamisme, mais celui-ci ne verra pas non plus le jour[53]. Son premier achèvement depuis Black Book ne vient qu'en septembre 2012, avec la sortie aux Pays-Bas de Tricked[54]. Initié un an plus tôt avec le concours de la société de production néerlandaise FCCE, il s'appuie sur le projet Entertainment Experience (en), une plate-forme d'échange participatif hébergée sur Internet. À partir d'un script de quatre pages écrit par l'actrice Kim van Kooten et posté par Verhoeven, les internautes sont appelés à le développer en apportant leur contribution[55],[56]. Quelque 10 000 pages de propositions seront reçues et étudiées, jusqu'à l'obtention d'un scénario complet. Au total, environ 30 000 personnes participent, à l'écriture mais aussi au casting, aux bandes-annonces, au choix des musiques, etc. Une vingtaine de versions amateurs du film sont proposées, dont l'une, intitulée Lotgenoten, parviendra finalement à sortir dans les salles néerlandaises en mars 2014. S'y ajoutent encore une version réunissant les moments les plus appréciés par les internautes, et une enfin réalisée par Verhoeven lui-même. Celle-ci, d'un peu plus de 50 minutes seulement, sortira finalement en salles précédée d'un documentaire retraçant toute l'aventure[55],[57]. Le film est présenté dans différents festivals, comme Rome ou TriBeCa[54], et paraît en France, directement en vidéo, le [58].

Depuis 2015 : La France[modifier | modifier le code]

Avec Isabelle Huppert, pour la projection de Elle au festival de Cannes 2016.

En 2015, il débute la production d'Elle, une coproduction franco-allemande avec notamment Isabelle Huppert, Virginie Efira et Charles Berling. Verhoeven envisageait d'abord de tourner le film aux États-Unis, mais les difficultés qu'il rencontre à le financer le poussent à élire finalement la France : « Pour obtenir des financements, il faut éliminer tout ce qui pourrait prêter à controverse… Tuer des gens à l’écran, ça, ça ne gêne personne vu que tout le monde est armé. »[4] Soucieux de ne pas privilégier son confort au détriment de l'équipe, il dirige celle-ci entièrement en français. Il prend pour cela des cours intensifs pendant une semaine, à raison de 8 heures par jour[59]. Elle est l'adaptation par le scénariste David Birke du roman « Oh... » de Philippe Djian, publié en 2012 aux Éditions Gallimard. Le cinéaste confesse ne connaître au départ l'auteur que par l'adaptation de son livre 37°2 le matin, qui lui avait rappelé Turkish Délices. Il estime être resté fidèle dans Elle au roman d'origine, malgré la prise de « quelques libertés », et se félicite de s'y jouer une fois de plus du politiquement correct. Le film, tourné sous l'égide du producteur franco-tunisien Saïd Ben Saïd, sort en juin 2016[29]. Il est présenté en compétition officielle au festival de Cannes, 24 ans après l'ouverture de l'édition 1992 avec Basic Instinct, et reçoit de nombreuses récompenses, parmi lesquelles le Golden Globe du meilleur film en langue étrangère.

Le , alors qu'il donne une master class au 16e Festival international du film de Marrakech[60], l'organisation du 67e Festival de Berlin annonce sa nomination en tant que président du jury des longs métrages, pour remettre l'Ours d'or. Il succède ainsi à la comédienne Meryl Streep[61].

Le succès de Elle apporte de nouveaux projets à Paul Verhoeven, notamment une adaptation télévisée du roman Bel-Ami de Guy de Maupassant. Un film, centré sur Jean Moulin, « figure emblématique de la Résistance », et qui étudiera « les courants, les antagonismes, les trahisons » en jeu au sein du mouvement[4],[29], est également évoqué[62].

Mais en avril 2017, il est finalement révélé que son film suivant sera intitulé Sainte Vierge (Blessed Virgin) et adapté du roman Immodest Acts (1986) de Judith C. Brown. À nouveau porté par le producteur Saïd Ben Saïd et tourné en français, le projet devrait permettre de retrouver Virginie Efira, déjà présente dans Elle, dans le rôle de Benedetta Carlini, une religieuse catholique italienne du XVIIe siècle, mystique et lesbienne. Pour avoir entretenu une relation avec une autre sœur, en pleine période de la Contre-Réforme en Italie, Carlini sera tenue à l'écart de tout contact durant quarante ans. Son histoire constitue l'un des premiers cas documentés d'homosexualité féminine en Europe occidentale[63].

Vie privée[modifier | modifier le code]

Paul Verhoeven réside à Los Angeles depuis 1985, encore aujourd'hui malgré l'arrêt de ses tournages aux États-Unis. En 2016, il n'envisageait toujours pas de quitter le continent américain, même s'il ajoutait alors « sauf si Trump gagne ».

Il est marié depuis 1967 avec la Néerlandaise Martine Tours. Ensemble ils ont deux filles, l'une peintre et l'autre scénariste pour la télévision[4].

Analyse[modifier | modifier le code]

Paul Verhoeven lors de la conférence de presse de la Berlinale 2017.

Style[modifier | modifier le code]

Le cinéma de Paul Verhoeven se démarque d'abord par sa grande précision, et par son souci permanent de vérité. C'est probablement le reflet de ses prédispositions pour la science, qui l'ont conduit à son diplôme en physique et mathématiques[2], mais aussi des documentaires tournés durant son service pour l'armée[5]. On le voit dans Turkish Délices, où les corps sont livrés dans leur intimité la plus crue, comme de pures pièces d'anatomie, et on le retrouve dans la scène d'amour chorégraphiée au millimètre près de Basic Instinct[2]. Même pour un film comme Hollow Man : L'Homme sans ombre, le réalisateur affirme que si on admet qu'il est possible d'être invisible, l'histoire est sinon très réaliste[41]. Mais cette justesse n'est pas tant celle des faits proprement dits que du ressenti qu'ils inspirent. Ainsi dans le La Chair et le Sang, il s'agit moins de raconter les faits de guerre, que les horreurs qu'ils impliquent pour les personnages[22]. Cette conviction profonde coûtera au cinéaste son amitié avec Rutger Hauer, qui vit mal de devoir incarner l'atroce au motif de l'authenticité[3].

Verhoeven admet en outre employer l'exagération, pour dénoncer ce qui le choque dans la société contemporaine. C'est ce qu'il fait avec Starship Troopers, et déjà dans une moindre mesure sur RoboCop et Total Recall. Avec ses scénaristes, il prend des éléments qu'il observe, et les détourne d'une manière qu'il qualifie d'« hyperbolique », afin de les rendre aussi visibles que possible. Mais il se défend d'afficher une position politique affirmée dans sa production. Selon lui, « si on est trop conscient du message, on ne fait plus de l'art »[3]. Il préfère citer comme inspirations les grands peintres flamands tels Jérôme Bosch, Pieter Brueghel l'Ancien ou Rembrandt, qui reproduisent la vie sans tabou, « et pas selon nos fantasmes »[64].

« Je me vois provocateur dans un autre sens : comme un cinéaste qui explore les différences entre la réalité, et la manière dont on la voit généralement retranscrite[16]. »

Ce goût pour l'excès tend souvent vers la satire, raillant le libéralisme galopant dans RoboCop[28], l’impérialisme américain dans Starship Troopers ou le sexe vulgaire dans Showgirls[2]. L'humour moqueur, caustique et irrévérencieux, est très présent dans l’œuvre du cinéaste. On en trouve même déjà la trace dans la série Floris, sa première grande expérience de mise en scène[1]. Il aide Verhoeven à imposer une distance au spectateur, un détachement lui permettant de prendre une certaine hauteur sur ce qu'il regarde. C'est aussi dans cette optique qu'il traverse RoboCop, Total Recall et surtout Starship Troopers d'incrustations télévisuelles cinglantes, qui lui sont inspirées des carrés très contrastés du peintre néerlandais Piet Mondrian[29]. Ces principes sont pour lui une nécessité. À propos du récent remake de RoboCop, il lance : « jouer la carte du 1er degré, qui plus est sans aucune touche d’humour, est une régression, non une amélioration. »[65].

Thèmes[modifier | modifier le code]

La filmographie de Paul Verhoeven est parcourue de thèmes sans cesse récurrents[21], parmi lesquels trois se détachent particulièrement : le sexe, la violence et la religion. Ils sont pour lui « les trois principaux éléments sur Terre »[66]. Mais d'autres thématiques apparaissent également tout au long de sa carrière.

Le sexe[modifier | modifier le code]

Le cinéaste voit dans le sexe « la base de l'évolution », qu'il lui semble naturel de porter à l'écran. Selon lui, « la vraie question, c’est pourquoi on n’en voit pas plus ailleurs »[8]. Il avoue même lui avoir voué une obsession dans les années de ses premiers longs-métrages[11]. Le sexe est encore central dans Basic Instinct, où les jambes décroisées de Sharon Stone sont pour Libération un « marqueur de la pop culture du XXe siècle ». Il l'est aussi dans Elle, et le viol de son héroïne[4], dans La Chair et le Sang, où le personnage de Jennifer Jason Leigh est pris de force par celui de Rutger Hauer, ou encore dans les nombreuses perversions qui s'affichent dans le très cru Spetters. Le réalisateur admet le voyeurisme qu'implique sa caméra, et qu'il n'hésite pas à retranscrire. Ainsi les spectacles de lap dance de Showgirls se déroulent sous l’œil obscène des clients, et dans Hollow Man, Sebastian Caine (Kevin Bacon) profite de son invisibilité pour lorgner sa voisine en train de se déshabiller[21].

La violence[modifier | modifier le code]

Verhoeven avoue prendre le même plaisir à filmer la violence. Elle et le sexe sont pour lui « deux choses fondamentales de notre univers », qu'il est important de ne pas cacher. Profondément marqué par la Seconde Guerre mondiale dans sa petite enfance, où son quotidien était rempli de « ruines, bombardements, morts dans la rue », Verhoeven estime en avoir hérité un regard clinique, sombre, qui remonte dans ses phases créatrices. La guerre, et la violence qui l'accompagne, forment souvent le décor de ses films, de ses premiers pas pour la Marine néerlandaise aux évocations de la Résistance dans Soldier of Orange, Black Book et son projet sur Jean Moulin, en passant par le conflit interstellaire de Starship Troopers. Dans ce dernier, il tente d'« extrapoler » la politique menée au Texas par George W. Bush, alors gouverneur[8], et n'hésite pas à chercher l'inspiration dans les travaux de Leni Riefenstahl, propagandiste officielle du Troisième Reich. C'est en développant cet aspect qu'il hérite parfois du surnom de Hollandais violent[2], en référence au Hollandais volant, un vaisseau fantôme célèbre dans la culture populaire[14].

La religion[modifier | modifier le code]

Le troisième thème, la religion, reste d'abord discret dans sa filmographie, le réalisateur se limitant à dénoncer ses conservatismes, comme dans Turkish Délices, Soldier of Orange ou Le Quatrième Homme[67]. Dans ce dernier, on peut ainsi voir un homme masser le sexe d’un Jésus en slip sur un crucifix, manière d'opposer audacieusement rigueur chrétienne et culture gay[21]. La religion apparaît ensuite de manière plus métaphorique, en particulier dans le Christ ressuscité en filigrane du héros de RoboCop[19], ou en arrière-plan, comme dans le personnage de « catholique romaine pure » que joue Virginie Efira dans Elle[59]. Athée convaincu, le cinéaste voit la religion sous un angle profane, scientifique :

« Je suis profondément athée, mais j'admire Jésus. Autant que Stravinsky, Bryan Ferry ou Rammstein[64]. »

Son livre sur Jésus de Nazareth.

Il avoue avoir connu un éphémère début de foi autour de 20 ans, au cours d'un séjour de deux semaines dans une communauté pentecôtiste, et ressentir depuis une curiosité insatiable sur le sujet, « omniprésent dans notre société ». La figure emblématique de Jésus de Nazareth le passionne ; en témoigne le livre qu'il lui consacre en 2008. Mais ce qui l'intéresse avant tout, c'est l'homme, dans toute sa dimension historique. Lui qui a un temps nourri l'envie d'adapter les biographies de Jeanne d'Arc puis d'Alexandre le Grand, il y voit d'abord une nouvelle occasion de raconter une vie hors du commun. C'est en sens que parmi les évangiles, il garde une préférence pour celui de Marc, qu'il estime plus simple, plus direct, et surtout rempli de détails absents des autres[68]. Il accepte même l'idée que Jésus ait pu d'une certaine manière, encore incomprise, guérir ses contemporains[69]. Mais il voit surtout en lui un homme à l'« éthique totalement innovante », dispensateur non pas « de miracles, mais d'un nouveau système de valeurs »[4],[49]. Il admire comment il a su imposer sa doctrine « Aimez vos ennemis » contre la loi du talion alors en vigueur[69]. Saluant ses critiques à l'égard de « l’autocratie des prêtres, remettant en question la Torah »[48], il en fait une sorte de « proto Che Guevara » dont il admire la vision novatrice et les paraboles[8],[59]. Mais il se défend d'être chrétien, et assure n'être jamais entré dans une église, « à part Notre-Dame pour en admirer la construction »[70].

Les femmes[modifier | modifier le code]

Verhoeven, père de deux filles et resté fidèle à son épouse, est, comme il le dit, « entouré de femmes », précisant que même ses deux chiens sont des femelles[71]. Partisan de la parité, il axe beaucoup de ses intrigues sur des personnages féminins, avec lesquels il s'avoue plus à l'aise. Il raconte ainsi que durant l'écriture de Black Book, Gerard Soeteman et lui sont restés bloqués près de quinze ans sans pouvoir faire avancer l'histoire, avant de trouver la parade en remplaçant le héros par une héroïne[72].

Dans ses films, il met généralement en scène les femmes dans des situations tragiques les contraignant à user de charme, de courage et d'intelligence pour s'en sortir[4],[73]. Si Olga dans Turkish Délices apparaît comme une héroïne étrangement pure (mais néanmoins condamnée)[14], les deux prostituées au centre de Business is Business sont les seules épargnées par sa satire féroce des différents protagonistes[10]. La jeune Katie Tippel se prostitue elle aussi pour s'élever dans l'échelle sociale[8]. À partir de Spetters, ce personnage vire progressivement à la veuve noire perverse et manipulatrice[74]. On la retrouve dans la fausse ingénue que campe Jennifer Jason Leigh dans La Chair et le Sang[8], puis avec les allures d'une femme fatale dans Basic Instinct, et dans ce que le réalisateur nomme sa « version occulte », Le Quatrième Homme. Et dans Showgirls[21], Black Book et Elle, c'est encore sur une héroïne que repose l'intrigue. On peut souvent voir dans ce motif l'influence d'Alfred Hitchcock, mais aussi celle d'Ingmar Bergman, Federico Fellini et sa Dolce vita, ou encore de la Nouvelle Vague des François Truffaut et autres Jean-Luc Godard. Malgré tout, il reste selon lui difficile d'imposer une femme dans un premier rôle. Il cite en exemple son projet avorté sur la vie de la pirate Anne Bonny, pour lequel Nicole Kidman avait pourtant donné son accord, mais que personne n'a voulu financer à hauteur des 50 millions de dollars qu'il réclamait[5],[64].

La technologie[modifier | modifier le code]

Le cinéma de Verhoeven se ressent aussi directement de sa formation scientifique à travers l'emploi de la technologie, très présente dans son œuvre à partir de La Chair et le Sang et son savant avant-gardiste. Viendront ensuite le héros mi-robot de RoboCop, les manipulations cérébrales de Total Recall, le sérum d'invisibilité de Hollow Man, et même les jeux vidéo dont Isabelle Huppert campe une scénariste dans Elle[21].

L'ambiguïté[modifier | modifier le code]

Un autre thématique fréquemment employée est celle de l'ambiguïté. Une grande part de la filmographie de Verhoeven est marquée par des personnages énigmatiques, souvent tiraillés entre des courants contraires. Le policier mi-homme mi-machine de RoboCop, l'agent double de Total Recall ou les héros très lisses de Starship Troopers s'ajoutent ainsi aux héroïnes équivoques de Basic Instinct, Showgirls et Elle. Ce caractère complète l'ironie cachée dans la narration, et participe à l'incompréhension suscitée lors de certaines projections[2],[29]. Mais le cinéaste, citant en exemple le compositeur Igor Stravinsky, se refuse à céder aux conventions. Il entend continuer de « détourner la norme », en multipliant les hypothèses, en jouant sur les nuances, en manipulant la morale autant que l'intrigue, sans « jamais jeter une interprétation au visage du spectateur »[70].

Rapport à la critique[modifier | modifier le code]

Les partis pris de Paul Verhoeven donnent à sa production une teinte amorale et provocante qui type très tôt ses films, et le met régulièrement aux prises avec la controverse, en particulier depuis Spetters, et sa séquence très brutale de viol homosexuel[1]. Le cinéaste le reconnaît :

« On fait des films pour communiquer, toucher un public, pas pour le malmener. Mais bon, disons que ça ne me gêne pas de déranger[4]. »

Pourtant, derrière les scandales et les incompréhensions, son œuvre est aujourd'hui reconnue comme profondément engagée et dénonciatrice, et les avis s'accordent sur ce qu'elle doit rarement être vue au premier degré. Mais cette ironie qui confine à la subversion a très souvent mis le réalisateur en difficulté pour produire ses films[5],[19].

Après Spetters, la critique se fait dure et malgré le succès rencontré aux Pays-Bas, les aides financières publiques deviennent rares. Le réalisateur est alors perçu selon ses dires comme « commercial, provocateur, décadent ». Son départ pour les États-Unis marque une nouvelle liberté, même s'il doit désormais composer avec des scénarios soumis par les studios. Le succès aidant, il parvient à une relative indépendance qui lui permet de laisser aller son inspiration. Mais les échecs de Starship Troopers puis Showgirls amènent à nouveau la suspicion sur lui, et il réalise Hollow Man sous une forte contrainte, qui motivera son retour en Europe[8]. Il s'avoue aujourd'hui satisfait de ce choix, recouvrant sur son continent la liberté de faire ce qu'il souhaite[5], d'autant qu'avec l'âge, il admet être de plus en plus intéressé par « aller au-delà de la norme »[75].

Technique[modifier | modifier le code]

Paul Verhoeven participant au montage de Elle.

Très présent sur ses tournages, Verhoeven participe à chaque élément de ses films. Il travaille avec tous les membres de son équipe, et se montre très précis dans ses demandes[76]. Ainsi, si aux États-Unis il a dû composer avec des scénarios déjà terminés, il a pour habitude en Europe de participer fortement à leur écriture, bien que, en référence à Alfred Hitchcock, il se refuse à paraître au générique sous ce rôle. Avec son scénariste, il s'appuie généralement sur un roman[71], mais il s'agit parfois d'une création originale, basée sur un gros travail de documentation qu'ils effectuent eux-mêmes, comme pour La Chair et le Sang et Black Book[73]. L'adaptation se déroule ensuite à ses dires par simple « intuition » : il souligne ce qui lui paraît « visuel » et réfléchit ensuite à comment le porter à l'écran[71]. Pour cela, le réalisateur, méticuleux et bon dessinateur, griffonne lui-même ses storyboards. Il les fournit normalement en début de tournage, mais les conditions peuvent le conduire à les tracer en cours de route. Ils lui permettent de suivre les réalisations de son équipe, en s'assurant qu'elles restent en accord avec ses idées[16],[76].

Durant le tournage, le passé scientifique de Verhoeven se manifeste dans son intérêt pour l'évolution des techniques cinématographiques, qu'il essaie régulièrement dans ses propres films. Il emploie par exemple dans Turkish Délices une petite caméra Arriflex bas-de-gamme, acceptant une mauvaise prise de son (le film sera doublé en post-production) au nom de la maniabilité. Son goût pour la technique devient prépondérant aux États-Unis, où les plannings serrés difficilement aménageables l'obligent à gagner en vitesse et en efficacité. Sur le tournage de RoboCop, il laisse ainsi son chef opérateur Jost Vacano utiliser un système de son invention, qui fixe la caméra à son épaule et lui permet de la manier avec son simple poignet. Mais la généralisation des effets numériques, plus particulièrement dans la science-fiction, limite la portée de tels stratagèmes. En effet les incrustations doivent rester dans le même cadrage que les prises de vue du réalisateur, qui n'est dès lors plus libre de procéder à tous les ajustements qu'il souhaite[16].

Le retour de Verhoeven en Europe lui rend l'autonomie qu'il affectionne, et au début des années 2010, le projet Tricked est pour lui une sorte de laboratoire. Au-delà de son principe de base, une écriture collaborative inspirée du crowdfunding, c'est aussi l'occasion pour le cinéaste de s'essayer à la toute récente caméra numérique Arri Alexa, lui qui n'avait jusque là travaillé qu'en argentique[75],[76]. Il expérimente également la prise de vue double et synchronisée : il filme simultanément la même scène avec deux caméras, les plus proches possible l'une de l'autre, mais réglées dans des tailles de plans différentes (larges ou plus serrés), ce afin de pouvoir en jouer ensuite lors du montage. Il perfectionne cette technique sur Elle, où il la combine avec le port de caméra « à l'épaule », c'est-à-dire sans l'entremise d'un quelconque équipement stabilisateur comme les trépieds ou autres dollies. Cela lui permet d'accroître l'impression d'incertitude et le sentiment d'observation, voire « peut-être un peu de voyeurisme »[75].

Collaborateurs récurrents[modifier | modifier le code]

Verhoeven avec l'actrice Monique van de Ven, durant la première de Turkish Délices le .

Verhoeven salue volontiers ses équipes, et n'hésite pas à mettre en valeur le travail de chacun. Il est conscient de ses propres limites, et sait s'effacer quand un autre lui apporte une idée intéressante. Il conçoit le rôle du réalisateur comme celui d'un superviseur, qui doit tirer le meilleur de ses collaborateurs : « La réussite dépend du talent de dix ou quinze personnes, acteurs inclus[6]. » Cette approche, doublée de la nature locale de ses débuts aux Pays-Bas, l'ont conduit à s'entourer régulièrement des mêmes personnes pour ses films. Le départ de ses Pays-Bas pour les États-Unis lui a été à ce titre très difficile[19] :

« Si je peux travailler avec la même équipe je le ferai, jusqu'à ce que cela devienne impossible[77]. »

Équipe technique[modifier | modifier le code]

Scénario[modifier | modifier le code]

Comme Paul Verhoeven, de deux ans son cadet[78], Gerard Soeteman (en) a fait ses études à l'Université de Leyde, mais les deux hommes ne s'y sont jamais parlés. Il faut attendre 1969 et la série néerlandaise Floris (en), dont Soeteman écrit le script, pour qu'ils se rencontrent. Leur collaboration sera dès lors fidèle jusqu'à ce que le réalisateur parte pour les États-Unis[16]. Soeteman écrira les scénarios de Business is Business (1971), Turkish Délices (1973), Katie Tippel (1975), Soldier of Orange[N 7] (1977), Spetters (1980), Le Quatrième Homme (1983) et La Chair et le Sang (1985). Il sera remplacé pour RoboCop (1987) par Michael Miner et Edward Neumeier, lequel signera plus tard Starship Troopers (1997). Verhoeven évoque une relation privilégiée avec Neumeier, qui, désireux de pouvoir lui-même diriger un film, l'accompagnait partout sur les tournages. Les deux hommes échangeaient en permanence, offrant ainsi plus de liberté d'écriture que d'ordinaire à Hollywood. Entretemps, le réalisateur collaborera avec Joe Eszterhas, scénariste de Basic Instinct puis de Showgirls[19].

Verhoeven continue pourtant de travailler en parallèle avec Gerard Soeteman. Ainsi Black Book (2006) est tiré d'un projet commun remontant au milieu des années 1980. Ce n'est qu'en 2002 qu'ils parviennent à le vendre à un studio, libérant ainsi le cinéaste de sa période américaine et de l'échec de Hollow Man : L'Homme sans ombre (2000)[8]. Soeteman aidera également Verhoven sur le script de son adaptation en projet du roman Bel-Ami de Guy de Maupassant pour la télévision[79].

Montage[modifier | modifier le code]

Frank J. Urioste débute sa collaboration avec Verhoeven sur RoboCop, qui lui vaut une nomination à l'Oscar du meilleur montage. S'en suivent Total Recall puis Basic Instinct, pour lequel il est à nouveau nommé au prix. À propos de son travail sur ce dernier film, Verhoeven ne tarit pas d'éloges, estimant qu'il a su masquer ses difficultés avec Sharon Stone, et que derrière une scène de quelques secondes pouvaient se cacher plusieurs prises. En comparaison, il estime par exemple que le montage de Thelma Schoonmaker sur Casino laisse beaucoup plus voir les différences de jeu de l'actrice entre les différentes prises[19].

Photographie[modifier | modifier le code]

Jan de Bont lors de la première de Turkish Délices, le .

Jan de Bont étudie le cinéma à Amsterdam où, après s'être intéressé à tous les métiers de la discipline, il choisit de se spécialiser dans la direction photographique. Installé à Los Angeles depuis 1968, il est malgré tout engagé par Verhoeven sur le tournage de son court-métrage Le lutteur (De Worstelaar) en 1970. Il reste chef opérateur pour le cinéaste sur ses trois premiers longs-métrages, Business is Business, Turkish Délices et Katie Tippel, puis le retrouve quelque temps plus tard pour Le Quatrième Homme et La Chair et le Sang. Il le rejoint enfin quelques années plus tard pour assurer la photographie de Basic Instinct (1992). Entre temps, il s'est ouvert les portes d'Hollywood, travaillant sur des projets comme Leçons très particulières (1981), Cujo (1982) ou Y a-t-il quelqu'un pour tuer ma femme ? (1986), avant des productions plus ambitieuses comme Piège de cristal (1981) de John McTiernan, Black Rain (1981) de Ridley Scott, À la poursuite d'Octobre rouge à nouveau de John McTiernan et L'Expérience interdite (1990) de Joel Schumacher. Par la suite, il se tourne vers la réalisation, signant lui-même des films comme Speed (1994) ou Twister (1996), et sa collaboration avec Verhoeven cesse totalement.

À leur sujet, Paul Verhoeven évoque une relation d'abord houleuse, notamment sur le tournage de Katie Tippel où les deux ne cessaient de s'invectiver, au point que se développe entre eux une haine sourde que le réalisateur a longtemps cru définitive[16]. Et puis les années aidant, leurs rapports ont viré à une confiance profonde et instinctive, leur permettant de ne pas s'éterniser sur les discussions pour prendre une décision stable. C'est par exemple à de Bont qu'on doit le décor épuré de la salle d'interrogatoire dans Basic Instinct[80],[81], ou la lumière de peinture flamande qui règne sur La Chair et le Sang[16].

Quand de Bont ne se rend pas disponible, Paul Verhoeven le remplace souvent par l'Allemand Jost Vacano. C'est déjà lui qui gère la photographie sur Soldier of Orange et Spetters, puis il accepte accompagner le cinéaste sur le tournage de RoboCop, et ainsi le soutenir et le rassurer dans cette première expérience américaine. Satisfaits, les deux hommes signeront par la suite presque tous les films de cette période ensemble : Total Recall, Showgirls (1995), Starship Troopers et Hollow Man : L'Homme sans ombre[77].

Composition musicale[modifier | modifier le code]

Verhoeven choisit Basil Poledouris pour composer la bande originale de La Chair et le Sang (1985), le préférant à James Horner, qui selon lui n'aimait pas le film, et Jerry Goldsmith, alors trop cher[16]. L'ayant probablement repéré par son travail sur Conan le Barbare (1982), il apprécie son ascendance latine, qui lui semble correspondre à la tonalité de son scénario. Il refait appel à lui deux ans après pour RoboCop, et de nouveau plus tard pour son prolongement Starship Troopers (les deux films partageant déjà le même scénariste Edward Neumeier, le même chef-opérateur Jost Vacano et le même responsable des effets spéciaux Phil Tippett).

Si le cinéaste opte pour Poledouris pour ses films à forte teneur patriotique, il parvient à s'associer à Jerry Goldsmith pour ses productions plus grand-public. Ainsi c'est bien ce dernier qui compose les partitions derrière Total Recall, Basic Instinct et Hollow Man[82],[83].

Distribution[modifier | modifier le code]

Rutger Hauer[modifier | modifier le code]

Rutger Hauer dans la série Floris.

Verhoeven fait la connaissance de Rutger Hauer (né en 1944) sur le tournage de la série néerlandaise Floris, diffusée en 1969. Ils deviennent proches et collaboreront pendant toute la première partie de carrière du réalisateur. Ils tournent ensemble successivement Turkish Délices (1973), Katie Tippel (1975), Soldier of Orange[N 7] (1977) et Spetters (1980), puis La Chair et le Sang (1985). La seule entorse constitue Le Quatrième Homme (1983), qui préfère mettre en vedette l'acteur Jeroen Krabbé (né en 1944 également, et déjà présent dans des seconds rôles de Soldier of Orange et Spetters). Hauer accompagnera également Verhoeven lors de sa première visite aux États-Unis, alors que le cinéaste n'y connaissait encore personne[6].

Les deux hommes se brouillent durant le tournage de La Chair et le Sang, en raison d'une scène de viol impliquant Hauer, qui estimait qu'elle ruinerait sa carrière aux États-Unis. Le réalisateur clame pour sa part qu'il n'a fait que retranscrire l'extrême violence qui animait le Moyen Âge. Rutger Hauer poursuit dès lors en solo sa carrière américaine, entamée dès 1981 avec Les Faucons de la nuit puis surtout Blade Runner. Plus tard, tandis que leur rapports s'améliorent dans la sphère privée, Verhoeven lui propose un rôle dans Black Book, comme chef de la Résistance, mais il le refuse[3].

Monique van de Ven et Renée Soutendijk[modifier | modifier le code]

Monique van de Ven (née en 1952) joue le rôle principal dans deux des premiers longs-métrages de Paul Verhoeven, Turkish Délices et Katie Tippel. Séduite par le directeur de la photographie Jan de Bont, elle se marie à lui dès 1973, et restera son épouse jusqu'en 1988. Peut-être parce que de Bont se montre de plus en plus réticent à la voir tourner nue, Verhoeven la remplace dans Spetters et Le Quatrième Homme par Renée Soutendijk (née en 1957)[84],[85]. Celle-ci s'était faite remarquer dans le film néerlandais Une femme comme Eva (1979), dont le rôle principal était justement tenu par Monique van de Ven.

Le réalisateur se déclarait en 1984 prêt à travailler avec les deux actrices à nouveau si un projet lui semblait leur convenir, mais l'occasion ne se représente pas[16]. Pour son film suivant, La Chair et le Sang, il s'ouvre à l'international en donnant sa chance à une jeune débutante américaine, Jennifer Jason Leigh (née en 1962). Il la repère d'abord dans Ça chauffe au lycée Ridgemont (1982), et la préfère à notamment Demi Moore durant les auditions, appréciant particulièrement sa capacité à jouer en nuances[8],[16]. Son départ peu après pour les États-Unis viendra mettre un point final à sa collaboration avec ses deux premières actrices de prédilection.

Sharon Stone[modifier | modifier le code]

Le réalisateur rencontre Sharon Stone, alors une actrice mineure, durant les auditions de Total Recall (1990). Satisfait de sa prestation, il la montre à Arnold Schwarzenegger, instigateur du projet, qui approuve son choix. Verhoeven estime « avoir eu du flair en castant » Stone. Il se souvient d'une scène en particulier, où le personnage qu'elle incarne est surpris par son mari en train de rouer de coups une autre femme. Son visage passe alors « de la haine la plus totale à l’angélisme le plus absolu ». C'est cette séquence qui conduit le cinéaste à imposer l'actrice dans son projet suivant, Basic Instinct (1992), contre l'avis de Michael Douglas et du producteur Mario Kassar[6]. Sur le tournage, leur relation est toutefois compliquée. Aux dires de Verhoven, Stone oubliait régulièrement son texte, ou ne parvenait pas à maintenir un jeu correct, imposant au réalisateur de multiplier les prises, là où Michael Douglas n'en avait généralement besoin que de quelques unes[19]. Pourtant, il garde malgré tout une réelle estime pour son jeu dans les rôles pernicieux[6],[31] :

« Sharon est parfaite quand elle joue les méchantes. Je n'y crois pas une seule seconde, en revanche, quand elle essaie de paraître vulnérable[36]. »

Pressenti pour réaliser la suite Basic Instinct 2, Verhoeven se voit refuser des studios la présence d'un acteur du niveau de Douglas pour tenir tête à Sharon Stone, qui doit rester la seule vedette du film. Il décide donc de quitter le projet, marquant la fin de sa collaboration avec l'Américaine[36].

Seconds rôles[modifier | modifier le code]

Pour les rôles secondaires comme pour le reste de son équipe, Verhoeven aime faire appel aux même professionnels à plusieurs reprises. En Europe, il a déjà fait quatre fois confiance à son compatriote Dolf de Vries (en) : sur Turkish Délices, Soldier of Orange, Le Quatrième Homme, et plus récemment Black Book (2006). On retrouve aussi dans ce dernier deux autres Néerlandais familiers du cinéaste : Derek de Lint, également vu dans Soldier of Orange, et Thom Hoffman, présent dans Le Quatrième Homme.

La période américaine marque une rupture dans les castings de Paul Verhoeven, qui doit désormais composer avec des acteurs locaux. Il poursuit néanmoins dans ses habitudes, gardant ainsi comme antagoniste principal Ronny Cox pour RoboCop (1987) et Total Recall, ou bien reprenant le trio Marshall Bell - Michael Ironside - Dean Norris de Total Recall dans Starship Troopers (1997). Dans la même veine, on peut voir William Shockley et Jack McGee, de Showgirls (1995), respectivement dans RoboCop et Basic Instinct.

Son retour en Europe ne changera pas non plus Verhoeven sur ce point, puisque le Berlinois Christian Berkel apparaît à la fois dans Black Book et dans Elle (2016).

Héritage[modifier | modifier le code]

Beaucoup de films de Paul Verhoeven ont fait l'objet de suites, de remakes ou autres adaptations, principalement dans sa période américaine. Aucune ne semble pourtant le convaincre. S'il admet que le cinéma est « toujours la combinaison entre l'économie et l'art », il regrette que ce capitalisme tende à sacrifier le créatif pour se concentrer sur l'aspect purement financier[40]. De ce fait, il n'hésite pas à critiquer publiquement les réalisations qu'il inspire. Comme il l'assure avec malice :

« Oui, je les étudie ! Peut-être pour me sentir supérieur...[19] »

RoboCop[modifier | modifier le code]

Article détaillé : RoboCop.

Premier film américain de Verhoeven, et toujours sa réalisation préférée[24], RoboCop nourrit d'emblée les envies de suites. Peu de temps après sa sortie, le réalisateur travaille à une séquelle avec Michael Miner, coscénariste du premier volet. Mais ses idées ne sont pas retenues dans la version finale de 1990, finalement confiée à une toute autre équipe[65]. Le scénario est réécrit par Frank Miller, un transfuge des maisons d'édition DC et Marvel Comics, aidé pour l'occasion de Walon Green. Ce dernier avait déjà collaboré avec Verhoven sur le projet Dinosaur, et sera de nouveau présent à l'écriture sur l'abandonné Crusade. Réalisé par Irvin Kershner, à qui on devait déjà notamment L'Empire contre-attaque, ce deuxième opus souffre de ses redites et de son côté artificiel, mais conserve en partie l'humour satirique de son prédécesseur[86],[87]. La recette fonctionne honnêtement et le film parvient à un score honorable dans les salles américaines, enregistrant un score légèrement inférieur à l'original[88],[89]. Verhoeven révèlera à l'automne 2016 que la MGM, qui a depuis racheté Orion Pictures, envisageait de reprendre son travail non retenu dans un nouveau projet[65].

Cosplay de RoboCop au WonderCon en 2015.

Ces deux films ont vu chacun leur sortie s'accompagner d'une novélisation dans la foulée par le scénariste Ed Naha[90],[91]. La trilogie se conclue en 1993 avec RoboCop 3, toujours sans le concours de Paul Verhoeven, mais avec encore Frank Miller. Fred Dekker, issu de la série Les Contes de la crypte, lui prête main-forte au scénario et en même temps réalise. Le résultat, qualifié par la presse d'« édulcoré[92] », « méprisable[93] » ou encore « nauséabond[94] », essuie un revers notable en salles[95]. Déçu de ces expériences, lassé de voir ses idées au final dévoyées, Miller se remet vite à la bande dessinée, sans pour autant quitter l'univers de la franchise[92]. Il assure l'écriture du comics RoboCop versus The Terminator dès 1992, et laissera en 2013 Steven Grant (en) adapter sa proposition initiale pour RoboCop 3 dans une nouvelle série pour Boom! Studios[N 8],[96].

En 2014 paraît un remake de l'original, avec Joel Kinnaman dans le rôle principal. Ce nouveau RoboCop n'enregistre que quelques millions d'entrées en plus aux États-Unis que son modèle, pour un budget près de huit fois supérieur[97]. La presse américaine est également très sévère[98]. Selon Verhoeven, c'est en partie dû à son absence cruelle de second degré. Il assume pleinement la légèreté et même l'humour de son propre film, et pense nécessaire de toujours conserver une certaine distance à son sujet[65]. Pourtant José Padilha, choisi pour diriger cette nouvelle mouture, défend ses choix. Qualifiant l'original de « parfait », et son réalisateur de « visionnaire », il affirme s'en être délibérément écarté, misant sur un parti pris plus grave et dramatique, là où il est conscient que Verhoeven jouait plutôt sur l'ironie[99].

Quatre séries télévisées verront par ailleurs le jour. La première, diffusée durant l'année 1988 à la télévision américaine, est tournée en animation et s'adresse à la jeunesse. Elle est suivie en 1994, un an après la sortie de RoboCop 3, par une nouvelle série éponyme, plus familiale et cette fois en prises réelles. L'entreprise bénéficie du parrainage des scénaristes originaux Edward Neumeier et Michael Miner, et c'est eux qui dirigent l'épisode pilote. Ils réutilisent pour cela des éléments qu'ils avaient engagés dans un nouveau scénario autour de la saga, jusqu'ici en vain. Mais la série sera stoppée après une seule saison faute d'audience[100]. Miner et Neumeier s'orientent ensuite vers une autre série animée, RoboCop : Alpha Commando, diffusée entre 1998 et 1999 aux États-Unis[101], avant qu'une dernière version, RoboCop 2001 (RoboCop: Prime Directives), de nouveau en prises réelles, ne voit le jour au Canada en 2001[102].

RoboCop inspire enfin depuis sa sortie de nombreux jeux vidéos, comics, jouets[28] basés sur les films et leur univers, et diverses manifestations dans la culture populaire comme les cosplays. En 2013, les habitants de Détroit (où se situe l'action) parviennent même à obtenir, via une campagne kickstarter de quelques jours, l'édification d'une statue de bronze haute d'environ 3 m à l'effigie du héros[103].

Total Recall[modifier | modifier le code]

Si Total Recall est le seul film américain de Verhoeven à n'avoir pas occasionné de suite proprement dite, celle-ci a bien été en projet dès les années 1990. Arnold Schwarzenegger devait reprendre son rôle, et l'histoire était une transposition de la nouvelle Rapport minoritaire, signée Philip K. Dick, comme son Souvenirs à vendre avait inspiré l'original. Le projet est finalement abandonné, et c'est Steven Spielberg qui plus tard s'appuiera dessus pour réaliser Minority Report (2002)[104].

Un remake sort bien en revanche, en 2012, sous le titre Total Recall : Mémoires programmées. Il s'agit plutôt en fait d'une nouvelle adaptation de la nouvelle de Dick. Les producteurs Neal H. Moritz et Toby Jaffe estimaient l'original « kitsch », bientôt imités par Colin Farrell, acteur principal de la nouvelle mouture. En l'apprenant, Verhoeven traitera cette dernière de simplement « mauvaise », soulignant une fois encore le second degré qu'il avait pris garde d'insuffler à sa propre version, loin du ton grave et austère du nouvel opus[31]. Il est d'ailleurs rejoint par Edward Neumeier, scénariste sur RoboCop et Starship Troopers, qui qualifiera le film de « catastrophique »[28]. Réalisé par l'assez mineur Len Wiseman, Mémoires programmées est un semi échec dans les salles américaines, avec moins de 60 millions de dollars de recettes pour un budget avoisinant les 125 millions de dollars, mais se rattrape à l'international avec un total de près de 200 millions de dollars de rentrées[105]. Le bilan reste malgré tout loin de celui du premier, qui avait engrangé plus de 260 millions de dollars de recettes au global, pour un budget de 65 millions[106].

En 1999, le show runner Art Monterastelli propose brièvement une série télévisée autour de Souvenirs à vendre, mais aussi du roman Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?, également de Philip K. Dick. Arrêtée après une saison, elle n'a pas de connexion directe avec l'univers de Paul Verhoeven[107]. À l'inverse, la sortie du premier Total Recall inspirera bien un jeu vidéo peu de temps après[108], et un jeu de rôle est même prévu pour 2018[109]. En 2012, Schwarzenegger ira jusqu'à titrer ses propres mémoires Total Recall[110].

Basic Instinct et Showgirls[modifier | modifier le code]

L'idée d'une suite à Basic Instinct vient à son producteur Mario Kassar à la fin des années 1990. De nombreux réalisateurs sont approchés, parmi lesquels David Cronenberg, John McTiernan et Paul Verhoeven. Tous quittent le projet après un temps[111], le Néerlandais parce qu'il s'opposait à l'idée de fonder tout le casting sur la seule Sharon Stone[36], mais aussi parce que la lecture du script l'avait rendu « malade »[112]. Cette dernière ne s'engage du reste qu'en 2004, après trois ans de différends juridiques avec le producteur et son équipe[111]. Le film sort finalement au printemps 2006, et s'attire immédiatement des critiques cinglantes, que ce soit aux États-Unis[113],[114], en France[115],[116] ou au Royaume-Uni[117],[118]. En salles, il subit un revers cuisant, avec seulement 38 millions de dollars de recettes[119], soit six fois moins que le premier opus[120].

Rena Riffel en 2008.

Showgirls a également inspiré une suite, mais d'une ambition beaucoup réduite. Intitulée Showgirls 2: Penny's from Heaven, elle est centrée sur un personnage secondaire du premier volet, Penny, incarné par l'actrice Rena Riffel. C'est elle qui porte le projet intégralement. Elle reprend son rôle, mais assure également l'écriture, la réalisation, le montage et la production. Elle s'appuie sur un budget minuscule de 30 000 dollars, mais peut également compter sur le soutien de Paul Verhoeven et de Carolco Pictures. Elle avait proposé au cinéaste néerlandais d'assurer la mise en scène, mais celui-ci, trop durement atteint par l'échec de son propre film, préfèrera refuser[121],[122]. Le film sort en 2011, de manière confidentielle[123].

Starship Troopers[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Starship Troopers.

Comme RoboCop, Starship Troopers inaugure un univers vaste et croissant. Là aussi Verhoeven était tenté de s'engager dans une suite. Si pour lui Total Recall et Basic Instinct se suffisent à eux-mêmes, celui-ci lui paraît plus propice à un prolongement[124]. L'entreprise est stoppée par les mauvais résultats du film au box-office américain[125], mais une série télévisée, réalisée en infographie, est bien lancée en 1999, avec Verhoeven en coproducteur exécutif les deux premières années[126].

Trois direct-to-video doivent sortir quelques années plus tard : Starship Troopers : Héros de la Fédération (2004), écrit par Edward Neumeier et réalisé par Phil Tippett, respectivement scénariste et responsable des effets spéciaux sur le premier opus, mais aussi sur RoboCop ; Starship Troopers : Invasion (2012), réalisé par Shinji Aramaki à partir d'un scénario de Flint Dille (en)[127] ; et enfin l'animé Starship Troopers: Traitor of Mars, annoncé pour 2017, avec de nouveau Neumeier à l'écriture. Si ce dernier paraît très attendu, ses deux prédécesseurs sont généralement qualifiés de fades et très éloignés de l’œuvre originale. C'est ainsi qu'à l'idée d'un reboot de la franchise plus fidèle au livre, moins violente, mais aussi moins satirique et plus patriotique (une rumeur datant de 2012, mais réhabilitée fin 2016)[128],[129], Paul Verhoeven, déjà critique à l'égard des remakes de RoboCop et Total Recall, se dit très peu confiant à l'égard du résultat. Il souligne la lecture à plusieurs niveaux que lui et son équipe avait insufflé au film d'origine, et regrette de voir ainsi les studios vouloir « absolument évacuer la couche nécessaire de sarcasme, de satire et d'ironie »[130],[131].

Filmographie[modifier | modifier le code]

Réalisateur[modifier | modifier le code]

Cinéma[modifier | modifier le code]

Longs métrages[modifier | modifier le code]
Courts métrages[modifier | modifier le code]
  • 1960 : Un lézard de trop (Een hagedis teveel)
  • 1961 : Rien de particulier (Niets bijzonders)
  • 1962 : De Lifters
  • 1963 : La Fête (Feest!)
  • 1965 : L'Infanterie de marines (Het Korps Marinier)
  • 1970 : Le lutteur (De Worstelaar)

Télévision[modifier | modifier le code]

Scénariste[modifier | modifier le code]

Acteur[modifier | modifier le code]

Publication[modifier | modifier le code]

  • Paul Verhoeven et Rob Van Scheers (trad. du néerlandais par Anne-Laure Vignaux), Jésus de Nazareth [« Jezus Van Nazaret - een realistisch portret[132] »], Aux forges de Vulcain, (1re éd. 2008), 390 p. (ISBN 2919176919, présentation en ligne)

Distinctions[modifier | modifier le code]

Paul Verhoeven a reçu plusieurs récompenses tout au long de sa carrière[133] :

Récompenses[modifier | modifier le code]

L'équipe du film Elle au Festival de Cannes 2016.

Nominations[modifier | modifier le code]

Paul Verhoeven à Cannes en 1992, avec Jeanne Tripplehorn, Michael Douglas, son épouse Martine Tours, Sharon Stone et son producteur Mario Kassar.

Box-office[modifier | modifier le code]

Le tableau suivant fournit les données disponibles en termes d'entrées pour les films du cinéaste[135].

Box-office des films réalisés par Paul Verhoeven
Film Budget Drapeau des États-Unis États-Unis Drapeau de la France France Monde Monde
Turkish Délices (1973) NC NC 529 079 entrées NC
Spetters (1980) NC NC 1 921 entrées NC
Le Quatrième Homme (1983) NC NC 11 435 entrées NC
La Chair et le Sang (1985) 11 000 000 $ NC 336 011 entrées NC
RoboCop (1987) 13 000 000 $ 53 424 681 $ 1 686 525 entrées 53 424 681 $
Total Recall (1990) 65 000 000 $ 119 394 839 $ 2 360 003 entrées 261 294 839 $
Basic Instinct (1992) 49 000 000 $ 117 727 224 $ 4 615 342 entrées 352 927 224 $
Showgirls (1995) 45 000 000 $ 20 350 754 $ 735 563 entrées 37 750 754 $
Starship Troopers (1997) 95 000 000 $ 54 814 377 $ 964 630 entrées 121 214 377 $
Hollow Man : L'Homme sans ombre (2000) 95 000 000 $ 73 172 825 $ 1 502 343 entrées 191 174 600 $
Black Book (2006) 17 000 000 $ 4 392 867 $ 124 887 entrées 26 478 047 $
Elle (2016) 8 210 000 [136] 801 682 $ 555 775 entrées 9 578 333 $[137]
  • Légendes : Budget (entre 1 et 10 M$, entre 10 et 100 M$ et plus de 100 M$), États-Unis (entre 1 et 50 M$, entre 50 et 100 M$ et plus de 100 M$), France (entre 100 000 et 1 M d'entrées, entre 1 et 2 M d'entrées et plus de 2 M d'entrées) et monde (entre 1 et 100 M$, entre 100 et 200 M$ et plus de 200 M$).

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « tippel » signifie « tapineuse » en hollandais.
  2. C'est alors la première fois que le souverain du pays participe à une avant-première[17].
  3. Un film en sera adapté par John Badham en 1981.
  4. Elle n'avait joué qu'un petit rôle dans la série B Les Démons du maïs 3 : Les Moissons de la Terreur[37]. D'autres actrices ont été approchées, parmi lesquelles Angelina Jolie, Pamela Anderson, Denise Richards, Jenny McCarthy, Vanessa Marcil et Drew Barrymore, mais toutes ont refusé[38].
  5. Le réalisateur reconnaîtra une application beaucoup plus laxiste du classement R aux États-Unis que de son pendant NC-17 (interdit aux moins de 18 ans même accompagnés) : « si tu as trois ans, tu y vas avec ton père et tu peux entrer ! »[19]
  6. Dans une des scènes coupées notamment, on assiste à un viol mené par l'homme invisible, matérialisant brutalement les fantasmes que l'histoire engendre progressivement chez le spectateur[44].
  7. a, b, c, d et e Ce film est parfois référencé Le Choix du destin dans les pays francophones.
  8. La série est publiée en France par les éditions Wetta, sous le nom RoboCop : Mort ou vif.

Références[modifier | modifier le code]

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Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]